topblog Ivoire blogs

29/12/2012

Côte d'Ivoire: Selon Mamadou Coulibaly, Soro Guillaume fait du charlatanisme politique et est un criminel d'Etat et de l'Etat. Sa place est à la CPI

cote d'ivoire,alassane dramane ouattara,soro guillaume,rebellion,vol,pillage,braqueurs,fafn,frci,bandits,voleurs
Le meilleur des premiers ministres de Gbagbo Laurent aime raconter comment de nombreux lauriers doivent lui revenir et pourquoi il doit être traité comme le meilleur des citoyens de notre pays, celui qui a sauvé la Côte d’Ivoire. En un an comme en dix, n’a-t-il pas mieux fait que tous ?

Voilà plus de dix-huit mois qu’il est au pouvoir sans qu’il n’y ait eu de rébellion organisée contre lui qui, en septembre 2002, se jetait contre l’Etat de Côte d’Ivoire avec sa horde de rebelles en armes. Ils étaient venus y mettre de l’ordre, disaient ceux qui ont été identifiés plus tard comme le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire, dont Soro était le secrétaire général. Contre lui, personne n’a encore monté une rébellion. Qui dit mieux, en un an comme en dix ?

Dans le débat politique, la liberté d’expression exige, – en démocratie en tout cas –, que toutes les opinions puissent s’exprimer. Personne ne peut interdire que certains puissent écrire et publier que le soleil se lève au nord et se couche à l’ouest, que l’homme et la femme sont du même sexe, que Houphouët Boigny n’est pas mort mais qu’il a simplement émigré en Australie, que les poules ont des dents que seules des lunettes spécifiques permettent de voir, que le 19 septembre 2002 il n’y a eu aucun événement choquant en Côte d’Ivoire, que les prophéties de Malachie sont en cours de réalisation, etc. Toutes ces affirmations, dans un certain sens, découlent de la liberté d’expression. Dans le processus de construction d'une nation sur des bases démocratiques, tout doit être fait pour sauvegarder cette pluralité des opinions, même si certaines paraissent absurdes, saugrenues et politiquement insensées. Cependant, la liberté d’exprimer ses opinions ne signifie pas la libre acceptation de toutes les opinions exprimées, parce qu’il existe un filtre dans le débat qui permet à notre entendement de sélectionner la vérité et de réfuter l’erreur et le mensonge. Le débat d’idées, la confrontation des opinions sur les questions politiques et économiques comme sur toutes les questions sociales, recourent à l’approche scientifique, à la démonstration argumentée pour exclure les opinions perverses de la dialectique et de la rhétorique.

cote d'ivoire,alassane dramane ouattara,soro guillaume,rebellion,vol,pillage,braqueurs,fafn,frci,bandits,voleurs
Le président de l’Assemblée nationale croit que le débat politique est une foire d’opinions de toutes sortes, et ignore que le respect de l’opinion signifie rigueur analytique. Pour lui, comme nous sommes dans le débat politique, n’importe quelle affirmation est bonne à exprimée car, après tout, chacun de nous n’est-il pas propriétaire et responsable de ses idées, de ses sentiments et de ses opinions? Procéder ainsi, comme il le fait, sur des questions sérieuses, relève du charlatanisme politique, car c’est pervertir le débat que d’y jeter de la confusion intellectuelle et morale.

Le charlatanisme politique est une imposture qui tente de se confondre avec la science politique. Dans notre pays, lorsqu’au sommet de l’Etat l’opinion majoritairement exprimée relève de ce type de confusion, c’est la démocratie que l’on assassine et avec elle, la liberté d’opinion et la liberté tout court. Les hommes et les femmes qui font de la politique dans notre pays et qui estiment qu’il s’agit de leur métier, leur gagne-pain, aiment se mettre dans cette posture de perversion de la dialectique, ce qui les amène parfois à suggérer l’enseignement dans nos classes primaires, secondaires et même supérieures de n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe quel moyen, au point de dévaloriser l’école et l’éducation publiques, d’amener les enfants et leurs parents à mépriser la vérité et à croire que la tricherie, le faux, la falsification, la fraude, le mensonge sont des valeurs qui payent plus que la vérité et la rigueur. En la matière, le président du parlement ivoirien est passé maitre. Lui ne se contente pas de pervertir la dialectique; il tente aussi depuis de longues années de pervertir la rhétorique. Les orateurs sérieux dans la politique cherchent normalement à convaincre leur auditoire avec certaines vérités que leurs adversaires du moment peuvent réfuter. Ils restent dans le respect et la noblesse de l’entendement d’autrui. Chez nous, les orateurs se prennent pour des tribuns dès lors qu’ils peuvent, de façon vicieuse, jouer sur les capacités d’erreur de leur auditoire et les persuader du faux. Lorsque la rhétorique abandonne la vertu et recoure au cynisme et aux passions personnelles de l’orateur, à sa cupidité, sa vanité, ses ambitions, son désir de remplir son ventre ou de sauver sa tête, le débat est perverti et les citoyens qui écoutent sont rabaissés au rang de simple foule pour laquelle l’on n’a aucun respect et devant qui l'on n’a aucune responsabilité à assumer. C’est la célébration de cette forme de rhétorique qui tue la démocratie naissante dans notre pays, car le message politique se résume à de la simple propagande qui exige pour son triomphe que l’on supprime toutes les voix discordantes et toute opposition. Cette orientation du débat tue la démocratie et fait place libre à l’autocratie, à la haine de l’autre et à la criminalisation de l’Etat.

Pour illustrer ces propos, nous présenterons deux cas qui montrent bien comment le président de l'Assembée, Monsieur Soro Kigbafori Guillaume aime à pervertir la vérité et ériger le mensonge en système de justification de crimes de la rébellion et des crimes d’Etat.

Le premier exemple est celui du bilan des dix ans de gouvernance de la Côte d’Ivoire sous Laurent Gbagbo en tant que président de la république.

Le bilan de ces dix ans, selon Soro, est plus faible que son bilan annuel à lui. Comme il est aisé de le dire et comme il est erroné d’y croire ! Ne regardons même pas le contenu du bilan, qui a par ailleurs été dressé plusieurs fois et qui dépend des optiques des uns et des autres. Regardons simplement la forme de cette proposition, sans défendre d’ailleurs Gbagbo, qui se promenait en bateau avec Soro sur les lagunes d’Abidjan et le présentait toujours comme le meilleur de ses premiers ministres, c'est-à-dire celui qui aura mieux contribué au bilan que Affi N’guessan, Seydou Diarra ou Charles Konan Banny.

cote d'ivoire,alassane dramane ouattara,soro guillaume,rebellion,vol,pillage,braqueurs,fafn,frci,bandits,voleurs
Soro est celui qui a représenté la rébellion contre l’Etat de Côte d’Ivoire, dix-huit mois seulement après l’accession de Gbagbo au pouvoir. Il a été ministre de la communication, puis premier ministre, tout en gardant la moitié du pays sous le contrôle du MPCI, dont il était le secrétaire général. La bonne méthode consisterait pour lui à évaluer son bilan en tant que responsable à la fois des zones CNO pendant dix ans, et à faire celui des zones non CNO pendant la même période. Il a joué sur les deux tableaux en même temps et ne peut donc se contenter d’évaluer les autres en s’oubliant comme acteur de premier plan de part et d’autre de la zone de confiance.

