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11/07/2011

Cote d'Ivoire: "Gbagbo, c'est Jérémie et Job à la fois"

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Interview de Me Cheikh Koussery Ba, du barreau de Dakar
Par Camus Ali / Lynx.info (extraits) :

Lu sur Le Nouveau Courrier n° 263, 9-10 juillet


Camus Ali : On va parler de la Côte d’Ivoire si vous le voulez bien. Pour vous, c’est qui, Laurent Gbagbo ?

Me Cheikh Koussery Ba : Jérémie et Job à la fois ! L’homme politique le plus dénigré et le plus diffamé qui soit, mais aussi le dirigeant africain qui a connu le plus d’épreuves douloureuses tout au long de sa longue marche, à la fois ! Même séquestré, il continue d’être accusé de tous les crimes !

Les disparus du Novotel, pro-Gbagbo notoires, enlevés alors que la résidence présidentielle de Cocody est sous un déluge de feu : c’est Gbagbo !

Le général Guéi, tué avec tous ses proches pendant que le président se trouve en visite officielle en Italie et que ses ministres, officiers, gendarmes sont affreusement assassinés et que c’est la débandade au plus haut niveau de l’Etat : c’est Gbagbo !

Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer enlevé et abattu alors que son enquête sur les magouilles du cacao révèle le rôle du trader Antony Ward de Armajaro, patron […] de LoÏc Folleroux lui-même fils de Madame Ouattara Dominique Nouvian ex-veuve Folleroux, les pratiques spéculatives de la rébellion qui attaque toujours pour entraver la commercialisation du cacao et permettre donc la constitution d’énormes stocks, lesquels ne seront vendus qu’après que les prix se sont envolés à des hauteurs inédites pour des centaines de milliards de bénéfices allant dans les poches de Ouattara, Soro et leurs chefs de guerre : c’est Gbagbo qui l’a tué !

Et que dire de ces innombrables victimes, toujours « ramassées », découvertes et photographiées par les journaux proches de Ouattara au détour d’une rue, mutilées et sauvagement torturées, des morts dont la proximité et les incompatibilités d’humeur avec Ouattara, Soro Guillaume ou leurs chefs de guerre sont avérées : encore Gbagbo ! Les escadrons de la mort, Gbagbo ! Les charniers, à commencer par celui de Yopougon, où le principal protagoniste, un Malien payé en faux billets par Ouattara soi-même et qui, après son élargissement de prison au Mali pour détention et usage de ces faux billets, viendra se répandre dans la presse ivoirienne et confesser sa participation à la mascarade ? Encore et toujours Gbagbo !

Le vrai-faux massacre des femmes marcheuses d’Abidjan où l’on s’est rendu compte qu’entre Hollywood et Bollywood, il pouvait bien y avoir de la place pour les rebelles cinéastes de Ouattara à Abobollywood assistés par l’Afp et les grandes chaînes de télévisions, avec une morte ensanglantée qui se relève, croyant la scène terminée, et qui s’entend hurler en malinké « recouche toi, ce n’est pas encore fini ! » : ne cherchez pas midi à quatorze heures, c’est encore l’effaceur qui est passé par là !

Voilà Laurent Gbagbo côté cour, le monstre que les professionnels du média-mensonge ont fabriqué et dont l’image a été pasteurisée et « vendue » aux naïfs et aux hurluberlus de la terre, tout cela pour en finir avec lui par tous les moyens ! Parce qu’il symbolise la nouvelle Afrique, celle qui refuse de se coucher et qui a décidé de se tenir debout et de marcher vers son destin !

Evidemment, tout cela est peine perdue dans la mesure où les Ivoiriens, même ceux qui ne l’aiment pas, savent à quoi s’en tenir vis-à-vis de cet homme qui est resté constant dans sa démarche et sur qui les humiliations, campagnes de dénigrement et mensonges sordides n’ont eu aucune prise. Aujourd’hui, plus que jamais, son aura est restée intacte, les épreuves qu’il a traversées avec stoïcisme et honneur ayant, en plus et de manière inattendue, contribué à le hisser à une altitude que nul n’aurait osé envisager ! Depuis sa « capturation », comme dit Mme Kandia Camara, ministron de Alassane Ouattara en charge de… l’Education nationale, Laurent Gbagbo est devenu, paradoxalement, le maître incontesté du jeu. […]
L’ombre de sa compétence couvre toute les valses-hésitations de l’incompétent technocrate libéral Ouattara à la commune renommée d’expertise surfaite et à qui l’on ne confierait même pas un quignon de pain ! Les succès de sa politique s’affichent dans toute leur splendeur au moment où l’expert économiste n’arrive même pas à trouver le chemin du début des solutions pourtant annoncées à grands renforts de pub durant sa campagne pour assurer une seule journée normale du train de vie de la Maison Ivoire…

