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17/12/2011

Côte d'Ivoire: LA C.P.I VEUT JUGER LA CONSTITUTION IVOIRIENNE, Le président Gbagbo est écroué pour avoir respecté la loi de son pays

LA C.P.I VEUT JUGER LA CONSTITUTION IVOIRIENNE (Le président Gbagbo est écroué pour avoir respecté la loi de son pays) par Sié Josué, Politologue
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Derrière le transfèrement du Président Gbagbo à la CPI, il faut voir la victoire du droit d’ingérence sur la loi fondamentale d’un Etat souverain. De fait, toutes les dispositions constitutionnelles ont été foulées au pied dans la crise ivoirienne au profit de la certification onusienne et de la reconnaissance par la communauté internationale d’un candidat. LG.jpg

Nous pensons que juger Gbagbo à la CPI c’est juger la loi fondamentale ivoirienne. Le crime dont le Président Gbagbo est coupable c’est d’avoir respecté strictement la loi fondamentale de son pays. Mais ce respect des dispositions constitutionnelles a été transformé par la magie des médias par des expressions comme celles-ci : Le Président Gbagbo s’est “accroché” au pouvoir, “s’est entêté” ou a “commis des crimes” contre les populations ivoiriennes.

Prenons point par point ce qui s’est passé.

Le président de la Commission Electorale Indépendante M. Issouf Bakayoko n’avait pas le droit de donner des résultats hors cadre, ici dans le QG de campagne de M. Ouattara, et hors délai.
Or, c’est sur la base de ces résultats bruts et provisoires que le représentant du SG de l’Onu a certifié l’élection présidentielle sans attendre la proclamation définitive des résultats par le Conseil Constitutionnel, seul organe et seul juge des élections en Côte d’Ivoire. C’est aussi sur la base de ces résultats non consolidés par la CEI que toute la communauté internationale a reconnu M. Ouattara comme Président de la République de Côte d’Ivoire.

M. Ouattara lui-même n’a pas tenu compte du Conseil Constitutionnel pour s’autoproclamer président avec l’appui total de la communauté internationale. Le titre VII de la constitution et tous ses articles ont été piétinés et par M. Ouattara et par toute la communauté internationale.

En revanche, le Président Gbagbo en s’appuyant sur la loi ivoirienne a été fait Président. Il avait donc la loi ivoirienne pour lui qu’il a respecté exactement. Il ne peut pas être pris en flagrant délit de désobéissance à la loi fondamentale ivoirienne.
Il a respecté scrupuleusement les dispositions de la loi qui ne lui permettaient pas de s’exprimer tant que le conseil constitutionnel n’avait pas rendu son verdict. Qu’est ce qui explique la précipitation avec laquelle et la communauté internationale et le camp Ouattara aient décidé de reconnaître leur candidat au mépris de la loi ? Qu’est ce qui explique que par un effet de contagion tous les pays se soient entendus pour demander au Président Gbagbo de “transférer immédiatement le pouvoir à M. Ouattara” ?

Cette précipitation et cet unanimisme international sont trop suspects pour être crédibles. Car le Président Gbagbo était dans son droit et ne suivait que des règles du jeu démocratique de son pays.

Une seule explication juste nous apparaît ici. La France voulait par tous moyens recoloniser coûte que coûte la Côte d’Ivoire., trouvant le Président Gbagbo trop indocile ou atypique.
La France avait opté pour une “stratégie électorale” pour anéantir celui qui faisait obstacle à ses intérêts en Côte d’Ivoire.

Dans son livre La Recolonisation de l’Afrique, le cas de la Côte d’Ivoire qui date de 2007 mais qui est toujours d’une brûlante actualité, le journaliste franco-camerounais, Théophile Koumouo dit en substance ceci : « un fil blanc que l’on pourrait appeler “stratégie”, puisqu’il est communément admis qu’une grande puissance contemporaine n’engage pas de manière massive ses forces militaires, diplomatiques et économiques dans un conflit quelconque sans avoir auparavant ébranché “une stratégie”, elle-même tributaire de sa vision du monde et de sa conception générale de la défense de ses intérêts, qui priment toujours sur des “produits moraux ” qu’elle vend en général à l’opinion, en interne comme au point de vue mondial » (P 32).
Dès lors, en oubliant la loi ivoirienne un travail de sape a été entrepris pour délégitimer le Président Gbagbo, vu comme un dictateur, sanguinaire, criminel.