Comme il le soutient lui-même, le bilan est largement positif pour lui. Les zones CNO sont devenues plus pauvres que le reste du pays pendant les dix ans de gestion des FAFN, dont Mr Soro était aussi le secrétaire général. Il y a eu plus de vols, de pillages, de viols, de braquages, de rackets dans les zones CNO qu’ailleurs dans le pays. Le pillage était systématique et la "Centrale", qui avait été érigée en ministère des finances de la rébellion, s’est enrichie des prélèvements obligatoires illicites sur les populations, des butins issus des casses de banques et des agences locales de la Bceao, de l’exploitation illégale des forêts et des minerais de métaux précieux. Soro a réussi à faire payer par l’Etat de Côte d’Ivoire le remboursement intégral des sommes emportées par lui et ses compagnons des FN lors des casses de la Bceao à cette institution. Sans ce remboursement, les comptes de la Bceao n’auraient pas été certifiés par les auditeurs. Qui dit mieux face à de telles performances? N’importe qui d’autre aurait fait cela, qu’il aurait été en prison pour crimes économiques. Mais dans le cas de monsieur Soro, c’est plutôt lui qui juge les autres. Le pire fait le procès du mal.

cote d'ivoire,alassane dramane ouattara,soro guillaume,rebellion,vol,pillage,braqueurs,fafn,frci,bandits,voleurs
Dans les zones CNO, des quantités inestimables de productions agricoles ont été volées et détournées en direction de sites de transformation et d’exportation installés dans les pays voisins pour le compte de Soro, du MPCI et des FN au moment où plusieurs de leurs animateurs étaient installés à Abidjan comme membres du gouvernement et chargés d’empêcher le parlement de l’époque de travailler. Soro avait non seulement le contrôle de Gbagbo, mais il pouvait faire en sorte que ce dernier prenne des ordonnances illégales, sous l'étiquette de la paix, pour modifier toutes les lois de la République juste cote d'ivoire,alassane dramane ouattara,soro guillaume,rebellion,vol,pillage,braqueurs,fafn,frci,bandits,voleurspour le bon plaisir de Ouattara. Qui dit mieux ? Ne parlons pas des biens qu’il a acquis alors qu’il gérait l’Etat de Côte d’Ivoire en complicité avec Gbagbo, tout en pillant les zones CNO. En résumé, disons qu'effectivement, personne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années dans la destruction et la criminalisation de l’Etat. Il a été un des grands maîtres de la rebfondation. Il est inégalable dans l’art du pillage systématique du pays. Sur ce plan, sa rhétorique le condamne comme un criminel. D’autres que Soro auraient eu de telles performances qu’ils auraient été internés à la Haye ou ici, dans une de nos prisons obscures. Lui pas. Qui dit mieux ?

Le second exemple qu’il faut comprendre est beaucoup moins évident. Nous voyons le président Soro raconter partout que les armes se sont imposées à lui et qu’il a accepté de les prendre pour obtenir les cartes d’identité de ceux au nom desquels la rébellion aurait été organisée.

A écouter cette rhétorique, la rébellion serait le fruit de frustrations ressenties par de nombreuses personnes privées de leurs pièces d’identité. M. Soro et ses amis ont donc pris les armes pour que cette identité soit rétablie et que ces droits soient reconnus. Grâce à la rébellion, les FAFN auraient donc réussi à faire obtenir leurs papiers d’identité et leur droit de vote à de nombreuses personnes, dans un pays qui les excluaient. A écouter ce discours, Guillaume Soro et ses amis des FAFN, devenues aujourd’hui FRCI, auraient pris en otage une moitié du pays, partagé le pouvoir de Gbagbo et les ressources de l’autre moitié pour que les questions de l’identité et de l’électorat soient réglées. Dix ans de criminalisation de l’Etat de Côte d’Ivoire, plus de 500 milliards de francs cfa dépensés, de nombreux morts des deux cotés, une quantité énorme d’armes mise en circulation, un accroissement de la pauvreté et de la misère partout, mais pour quel résultat à part l’enrichissement illicite des animateurs des FAFN et leur impunité ? Telle est la question.

Supposons que Soro ait raison et que les armes se soient imposées à lui pour qu’il vienne obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs pour de nombreuses populations de Côte d’Ivoire frustrées. Regardons quel est le degré de robustesse, de pertinence de cette proposition rhétorique. Une méthode simple mais heuristique est de prendre l’évolution du nombre d’électeurs dans notre pays lors des différentes échéances présidentielles et de voir quelle part nous devons attribuer au travail héroïque de la rébellion de Soro et des FRCI pendant les dix ans au cours desquelles ils ont impunément endeuillé la Côte d’Ivoire.

Aux élections présidentielles de 2000, il y avait en Côte d’Ivoire près de 5,5 millions d’électeurs âgés de plus de 18 ans et ce chiffre était en hausse de 1,7 millions par rapport à l’électorat de 1995. Ce qui nous donne un taux d’accroissement de l’électorat entre 1995 et 2000 d’environ 31%.

En 2000, sur les 5 millions et demi d’électeurs, seulement 2.049.018 sont allés voter et nous avons enregistré un taux d’abstention élevé de 62%, qui représente les citoyens passifs qui rendent moribonde toute démocratie. En 2010, après dix ans de rébellion et l’inscription de tous les frustrés de Soro, la liste électorale définitive donne 5.780.804 électeurs, dont seulement 4.689.366 ont voté. Rappelons que le taux d’accroissement de la population électorale entre 1995 et 2000 était de 31% environ. Si nous appliquons mécaniquement ce taux à l’électorat de 2000, nous pouvons estimer qu’en 2005, si des élections avaient eu lieu, nous aurions eu l’électorat de 2000 augmenté de 31%, soit environ 1.650.000 personnes en plus, ce qui nous aurait donné en 2005 une liste de 7.150.000 votants potentiels. Et si nous appliquons le même taux d’accroissement de 31% à ce nombre de 2005, nous aurions obtenu en 2010, théoriquement, compte tenu du profil démographique du notre pays et toutes choses étant égales par ailleurs, une liste électorale en hausse de 2.216.500 personnes, situant l’électorat potentiel à environ 9.366.500 personnes (7.150.000+2.216.500).

