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02/11/2011

Lybie: La gloire du vaincu

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Lumumba est revenu sur ses pas vers la mort, Sankara est allé la défier, Khadafi ne l’a pas fui. Face à cette trilogie du destin, Joseph Enoumé clame : « Mieux vaut mourir que d’abdiquer, lorsqu’on défend une cause juste et noble : son peuple ». Pour lui, l’assassinat du Guide libyen, comme ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, place les Africains au-devant de leurs responsabilités à assumer face à l’Occident et ses intérêts.

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L’imbécile tend le cou, le lâche se rend, le sage se frappe. Car, tel est le seul acte de bon sens, face à l’acharnement barbare. Mouammar Kadhafi le savait. Il ne le savait que trop bien. Mais il y a une manière plus digne, plus religieuse et plus africaine de se frapper. C’est celui là qu’ont emprunté la plupart des martyrs africains tombés sous les balles des suppôts de l’occident conquérant : Lumumba est revenu sur ses pas à la rencontre de la mort ; Sankara est allé la chercher, abandonnant les siens en plein réunion dans la maison du peuple ; Khadafi l’a attendu dans sa ville natale. A Syrte.

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Mieux vaut mourir que d’abdiquer, lorsqu’on défend une cause juste et noble : son peuple. Telle est la devise et le refrain éternel de l’hymne des martyrs africains. Ainsi Mouammar a tiré sa révérence, sous les balles des siens, après quarante ans de gratuité complète. Ainsi les Libyens ont transformé leur beau pays en un champ de ruines, aidés à la tâche par les frappes amicales de l’OTAN, ces « bons » venus délivrer « les justes » d’entre les mains du « méchant ». « Les bons », ceux qui n’ont su donner à leur peuple qu’une dépravation enivrante.


On pourrait le dire sans risque de se tromper, se réclamer homosexuel ou lesbienne et faire allégeance à toutes les formes d’exploitation semblent être aujourd’hui la nouvelle forme de démocratie. Et le peuple libyen le comprendra à ses dépends que ces bombes, à forte odeur de pétrole qui ont réduit au silence la seule voix osée d’Afrique et causé tant de morts, n’ont qu’un seul et unique nom : « l’intérêt ». Bientôt arrive l’ère où les pauvres d’Occident, croupissant sous un endettement phénoménal, viendront sauver le riche peuple libyen. Paradoxe n’est-ce pas ? Pauvre Afrique !…

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Une seule question revient aux lèvres. Où a-t-on vu des hommes conscients jubiler sur le sang de leur martyr ? L’Afrique, en dépit de la démocratie sarkozienne, attendra longtemps pour voir de nouveaux Khadafi capables de dire non aux maîtres incontestables et magnifiés.
On le sait, nul n’est plus méchant envers le Noir que son propre frère. Cela, l’Occident l’avait vite compris. Pour un péché véniel, l’Occident trouvera toujours des chargés de la salle besogne pour l’aider à imposer son hégémonie, car tel est le rôle de ces égocentristes qui répandent le sang de l’Afrique pour ensemencer les champs désertiques des métropoles babyloniennes.

Dans la plupart des capitales africaines, la journée du jeudi 20 octobre 2011 restera gravée dans les mémoires. Certains ont arrêté leur poste radio et éteint leur téléviseur pour ne pas écouter l’insulte proférée à tout un continent à travers l’annonce triomphaliste de la mort du guide Libyen par des médias occidentaux.

Mais n’ayons pas peur des mots, pourquoi l’Afrique entière semble endeuillée, révoltée face à une brimade et une agression inacceptables, alors qu’on observe des scènes de liesse en Libye ? On pourrait tout aussi se demander pourquoi les yeux libyens se sont aveuglés devant le bien que leur a fait le Colonel ? Comme qui dirait, il fallait peut-être plus, il fallait peut-être mieux. Mais quant aux bombes de l’OTAN, dont les ravages indélébiles marqueront à jamais l’esprit des générations entières, elles nourrissent inéluctablement aujourd’hui des revanches dont se chargeront les lois de la nature.

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Reconnaissons-le, le cas de la Libye est le plus patent. Il ressemble aujourd’hui aux égarements d’un enfant gâté. En quarante ans, mieux que quiconque, Al Mouamar a pourvu les Libyens de gratuité en tout : Logement, hôpitaux, écoles, nutrition, soins médicaux. A Benghazi, foyer de l’insurrection, il a même transformé le désert.