Ce grand conducteur de peuple a subi toutes sortes d’avanies, de souffrances et d’humiliations depuis 1970, six emprisonnements, la torture pour lui et ses proches, des bastonnades, l’exil, des tentatives d’assassinat… S’inspirant de Job, son modèle de patience, il a tout enduré, sans se plaindre une seule fois, sans jamais prendre les armes! Arrivé au pouvoir, il ne s’est vengé de personne, il n’a fait emprisonner personne, ni adversaire politique ni journaliste, alors qu’il a continué à être traité de tous les noms par ces derniers ! Au contraire il a permis un retour au pays des exilés, offert un statut enviable au feu général Guéi, à l’ancien président Konan Bédié et à l’ancien premier ministre Dramane Ouattara, permis à ce dernier de participer à titre exceptionnel à la présidentielle, financé leurs formations politiques à des niveaux jamais atteints au monde (plus d’un milliard annuel par parti politique significatif), réuni tout ce monde autour de gouvernements d’union, en les laissant de plus déverser leur bile sur lui, comploter dans son dos et salir en permanence son nom, etc… […]


Pourtant Laurent Gbagbo n’était le pire en Afrique. Comment expliquez-vous le bloc de ses pairs contre lui ?

Avaient-ils le choix, ces pseudo-présidents, en fait de pauvres marionnettes activées au gré des circonstances ? En privé, à trois exceptions près, ils appelaient leur homologue ivoirien pour l’encourager et lui demander de tenir bon, en public ils ne manquaient jamais d’ajouter leur grain de sel au réquisitoire du jour, histoire de démontrer leur touchante solidarité avec les exigences du maître !

En fait, ces hommes de peu de foi qu’on appelle chefs d’Etats ne sont pour la plupart qu’un ramassis de pignoufs qui n’ont même pas d’estime pour leurs propres personnes, qui ne savent pas pourquoi ils sont là, qui se fichent du jugement de l’histoire. C’est pourquoi cela ne les gêne nullement de travailler sous la dictée d’autres pouvoirs extérieurs, de se mettre au service d’intérêts extérieurs au continent, pourvu qu’on les laisse manger tranquilles et que leur sécurité soit assurée de même que les aides ponctuelles pour compenser leur mauvaise gestion et vu les urgences au pays…

Torturés par le remords d’avoir échangé les intérêts supérieurs de leur peuple contre le doux statut d’agents de l’étranger, de tels dirigeants ne peuvent que détester cordialement les vrais hommes du type de Laurent Gbagbo qui leur rappellent en permanence leur triste condition. Au point qu’ils n’hésitent pas, quand on le leur demande, à leur planter le couteau dans le dos, histoire d’apaiser leur âme corrompue et de ne plus entendre leur conscience, s’ils en ont une, les gronder !

Alassane Ouattara dit vouloir envoyer Laurent Gbagbo devant la CPI. C’est un bon signe pour la réconciliation ?


Non mais, attendez ! Gbagbo, si vous voulez respecter la chronologie des événements, les a envoyés le premier, lui et Soro ainsi que leurs chiens de guerre, devant la CPI, née en 2002, et ce dès 2003 ! A ce moment, la rébellion venue du Burkina, financée, armée et soutenue par Paris, avait déjà fini d’endeuiller la Côte d’Ivoire, 10.000 innocents ayant perdu la vie ! Des documents en lieu sûr sont là, à foison, pour rapporter la preuve indubitable de l’imputabilité de cette rébellion sanglante à tous ces braves messieurs dont même des discours, interviews et séances de confessions sont disponibles.

Dès le 18 Avril 2003, en effet, le gouvernement ivoirien, sans avoir ratifié le Statut de Rome, déposait une plainte qui valait déclaration de reconnaissance de la compétence de la CPI et qui affirmait, je cite : « Conformément à l’article 12-paragraphe 3 du Statut de la CPI, le gouvernement ivoirien reconnait la compétence de la Cour aux fins d’identifier, de poursuivre, de juger les auteurs et complices des actes commis sur le territoire ivoirien depuis les événements du 18 Septembre 2002….Cette déclaration faite pour une durée indéterminée entrera en vigueur dès sa signature », fin de citation.

