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14/01/2011

Crise post-electorale en Cote d'Ivoire: Kidnapping de Mr Bakayoko, Philip Carter III tente de s'expliquer et se fourvoie

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Quelle mouche a bien pu piquer M. Philip Carter III, vendredi dernier ? En tout cas, à force de vouloir effacer son rôle néfaste dans le complot électoral ourdi contre le peuple ivoirien,

en complicité avec son collègue de France, l’ambassadeur des Etats-Unis a débité des propos d’une “rare faiblesse diplomatique” face aux journalistes qu’il a invités pour un petit déjeuner de presse.


Et comment ?

Question d’un journaliste à Philip Carter III : «Pourquoi avez-vous accompagné le président de la CEI à l’Hôtel du Golf ?». Depuis l’éclatement de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, le président ivoirien, Laurent Gbagbo, n’a cessé d’accuser deux ambassadeurs, celui de France (Jean Marc Simon) et celui des Etats-Unis d’Amérique (Philip Carter III) d’être allés chercher M. Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante (CEI), pour l’emmener au Golf Hôtel, QG de campagne d’Alassane Ouattara, afin qu’il proclame, hors délai et hors cadre, l’élection du candidat du Rassemblement des Républicains.

Cela a été fait en piétinant la Constitution ivoirienne, les lois et leurs procédures institutionnelles. Cette sauvage intrusion de la France et des USA dans l’élection présidentielle ivoirienne est à la base des dégâts humains et matériels que connaît le pays depuis le 2 décembre 2010. C’est, à coup sûr, pour répondre aux accusations on ne peut plus précises du président Gbagbo que l’ambassadeur Us a organisé son petitdéjeuner de presse le vendredi 7 janvier.

Mais, face aux journalistes, Philip Carter III a visiblement perdu son sang-froid. «Cette accusation est complètement fausse !», a tonné le diplomate américain, avant de poursuivre, certainement moins à l’aise dans ses bottes de diplomate en faute : «Je suis parti rendre visite à M. Ouattara (…). J’ai été surpris de constater que M. Bakayoko était à l’Hôtel du Golf. J’ai parlé avec M. Soro. Il m’a dit que la situation est grave. Je ne sais pas comment M. Bakayoko s’est retrouvé à l’Hôtel du Golf. Ça a été une surprise pour moi. J’ai profité de cette occasion pour parler avec M. Bakayoko pour demander pourquoi il était là. Il m’a dit ses difficultés pour faire sa déclaration».

Un diplomate mis à nu par la presse - Bakayoko en difficulté ?

Du coup, fini la visite à Ouattara, objet de sa présence au Golf Hôtel. Le hasard l’ayant conduit, ce jeudi 2 décembre 2010, sur le chemin de Bakayoko, qui devait pleurer de toutes ses larmes dans les couloirs du QG de Ouattara, Philip Carter III s’est automatiquement mis au service du président de la CEI. Dans les couloirs du Golf Hôtel, l’élection ivoirienne est devenue une question de souveraineté des Etats-Unis d’Amérique ! Philip Carter III a oublié qu’en Côte d’Ivoire comme chez lui aux USA, la Constitution et ses institutions mises en place pour régler de telles «difficultés» sont sacrées. Dans sa tête, Philip Carter III est devenu l’institution ivoirienne chargée de débloquer les « difficultés » du président de la CEI. Et il le dit avec un froid de loubard : «J’ai alors demandé ce qu’il (Bakayoko, NDLR) allait faire. J’ai proposé à M. Choï que la déclaration soit faite à l’Onuci. Il a refusé parce qu’il s’est dit que ça va affecter l’impartialité des Nations unies. M. Bakayoko a fait sa déclaration, mais je n’y ai rien à voir», déclare l’ambassadeur américain devant les journalistes.

Evidemment, des propos si peu intelligibles n’ont pas convaincu. Ils ont même été perçus comme un pitoyable aveu. Les journalistes choqués sont repartis à la charge : «Vous êtes surpris de voir M. Bakayoko au Golf. Vous demandez que les résultats soient proclamés à l’hôtel Sébroko (QG de la Mission de l’ONU en Côte d’Ivoire, Ndlr). M. Choï refuse. Qu’est-ce que ça vous fait de voir que les résultats sont proclamés dans le QG de campagne d’un adversaire ?». Réponse de l’acculé :

«C’est une bonne question, mais, franchement, je ne sais pas pourquoi il a fait ça. Il a fait une sortie dans la presse récemment pour expliquer des choses. Il a trouvé un site au Golf. Je ne sais pas pourquoi. Vous devez poser cette question à M. Bakayoko».

Dernière question des journalistes : «Vous ne pensez pas que le fait que M. Bakayoko donne les résultats au Golf donne le droit à M. Gbagbo de contester ?». Réponse encore plus pitoyable de Carter III :

«C’est une question d’opinion politique. Pour moi, la question sur la CEI et le Conseil constitutionnel est un peu dépassée. Vous avez des problèmes institutionnels qui doivent être réglés. Parce que ça pose beaucoup de confusions ici. Avec une certification impartiale des Nations unies, le résultat de ces élections était évident. (…) Vous avez une crise institutionnelle, mais ça, c’est une question ivoirienne. Le déroulement des élections a été certifié par les Nations unies. Ça, c’est le plus important pour nous». Fin de citation.

Du coq à l’âne à l’état sauvage. Diantre, où a-t-on déniché, dans un pays bourré de citoyens hyper intelligents, un Américain de ce niveau pour être ambassadeur en Côte d’Ivoire ?