cote d'ivoire,alassane dramane ouattara,soro guillaume,rebellion,vol,pillage,braqueurs,fafn,frci,bandits,voleurs
Or, après dix ans de rébellion, de tergiversations et après avoir dépensé des sommes astronomiques pour un petit pays pauvre et surendetté, nous n’avons obtenu que 5.780.804 électeurs. Alors de deux choses l’une. Soit Soro a pris les armes et il a eu gain de cause et a réussi à inscrire tous les frustrés identitaires, auquel cas, en comparant la liste de 2000 avec celle de 2010 effectivement réalisée par Soro et par la CEI, nous avons juste une différence de 280.804 électeurs (5.780.804-5.500.000). Dans ce premier cas de figure, Soro devrait être bien déçu de ce piètre résultat. Entre 1995 et 2000, sans rébellion armée, sans destruction de vies humaines, la liste électorale a pu enregistrer des inscriptions supplémentaires de 1.700.000 personnes en seulement cinq ans. Or, entre 2000 et 2010, donc sur une durée plus longue de 10 ans et après la prise des armes par la rébellion, le pillage des zones CNO et l’enrichissement des «com zones» et autres animateurs des FAFN, monsieur Soro, alors premier ministre, n’est arrivé à obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs que pour 280.804 personnes supplémentaires. Dire les choses ainsi suppose que nous acceptions que les 280.804 personnes aient été exclusivement inscrites du fait de l’action rebelle de Soro et que les inscriptions des nouveaux majeurs ne sont pas prises en compte ou bien sont le fait exclusif de Soro, que toutes les nouvelles inscriptions ne sont dues qu’à l’action unique de l’unique Soro. Or cette hypothèse elle-même est très osée et inacceptable de façon tout à fait évidente. La rébellion de Soro, en termes d’obtention de papiers d’identité, est d’un résultat très mitigé pour ne pas dire inconséquent. L’effet Soro sur la liste électorale peut donc être qualifié d’insignifiant statistiquement. Les rebelles auraient donc pris les armes pour autre chose que l’obtention des cartes d’identité et d’électeurs pour de nombreuses populations en Côte d’Ivoire. Le mensonge d’Etat se dévoile dans toute sa splendeur. N’est ce pas surprenant ?

Dans le second cas, le taux d’accroissement normal de l’électorat est de 31% en prenant pour base les élections de 1995. Nous aurions dû avoir donc théoriquement en 2010 environ 9.366.500 électeurs. Or dans les faits, avec l’action conjuguée de la CEI et des armes de Soro, nous ne sommes arrivés à obtenir que 5.780.804 inscrits sur la liste électorale de 2010. On peut donc, en comparant ce qui aurait été l’électorat sans les armes de Soro à ce qu’il a été avec les armes de Soro, se rendre compte que l’électorat a reculé avec la rébellion. Au lieu de 9.366.500 inscrits, nous n’avons eu que 5.780.804 personnes. Quelle déception ! Dans ce second cas de figure, le seul effort remarquable de la rébellion aura été l’exclusion de plus de 3 millions et demi de personnes de la liste électorale (9 366 500 - 5 780 804 = 3 585 696). L’effet Soro serait ici négatif. Soro aura pris les armes non pas pour obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs pour des populations au nom desquelles il tente aujourd’hui de se justifier, mais plutôt pour empêcher une évolution normale, naturelle de l’électorat vers son niveau optimal et adéquat.

Commentaire personnel: la rebellion de Soro aurait donc tuée plus de 3 millions d'ivoiriens.

La rhétorique de Soro est mensongère et criminelle. Dans le premier cas de figure, elle est fondée sur une propagande apocryphe, car en terme d’inscriptions sur la liste électorale, son effet est totalement peu convaincant au regard des moyens justificatifs déployés de l’ex chef rebelle. Dans le second cas, la rhétorique est criminelle, car sa rébellion aura plutôt exclu des millions d’électeurs potentiels de la liste électorale. Guillaume Soro fait du révisionnisme en essayant de nous convaincre du contraire, alors que les faits sont si récents et les témoins encore tous vivants.

Dans un cas comme dans l’autre, personne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années (2002-2012). En plus, il faut noter qu’alors qu’il était premier ministre au moment des élections de 2010, et avec seulement 280.804 inscriptions supplémentaires, Mr Soro a obtenu au premier tour des élections présidentielles 941.045 abstentions, c’est à dire des électeurs passifs, identifiés, inscrits et qui ont soit refusé d’aller voter, soit n’ont pas obtenu leurs papiers lors de la distribution organisée par Soro, signataire du fameux Accord politique de Ouagadougou. 500.000 personnes au moins sont dans ce dernier cas. A ces abstentionnistes volontaires ou non, il faut ajouter 225.625 bulletins blancs ou nuls. Ce qui nous donne un total de 1.166.669 personnes qui étaient sur la liste électorale et qui, par exclusion, par refus de voter ou par erreur de vote, ont participé négativement au scrutin, sanctionnant ainsi l’ambiance de terreur instaurée par la rébellion. Il n’y a qu’à voir la distribution de ces abstentions sur l’ensemble du territoire pour le comprendre. Cette tendance abstentionniste sera encore confirmée au second tour des élections, où ce sont cette fois 1.091.438 personnes qui ont regardé avec dégoût ce scrutin, refusant d’y participer, en plus des 99.147 bulletins nuls ou blancs.

Dans le débat politique ivoirien, nous devons faire la chasse aux contre-vérités et aux idées reçues passe-partout, non argumentées, non démontrées et non fondées sur une rigueur analytique. C’est rendre service à la démocratie que de chasser de la liberté d’expression toutes les perversions de la dialectique et du charlatanisme dans la rhétorique. Renforcer la démocratie ne signifie pas être au parlement, dans un ministère ou bien à la présidence de la République. Notre manière quotidienne de traiter les faits, d’analyser la politique, l’économie et la société contribue elle aussi au renforcement de la démocratie. De nombreuses personnes entendent le président de l’Assemblée nationale parler, mais ses propos sont loin d’être conséquents et rigoureux. Et ceux qui l’entendent se posent des questions. De nombreuses personnes pensent que Soro est un homme puissant qui contrôle les Frci ; elles se trompent. Dans la dynamique de criminalisation de l’Etat instaurée par Ouattara, ce n’est pas Soro qui contrôle les Frci, mais bien le contraire. Ce sont les Frci, ex FAFN, qui contrôlent et Soro, et Ouattrara. Les discours révisionnistes et mensongers ne servent qu’à rassurer leurs milices armées érigées en armée républicaine et leurs supplétifs dozos, sur la pérennité et la vulgarisation sur toute l'étendue du territoire du mode de gestion qui a été appliqué pendant ces dix dernières années dans les zones CNO. Et c'est une réalité: Le pays est de facto administré par les hordes FRCI, les Factions Répressives de Côte d’Ivoire. Nous sommes tous des otages et de potentielles victimes de ces factions ethniques armées. Leur répartition sur l’ensemble du pays n’est rien d’autre que le déploiement d’une armée de réserve qui attend son heure, celle des élections, pour retourner l’ascenseur à leur serviteur d’aujourd’hui.