A son tour Alassane Ouattara confirmera cette déclaration dans ses courriers adressés au Procureur de la CPI le 14 Décembre 2010 et le 3 Mai 2011. Mais il s’empresse de gommer la partie indéterminée de la déclaration ainsi que tous les crimes commis entre le 18 Septembre 2002 et le 28 Novembre 2011, date du second tour de la présidentielle ! D’un coup de gomme, un seul, le plus insupportable des dénis de justice se voit ainsi perpétré ! On ne parle plus des 10.000 morts de Ouattara-Soro pour ne pas avoir à parler des 58 morts de Chirac-Licorne en Novembre 2004 devant l’hôtel Ivoire…

Mais ce n’est pas tout ! Alors que Gbagbo, fidèle en cela à l’esprit, à la lettre et à la logique des signatures des accords de paix, ne poursuit aucun acteur ou chef de la rébellion alors qu’ils sont tous connus, Ouattara, lui, commence déjà par nier la compétence qu’il a reconnue à la CPI ! En quoi faisant ? Eh bien, au moment où il invite le Procureur à enquêter, il engage à l’interne une procédure judiciaire à l’encontre du président Laurent Gbagbo et de certains dignitaires de son régime, officiellement accusés depuis le 21 Juin de crimes économiques, atteinte à la sûreté de l’Etat et crimes de sang.

Auparavant, le 15 Juin, son gouvernement fantoche avait, vous vous en souvenez, décidé de la « mise sur pied d’une commission nationale d’enquête à l’effet de faire la lumière sur toutes les violations des droits de l’homme commises pendant la crise post électorale ». Cela n’est autre qu’une reconnaissance de sa compétence de pouvoir enquêter également sur les crimes de guerre et d’en réprimer les auteurs et commanditaires, les crimes de guerre étant une particularité des violations des droits de l’homme. Il s’y ajoute le fait que le Livre 2 du Code Pénal ivoirien relatif au Droit Pénal Spécial, Titre 1er, pose le principe de la compétence de la justice étatique ivoirienne pour châtier tout auteur, responsable ou complice de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre (dans les articles 137,138 et 139). A quoi rime ce jeu brouillon et suspect du génocidaire installé par la communauté internationale ? N’est-ce pas, là, la meilleure preuve a contrario qu’il n’ose pas, même en pensée, traduire le président Laurent Gbagbo devant la CPI ? Et pourquoi donc ?

Selon l’article 17 du Statut, paragraphes 1a et 1c, « une affaire est jugée irrecevable par la Cour lorsque : a) l’affaire fait l’objet d’une enquête ou de poursuites de la part d’un Etat ayant compétence en l’espèce, à moins que l’Etat n’ait la volonté ou soit dans l’incapacité de mener véritablement à bien l’enquête ou les poursuites ; c) la personne concernée a déjà été jugée pour le comportement faisant l’objet de la plainte , et qu’elle ne peut être jugée par la Cour en vertu de l’article 20 paragraphe 3 ».

Human Rights Watch, Amnesty International et la Division des droits de l’homme de l’ONU ont fait état de crimes de guerre commis par les deux camps, dont le monde entier savait qu’ils étaient entrés en guerre suite au refus par Ouattara de la décision du Conseil Constitutionnel ivoirien de proclamer Gbagbo vainqueur, et non suite à la lecture hors-cadre et hors-délai par le seul président de la Commission Electorale nationale de résultats provisoires-définitifs donnant Ouattara vainqueur, puis la certification de ces résultats burlesques par le représentant du Secrétaire général de l’ONU. Deux camps étaient donc en face : les FDS, ex-FANCI, l’armée régulière du pays mise sur pied dès les premières années de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, d’une part, et la rébellion, d’autre part : le MPCI baptisé à Linas-Marcoussis en janvier 2003 FN par Chirac, puis rebaptisé FRCI le 17 Mars 2011 par ordonnance de Ouattara lui-même qui avait nommé auparavant Guillaume Soro le 3 Décembre 2010 premier ministre et ministre de la défense. Comme le Procureur de la CPI ne peut rapporter la preuve que les crimes de guerre susvisés ont été commis par le seul camp de l’armée loyaliste, on voit d’ici à quoi a finalement abouti l’amateurisme marron du chouchou de la communauté internationale ! Gageons qu’il saura trouver les moyens de se soustraire aux poursuites en se débrouillant aussi, dans son propre intérêt, pour épargner son second couteau et ses cruels com zones…