Le camp Ouattara, avec tous les soutiens extérieurs, a pu mener sa bataille pour chasser du pouvoir un homme qui d’après eux avait “volé les élections”. Refusant de compter les voix, et la table des négociations, le camp Ouattara décide d’installer par la force un nouveau directeur général de la RTI, le 16 décembre 2010, attaque les membres du groupe wê dès janvier 2011, assassine de façon massive les forces de l’ordre, des populations civiles en créant le commando invisible notamment à Abobo.
Les quartiers d’Abidjan sont pris d’assaut par les rebelles du duo Soro-Ouattara. Les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire sont créées par M. Ouattara en mars 2011. Elles prennent possession de tout le pays avec l’appui de l’ONU, de la force Licorne, des rebelles et de forces militaires venant de toute la sous-région et au-delà. Grâce notamment aux forces spéciales françaises, les FRCI réussissent à capturer le président Gbagbo, sa famille et ses proches le 11 avril 2011.
Ces forces attaquent de toutes parts et sont responsables de nombreuses tueries sur toute l’étendue du territoire, notamment à Duékoué où l’on dénombre plus de 1200 morts.

Le Président Gbagbo face à la furia des forces ennemies a demandé aux forces régulières de résister et de traquer ces forces. Les forces régulières ont pu dans certains cas commettre des crimes. Mais dans une situation de guerreles institutions de la République étaient attaquées, les forces régulières pouvaient elles restées les bras croisés, sans rien faire ?

Le Président Gbagbo ne demandait-il pas le recomptage des voix au mépris des règles régissant la loi ivoirienne ?

La situation de la Côte d’Ivoire montre la violence outrancière de la communauté internationale face à un Etat souverain qui n’a cessé d’être foulé au pied depuis 2002. L’objectif était de changer coûte que coûte “la nature du régime ivoirien”. Pour y parvenir il fallait diaboliser le Président Gbagbo en le présentant comme un dictateur sanguinaire. Dans le même temps la rébellion était sanctifiée.

La situation ivoirienne est cocasse en ce que celui qui a respecté la loi de son pays jusqu’au bout est en prison alors que ceux qui ont foulé les lois de leur pays en commettant toutes sortes d’exactions sont sanctifiés et promus partout dans le monde.

T. Koumouo affirme dans son ouvrage ceci : « contrarier les rebelles qui occupent le Nord, le Centre et l’Ouest de la Côte d’Ivoire n’est visiblement pas la priorité stratégique de la France, Etat-prescripteur de la communauté internationale en Côte d’Ivoire. Ses actes et ses discours militaires montrent bien que son principal objectif stratégique, c’est depuis le 19 septembre 2002, le maintien de la partition du pays, malgré le coût qu’il représente pour le contribuable français. C’est la seule cause pour laquelle elle s’est dépensée, par des biais diplomatiques mais aussi par la force des armes. Pour quel objectif politique à long terme ? Au nom de quel jeu d’influence international ? » (Op cité P 104).

Nous trouvons la réponse en novembre 2010 : permettre de chasser le Président Gbagbo du pouvoir par le biais d’un “traquenard électoral” alors que l’on sait que c’est bien lui qui a remporté les élections.

L’argumentation de Guy Labertit est imparable lorsqu’il affirme devant des milliers d’Africains de la diaspora et d’amis venant de partout à la Haye le 11 décembre 2011 : « Sur 14 régions du pays qui représentent 83% de l’électorat, Laurent Gbagbo avait plus de 07 points d’avance ; il avait 53 ,86% et Alassane 46,14%. Et sur les 5 régions du Nord qui représentent seulement 17% de l’électorat, le Président Gbagbo qui avait 07 points d’avance, s’est retrouvé avec 08 points de retard. Qui peut croire à la vérité de ce résultat ? M. Ouattara est à la tête de la Côte d’Ivoire à la base de résultats frauduleux qui ont été appuyés par la communauté internationale ».

Toute la crise ivoirienne pendant 10 ans a eu pour objectif ceci : « Intégrer Alassane de manière autoritaire, dans le jeu politique ». (Cf. Koumouo, Op. P 124).

On comprend mieux la crise ivoirienne si l’on tient compte de tous les paramètres susmentionnés.

Le Président Gbagbo a organisé des élections alors que le pays était encore coupé en deux par des rebelles qui ont refusé de désarmer jusqu’au bout. Il a voulu que l’on recompte les voix pour que la vérité éclate et que l’on connaisse le vrai vainqueur des élections. Mais on lui a fait la guerre. Certains disent qu’il aurait dû alors abandonner le pouvoir à son adversaire. Dans ce cas, il faut alors reconnaître que le Président Gbagbo n’est pas le criminel que la communauté internationale nous présente. Ce sont les adversaires du Président Gbagbo qui ont semé la mort en s’opposant au seul juge des élections en Côte d’Ivoire.
Le mensonge, la mauvaise foi, ont eu raison de la Côte d’Ivoire et du Président Gbagbo. Et en fin de compte c’est la constitution ivoirienne, c’est-à-dire la Côte d’Ivoire, elle-même, qui est élevée au pilori à la Haye.
Car pour échapper à la guerre post-électorale en Côte d’Ivoire, il aurait fallu tout simplement respecter la loi ivoirienne même si l’on considère qu’elle est mauvaise. Les latins ne disent-ils pas « dura lex sed lex »La loi est dure mais c’est la loi » ?

Une chose est sûre, l’histoire nous jugera. Car le temps est un autre nom de Dieu.


Sié Josué, Politologue

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