Alors que faire?

Nous suggérons simplement que l’ONU prenne en main notre ministère de la défense et de la sécurité et nous bâtisse une armée, une gendarmerie et une police dignes d’une République moderne. La réforme du secteur de la sécurité sera à ce prix. Autrement, nous laisserons le destin sécuritaire de la Côte d’Ivoire dans les mains de charlatans qui nous abreuveront chaque jour de propagande, de faux et d’illusions dans le seul but de maintenir à leur profit la criminalisation de l’Etat.

Commentaire personnel:
Je suis tout à fait d'accord avec vous monsieur le Professeur, car c'est l'ONU qui a declaré président Alassane Dramane Ouattara, qui a fait la guerre pour l'installer au pouvoir et qui protège son fauteuil et son pouvoir alors que la population est livrée aux hordes de bandits de grands chemins appelées frci.

La victoire de notre pays sur sa profonde crise ne sera pas politique. Ce ne sera pas celle d’un parti, ni d’un groupe ethnique encore moins celle d’un homme. Elle sera d’abord une victoire des idées. Dans notre pays, il y a ceux qui font la politique uniquement pour devenir quelqu’un ou quelque chose, et ceux qui la font d’abord comme service qu’ils offrent à leur pays, à sa population. Pour cette seconde catégorie, les contorsions partisanes et les arrangements politiques institutionnels qui violent les fondements doivent être abandonnés et proscrits. La politique ne doit pas être vue comme l’art du mensonge et de la roublardise, mais plutôt comme lieu de promotion et de triomphe des principes et des valeurs qui fondent l’harmonie de la vie en société, la vérité et la liberté.


Mamadou KOULIBALY
Président de LIDER

26/12/2012

Côte d'Ivoire : Selon André-Julien Mbem, chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris: « La paix en Côte d’Ivoire ne se fera pas à la CPI »

André-julien.jpg
La documentariste italienne Nicoletta Fagiolo, désireuse de faire raconter «l’autre histoire» de la crise ivoirienne au-delà des versions officielles menteuses, a engagé un vaste et courageux projet qu’elle a dénommé Côte d’Ivoire Voices, et dont Le Nouveau Courrier est partenaire. Elle a «mis en boîte» des dizaines de témoignages de personnalités ivoiriennes, africaines et françaises témoins des péripéties récentes que la Côte d’Ivoire a traversées, et a choisi de commencer par les distiller sur Internet. Nous publions ici des extraits de son entretien avec André-Julien Mbem, chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, essayiste et critique littéraire qui a approché le personnage Laurent Gbagbo sous l’angle de ses écrits, de sa jeunesse à sa maturité. Il a notamment
publié «Laurent Gbagbo, l’intellectuel et le politique» aux Editions L’Harmattan. Il parle ici du «moment» que représente la crise ivoirienne dans l’histoire de l’Afrique, du corpus intellectuel qui a charpenté Gbagbo tout au long de sa vie et qui est retracé dans ses livres, de l’obstination de l’intelligentsia française à ne voir l’Afrique que sous le prisme ethnologique, loin des réalités socio-économiques. Il porte également un regard critique sur le FPI à l’épreuve du pouvoir et évoque la question centrale de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Extraits.


«Pendant trente ans, quand on parlait de l’Afrique en France, ce ne sont pas les Africains qui parlaient de l’Afrique, même comme les Africains n’ont pas le monopole de la connaissance et de la science sur l’Afrique. Mais le discours sur l’Afrique était un discours tenu par certains ambassadeurs de l’ethnologie, de la pensée, de l’anthropologie et de l’Histoire qui, dans des institutions financées par des fonds publics en France, étaient censées dire : «voici ce que c’est que l’Afrique».

Le grand tournant, c’est la guerre du Rwanda. Il faut comprendre ce qui s’est passé au Rwanda. Il y a eu un conflit, des massacres entre Hutus et Tutsis. Mais de plus en plus, il y a des Tutsis qui écrivent, il y a des Hutus qui écrivent. Il y a des non-Hutus et des non-Tutsis qui écrivent, il y a même des Camerounais qui écrivent sur le Rwanda. Et on découvre d’autres choses.

J’ai pensé que ce qui se passait en Côte d’Ivoire était un événement très grave. Quand ce conflit a éclaté en 2002, si on avait tenu à faire prévaloir la légalité républicaine, à ne pas adouber les rebelles comme des libérateurs ou comme des forces soi-disant nouvelles, je pense qu’il y a certaines choses qui ne se seraient pas passées dans d’autres pays. On aurait même eu une expansion du mouvement démocratique qui était tout à fait sur la bonne voie. Mais on s’est retrouvé dans une situation où certains, d’une part, ont pensé que pour légitimer l’officialisation du mouvement rebelle, il fallait décrédibiliser Laurent Gbagbo et tous ceux qui étaient autour de lui – même s’il y a des choses que l’on peut reprocher à Laurent Gbagbo, il faut le dire.

Or, ce qu’il faut comprendre dans cette affaire, c’est qu’en réalité, Gbagbo ne représente pas simplement une force politique en Côte d’Ivoire, il représente une force sociologique. Et quand vous voulez casser le thermomètre pour nier la température, votre corps s’occupe de vous. Finalement, on s’est rendu compte qu’on ne peut pas faire la paix en Côte d’Ivoire sans lui. Parce qu’au-delà du Front populaire ivoirien (FPI) qu’il a créé, il représente bien autre chose que cela. Il fallait donc faire un rétropédalage.

L’opinion publique française a été abreuvée de fausses informations sur le personnage, sur certaines
personnes de son entourage. Je me suis dit : «Il y a un tournant». Il faut faire un effort pour faire
comprendre que ce monsieur qui n’est pas blanc comme neige n’est néanmoins pas en grande partie
celui que vous dites. Il n’est pas cet aventurier qui arrive un matin au pouvoir. Il n’est pas cet aventurier qui a passé le temps à se balader à Paris. Je pense qu’il a même plus lu que beaucoup de ces journalistes qui écrivent sur son compte. Il a lu des textes qu’ils ne liront peut-être jamais. Il fallait rétablir cette vérité.

Il faut le comprendre sur le terrain des faits avérés. C’est ça le journalisme. Qu’est-ce qu’il a fait ?
Prouvez-le. Mais pas sur des dépêches de presse souvent écrites dans des officines privées souvent à la
solde de certains adversaires politiques de Laurent Gbagbo. Il fallait mettre fin à ça ! (…) La Côte d’Ivoire est le microcosme de tragédies à venir sur le continent africain si l’on continue à se comporter
ainsi.