Mais vous n’êtes pas au bout de vos surprises ! Aux termes de l’article 5 du Statut de Rome, la Cour est compétente pour juger quatre principaux crimes : les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes d’agression. Or la CPI a exclu de son champ d’enquêtes et de poursuites en Côte d’Ivoire les crimes de génocide et les crimes d’agression. Pourtant les faits, les témoignages et les rapports d’enquête des Ong, des nombreuses personnes physiques et morales attestent qu’il y en a eu à profusion.

Même l’ONU, dans le rapport de son groupe d’experts en date du 27 Avril, a été formelle sur l’effectivité des crimes d’agression perpétrés par des Etats nommément visés : le Burkina-Faso, le Nigéria et le Sénégal, impliqués jusqu’au cou dans la guerre ! Il suffit de lire les paragraphes 109, 111 et 130 du rapport précité qui répertorient les véhicules militaires, forces étrangères et contingents présents pour s’en convaincre. Ou alors les révélations faites au cours de la réunion du 1er Mars 2011 par le ministre Patrick Achi à propos de l’aide militaire bilatérale de ces trois pays.
Mais ces trois gouvernements voyous peuvent se frotter les mains dans la stricte mesure où l’exclusion de leurs odieux crimes d’agression du champ d’enquête a pour unique fondement la prescription de l’article 15-bis, paragraphe 5 : la Côte d’Ivoire n’est pas partie au Statut de Rome pour ne pas l’avoir ratifié !

Que dire en revanche des crimes de génocide ! L’article 6 les définit comme « l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux » et suit une longue liste des techniques au moyen desquelles les Dozos et chiens de guerre Frci de Ouattara-Soro ont rayé de la carte du globe des villes, villages et quartiers entiers sous le regard impassible et les hochements de tête des casques bleus de l’ONU et des bérets rouges de la force Licorne dont la complicité passive, comme au Rwanda, est indiscutable ! Aussi bien dans l’ouest ivoirien que dans les villes et villages de la boucle du cacao jusqu’aux quartiers populaires d’Abidjan foncièrement pro-Gbagbo, les responsables sont formellement désignés par les rescapés des massacres eux-mêmes, par l’ONU prise de remords pour avoir confondu « protéger les civils » et guerroyer à côté d’une rébellion qu’elle a transportée, équipée, soignée, armée et nourrie, par la Croix-Rouge internationale, par Caritas et Amnesty International dans un rapport exhaustif sur les événements de Duékoué le 29 Mars.

Vous savez certainement qu’il existe un document appelé « Accord Négocié » qui régit les relations entre la CPI et l’ONU. Aux termes de cette convention, la Cour est placée sous la dépendance financière, matérielle, administrative et technique de l’Organisation !

Même pour le choix des avocats, alors que Laurent Gbagbo a la chance d’en avoir de très bons dans son parti dont d’anciens bâtonniers et hauts magistrats reconvertis, sans compter ceux d’autres pays africains et occidentaux qui ont fait leurs preuves sur tous les fronts, on lui a assigné des conseils commis d’office qu’il ne connait pas et à qui donc il ne peut se confier, certains ayant manifestement peur de ce qu’il a à dire ! Et encore, ces avocats commis par la CPI-ONU se plaignent de la censure et du goulag dans lequel ils sont condamnés à exercer leur mandat, leurs communiqués sur les conditions de détention ayant été vidés de toute leur substance par leurs « mandants ».

