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29/03/2012

Mali: Oh Honte la CEDEAO !!!

Ils se sont réunis à Abidjan, se sont bandés les muscles pour instaurer l'ordre constitutionnel au Mali avec les déclarations fracassantes. Ils n'ont pu mettre pieds sur le sol Malien. Lisez plutôt cet article de jeuneafrique.

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Mali : les chefs d'État de la Cedeao renoncent à se rendre à Bamako

Une manifestation de partisans de la junte malienne sur le tarmac de l'aéroport de Bamako a empêché la délégation de chefs d'État de la Cedeao d'atterrir. Un sommet d'urgence de l'organisation ouest-africaine a été convoqué dans la foulée à Abidjan.

Alors qu’il était dans l’espace aérien du Mali, Alassane Ouattara a fait demi-tour pou revenir à Abidjan. Il devait présider à Bamako une délégation de chefs d’État de la Cedeao venus discuter avec la junte qui a renversé, le 22 mars, le président malien Amadou Toumani Touré (ATT).

La décision de ne pas atterrir au Mali a été prise après une brève manifestation à l'aéroport par des dizaines de partisans des putschistes qui ont envahi le tarmac. Une mobilisation qui faisait suite à celle de la veille, dans les rues de Bamako, où plusieurs milliers de manifestants pro-junte ont marché pour protester contre la Cedeao, la France, et la communauté internationale en général qui a unanimement condamné le coup de force des militaires maliens.

Restaurer l'ordre constitutionnel

Les autres chefs d’État de la délégation ouest-africaine ont eux aussi détourné leur vol pour se rendre à Abidjan, où une réunion d’urgence a été convoquée. Parmi eux, le médiateur de la Cedeao dans la crise malienne, Blaise Compaoré (Burkina Faso) et le président en exercice de l'Union africaine (UA), le Béninois Boni Yayi.

La Cedeao entend trouver une solution permettant de restaurer l’ordre constitutionnel au Mali. Selon le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé, ladite solution pourrait passer par « une transition » dirigée par le président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré. Mais les putschistes ne semblent pas vouloir négocier pour le moment. Ils ont proclamé mardi une nouvelle Constitution institutionnalisant la junte comme « organe suprême » jusqu'à des élections présidentielle et législatives dont la date n'a pas été fixée. Et le chef de la junte, Amadou Haya Sanogo, a pris le statut de chef de l'État.

ATT semble quant à lui complètement hors-jeu dans la crise, du moins à juger par son intervention du mercredi 28 mars.

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Mali : les chefs d'État de la Cedeao renoncent à se rendre à Bamako | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

28/03/2012

Mali: Première interview du Président Malien ATT après son renversement

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Amadou Toumani Touré à RFI : «le plus important pour moi aujourd'hui ce n'est pas ma personne»

Note personnelle: "ATT coupe les herbes sous les pieds des va t'en guerre de la CEDEAO par cette interview accordée à RFI. Ils envisagent maintenant son remplacement par le Président de l'Assemblée Nationale. Merci Président de ne pas leur donner l'opportunité de brûler ton pays car c'est leur marque de fabrique."

Lisez plutôt:

Par RFI

Le président malien, Amadou Toumani Touré, dont on était quasiment sans nouvelles depuis le coup d'Etat du 21 mars dernier, a accordé ce mercredi un entretien à RFI. Il affirme être au Mali, en bonne santé et libre. Et il appelle ses compatriotes à soutenir le plan de sortie de crise proposé par la Cédéao.


Amadou Toumani Touré : Je voudrais tout d'abord prononcer une petite déclaration : j'ai suivi avec beaucoup d'intérêt les conclusions à l'issue du sommet extraordinaire de la Cédéao, tenu mardi à Abidjan. Je souscris entièrement aux propositions faites par les chefs d'Etat pour une sortie de crise dans notre pays. Cela s'entend par le retour à l'ordre constitutionnel normal ce qui est cardinal. Et cela nous permettra certainement d'éviter toute aventure. Cela passe aussi par la remise en place des institutions de la République qui ont été démocratiquement élues par le peuple souverain du Mali. Le « cas ATT » est certainement le plus simple. A deux mois de la fin de mon mandat, je reste disponible et surtout compréhensif pour toute solution allant dans le sens de l'apaisement et de la sauvegarde de la démocratie malienne citée en exemple. Démocratie que, avec tant d'autres Maliens, tant d'autres démocrates, j'ai contribué à mettre en place. Je demande à mes compatriotes maliens et aux amis de notre pays de soutenir cette sortie de crise. Le Mali ne mérite pas du tout cette période de crise.