Un dernier point : avec l’explosion des technologies de l’information et de la communication, il y a eu
une grande bataille de communication parce qu’il fallait convaincre l’opinion française de l’envoi de
troupes en Côte d’Ivoire. (…) Dans les années 70, cela se serait passé dans le silence absolu. Il n’y
avait pas Internet. Il n’y avait pas les CNN, les grandes chaînes internationales. Mais aujourd’hui, la
politique est un spectacle à ciel ouvert. Un peu comme des gladiateurs sur une scène, et il faut nous
convaincre que c’est l’autre qui a gagné. Et il y a les peuples qui arbitrent d’une certaine façon, les
opinions publiques qui pèsent. D’où cette bataille de dénigrement et de communication qui a été
menée. Il y a eu deux guerres en Côte d’Ivoire : une guerre de la communication et une guerre
militaire au sens classique.

Gbagbo l’essayiste, l’écrivain

Quand Gbagbo rentre dans le monde de l’écriture, l’un des ouvrages qu’il publie en tant qu’historien,
est : «Réflexions sur la conférence de Brazzaville». La conférence de Brazzaville a été la grande
réunion que le général De Gaulle a convoquée juste au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, qui devait
poser le problème de l’avenir des colonies françaises d’Afrique équatoriale et d’Afrique occidentale.
Cette conférence a, à plusieurs égards, été présentée non seulement comme une initiative du général
De Gaulle, mais aussi comme un moment fondateur pour les indépendances africaines. Pourtant, en
réalité, il ne s’agissait pas vraiment de créer les conditions d’une indépendance de ces pays. Il s’agissait de voir comment les intégrer au sein de l’Union française. Une espèce de départementalisation comme on l’a connue avec les départements d’outre-mer des Caraïbes. Tout jeune professeur d’histoire, Laurent Gbagbo se fait un devoir de démystifier les idées répandues sur d’une part l’initiative libératrice du général de Gaulle et d’autre part des actes d’indépendance posés par la conférence en question. Il passe au crible les participants à cette conférence. Il démontre que pour la plupart, il s’agissait d’administrateurs des colonies qui, en réalité, n’avaient pas intérêt à la libération et à l’indépendance de ces pays. Et d’autre part, il étudie les articles, les résolutions de cette conférence. Il démontre très aisément qu’en réalité, s’il faut s’en tenir à ces résolutions, on ne s’achemine pas vers l’indépendance. D’où la rupture d’Ahmed Sékou Touré qui avait pensé que le cadre dans lequel ces indépendances ce dessinaient n’était pas celui qui pouvait conduire à de réelles indépendances pour les Etats africains concernés. Voilà l’acte fondateur de Gbagbo. Qui est, en quelque sorte, un acte de rupture. Comme le dit Jean-Paul Sartre, il «se pose en s’opposant» dès le départ. Il montre les couleurs de ce qu’on connaîtra de lui plus tard.

Un autre grand ouvrage, c’est sa thèse de doctorat : «Economie et société à la veille des indépendances en Côte d’Ivoire». Il passe au crible l’économie ivoirienne à la veille des indépendances. Il passe au crible les services administratifs, le personnel administratif. Il passe au crible les lois qui sont votées à la veille des indépendances. Et il montre comment la Seconde Guerre Mondiale a des répercussions au sein même du personnel administratif français en Côte d’Ivoire. Une bonne partie du personnel est pour Vichy, pour le régime du maréchal Pétain et qui a une idée très condescendante des populations africaines et de l’Afrique. Il y a une minorité qui pense que le moment de l’autonomie ou de l’indépendance est inéluctable. Il montre également comment cette élite française coloniale sur place crée une élite africaine aux ordres. Et là il utilise d’ailleurs les catégories marxistes – il parle de bourgeoisie et de prolétariat. On sait que ce n’est pas la même chose quand on lit Le Capital. En réalité, on est dans cette mouvance où le marxisme, les idées de gauche, ont une grande influence sur la jeune intelligentsia du continent africain. Du coup, il dit que l’indépendance que la Côte d’Ivoire obtient en 1960 est une indépendance factice. Parce qu’en réalité, il s’est agi pour la France notamment de créer une élite aux ordres pour perpétuer le système de domination économique et politique qui a régné jusqu’en 1960. Et par ce fait même, il devient un adversaire politique naturel de Félix Houphouët-Boigny, qui est le grand-père de cette indépendance. Et il pose déjà les jalons du combat politique qu’il va mener dans les prochaines années.

A l’accession à l’indépendance, le camp du président Félix Houphouët-Boigny n’est pas homogène. Il y
a des ambitions de pouvoir comme dans tout parti politique. Le fameux complot du chat noir qui mettait au banc des accusés un certain nombre de personnes qui étaient pourtant des camarades politiques de Félix Houphouët-Boigny visait en réalité à éliminer de la scène un certain nombre de personnes qui pouvaient faire ombrage à la figure d’Houphouët-Boigny qui se voulait omniprésente et omnipotente au sein du PDCI. Si d’ailleurs, vous regardez la suite des événements vingt à trente ans plus tard, vous remarquerez qu’au sein du même PDCI, il y a eu une bataille fratricide entre Alassane Dramane Ouattara, l’actuel chef de l’Etat, et Henri Konan Bédié, qui se sont retrouvés après dans le Rassemblement des houphouétistes. Ce n’était pas un «chat noir», mais «l’ivoirité». Ayant fait l’analyse que ce mouvement politique finira par imploser avec la disparition de Félix Houphouët-Boigny (…), Gbagbo se positionne sur l’avenir. Il tire les leçons de l’Histoire et se positionne vis-à-vis de ce parcours.

La crise ivoirienne, une crise de nature ethnique ?

La lecture des contradictions de la société ivoirienne, comme dans d’autres pays africains, à travers le
prisme ethnique, est souvent grandement exagérée. En réalité, il s’agit de catégories d’analyse qu’utilisent certains politiques et certains observateurs qui ne veulent pas voir qu’en réalité les contradictions sont plutôt d’ordre socio-économiques. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, quand vous prenez par exemple Gbagbo, quand il rentre en politique – prenez tous ses ouvrages – le fait ethnique ne fait pas partie de ses critères d’analyse. Il mène une analyse à partir d’un certain nombre d’indicateurs socio-économiques. Du côté d’Houphouët-Boigny, il appartient à cette école qui a encore pignon sur rue en Afrique qui pense qu’il suffit de nommer un membre d’une ethnie, d’une tribu à un poste de responsabilité pour acheter la paix sociale. Aujourd’hui, ces catégories sont en train d’être atomisées d’une part par la mondialisation des élites africaines qui ne sont plus obligées d’entrer dans un parti politique pour avoir de l’argent, pour se faire une fortune ou un nom dans le monde. Ces catégories permettent en tout cas de discréditer – et c’est le cas de ce qui arrive en grande partie à
Gbagbo – ceux qui se positionnent sur le champ politique avec des outils purement idéologiques. Dès
cet instant, on commence à se poser une question : «De quelle ethnie vient-il ?» Mais les Bété sont
minoritaires en Côte d’Ivoire. Il a pu accéder au pouvoir venant d’une ethnie minoritaire. Si on se fie à
ce critère d’analyse, il n’aurait pas été prédestiné à occuper la tête de l’Etat ivoirien. Il a eu comme
président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly, qui est musulman du Nord. On a eu des gens
autour de lui comme Mamadou Ben Soumahoro qui ne sont pas de l’Ouest ou du Sud. Tant qu’on maintient ce critère d’analyse, on perd de vue certains faits réels qui sont à l’origine de certains problèmes qu’on connaît aujourd’hui. (…)

