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17/01/2013

France - Mali : Premières critiques de l'opposition

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Le consensus général n'aura pas duré très longtemps. Moins d'une semaine après l'annonce par François Hollande de l'intervention française au Mali, et alors que cette opération se complique du fait d'une prise d'otages dans une raffinerie algérienne, l'opposition commence à émettre de premières critiques contre cette guerre.

DOUTES ET QUESTIONS

C'est ainsi que, dans un entretien au Figaro, Brice Hortefeux émet des doutes, certes mesurés :

"Je pense que si le principe paraît juste, les modalités sont plus qu'incertaines. Les soutiens diplomatiques et logistiques ont été à ce jour plus que mesurés et témoignent d'une réelle impréparation. Je suis parallèlement surpris qu'une commission d'enquête sur ce qui s'est passé en Somalie n'ait pas encore été constituée..."

Il n'est pas le seul. Lors du débat à l'Assemblée, mercredi 16 janvier Jean-François Copé, président proclamé de l'UMP, tout en affirmant son soutien, a également tenu à faire part de sa "vigilance". Et demandé : : "pourquoi avoir tant tardé à agir?. Nous sommes extrêmement préoccupés que la France soit isolée".

Autre voix, celle de l'ancien premier ministre Alain Juppé, qui a évoqué sur France 24 une "étape extrêmement risquée" avec le déploiement de troupes au sol. "Je crains que nous ne nous soyons mis dans une spirale que nous allons avoir beaucoup de mal à maîtriser. Il est important de clarifier les objectifs de l'intervention française".

Dans les colonnes du Monde, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing avait mis en garde "contre une évolution de l'action de la France au Mali, qui serait de type néo-colonialiste". Autre voix discordante, celle de Dominique de Villepin. L'ancien premier ministre a critiqué, dans une tribune au Journal du Dimanche, cette intervention : "Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits ?" "L'unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme" m'inquiètent",

UNE PARTIE DE L'OPPOSITION SOLIDAIRE

D'autres personnalités de l'opposition sont plus solidaires du gouvernement. "Quand la France est en guerre - et c'est une guerre, pas une petite opération de police - nous devons tous être unis derrière nos soldats qui risquent leur vie", estime sur RTL le député des Yvelines et ex-plume de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, qui juge que "ce n'est pas le moment d'ouvir un débat politique", mais que "ça viendra".

Même avis pour l'ex-ministre de la défense Gérard Longuet, qui jugeait mercredi sur LCI qu'il aurait"mis en oeuvre la même politique", "totalement pertinente au moment où elle a été déclenchée", quand "les colonnes, les 200 pick up" islamistes "se dirigeaient par deux voies vers Bamako. Ils se sont dévoilés, ils sont sortis de la population, c'était le moment de les frapper".

DES DOUTES AUSSI DANS LA MAJORITÉ

Si une partie de la droite fait bloc, une partie de la gauche ne cache pas son scepticisme, voire son hostilité à l'intervention française. En séance, mercredi, le député Front de gauche André Chassaigne a expliqué :

"Une intervention internationale était urgente et nécessaire pour stopper l'offensive des fanatiques islamistes. Elle n'en suscite pas moins des interrogations. L'opération Serval a été lancée sans débat préalable au Parlement. Selon nous, elle aurait dû s'inscrire aussi dans le cadre d'un mandat précis, défini par l'ONU et l'Union africaine"

Même critique mesurée de la part d'Europe écologie-Les Verts, mais dans un certain désordre. Alors que Noël Mamère a parlé de "propagande" pour justifier l'intervention, la députée Barbara Pompili, a nuancé ses propos, expliquant : "On soutient l'intervention, même si nous aurions préféré que le parlement soit associé".

Samuel Laurent

18:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, malin hollande, copé, ps, ump

Mali : chronologie d'une crise

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Le coup d'État du 22 mars 2012 à Bamako a entraîné la partition du Nord. Depuis, le Mali est en crise.

22 mars 2012 : des militaires annoncent avoir renversé le régime du président Amadou Toumani Touré, l'accusant d' "incompétence" dans la lutte contre la rébellion et les groupes islamistes dans le Nord. Rassemblés derrière le capitaine Amadou Haya Sanogo, les membres du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE) décident de suspendre la Constitution.



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30 mars : le mouvement islamiste armé Ansar Dine, appuyé par le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et des éléments d'Aqmi, s'empare de la ville de Kidal (nord-est). Le 31, les rebelles prennent Gao et le lendemain, c’est au tour de Tombouctou de tomber aux mains du MNLA.



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6 avril : le MNLA proclame unilatéralement l’indépendance de la région de l’Azawad. Le même jour, un accord-cadre est signé entre la junte et la Cédéao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest). Il prévoit un transfert du pouvoir aux civils.



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12 avril 2012 : Dioncounda Traoré, ancien président de l’Assemblée nationale, est investi président. Le 17, l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra devient Premier ministre de transition.