Pour ce qui est de ses avocats habituels dont votre serviteur, ceux qui vivent et travaillent sur le sol ivoirien sont, soit en exil, soit en un lieu sûr, étant suffisamment avertis des méthodes du pouvoir ivoirien et de ses sbires. Ce qu’ils ont vécu et les échos qu’ils ont reçus de certains récits les ont confortés dans l’intime conviction que le régime liberticide du binôme Ouattara-Soro n’a pas l’intention de reconnaître à Laurent Gbagbo et aux personnalités de son régime la jouissance minimale de leurs droits fondamentaux d’êtres humains. Et le plus affligeant est que le régime totalitaire du président de la communauté internationale est sournoisement encouragé dans cette dérive liberticide par ses parrains français ! Il n’est que de constater la délectation avec laquelle ils ont savouré l’accueil réservé aux confrères français à l’aéroport de Port-Bouët pour s’en convaincre, ainsi que l’omerta qu’ils observent sur la question ! Encore heureux que Maître Vergès et Ceccaldi soient rentrés vivants à Paris, cette chance ne pouvant bénéficier à des avocats noirs pour la raison évidente que ces rebelles négriers savent qui ils peuvent avoir droit de vie ou de mort !

Au total, vous comprendrez aisément que la CPI, qui ne saurait se permettre de salir l’Onu, soit ipso facto obligée de consacrer l’impunité dans le traitement de ce dossier ivoirien. En tout état de cause, elle joue à pile ou face sa crédibilité, tout comme son employeur qui a déjà perdu la sienne propre, et de manière irréversible en Côte d’Ivoire !
La CPI sera jugée sur les faits et non sur les grandes proclamations de principe. Si elle est réellement une juridiction attachée à dire le droit, elle aura toute la latitude de le prouver dans le traitement de ce dossier ivoirien, en allant jusqu’au bout, en explorant toutes les pistes pour frapper sans discernement ni discrimination tous les responsables et coupables des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pour lesquels elle a affirmé sa compétence !
Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis par les deux camps belligérants, celui de Ouattara ayant commencé dès le 18 Septembre 2002, celui du régime légal et légitime du président Laurent Gbagbo étant en légitime défense à partir du 28 Novembre 2011. Mais les crimes les plus épouvantables ont été commis par des catégories de personnes formellement identifiées et qui doivent être, en conséquence, impérativement jugées pour leur participation à la guerre contre le régime légal et le peuple ivoirien

Ces personnes sont les casques bleus, les soldats de la force Licorne, les responsables des banques et de l’Union Européenne. Quels crimes ont-ils commis ? Le monde entier le sait !

° Ils ont pris pour cible des civils et des objectifs civils, occasionnant des milliers de morts innocents dans des hôpitaux, des campus universitaires, des camps militaires dans lesquels vivent des familles, dans des centres commerciaux, aux abords de la résidence de leur président bienaimé qu’ils étaient venus soutenir par leur présence, etc…Un premier décompte estime ces martyrs à près de 7.000 dont 2307 qui formaient un bouclier humain autour de la résidence de leur leader !
° Ils ont, unilatéralement, sans respecter le préavis légal des 45 jours et sur ordre direct de Nicolas Sarkozy, fermé les principales banques où les personnes physiques et morales ivoiriennes détenaient leurs avoirs, causant à cette clientèle et à leurs milliers de travailleurs des préjudices irréparables.
° Ils ont décrété des sanctions criminelles à l’encontre des ports ivoiriens, entraînant une rupture des soins des malades souffrant d’insuffisance rénale et des infections liées au Vih sida, ainsi que des pertes incommensurables aux personnes physiques et morales de droit ivoirien vivant de l’achat et de la vente du cacao, du café et des autres produits agricoles victimes de l’ignoble embargo.

Toutes les souffrances que voilà et ces innombrables décès d’êtres humains innocents sont constitutifs, non seulement de crimes contre l’humanité, mais également de crimes de guerre, que l’article 8 alinéa 2-a) iii qualifie « le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé », « dans le cadre d’un plan ou d’une politique, ou lorsqu’ils font partie d’une série de crimes analogues commis sur une grande échelle », précision apportée par l’alinéa 1er du même article 8.

Au total la balle est dans le camp de cette CPI. Personnellement, je pense qu’elle ne peut pas juger Laurent Gbagbo, ce pour trois raisons que j’ai tenté de vous expliciter rapidement : d’abord, la procédure est irrecevable, ensuite, il n’y a pas de preuves suffisantes contre lui et, enfin, dans ce dossier la CPI ne peut être ni impartiale ni indépendante !