Il y a une certaine presse française qui fait de l’ethnologie du début du XIXè siècle sur l’Afrique. Quand
il y a une crise au Mali, la première chose qu’on cherche à voir : d’où est originaire le chef de la junte ?
(…) D’autre part, il faudrait que les diplomates qui s’occupent de ces questions-là, notamment en Occident, essayent d’élargir leur champ d’horizon. Ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire révèle
également qu’il y a des gens qui ne veulent pas voir que la majorité de la population a moins de vingt
ans et vibre aux pulsations du monde entier. Parfois, ils ne savent même pas parler leur langue
d’origine. Ils sont quasiment tous urbanisés ou ils sont sur les routes du monde. Ce procès qu’on a fait
lors de la crise ivoirienne, où on a voulu tout lire sur le prisme de l’appartenance ethnique, il faut le
dépasser. Sinon, quelle que soit la personne qui viendra au monde, elle en subira les conséquences.
(…) Je sais quand même qu’il y a un effort de certains journalistes pour mieux décrypter ce qui se
passe dans un pays comme la Côte d’Ivoire. Mais vous savez, les journaux sont parfois aux ordres
comme les hommes politiques. Ils se trouvent parfois au carrefour d’intérêts divers, inavoués et
inavouables, qui orientent l’information dans un certain sens. Il est très facile aujourd’hui d’aller recueillir une bibliographie sur ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Mais vous avez reçu pour instruction de
présenter les événements d’une certaine manière. Le problème dépasse celui de la bonne volonté. C’est
davantage la question de la puissance de certains lobbies et groupes d’intérêt.

Les violations des droits de l’Homme pendant la crise ivoirienne et la réconciliation


«Ce qui est certain, c’est que dans le feu de l’action – c’est le propre de toute guerre, de tout conflit
armé –, il y a des dégâts collatéraux. Mais il faut toujours savoir prudence garder parce qu’il faut dire
qui a fait quoi. Ce ne sont pas les vainqueurs ou les vaincus qui peuvent faire la lumière sur ce genre
de choses. Pour que la Côte d’Ivoire se réconcilie avec elle-même, il faut d’abord qu’elle se réconcilie
avec son Histoire, avec ses zones d’ombres et de lumière. On a créé une Commission Vérité et Réconciliation en Côte d’Ivoire. J’ai souvent posé la question : quelle vérité pour quelle réconciliation ?
Montrez-moi la vérité, et je vous demanderai après de me montrer le chemin de la réconciliation. On
en est au point mort ! Ce sont des choses qui ne serviront à rien !
Si j’avais une idée à apporter, l’Union africaine mettrait sur pied une Commission indépendante – et
cela ferait jurisprudence dans tous les autres pays – qui irait en Côte d’Ivoire voir ce qui s’est
réellement passé depuis 2002. C’est comme ça que l’Afrique peut se réapproprier son histoire. Sinon,
ils auront toujours s’affronter à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye qui est une espèce de no
man’s land de la justice internationale qui dit un droit qui existe à peine et dont elle a à peine les
moyens de coercition.

Un journaliste peut alimenter la justice en informations. Dans le cas que vous citez, celui de Stephen
Smith, on ne peut pas tenir pour argent comptant ce qu’il dit s’il n’y a pas une enquête contradictoire.
Le principe même de la justice et d’une enquête, c’est l’exploration contradictoire des faits. Là-dessus,
on est très loin du compte. Les escadrons de la mort, tout ce qui s’est passé… pour l’instant, je suspens
mon jugement tant qu’il n’y a pas eu une véritable enquête indépendante. (…)
Organiser des élections, faire voter des gens alors qu’on n’a pas posé sur la table les vrais problèmes
qui déséquilibrent la société, c’est une fuite en avant qui finit toujours par se traduire par un retour du
refoulé comme on dit en psychanalyse. La Côte d’Ivoire est dans la même situation aujourd’hui ! Ce qui
est certain, les grandes puissances ne viendront pas ad vitam aeternam installer des chefs d’Etat en
Côte d’Ivoire. Il faudra bien qu’on arrive à un jour où les Ivoiriens diront : «voici notre chef d’Etat», et
prennent acte de cela. Et c’est eux et eux seuls qui peuvent le faire. Comme on dit : «on ne fait pas la
paix avec les pierres, mais avec les ennemis d’hier». D’une manière ou d’une autre, il faudra que se
retrouvent autour d’une table ceux qui s’affrontent depuis 2000. Ce n’est ni l’ONU, ni l’Union africaine,
ni la France, ni les Etats-Unis. Ce sont les Ivoiriens et eux seuls.
Alassane Ouattara a peut-être la chance historique de tendre cette main-là et c’est ainsi qu’il pourrait
sorti grandi. Pour la Côte d’Ivoire dans son état actuel après la chute de Gbagbo, ce n’est pas forcément la reconstruction économique. C’est la reconstruction humaine. Le tissu social, le tissu
éthique qu’il faut refaire dans ce pays aujourd’hui. Un pays qui n’a plus d’armée, qui n’a presque plus
de police. La Côte d’Ivoire est revenue près de cinquante ans en arrière et même pire. A la veille des
indépendances, au moins, vous aviez une majorité d’Ivoiriens qui étaient d’accord sur le fait qu’il fallait
accéder à l’indépendance. Ils étaient au moins rassemblés autour d’une vision de la Côte d’Ivoire.
Aujourd’hui, non seulement vous avez une destruction des biens qui nous ramène des décennies en
arrière, mais vous avez une destruction des hommes qui fait qu’il n’y a plus de vision commune des
Ivoiriens vers l’avenir. Et ça, c’est un chantier gigantesque. Et pour y parvenir, il faut qu’au sein de
cette société, quelques personnalités fortes fassent don de leur personne (…) à la Côte d’Ivoire disant :
«Je fais abstraction de mon avenir politique mais je me bats pour rassembler les Ivoiriens». (…)