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30 avril : les forces restées loyales à l’ex-président Amadou Toumani Touré mènent des attaques contre le camp des militaires putschistes à Kati, contre l’aéroport et la radio-télévision nationale. La junte affirme le lendemain avoir fait échouer cette tentative de contre-coup d’État. Les combats ont fait 22 morts et des dizaines de blessés.



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19 mai : un accord est conclu entre la junte et la Cédéao. Les militaires putschistes se voient garantir l’amnistie. Le capitaine Sanogo obtient le statut d’ancien chef de l’État et le président Dioncounda Traoré est confirmé à son poste pour un an. Un délai qui doit permettre d’organiser des élections.



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21 mai : Dioncounda Traoré est agressé dans son bureau par des manifestants, malgré la présence sur place de la Garde nationale. Il est hospitalisé et part se faire soigner en France.





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28 juin : les rebelles touaregs du MNLA quittent Tombouctou. Les islamistes du Mujao prennent le contrôle total de Gao après de violents combats avec des rebelles touaregs.



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du 30 juin au 2 juillet : à Tombouctou, les islamistes d'Ansar Dine détruisent de nombreux mausolées et monuments classés au patrimoine mondial de l’Unesco.




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1er juillet : la procureure de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, déclare que la destruction de lieux saints musulmans à Tombouctou est un "crime de guerre" passible de poursuites de la CPI.



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8 juillet : réunion à Ouagadougou du Groupe de contact sur le Mali (présidents de six pays d'Afrique de l'Ouest) qui demande la formation d'un gouvernement d'union nationale d’ici fin juillet.




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27 juillet 2012 : retour du président intérimaire Dioncounda Traoré à Bamako. Deux jours plus tard, il annonce la création d'un Haut conseil d'État, qu'il prévoit de diriger et d'un gouvernement d'union nationale.




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20 août : Cheick Modibo Diarra annonce la composition d'un gouvernement d'union nationale. Il comprend plusieurs personnalités proches des putschistes, ainsi qu'un ministre touareg.




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9 octobre : l'ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, est désigné comme envoyé spécial pour le Sahel par Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies.




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12 octobre : le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pressant les pays ouest-africains de préciser leurs plans en vue d'une intervention militaire destinée à reconquérir le nord du Mali. Le texte invite aussi le gouvernement malien et les rebelles touaregs, évincés dans le nord malien par les islamistes, à entamer un processus de négociation.




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11 novembre : sommet sur le Mali à Abuja. Des dirigeants de la Cédéao et d'autres pays africains décident d'envoyer 3.300 militaires pour aider l'armée à chasser les groupes islamistes du Nord.




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14 novembre : Ansar Dine renonce à vouloir imposer la loi islamique dans tout le pays, sauf dans son fief de Kidal. Le groupe armé se dit prêt à aider à "débarrasser" le Nord du "terrorisme" et des "mouvements étrangers".




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16 novembre : des représentants d'Ansar Dine et du MNLA rencontrent le médiateur Blaise Compaoré à Ouagadougou. Ils se disent prêts à "un dialogue politique" avec Bamako.




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19 novembre : les ministres des Affaires étrangères de Union européenne donnent leur accord de principe à l'envoi de 250 formateurs au Mali à partir de janvier 2013, pour entraîner les forces maliennes. Le Mujao chasse les rebelles touaregs de la localité de Menaka après de sanglants combats.




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nuit du 10 au 11 décembre 2012 : le Premier ministre Cheick Modibo Diarra est arrêté par une vingtaine de militaires sur ordre du capitaine Sanogo. Quelques heures plus tard, il annonce à la télévision la démission de son gouvernement. Diango Cissoko, médiateur de la République, est nommé dès le 11 décembre pour le remplacer.



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10 janvier 2013 : les insurgés islamistes progressent vers le sud et chassent l'armée de la localité stratégique de Konna.




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11 janvier : répondant à l'appel à l'aide lancé par le président malien, la France intervient militairement dans le cadre d'une opération baptisée "Serval".
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Guerre au Mali : Le prétexte de la démocratie, un classique. Sécuriser l'approvisionnement français en uranium la vraie raison

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Le 11 janvier 2013, l’armée française est intervenue au Mali à la suite de mouvements, vers Bamako, de groupes armés islamistes. Depuis des mois, ces derniers tiennent tout le nord du Mali et se seraient enhardis au point, nous dit-on, de vouloir occuper l’ensemble du pays.

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Personne ne niera que ces groupes soient composés d’horribles individus qui, sous prétexte de convictions « religieuses », battent toute personne dont le comportement ne leur plaît pas, coupent les mains des voleurs (réels ou supposés), exécutent – en particulier des femmes – pour des broutilles ou même pour rien.

Pour autant, de la même façon qu’au moment de l’intervention militaire contre Kadhafi en Libye, il est insupportable de se retrouver sommé de soutenir une intervention militaire déployée par ceux qui sont largement responsables de la gravité de la situation.