Quant à Ouattara, pour en revenir à votre question, le mot « réconciliation » est aux antipodes de son histoire personnelle, inconnu dans son lexique et incongru dans sa bouche ! Avec son âme damnée, Soro Guillaume, ils n’excellent que dans un seul sport, qui est d’ailleurs leur raison de vivre : tuer, beaucoup tuer, encore tuer, toujours tuer ! Mais le meurtre judiciaire qu’ils préparent à Gbagbo risque de les emporter dans la tombe ! Et s’ils persévèrent dans leur cinéma judiciaire, leur main droite risque d’attraper leur main gauche ! En Côte d’Ivoire, à La Haye ou ailleurs de par le vaste monde, un jugement éventuel de Laurent Gbagbo sonnera le glas pour ce duo infernal qui connaitra ce jour le jour de son jour qui sera son mauvais jour, comme on dit à babi…

Avez-vous des reproches en tant qu’intellectuel contre l’Union Africaine et contre la CEDEAO dans le drame ivoirien ?


Un ouvrage ne suffirait pas pour dresser la liste de ces reproches, et encore, j’en oublierais ! Pour l’Union Africaine, le problème est tout simplement structurel, il lui faut arracher son indépendance de l’Union Européenne, refuser le moindre centime d’euro de cette dernière dans son budget. Seule cette autonomie financière coupera le lien ombilical l’unissant au syndicat nostalgique des anciens colonisateurs et lui permettra de s’affranchir de cette tutelle pesante. Un chef d’Etat comme Laurent Gbagbo a pourtant indiqué le chemin à suivre pour obtenir cette autonomie financière : constituer un fonds à partir d’un pourcentage insignifiant des recettes d’exportation du principal produit-vedette de chaque Etat membre, et le tour est joué. Evidemment, seul des Etats réellement indépendants peuvent se permettre une telle initiative !

Ayant activement participé au dernier Sommet tenu à Addis-Abeba en fin Janvier-début Février 2011, j’ai pu mesurer le degré de dépendance de l’Union avec les ingérences insupportables des « délégués » européens, leur omniprésence et leur activisme suspect dans les couloirs, leur grand nombre poussant à se demander si on était réellement à un sommet africain sur le sol africain ! J’ai tenté une expérience que je ne regrette pas, soit dit en passant, en me rapprochant de la table des délégués français emmenés par Sarkozy, en me faisant passer pour un lobbyiste d’Alassane Ouattara. Leur accueil cordial et les propos qu’ils m’ont tenus m’ont définitivement conforté dans l’intime conviction qu’il nous sera extrêmement difficile, à nous, pauvres Africains, de nous émanciper de ces sangsues !

S’agissant de la Cedeao, son problème est qu’elle réunit trop de pauvres Etats ! Et, comme de juste, ce sont les pays francophones les plus pauvres de la planète qui contrôlent cette organisation avec le Nigéria toutefois, un Etat dont l’influence ne cohère malheureusement pas avec les potentialités. Pendant que vous y êtes, connaissez-vous au monde un seul pays exclusivement francophone qui soit développé ou même en voie de l’être ? Ne cherchez pas trop : il n’en existe pas ! Il s’y ajoute que tous ces pays, appauvris suite au pillage structurel de la colonisation, ont besoin de la France. La France, pour sa part, n’a pas besoin d’eux sauf pour leur faire faire de sales besognes ! Faites le parallèle avec la Côte d’Ivoire pour comprendre : ce pays a la chance de ne pas avoir besoin de la France, mais, pour son malheur, la France a besoin de lui !

Quand Alassane Ouattara dit qu’il a des financements pour reconstruire la Côte d’Ivoire, sous quel angle le voyez-vous ? Les institutions financières internationales, c’est la formule pour la Côte d’Ivoire actuelle ?


Alassane Ouattara ne reconstruira rien du tout, et il le sait mieux que quiconque pour être un des pions du système inique qui régente le monde ! Il n’a aucun financement et n’en aura pas ! Ceux sur qui il comptait naïvement n’ont pas la tête à ça, leur priorité étant manifestement, dans un contexte de morbidité générale, à trouver de l’argent frais pour voler au secours de nations européennes en faillite tels la Grèce, le Portugal, l’Irlande. Le chouchou de la communauté internationale escomptait que ses parrains lui apporteraient 13 mille milliards de francs Cfa, il n’a pu obtenir, avec des regrets, que… 197 milliards ! Assortis de conseils du genre : faites comme Gbagbo qui ne s’est jamais endetté durant la décennie qu’a duré la crise, malgré la partition du territoire en deux, le maintien d’une seule frontière (avec le Ghana), les détournements par la rébellion des richesses agricoles et minières du pays via les Etats voisins et une certaine organisation internationale, les conditionnalités des institutions anti-vie de Bretton Woods qui ont été tant et si bien respectées qu’elles ont permis à un pays en guerre, gérant 37% de son territoire et assurant tant bien que mal les besoins des 100% de sa population sans tendre la main à quiconque, de voir le bout du tunnel et d’arracher au FMI et à la Banque Mondiale le point de décision !

