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19/09/2011

Côte d'Ivoire: Les balayeurs d’Abidjan en ont marre de travailler pour des prunes

16/09/2011 / Côte d'Ivoire
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Ils font partie du paysage de la Côte d’Ivoire de l’après crise. Vêtus de blouses ou de chasubles, ils passent 4 à 6 heures par jour accroupis dans la poussière d’Abidjan. Ces balayeurs et balayeuses sont aujourd’hui les victimes collatérales de l’"opération pays propre" lancée par le nouveau gouvernement.

Au lendemain de son arrivée au poste de président de la République, Alassane Ouattara a fait du nettoyage d’Abidjan une des priorités de sa politique de reconstruction du pays. Depuis plusieurs mois, les bulldozers du ministère de la Salubrité urbaine rasent les commerces et maquis construits de manière anarchique, parfois au grand dam de certains comme c'est le cas dans la rue Princesse.

"Le patron ne nous fournit ni balai ni sceau"

Et à côté des tracteurs à chenille qui sillonnent toutes les communes de la ville, les balayeurs de rue se sont multipliés. Des hommes mais surtout des femmes qui ont saisi une opportunité unique de travailler à l’heure où les activités économiques étaient au point mort. Mais si aujourd’hui, Abidjan a retrouvé des allures de ville propre, les conditions de travail de ces balayeurs se sont précarisées.

Notre Observatrice, Muriel (pseudonyme), est balayeuse à Yopougon.

J’ai été embauchée il y a cinq mois pour balayer les rues de la commune. Bien sûr j’ai accepté, parce que je voulais nourrir mes trois enfants. On m’avait dit que le salaire s’élevait à 2500 francs CFA par jour [3.80 euros]. En fait, je suis payée 1500 francs CFA [2.30 euros] par jour pour travailler de 6 heures à midi environ. Le plus gros problème, c’est le patron qui ne nous fournit pas de balai ni de sceau. Aujourd’hui par exemple, je n’ai pas déjeuner parce qu’il fallait que je me rachète un balai qui m’a coûté 300 francs CFA [0.50 euros]. Le matériel s’use très rapidement. C’est comme ça depuis cinq mois, sans compter les arriérés de paiement." Au mois de juillet dernier, la presse nationale rapportait que des employés d’une société de nettoyage avaient fait grève, las de travailler sans être payés.

"Ils nous ont donné un seul cache-nez au début et il est usé depuis bien longtemps"


Jean, 26 ans, est balayeur depuis le mois de mai mais lui ne peut pas se permettre de faire grève à cause d’un loyer trop élevé. Ce qui l’inquiète le plus aujourd’hui, ce sont ses problèmes respiratoires.

Mes patrons ne m’ont jamais proposé de faire une visite médicale alors que je tousse de plus en plus fréquemment à cause de la poussière. Ce n’est pas normal parce qu’après les événements qui ont suivi l’élection, j’ai même dû ramasser des cadavres à Yopougon ! Plusieurs d’entre nous sont d’ailleurs tombés malades. Ils nous ont donné un seul cache-nez [un masque de protection en papier] au début mais il est usé depuis bien longtemps."

"Des sociétés qui travaillaient sans cadre légal ont promis à des personnes sans emploi qu’elles seraient payées"


Selon notre Observateur Suy Kahofi, la situation de ces salariés est précaire parce que bien souvent, leurs employeurs n’ont pas signé de contrats avec les autorités publiques et ne perçoivent donc pas d’argent public. (Suy Kahofi a posté un billet ce sujet sur Mondoblog).

Après la crise, il y a eu plusieurs appels d’offre de la part des autorités qui mettaient sur pied l’ "opération ville propre". Normalement, une entreprise doit signer un contrat avec une mairie. Puis elle se charge du recrutement et du paiement des salaires des employés, grâce à l’argent public qui lui est versé. Mais les sociétés fantômes, qui espéraient se voir allouer des fonds publics, se sont multipliées. Elles ont promis à des hommes et femmes au chômage qu’ils seraient payés une fois qu’elles-mêmes recevraient l’argent de l’Etat.

La plupart des balayeurs sont recrutés sur le terrain par des intermédiaires qui les supervisent et leurs promettent chaque jour qu’ils seront payés. Dans l’espoir de toucher ce salaire, ils continuent à travailler. Mais ils ne savent pas du tout ce qui se passe au-dessus d’eux et si l’argent existe. Certains balayeurs n’ont même jamais vu leur patron."

Joint par FRANCE24, Pierre Demba, le coordonnateur du PUIUR (Projet d’urgence d’infrastructures urbaines, un programme de la Banque mondiale lancé en Côte d’Ivoire en 2008) est depuis le mois d’avril en charge de la réalisation de l’ "opération ville propre" sur le terrain. Il reconnaît qu’une certaine confusion règne dans les rues d’Abidjan : "Juste après la crise postélectorale, des ONG avaient fait appel à des volontaires pour nettoyer la ville. Lors du lancement de l’ "opération ville propre", le 20 avril dernier, nous sommes allés à la rencontre de toutes ces structures informelles pour leur demander de cesser leurs activités parce qu’elles n’avaient aucun cadre légal. Aujourd’hui, des balayeurs continuent de descendre travailler parce que des gens leur ont promis un salaire". Pierre Demba assure que, dans la mesure du possible, les personnes escroquées seront indemnisées et que les autorités feront disparaître les sociétés illégales.

source: les observateurs de france 24.

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