Les micmacs nocturnes de Philip Carter III

Le week-end écoulé, nous avons dû rencontrer un nombre impressionnant de diplomates, surtout africains, fortement indignés de la sortie médiatique de Philip Carter III. Avec leur appui et les informations glanées çà et là, nous avons pu cerner le rôle néfaste joué spécialement par l’ambassadeur des Etats-Unis dans les malheurs de la Côte d’Ivoire. De quoi s’agit-il ?

Le mercredi 1er décembre 2010, tard dans la nuit, Youssouf Bakayoko s’est exprimé en direct à la Télévision ivoirienne, Première Chaîne. Il avait rassuré les Ivoiriens que jusqu’à minuit, délai constitutionnel, il pouvait délivrer les résultats du 2nd tour de la présidentielle. A la question de savoir ce qui allait se passer si, à minuit, il ne l’avait pas fait, le président de la CEI a coupé, serein : «Il n’est pas encore minuit !». Bien entendu, à minuit, Bakayoko n’avait pas donné le résultat provisoire de la présidentielle. La CEI était légalement forclose. Mais, fait curieux, vers 01h30, de nombreux diplomates ont appris que les ambassadeurs de France et des USA venaient de s’enfermer avec Bakayoko, dans le bureau de celui-ci, au siège de la CEI. Aussitôt, certains diplomates ont accouru au bureau de Bakayoko. C’est devant eux, aux environs de 02h du matin, que Philip Carter a demandé à Bakayoko de dire ce qui se passait.

«Ecoutez, les commissaires ont consolidé les résultats d’une quinzaine de régions. Mais, sur les quatre régions restantes, aucun consensus n’a été trouvé. On est déjà jeudi. Tout à l’heure, à 9h, nous avons convenu de faire une déclaration à la presse en présence de tous les commissaires et je transmettrai tous les dossiers au Conseil constitutionnel», aurait expliqué Youssouf Bakayoko devant les diplomates réunis dans son bureau. Question des diplomates : dans les régions dont les résultats sont consolidés, qui gagne ? Réponse de Bakayoko : «C’est le président sortant, Laurent Gbagbo»…

Cette déclaration du président de la CEI a mis l’ambassadeur Philip Carter III hors de lui. «Devant nous, depuis le bureau de Bakayoko, à 02h du matin, il a appelé Alassane Ouattara au Golf Hôtel. On lui a dit qu’il dormait. On l’a réveillé sur son insistance», révèlent les diplomates qui ont assisté à la scène. Une fois Ouattara au bout du fil, Philip Carter III lui aurait demandé comment lui Ouattara pouvait se coucher à un moment pareil ! Où la victoire est en train de lui échapper. «Nous avons trouvé cette manière de faire curieuse et inacceptable, mais personne n’a rien dit. Nous somme repartis du bureau de M. Bakayoko du moment qu’il donnait rendezvous pour une déclaration à 9h», confient nos sources. La suite est connue. M. Bakayoko ne s’est plus présenté au siège de la CEI.

En vérité, les ambassadeurs de France et des USA l’ont kidnappé pour l’emmener au Golf Hôtel, QG d’Alassane Ouattara, dès jeudi matin. Sûrement le temps de concocter des résultats que la CEI n’avait pas donnés à Bakayoko. A 16h, ce jeudi 2 décembre, alors que les journalistes et les autres membres de la CEI l’attendaient à son siège aux Deux-Plateaux, Youssouf Bakayoko faisait sa restation illégale au Golf Hôtel face aux caméras de la télé française France 24. Mais ce n’est pas tout.

Bakayoko, ancien otage de… Carter III
Chargé par le président de la Commission de l’Union africaine pour une mission exploratoire en Côte d’Ivoire, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, a eu tout le mal du monde, les 6 et 7 décembre, pour rencontrer M. Youssouf Bakayoko. Dans un premier temps, Alassane Ouattara et Young Jin Choï lui ont dit qu’ils ne savaient pas où se terrait le Président de la CEI après sa prestation au Golf Hôtel.

Or, vers la fin de sa mission, Thabo Mbeki a reçu un coup de fil de Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, le suppliant, depuis New York, de tout mettre en oeuvre pour recueillir la version des faits chez Bakayoko. «Oui, Monsieur le Secrétaire général. Je le veux bien, mais, ici à Abidjan, personne ne sait où Bakayoko se trouve», aurait répondu l’émissaire sud-africain.

Ban Ki-moon lui promet aussitôt d’instruire Choï à Abidjan pour «régler l’affaire». Effectivement, quelques minutes après, Young Jin Choï, sûrement actionné par son patron depuis New York, appelle Thabo Mbeki par quatre fois, successivement.

Premier coup de fil : «Je pense que l’ambassadeur de France peut nous aider».
Deuxième coup de fil : «Selon l’ambassadeur de France, c’est l’ambassadeur des USA qui pourrait décanter la question ».
Troisième coup de fil : «Selon l’ambassadeur des USA, c’est Soro Guillaume qui peut organiser la rencontre».
Dernier coup de fil de Choï à Thabo Mbeki : «Monsieur le Président, Soro dit que M. Bakayoko est prêt à vous recevoir au Golf Hôtel». C’est donc au QG de Ouattara que la rencontre a eu lieu entre Mbeki et Bakayoko.

Selon nos sources, dans le rapport qu’il a déposé à l’UA, Thabo Mbeki, l’envoyé de Jean Ping, a décrit, avec la rigueur qu’on lui connaît, cette séquestration de Youssouf Bakayoko par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis depuis la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 décembre 2010.

Comment Philip Carter III peut-il nier sa participation à une forfaiture aussi grossière et difficile à cacher ? Peut-être croit-il que les services de renseignement ne fonctionnent pas en Afrique. Il s’est alors mis le doigt dans le nez. Comme un gamin.

Source : http://www.lavoici.net/fr/lecture.asp?ID=6621

23:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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