Madame Doris Ross ne s’y est pas trompé en rendant hommage à la politique économique exemplaire de Gbagbo et à sa saine gestion des finances publiques par ces mots : « Le FMI est strict avec la Côte d’Ivoire mais aussi objectif », cette appréciation venant après les deux prix décernés au pays pour récompenser la meilleure gestion des finances publiques dans un pays en crise.

Le gouvernement de Laurent Gbagbo a réussi, en dépit de toutes les contraintes liées à la guerre, à relativiser et marginaliser le rôle et la place des institutions internationales dans la marche de nos économies. Les socialistes ivoiriens ont montré le chemin à l’Afrique qui veut se libérer : compter sur soi-même et mettre en valeur ses propres ressources. Une des causes principales de la guerre qui a été faite à la Côte d’Ivoire patriotique est à chercher d’ailleurs dans la volonté de porter un coup d’arrêt à cette nouvelle forme de gestion autocentrée avec pour mamelles la refondation et l’économie sociale de marché.

Pour qui veut se persuader que la solution aux problèmes de la Côte d’Ivoire est endogène et ne se trouve pas dans le recours aux institutions internationales ou dans le carrousel de la dette bilatérale, il n’est que de se renseigner sur le bilan de la présence du « brillant » Ouattara à la tête du pays entre 1990 et 1993. Dans cet intervalle il est aux commandes et il a les coudées franches puisque Houphouët-Boigny, malade, se soigne à l’étranger. Le pays n’est pas divisé, il n’est pas en guerre, il n’y a aucun embargo d’aucune sorte, pas d’occupation militaire de l’étranger, donc pas d’effort de guerre.

Notre tête d’œuf, as des théories macro-économiques, poussera pourtant le riche pays dans l’abîme de la faillite avec une rapidité stupéfiante ! Formaté par ces institutions, il était venu appliquer à la lettre un plan-miracle dont la Côte d’Ivoire a mis vingt ans pour se relever ! Vous vous en rendrez compte aisément en passant en revue les statistiques relatives aux agrégats, que je tiens à votre disposition, et en les comparant avec les résultats de la gestion Gbagbo également disponibles.

Cela dit, les fanfaronnades de Ouattara n’émeuvent plus personne car on connait l’homme. Après son grotesque simulacre de travestiture ou simulsacre d’investiture de Yamoussoukro qui a coûté pas moins de 21 milliards de francs dans un pays dévasté par la guerre, il était attendu au tournant. S’exprimant sur une des télévisions de ses sponsors, cette chaîne qui a enfilé les mensonges 24 heures sur 24 six mois durant pour accompagner le coup d’Etat sanglant de la France et de l’Onu qui l’a porté au pouvoir, il s’était permis de tancer Laurent Gbagbo en lançant ces mots : « le président Gbagbo a utilisé l’argent de l’Etat pour se maintenir au pouvoir, moi je vais développer ce pays ! ». Allez demander aux Ivoiriens ce qu’ils en pensent !

Comment expliquez-vous qu’un opposant en Afrique puisse attirer tant d’admiration des Occidentaux comme Alassane Ouattara ?


Evidemment, s’il est un bon cheval de Troie de leurs intérêts, pourquoi n’en feraient-ils pas leur chouchou ? Cela vous étonne ? Ouattara, sitôt nommé premier ministre par le vieux président moribond, s’empresse de vendre toutes les entreprises d’Etat de la Côte d’Ivoire, parfois au franc symbolique, aux amis de Chirac et Sarkozy ! L’Etat français, à travers des sociétés-écran, achète pour des cacahuètes toutes ces entreprises, soit près de 82% du tissu industriel ivoirien, contribuant pour 55% aux recettes budgétaires.