La corruption de l’élite, plaie de l’époque Gbagbo


Le jour où on écrira l’Histoire du passage Gbagbo au pouvoir, on dira qu’il a été trahi par certains de
ses proches qui ont très mal géré l’économie à certains postes de responsabilité. Au sortir de la guerre,
il y en a certains qui se sont enrichis de façon outrancière, alors que c’est cette pauvre population qui
s’était mobilisée afin que le pays ne tombe pas totalement sous la coupe des mouvements rebelles et
que la Côte d’Ivoire ne disparaisse pas. On a assisté au sein du Front populaire ivoirien, le parti créé
par Laurent Gbagbo, à l’émergence de ce qu’on a appelé dans les pays d’Amérique latine une
bourgeoisie compradore. Des gens qui du jour au lendemain deviennent milliardaires en en mettant
plein la vue aux populations. (…) Je crois que là-dessus, s’il lui arrivait de revenir au pouvoir, ce sur
quoi il devrait mettre l’accent, c’est que ce qui a été le Front populaire ivoirien a en bonne partie trahi
Laurent Gbagbo. Je crois que là-dessus, il n’a pas eu la main très ferme. Ceux qui nous regardent se
reconnaîtraient. (…) Les Ivoiriens les connaissent. (…) Le peuple ivoirien lui est reconnaissant de
beaucoup de choses. Mais je dis qu’une partie de l’appareil du parti a dévoyé un certain nombre
d’idéaux pour lesquels les Ivoiriens sont même sortis dans la rue en 2002. Ces idéaux ont été
dévoyés ! Il y a cette richesse ostentatoire après ces soulèvements qui s’affiche dans les rues. Comme
dans tout mouvement, même dans tout mouvement révolutionnaire, vous avez toujours comme ça des
petits kystes qui émergent et qui font une espèce de contre-révolution larvée. Et dans ces
mouvements-là, on ne reconnaissait plus ceux qui se battaient au nom du peuple. Certains gens
avaient le sentiment de devenir une espèce de pâture dont on avait besoin pour des ambitions
électorales personnelles.

Je pense que la reconstruction de la Côte d’Ivoire passe aussi par une reconstruction du Front populaire
ivoirien, qui doit redevenir un front, et populaire. Pour moi en ce moment, en Côte d’Ivoire, il n’y a pas
de partis politiques. Il n’y a que des hommes forts. Quand Barack Obama est arrivé au Ghana, il a dit :
«L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes.» La Côte d’Ivoire actuelle a besoin
d’institutions fortes, pas d’hommes forts. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est tenue par des hommes forts.
Le premier, c’est le chef de l’Etat. Il y a le président de l’Assemblée nationale. Il y a des comzones,
ainsi de suite. Ce sont des hommes forts. L’armée même est faible. La police est faible. Les
renseignements sont faibles. Ou ils sont affaiblis. Et les partis politiques qui existent actuellement,
est-ce qu’il y a un travail idéologique qui est fait sur le terrain ? Un travail de sensibilisation à la paix ?
Un travail de sensibilisation à la réconciliation ? (…)

De mon point de vue, la vision que Gbagbo avait de l’économie ivoirienne, de la sous-région et du
continent tout entier, c’est une vision qui a été portée depuis l’indépendance par les pères de
l’indépendance en Afrique comme Kwame Nkrumah ou Ahmed Sékou Touré. Et également dans les
plans d’action de Lagos ou d’Abuja (…) Quand il arrive au pouvoir en 2000, on sent quand même chez
lui la volonté de gouverner autrement la Côte d’Ivoire et d’instaurer en Afrique un autre style de
gouvernance, un autre rapport à la métropole. Mais la tentative de coup d’Etat de 2002 a me
semble-t-il étranglé cette dynamique-là. Et on ne saura à mon avis jamais ce que cet homme aurait pu
faire au pouvoir. Mais ce qui est certain, c’est que ce coup d’Etat a porté un coup cruel à la Côte
d’Ivoire. Je l’ai toujours fermement condamné. Parce que rien ne peut justifier qu’on en arrive à créer
tout le désastre que ce pays a connu. On peut reprocher à Gbagbo des erreurs de gestion dès les
premières années de son arrivée au pouvoir. Mais c’est pour cela que les élections existent en
démocratie. (…) Ils auraient dû dire : «Voici la première fois qu’il y a une alternance démocratique en
Côte d’Ivoire. Faisons plutôt tôt pour amener Gbagbo à ce que les prochaines élections soient plus
démocratiques encore.» Parce que la démocratie ne s’achète pas dans un supermarché. Ça se construit
sur la durée. Prendre des armes parce qu’on dit : «on en avait marre…», on sait à quoi ça aboutit
généralement. (…) L’Histoire nous dira un jour pourquoi on ne l’a pas laissé travailler.

C’est quelqu’un qui a un rapport décomplexé à la «Métropole». Je dis souvent qu’il n’est même plus de
l’intérêt de pays comme la France d’avoir des élites africaines complexées, qui ne savent pas dire non,
qui disent toujours oui. Quand vous dites toujours oui, vous direz oui à tout le monde. Aux Chinois (…)
aux Indiens. (…) Mais ils disent oui à tout le monde ! Gbagbo a dit non, il y a des points sur lesquels on
doit renégocier certains contrats. Là-dessus, je me dis qu’il a eu beaucoup de courage. Si jamais
l’Europe veut avoir des rapports sains à l’avenir avec les jeunes élites de ce continent, qu’on apprenne
à négocier dans l’intérêt des deux parties. Je crois que c’est un peu ce que Gbagbo a voulu impulser.
Là-dessus, l’Histoire lui en saura gré.

Les jeunes patriotes en question

Mouvement nationaliste ? Je dirais plutôt qu’ils étaient des fantassins du système. Une révolte n’est pas
une révolution (…) L’indignation ne conduit pas à la concrétisation d’un projet de transformation
sociale. Un mouvement nationaliste, c’est un mouvement qui est construit autour d’une vision, autour
d’une stratégie, autour d’un projet de transformation sociale comme dit Gramsci. Il faut qu’on en arrive
à comprendre que de l’ordre ancien est né un ordre nouveau. Il faut décrire le processus qui mène à
cet ordre nouveau. Est-ce qu’on retrouve ça dans la démarche des jeunes patriotes ? Je dis non. On
retrouve plutôt, de mon point de vue, une espèce d’indignation affective de voir que quelque chose qui
leur est cher est en train de leur être arraché. Que ce qui relève de leurs droits et de leur liberté
fondamentale est en train d’être nié. Ça c’est la première démarche d’une révolution. On est là au point
de départ. (…) Je pense que ce mouvement était d’abord un mouvement d’indignation mais qui a eu
son importance. Au-delà des commentaires que fait la presse, pour la première fois en Afrique
francophone, après les indépendances, on a vu des jeunes qui ont voulu dire : «Ecoutez, pendant
cinquante il y a eu des relations avec nos aînés (…) Sachez que nous ne sommes pas héritiers de ce
système de relations-là.» (…) Est-ce que vous savez que dans un pays comme le Cameroun pour ce qui
se passait en Côte d’Ivoire ? Un peu comme on avait des Français qui allaient combattre aux côtés des
républicains espagnols pour mettre le franquisme à la porte. C’est tout à fait nouveau ! Vous avez vu
des gens de tout le continent s’intéresser à ce qui se passait en Côte d’Ivoire (…) Les jeunes patriotes
ont été en réalité le moment fondateur d’une nouvelle affirmation de la jeunesse africaine par rapport à
l’avenir de son continent et à ses propres problèmes. On ne fera pas marche arrière dessus. C’est une
dynamique inexorable de l’Histoire.