RFI : Monsieur le président, cela fait 7 jours que l'on est sans nouvelles de vous. Comment vous portez-vous ? Quel est votre état de santé ?

ATT : Je me porte très bien. La seule chose qui me manque c'est un peu de sport. Mais je me porte très bien et ma famille aussi.

RFI : Où vous trouvez-vous actuellement ? Etes-vous toujours en territoire malien ? A Bamako ou à l'intérieur du pays ?

ATT : Je suis à l'intérieur du Mali. Chez moi, au Mali.

RFI : Etes-vous détenu par les mutins ou libre de vos mouvements ?

ATT : Je ne suis pas détenu par les mutins. Je suis libre dans mon pays.

RFI : Mais vous n'êtes pas à Bamako ?

ATT : Je vous ai dit que j'étais au Mali, et la prochaine fois que nous nous verrons je vous dirai où j'étais pendant tout ce temps...

RFI : Comment voyez-vous cette décision de la Cédéao qui consiste à vous réinstaller dans vos fonctions de président de la République ?

ATT : Je dis que le plus important pour moi aujourd'hui ce n'est pas ma personne. Je suis à deux mois de la fin de mon mandat. Je pense que le plus important aujourd'hui, c'est, de manière consensuelle, avec l'ensemble de la classe politique malienne et l'ensemble des parties présentes, et l'ensemble des chefs d'Etat de la Cédéao, de ménager une sortie de crise. Je pense que le plus important aujourd'hui, ce n'est pas ATT, ce n'est pas les hommes, ce qui est important c'est la démocratie, c'est les institutions, et c'est le Mali.

RFI : Vous êtes donc prêt à partir ? A vous retirer ?

ATT : La question ne m'a pas encore été posée, mais sachez que, il y a 22 ans que je pense être utile à mon pays. 22 ans après, je suis là encore, face à cette crise. Et pour moi c'est le Mali d'abord et le Mali avant tout.

RFI : Est-ce que vous vous considérez toujours comme le président du Mali ?

ATT : Je ne veux pas rentrer dans cette polémique. Je me considère d'abord comme un citoyen malien, comme un démocrate. Aujourd'hui ce qui compte pour moi, ce n'est pas ma douleur, elle n'est rien. Mais ce qui me peine, c'est la situation dans laquelle je vois mon pays.

RFI : Une nouvelle Constitution vient d'être présentée par la junte qui se propose de ne pas se présenter aux prochaines élections. Cela vous semble-t-il recevable ?

ATT : Je pense que ce n'est vraiment pas à moi de décider. Les chefs d'Etat de la Cédéao viendront à Bamako, ils discuteront avec les uns et les autres, et c'est le plus important.

RFI : Revenons sur la journée du mercredi 21 mars. Comment êtes-vous parti du palais présidentiel ? Comment s'est passée cette journée pour vous ?

ATT : J'ai passé toute la journée sous les canons depuis pratiquement 16 heures. Canons de chars, canons de véhicules blindés, toutes sortes de tirs étaient concentrés sur mon bureau, sur mon domicile et sur ma famille. Et aux dires de certains, il ne reste plus rien, tout est calciné. Mais pour un vieux commando, il reste toujours un moyen de se tirer d'embarras et c'est ce que j'ai fait.

RFI : Mais avez-vous délibérément demandé à la garde présidentielle de ne pas répliquer, de ne pas combattre ?

ATT : En aucune manière je ne souhaiterais jamais que des soldats de l'armée malienne tirent sur d'autres soldats de l'armée malienne. Pour moi qui suis aussi soldat et officier de cette armée, vous pouvez imaginer que je n'aurais jamais souhaité des affrontements entre les forces armées uniquement pour protéger un homme. Le plus important aujourd'hui, c'est d'en appeler à l'unité, c'est d'en appeler à la cohésion pour faire face à tous les défis qui attendent le pays.

RFI : Etes-vous encore entourés de quelques fidèles ?

ATT : Je ne pourrais pas vous le dire. Vieux soldats, il y a quelques secrets militaires que je garde pour moi. Mais le plus important c'est que je me porte bien et que je suis en République du Mali.