En toute illégalité, les marchés se passent par entente directe, au gré à gré. Le groupe Bouygues et ses tentacules se frottent les mains : les doigts dans le nez, sans le moindre effort, l’agent Ouattara leur sert sur un plateau d’argent les trois secteurs les plus sensibles, les plus délicats qui soient, ceux qui, dans tout Etat, sont considérés comme les secteurs de souveraineté par excellence : l’eau, l’électricité, le téléphone. En partenariat technique avec France Telecom pour ce dernier secteur, Martin Bouygues, roi mondial du béton, propriétaire de Tf1 et d’une kyrielle d’organes de presse, se voit offrir également les deux premiers, mais aussi la plate-forme pétrolière d’Azito, les Grands moulins, le gaz, l’exploitation de l’or et du diamant, le chantier du troisième pont d’Abidjan ! Bolloré n’est pas en reste et se sucre dans le transport multimodal et les ports.

Au total, ce ne sont pas moins de 70 entreprises d’Etat qui sont cédées au privé français pour seulement la minable somme de 322 milliards F Cfa là où, bien négociée, une seule licence de téléphonie peut faire tomber dans l’escarcelle d’un Etat au moins 200 milliards ! Le plus souvent, le premier ministre Ouattara cède les entreprises au franc symbolique. Le comité de pilotage des privatisations monte, en général, les dossiers avec toute la rigueur requise, mais c’est uniquement pour la forme, les cahiers de charges sont royalement ignorés !

Pour son retour au pouvoir, ses maîtres ont mis le prix qu’il fallait : un coup d’Etat continu qui n’a abouti que neuf ans plus tard, quelques dizaines de milliers de victimes, un pays dévasté, des centaines de milliers de réfugiés, le tissu social irrémédiablement déchiré, la réconciliation compromise à jamais, avec un risque permanent de reprise des affrontements et d’embrasement d’un conflit pas encore fini vu qu’il n’y a aucune force capable de mettre un terme aux exactions des bandes armées de Ouattara qui continuent de tuer dans l’impunité totale, sans commandement ni chef.

Mais dans ce cas précis, rétrospectivement, les Occidentaux peuvent se demander si le jeu en valait la chandelle ! Ouattara a été installé, certes, mais il semble qu’il ne pourra être d’aucune utilité cette fois-ci pour le grand capital, le stratège Gbagbo ayant pris la sage précaution de tout verrouiller ! A part les concessions sur l’eau et l’électricité et les ports, les capitalistes français n’ont rien trouvé à se mettre sous la dent ! Même le cacao volé, une fois débarqué au Havre, se retrouve dans les mains des légitimes propriétaires chinois !

Certes, des marchés ont été cassés pour être repris au bénéfice des amis, notamment cet ouvrage hydraulique à Soubré pour l’édification duquel la Côte d’Ivoire apportait 30%, la Chine complétant le reste, et qui est concédé maintenant aux entreprises françaises s’engageant à le construire cinq fois plus cher sans apport de la partie ivoirienne, mais à un taux d’intérêt de dupe ! La justice est d’ailleurs régulièrement saisie pour vider de tels contentieux, comme pour d’autres marchés de moindre envergure volés à leurs récipiendaires! Certes, le grand économiste va revendre toutes les entreprises d’Etat, mais la curée ne sera pas aussi intéressante qu’au siècle dernier ! Pour le reste, les contrats ont été si bien ficelés que les retardataires n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Pour le reste, ne vous y trompez pas, chaque fois que vous verrez les puissances occidentales aux petits soins pour un opposant africain en quête du pouvoir suprême, soyez sûr qu’il ne s’agit que d’un domestique qui va leur restituer au centuple milliard leur soutien une fois ce pouvoir obtenu ! La démocratie n’est qu’un prétexte qui ne trompe plus personne !

L’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kâne pense que Laurent Gbagbo est un dictateur…

Ah oui, il l’a dit ? No comment, serais-je tenté de vous répondre. Il est libre de le penser ! Mais dans ce registre, et avec l’autocrate qui nous pompe l’air au pays, ce grand écrivain dont je m’honore d’être le compatriote doit en connaître un rayon ! En matière de dictature, le Sénégal conserve toutes ses chances de figurer dans le top 5. Si le doyen Kâne, dont le sens de la pondération, de l’honneur et de la dignité sont unanimement reconnus au Sénégal, a vraiment fait cette caractérisation, alors Laurent Gbagbo devrait prendre cela, venant d’un compatriote de Wade, comme un compliment ! Je n’en dirai pas plus…

Me Cheikh Kouressy Ba Avocat à la Cour de Dakar

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

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