Mais lorsque ces hommes et femmes rencontrent des journalistes étrangers, ils leur disent qu’ils veulent la liberté et la démocratie. Ils préfèrent le capitalisme sauvage occidental où les plus riches tournent en esclaves les autres ; ils veulent des enfants qui assassineront leurs camarades par dizaines en plein cours ; ils veulent d’un système où les médias manipulent l’opinion publique ; ils veulent d’un système où les puits de pétrole appartiennent à une minorité ; ils veulent d’un système où la banque nationale appartient à un individu et qui frappe des papiers sans grande valeur qu’elle échange contre des obligations de l’Etat ; ils veulent d’un système où les membres d’une confrérie créent deux partis où qui alternent au pouvoir au nom de la démocratie ; ils veulent être privés de la gratuité de leur biens ; ils veulent que les multinationales dirigent leur pays ; ils veulent…

Mais personne n’est dupe. Après l’échec du monde bipolaire, le visionnaire libyen a voulu amorcer un sentier de libération pour tout le continent noir. Un projet divin, courageux, et faramineux qui lui a valu l’acharnement inexplicable et inadmissible de l’axe du bien. Tous avec le même refrain, haro sur Khadafi. Il n’en est pas jusqu’au faux Africain au visage multicolore d’Obama. Ne dit-on pas souvent qu’un enfant est plus l’enfant de ses éducateurs que celui de ses géniteurs ? En tout cas, le messie africain, celui qui devait libérer la terre de ses ancêtres a présenté la mort du guide Libyen comme un trophée de guerre, alors que les indignés américains et les va-nu-pieds français scandent leur misérable existence à qui veut les entendre. Nous comprenons qu’il ne sera jamais un Martin Luther King.

Quant à Khadafi lui-même, on met à son actif le fait qu’il soit dictateur avec des milliards en banque. Franchement ! Où a-t-on vu un chef d’Etat pauvre en Occident ? Et au moment où les scandales éclatent les uns après les autres ! Nous savons que Silvio Berlusconi, Dimitri Medvedev, Nicolas Sarkozy et les autres auraient été Africains qu’ils seraient passés à l’autodafé pour délit de corruption et de dictature. Le peuple français a-t-il condamné un seul de ses dirigeants pour les mêmes raisons au moment où celles-ci font légendes au sein de sa classe politique vis-à-vis du continent noir ? Le financement de la campagne présidentielle en France par des présidents africains est-il légal ? Un Africain a-t-il le droit de détourner l’argent des contribuables français et vivre en toute quiétude et dans l’impunité totale sous prétexte que c’est de l’argent volé à l’étranger ? Il se peut que la dictature de Khadafi soit liée à sa trop grande longévité au pouvoir ! Mais pourquoi Obama et Sarkozy ne cassent-t-ils pas toutes les monarchies du golfe ?

Mais peut-on vraiment importer une démocratie ? Beaucoup pensent que la démocratie est l’expression de la maturité d’un peuple souverain dont la vision et l’ultime dessein convergent vers la réalisation d’un idéal collectif. En ces termes, elle ne serait donc pas une passerelle qu’emprunteraient toutes les orgies dans le but d’imposer à la décence et aux mœurs les égarements d’une civilisation mondialiste et syncrétiste.

Ainsi, et il faut que la jeunesse le sache, du Général de Gaulle à Sarkozy, la démocratisation avec ses corolaires que constituent la bonne gouvernance et les droits de l’homme, pour ainsi dire, a toujours constitué un alibi de déstabilisation jeté comme un mauvais sort sur le peuple noir, dans l’ultime but de le spolier, tout en se gavant d’un enrichissement météorique qui garantit le bien être de leur peuple.

Si la démocratie était un cours d’histoire ou de physique, le peuple le plus idiot l’aurait déjà récité à gorge déployée comme un chant d’oiseaux. Mais nous comprenons qu’elle a ses préalables. Elle implique fatalement la souveraineté du peuple puisqu’étant le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Autant le dire, une démocratie qui voyage en porte-avion n’apportera jamais le bien être, mais la tristesse, la souffrance et la pauvreté car elle ne sera rien d’autre que la fondation d’une mondialisation dont le dessein est de déposséder les peuples faibles de leurs richesses au profit des lobbies mafieux. Retenons le, l’esclave ne sollicite pas de son maître les moyens pour s’affranchir. C’est la pire des erreurs qu’ont commis les Ivoiriens et les Libyens, pour ne citer que ceux là.


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Si Laurent Gbagbo a essayé de compter sur la ferveur pentecôtiste qui peut s’apparenter à l’Islamisme pour offrir une souveraineté à son peuple, les anges de la mort l’ont bien perçu. Le message et la rétribution furent grands : Des milliers de jeunes Ivoiriens ont été bombardés par la force onusienne et la Licorne pour la libération de la Côte d’Ivoire... Des morts aujourd’hui se comptent par milliers et les blessures morales prendront du temps pour se refermer. Tout cela pour l’amour de l’Occident à l’endroit de la Côte d’Ivoire. Le bien-être de ce peuple de feu Houphouët leur tient tellement à cœur qu’ils livreraient tous leurs enfants à le défendre.