RFI : Etes-vous favorable à une intervention militaire comme le suggère la Cédéao en cas de refus du plan de sortie de crise par les mutins ?

ATT : Je ne répondrai pas à une telle question. Je n'ai pas été contacté officiellement et je ne suis pas à l'aise pour répondre à des questions qui ne m'ont pas été posées.

Propos recueillis par Boniface Vignon

21/03/2012

Côte d'Ivoire - France : Y a t-il eu en Côte d'Ivoire, Fiasco des sondages ou perversion des sondages pendant les élections présidentielles de 2010 ?

En lisant l'article ci-dessous titré "Un fiasco oublié des sondages : Côte d’Ivoire 2010", j'ai eu des intérogations que je souhaite partager avec vous:
- Y a t-il eu un fisco des sondages en Côte d'Ivoire pour les élections présidentielles de 2010 ?
- Y a t-il eu une perversion des sondages en Côte d'Ivoire ?

Les sondages en soit ne sont pas mauvais et aident à la prise de décisions aussi bien au niveau commercial que politique. A bien lire cet article, l'Afrique ne serait pas prête à cette outil. Si donc l'Afrique n'est pas prête aux sondages comme le laisse croire cet article, elle n'est pas prête pour la démocratie. Arrêter donc de venir installer la démocratie en Afrique avec les armes. Si les sondages sont pas bons pour l'Afrique, alors la démocratie n'est bonne pour l'Afrique pourrait-on conclure.

Ce que je retiens de ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, c'est que les sondages ont été pervertis à des buts malsains et inavoués car les élections ce n'est pas un jeu d'addition comme l'indique cette phrase du paragraphe 3 "Aux habituelles concessions sur les imperfections, il ajoutait un argument politique sur le score pas si favorable de Laurent Gbagbo, dépassé par ses concurrents si ceux-ci s’unissaient : « Plutôt que de critiquer ces sondages, l’opposition ferait mieux de les regarder de près : unie, elle gagne au premier tour et, avec un transfert de voix majoritaire entre ses deux candidats, elle gagne au second tour."

Nous savons tous que les sondages ont une marge d'erreurs, mais cela n'enlève en rien leur crédibilité si tout le monde respecte le jeu démocratique. Nous rappelons que le camp Ouattara a aussi fait des sondages qui n'ont jamais été publiés.

Lire ci-dessous l'article du monde diplomatique
Un fiasco oublié des sondages : Côte d’Ivoire 2010
mardi 13 mars 2012, par Alain Garrigou

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« Les sondages ne peuvent se tromper à ce point. Nous avons fait depuis un an et demi huit sondages et je suis toujours en tête. » Ainsi se rassurait Laurent Gbagbo, président ivoirien, dans une interview avant l’élection présidentielle de 2010 (JDD, 29 octobre 2010). On sait ce qu’il advint. Le 28 novembre 2010, Alassane Ouattara remporta l’élection avec 54,1 % des suffrages contre 45,9 % à Laurent Gbagbo. Histoire banale de sondages qui se trompent, comme il en existe quelques-unes depuis la victoire de Truman en 1948 contre les chiffres de Gallup ? Non seulement Laurent Gbagbo perdit mais il n’admit pas sa défaite, et la Côte d’Ivoire s’enfonça dans la guerre civile avant l’intervention française et l’arrestation du vaincu. Son camp accusa le vainqueur Alassane Ouattara de fraude massive. N’avait-il donc pas triché ? Pas assez, firent observer des observateurs cyniques ou réalistes. En termes plus clairs, ils mirent en cause les sondages qui avaient si bien conforté le président en place dans son optimisme qu’il n’avait pas autant truqué les chiffres que l’adversaire. Si Laurent Gbagbo était annoncé vainqueur par tous les sondages, il fallait que le vainqueur ait triché. Cette affaire est en partie un équivalent ivoirien du 21 avril 2002 en France, où les sondages sont censés avoir induit en erreur les protagonistes [1]. La contestation était cependant cocasse, venant de ceux-là mêmes qui avaient cru les utiliser à leur profit.