Gbagbo et Ouattara au centre de la réconciliation en Côte d’Ivoire

Que le président Ouattara comprenne que la vérité et la réconciliation se feront fatalement avec ceux
contre qui il a combattu (…) Que Gbagbo comprenne de son côté que si une main lui est tendue dans
ce sens, pour l’intérêt des milliers d’Ivoiriens qui sont morts, de ceux qui sont jeunes, et de ceux à
naître, qu’il accepte cette main tendue sur une table de négociation. La paix en Côte d’Ivoire ne se fera
pas à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. C’est une pantalonnade ! La paix se fera en Côte
d’Ivoire avec les Ivoiriens. Et peut-être avec d’autres humains de bonne volonté qui accompagneront
les Ivoiriens (…) Ce n’est pas en coupant la Côte d’Ivoire d’une partie de ses forces qu’on va refaire la
Côte d’Ivoire (…) Celui qui le fait est en train de creuser un grand précipice sous ses pieds.»


Propos retranscrits par Théophile Kouamouo

source: http://nouveaucourrier.net/un-chercheur-de-lecole-des-hautes-etudes-en-sciences-sociales-de-paris-la-paix-en-cote-divoire-ne-se-fera-pas-a-la-cpi/

06/12/2012

Côte d'Ivoire : Les "gueules cassées" de la crise ivoirienne

cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaumecote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Sur le camp de l'ex-3e bataillon d'infanterie d'Anyama, à 10 kilomètres d'Abidjan, une centaine d'ex-combattants échangent armes et tenues militaires contre un survêtement et une carte de 'démobilisé', passeport pour l'entrée dans la vie civile. L'opération est menée par l'Autorité pour la démobilisation, le désarmement et la réinsertion (ADDR), créée en août par le président Alassane Ouattara.

Effectif pour l'heure dans la seule région d'Abidjan, ce processus est censé assurer un avenir de garde pénitencier à ceux que le test psychologique et la visite médicale auront déclarés « aptes ». Pour tous les autres, l'ADDR promet des « solutions de réinsertion », sans toutefois en préciser les contours.
Mais déjà, en ville, les critiques se multiplient contre cette nouvelle autorité. En cause, le processus de sélection des 2000 ex-combattants candidats à la réinsertion. Il est en fait délégué aux anciens "chefs de guerre" qui auraient vendu les places aux plus offrants. Des personnes qui n'ont pas combattu se retrouveraient ainsi dans ce processus de réintégration.

À Abobo, les anciens combattants sont rongés par l'amertume. Dans cette commune populaire d'Abidjan, la jeunesse a pris les armes contre les hommes de Laurent Gbagbo pour défendre le candidat élu, Alassane Ouattara. Parmi eux, beaucoup ont été blessés au combat. Là, où ils espéraient une prise en charge, ils n'ont jamais été approchés par les autorités depuis la guerre.

Massouma était chauffeur de taxi avant de rejoindre la rébellion à PK18, ce quartier d'Abobo où les affrontements entre les pro-Ouattara et les Forces de sécurité de l'ancien président ont été les plus sanglants. Touché d'une balle dans la cuisse en avril 2011, il est aujourd'hui incapable de conduire : le plomb est toujours logé dans sa jambe, la plaie à vif, mais il n'a pas les moyens de se faire opérer. C'est le docteur Krouma, connu dans le quartier comme le dernier recours de ces nouveaux indigents, qui lui fait gratuitement ses pansements et lui administre des piqûres antibiotiques quand sa maigre pharmacie le lui permet.


Des vies brisées comme celle de Massouma, il en existe dans toute la Côte d'Ivoire. Rencontre en images avec les combattants oubliés de la crise post-électorale.


cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Dr Krouma vit à PK18, le quartier d'Abobo à Abidjan où ont eu lieu les plus violents combats pendant la crise. Kinésithérapeute de formation, il s'est improvisé chirurgien sur le front au plus fort de la guerre. Il suit encore aujourd'hui de nombreux ex-combattants blessés. Malgré ses multiples demandes, aucun d'entre eux n'a pour l'heure reçu d'aides de la part des autorités.



cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Tous les deux jours, le Dr Krouma fait un nouveau bandage sur la jambe de Massouma, ancien combattant pro-ouattara blessé pendant la crise.



cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Le docteur, qui soigne gratuitement, manque de matériel et de médicaments.



cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Richard Dei, 20 ans habite Duékoué, à l'ouest du pays. Il est entré dans le groupe d'autodéfense APWE, l'association des patriotes Wé, qui défendait la ville contre l'avancée de la rébellion à l'ouest. Il a été amputé après avoir été touché par une balle.


cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Faute de moyens pour l'emmener à l'hôpital, la mère de Richard apaise la douleur en le massant avec du beurre de karité.




cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Moustapha Touré vit à Man, à l'ouest du pays. Il a rejoint la rébellion en 2002. Blessé à la jambe à Bloléquin, il a été amputé quelques semaines plus tard après avoir été envoyé par ses chefs militaires pour être soigné dans une petite structure au Burkina Faso. Depuis son retour à Man, il y a un peu moins d'un an, il n'a bénéficié d'aucune aide.


cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Moustapha était caporal dans les Forces Nouvelles, la rébellion nordiste. Il dirigeait une section d'une vingtaine d'hommes. Aujourd'hui, il vit avec d'autres locataires dans une petite maison du quartier de Domoraud à Man. Il se fait aider financièrement par des proches. Il lui arrive de revendre 1500 frcs CFA à l'unité ses munitions pour subvenir à ses besoins. Il a aussi vendu des bérets et des uniformes militaires.

cote d'ivoire,coup d'état 2002,crise post-electorale,alassane dramane ouattara,soro guillaume
Tous les jours, il prend sa douche seul, malgré son handicap. Il n'a pas pu payer ses dernières factures d'eau et se débrouille aujourd'hui avec des bassines que des amis lui préparent quotidiennement.

source: france24