Mais la vérité a la peau dure. A peine les morts ivoiriens enterrés, l’esclave a repris sa place. Le prince ivoirien invité au sommet du G8 a fait profile bas. A la place des milliards annoncés, il a eu droit à un album souvenir. En attendant, au moins dix générations de jeunes Ivoiriens devront travailler dur pour payer les intérêts sur les bombes lancées sur leurs ancêtres. Leçon d’amour…

Plus idiot pourrait dire tournée cette page noire de l’histoire africaine. Sous le couvert de mêmes prétextes, des bombes continuent de pleuvoir sur le continent noir. La Côte d’Ivoire et la Libye de Mouamar Khadafi en sont une illustration vivante. L’attaque de l’Algérie ne serait nullement pas une surprise pour les observateurs avertis. Mais au regard de tous ces morts, on pourrait se demander pourquoi la démocratie fait autant de victimes en Afrique ? Qu’est-ce qui a en réalité changé dans la politique occidentale de l’Afrique ? Pas grand-chose si non des mots. Comme qui dirait, comme en marketing, c’est l’emballage qui a changé, le produit reste le même. On est ainsi parti de la traite des noirs à la colonisation, de la colonisation au néocolonialisme, du néocolonialisme à la démocratisation avec pour dénominateur commun les bombes, les morts, l’asphyxie de l’Etat et l’exploitation des ressources. Toujours le sous-sol !

Si la jeunesse ne prend la question à bras le corps, l’Afrique ne verra jamais la fin de la décolonisation pacifique prônée par le Général de Gaulle, laquelle est en réalité un renoncement par les Africains à leur sous-sol. Pour cela, les jeunes Africains doivent tout simplement se dire que les lances, les armes de chasse et les arbalètes qui ont servi autrefois à leurs parents ont montré durant des années leurs limites. Les derniers conflits en Côte d’Ivoire et en Libye montrent qu’il ne suffit non plus d’aller chercher quelques kalachnikovs qui ont servi lors de la Deuxième Guerre mondiale pour se bomber le torse et jouer le fort. La force aujourd’hui se résume en sa capacité à contrôler son espace aérien et à répondre à des attaques de longues distances avec des armes qui inspirent la souveraineté d’un peuple et manifeste sa maturité.

La jeunesse se mettra certainement les mains sur la tête en se demandant si elle arriverait à fabriquer les avions furtifs. Loin s’en faut, ce suivisme est la première arme qui a condamné nos nations à l’impuissance. Tout réside dans la tête. Un petit générateur qui ferait exploser tous les missiles nucléaires d’un pays rendrait celui-ci vulnérable envers sa propre défense et inspirerait respect, reconnaissance envers tous les Etats qui disposeraient d’un tel gadget. Les exemples sont innombrables. On peut penser aux systèmes qui peuvent brouiller les avions à de longues distances par émission d’une énergie quelconque. Aussi, tous les scientifiques africains doivent cesser d’être des scientifiques du Tiers monde, terme réducteur qui les restreint en des simples magasins de théories inutiles. Ca se sait, seule la révolution scientifique basée sur l’effort individuel ou collectif libérera l’Afrique.

Au nom de la démocratie et des Droits de l’homme, le continent noir devra encore attendre. Khadafi est tombé sous les bombes de l’OTAN, retrouvant bien d’autres comme Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumie et bien d’autres tombés sous les balles coloniales. Mais à jamais leur mémoire restera gravée dans la conscience africaine. Celle qui bannira à jamais les suppôts du diable qui, à cause des sentiments de basse vanité, ont livré notre continent à l’autel du mépris et de la médiocrité.

Triste destin que celui de l’Afrique ! On les a vus, ces dirigeants qui hier encore se pavanaient avec le Colonel au sujet de la création des Etats Unis d’Afrique s’empresser de reconnaître les rebelles libyens, en dépit, semble-t-il, des assurances d’une transition dynastique et en allégeance à leur appartenance à des confréries peu recommandables. L’Afrique meurtrie est muette. Dommage ! A Dieu Al Mouamar ! Mieux qu’ailleurs, les fils d’Afrique savent ce que tu fus pour eux : la voix des sans voix…

Joseph Eroumé


* Joseph Eroumé est écrivain auteur de « Les élus du Christ » Edition Publibook
France

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