Pendant la campagne, les opposants au président Gbagbo avaient mis en cause TNS-Sofres, qui avait réalisé les sondages en Côte d’Ivoire. Ou plutôt, accusaient-ils, sous-traité ceux-ci à une entreprise ivoirienne dont le savoir-faire était douteux — autant que sa neutralité politique, puisqu’elle était dirigée par un partisan de Laurent Gbagbo. Le sondeur français n’a pas eu à se justifier, même si l’on sait que dans ses rangs, certains ne sont pas fiers de leur rôle, inquiets d’une responsabilité dans le déclenchement des combats, et sans doute rassurés que l’affaire n’ait pas défrayé la chronique en France et ailleurs. Cette affaire est significative de l’introduction des sondages dans de nouveaux pays et aussi, bien sûr, de nouveaux marchés. On sait que les sondeurs, sûrs d’avoir partie naturellement liée avec la démocratie, se pensent comme des missionnaires de la démocratie. On se souvient des autocélébrations de leur arrivée dans les pays délivrés du communisme comme en Roumanie en 1989, après la chute de Ceaucescu, où les employés de BVA s’émouvaient devant ces Roumains qui faisaient la queue pour répondre aux questions des enquêteurs travaillant dans la rue. Quant aux révolutions arabes, l’enthousiasme fut tel qu’on aurait pu croire qu’elles attendaient les sondeurs. C’est en tout cas ce qu’affirmèrent certains d’entre eux. L’affaire ivoirienne nous ramène à un sain réalisme.

L’introduction des sondages dans la politique africaine n’est pas banale. En l’occurrence, une explication en est certainement la confiance du commanditaire, le président Laurent Gbagbo qui, selon Jeune Afrique, « croit aux sondages, tout au moins à ceux qu’il a commandés à l’institut français TNS-Sofres et qui, depuis huit mois le donnent régulièrement vainqueur au second tour de la présidentielle » (15 avril 2010). Dans le sixième et dernier de la série, l’ancien président ivoirien était crédité de 46 % des intentions de vote devant Henri Bédié (26 %) et Alassane Ouattara (24 %). Effectué auprès de 1 400 personnes, ce sondage donnait par ailleurs un score de satisfaction fort élevé pour Laurent Gbagbo (49 %) et sur son programme (69 %). Ces « bons » chiffres amenaient immanquablement le soupçon. « De trop beaux sondages ? », s’interrogeait Jeune Afrique, qui signalait le scepticisme local : « Ni ses adversaires, ni la France officielle, ni même une partie de son propre entourage n’assurent accorder crédit à ces enquêtes, qui, à les entendre, seraient trop favorables à leur commanditaire pour être prises au sérieux » (15 septembre 2010). Le correspondant de l’agence Reuters avertissait de son côté que « la fiabilité des sondages en Côte d’Ivoire comme dans le reste de l’Afrique de l’Ouest est mise en doute par certains diplomates qui soulignent que les instituts n’en ont pas eu une grande pratique dans le passé » (Reuters, 14 octobre 2010). Les sondages étaient pourtant effectués par un des grands instituts internationaux, TNS Sofres, et précisément son antenne parisienne. A Paris, s’éleva la plainte d’un porte-parole de Alassane Ouattara qui accusait le camp présidentiel de « préparer les esprits à un cambriolage électoral » (28 août 2010). Avec des accusations plus précises : « TNS Sofres n’a jamais envoyé d’équipe en Côte d’Ivoire pour faire des enquêtes en vue d’un sondage. L’institut fait de la sous-traitance avec une boite en Côte d’Ivoire, appelée Marketing Field Force, dont le responsable est bel et bien M. Djahi Serge qui est un partisan du président-candidat Laurent Gbagbo » (Alliance citoyenne de la société civile ivoirienne, ACSCI, 24 avril 2010). Le 28 août, une plainte était déposée au tribunal de grande instance de Paris par le mouvement interafricain de réflexion et d’action (MIRA) dirigé par le dénonciateur, M. Mamadou Touré, qui reprochait à TNS-Sofres des « sondages frauduleux ».