Qui croira qu’il s’agit de sécuriser la région ?
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Qui plus est, qui peut vraiment croire qu’il s’agit d’une opération « pour la démocratie au Mali » ? Cela fait des décennies qu’elle est bafouée dans ce pays par des régimes corrompus. largement soutenus par la France. Alors, pourquoi cette subite urgence « démocratique » ?

De même, qui croira qu’il s’agit de « sécuriser la région » ? En réalité, il s’agit de sécuriser l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium : ce dernier est en effet extrait dans les mines du nord du Niger, zone désertique seulement séparée du Mali. par une ligne sur les cartes géographiques.

A ce propos, on soulignera l’extrême perversité des ex-puissances coloniales qui ont jadis tracé des frontières absurdes, faisant fi de l’implantation des populations, et créant des pays aux contours bien curieux : le Niger et le Mali sont tous les deux en forme de sablier, une partie sud-ouest contenant la capitale, totalement excentrée et éloignée d’une immense partie nord-est, principalement désertique.

Salariés d’Areva enlevés

C’est ainsi que, pendant 40 ans, Areva (auparavant la Cogéma) a pu s’accaparer en toute tranquillité l’uranium nigérien dans ces mines situées à 500 kilomètres de la capitale et du fragile « pouvoir » politique nigérien.

Ces dernières années, des groupes armés se sont organisés dans cette région : des Touaregs, dépités d’être méprisés, déplacés, spoliés. Et des groupes plus ou moins islamistes, certains issus des anciens GIA qui ont semé la terreur en Algérie, d’autres contrôlés par Kadhafi, et autonomisés suite à la disparition de ce dernier.

Des salariés d’Areva, cadres dans les sociétés d’extraction de l’uranium, ont été enlevés en septembre 2010 au Niger, transférés au Mali et retenus depuis. Puis, le 7 janvier 2011, deux jeunes français ont à leur tour été enlevés au Niger.

L’Observatoire du nucléaire a été une des rares voix à dénoncer l’opération militaire immédiatement lancée par les autorités françaises. Ces dernières avaient en effet, de toute évidence, décidé de châtier coûte que coûte les preneurs d’otages, quitte à ce que cela se termine dramatiquement pour les deux jeunes otages. qui ont effectivement été tués dans l’opération.

Ces deux jeunes ne travaillaient pas pour l’extraction de l’uranium mais, c’est évident, l’idée était de décourager d’éventuelles prochaines actions contre des salariés d’Areva.

En intervenant, la France reprend la main
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Depuis, les mouvements touaregs laïques et progressistes ont été marginalisés, en particulier par la montée en force du groupe salafiste Ansar Dine. Puissant et lourdement armé, ce dernier s’est allié à Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), faisant courir un risque de plus en plus évident pour les activités françaises d’extraction de l’uranium au nord du Niger.

La France a soutenu avec la plus grande constance les gouvernements corrompus qui se sont succédé au Mali, aboutissant à un délitement total de l’Etat. C’est probablement cet effondrement qui a amené les groupes islamistes à s’enhardir et à avancer vers Bamako.

De même, la France a maintenu depuis 40 ans le pouvoir du Niger dans un état de faiblesse et de dépendance par rapport à l’ancienne puissance coloniale et son entreprise d’extraction de l’uranium, la Cogéma devenue Areva. Alors que les dirigeants nigériens essaient tant bien que mal de contrôler ce que fait Areva, la France reprend totalement la main avec son intervention militaire.

Les récents mouvements des groupes islamistes n’ont effectivement fait que précipiter l’intervention militaire française qui était en préparation. Il s’agit indéniablement un coup de force néocolonial, même si les formes ont été mises avec un opportun appel à l’aide du Président par intérim du Mali, dont la légitimité est nulle puisqu’il est en place suite à un coup d’Etat qui a eu lieu le 22 mars 2012.

Le prétexte de la démocratie, un classique

Précisons à nouveau que nous n’accordons pas le moindre crédit aux dangereux fondamentalistes qui sont aussi des trafiquants de drogue et d’armes et n’hésitent pas à blesser et tuer.
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Par contre, nous refusons la fable de l’intervention militaire « pour la démocratie ». Ce prétexte a déjà beaucoup servi, en particulier lorsque les USA ont voulu mettre la main sur des réserves pétrolières, et le voilà encore de mise parce que la France veut assurer l’approvisionnement en uranium de ses réacteurs nucléaires. Notons d’ailleurs que, à 27 000 euros l’heure de vol d’un Rafale, le tarif réel du courant d’origine nucléaire est encore plus lourd que ce que l’on pouvait craindre...

En conclusion, il est une nouvelle fois démontré que l’atome, et la raison d’Etat qui l’entoure, ne nuit pas seulement à l’environnement et aux êtres vivants mais aussi à la démocratie.

source: http://www.rue89.com/2013/01/15/securiser-le-mali-ou-assurer-notre-approvisionnement-en-uranium-238620