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Brice Teinturier, directeur-adjoint de TNS Sofres [2], se défendit : « Notre échantillon représentatif a été constitué à partir du dernier recensement de 1998 amélioré par nos propres bases de données, TNS Sofres réalisant régulièrement des études de marché en Côte d’Ivoire, et à partir de statistiques départementales et de la population enrôlée sur les listes électorales, disponibles auprès de la primature, de la CEI [Commission électorale indépendante] et de Sagem Sécurité » (Jeune Afrique, 15 avril 2010). Aux habituelles concessions sur les imperfections, il ajoutait un argument politique sur le score pas si favorable de Laurent Gbagbo, dépassé par ses concurrents si ceux-ci s’unissaient : « Plutôt que de critiquer ces sondages, l’opposition ferait mieux de les regarder de près : unie, elle gagne au premier tour et, avec un transfert de voix majoritaire entre ses deux candidats, elle gagne au second tour. » Curieux argument qui balaie la critique au nom de l’équilibre politique des chiffres. Comme si l’opposition était seulement (et à tort) mauvaise joueuse. Le sondeur pourrait cependant faire valoir que ses chiffres n’étaient pas si erronés puisqu’une majorité d’opposition s’est bien dégagée. Les écarts par rapport aux intentions de vote sautent néanmoins aux yeux puisque au premier tour, Laurent Gbagbo obtint 38,30 %, Alassane Ouattara 31,08 % et Henri Bedié 25,24 %. Avec de telles approximations, la question de la fiabilité a-t-elle encore un sens ?

Sur la sincérité des réponses, le sondeur apporte une réponse incohérente en assurant que les « interrogations » seraient « valables d’ailleurs pour tous les candidats » mais ajoute que « les redressements assurés par nos soins ont été volontairement plus durs avec le président sortant qu’avec ses concurrents ». Manière de reconnaître que la sincérité était plus problématique avec un pouvoir ayant plus de capacité d’intimidation que l’opposition. C’est pour le moins une question rapidement réglée dans un pays où la liberté d’expression est limitée. Le sondeur peut-il s’en tirer à si bon compte par une correction méthodologique d’un redressement plus sévère pour l’autocrate ? Conformément à la loi française (!), Brice Teinturier ne révèle pas quels sont les coefficients de redressement. Il n’a cependant pas besoin de dire que la méthode pour l’opérer n’est pas celle du dernier souvenir du vote (les élections précédentes ayant eu lieu en 2000). Le redressement a dû emprunter à la recette du doigt mouillé. Enfin, le sondeur affirme avoir envoyé une vingtaine d’enquêteurs. Même effectué en une semaine en face-à-face, chose qui n’est pas précisée, pour 1 400 sondés, cela ferait beaucoup de travail pour chacun d’entre eux. On a quelques raisons de douter que les employés de TNS Sofres, débarqués de France et « blancs de peau », aient « passé » les questionnaires. Ceux-ci ont donc bien été sous-traités. A qui ? M. Teinturier ne semble pas ému par l’identité du commanditaire. Certes, les sondeurs travaillent pour les pouvoirs publics en France. Il est cependant interdit au service d’information du gouvernement (SIG) et aux ministères à Paris de commander des sondages électoraux. Est-il neutre de le faire en Côte d’Ivoire pour le président du pays ? D’autant plus que personne d’autre n’en commande. Le sens démocratique et la déontologie chers aux sondeurs français ont subi une singulière dévaluation sous les tropiques. Cela n’empêche nullement de lancer des oukases contre les critiques : « Les enquêtes d’intentions de vote sont volontiers clouées au pilori. Ce procès est révélateur d’une conception réactionnaire du vote et du citoyen », lançait Brice Teinturier (Le Monde, 8 novembre 2011).

Au-delà de cette manifestation nouvelle de la Françafrique, l’épisode ivoirien soulève des questions épistémologiques sur les conditions de possibilité de sondages, c’est-à-dire d’enquêtes statistiques reposant sur la représentativité. En d’autres termes, peut-on faire des sondages dans n’importe quelle société ? Il s’agit moins ici de la liberté politique minimale nécessaire pour que les réponses soient fiables, que de la structuration sociale et de ses rapports à la politique. Si le vote est organisé sur des principes régionaux, religieux ou ethniques, quelle pertinence peut avoir un échantillon représentatif basé sur les variables sociologiques et selon la méthode des quotas ou la méthode aléatoire utilisées dans les sociétés occidentales ?

Notes
[1] Le 21 avril 2002, alors que tous les sondages avaient annoncé un second tour opposant Jacques Chirac (président sortant) et Lionel Jospin (premier ministre), la deuxième place de Jean-Marie Le Pen constitua une immense surprise. Les sondages furent mis en cause pour avoir démobilisé les électeurs du premier tour (record d’abstention avec 28,4 %) et avoir pemis la dispersion des suffrages de gauche.

[2] Brice Teinturier est devenu directeur général délégué d’Ipsos en septembre 2010.

source: monde-diplomatique.fr