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06/08/2012

Côte d'Ivoire - France : Gbagbo/CPI - L'AFP ne change pas d'épaule, mais déjà de fusil

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C'est par refus de reconnaître sa défaite que Laurent Gbagbo

Entre militants ivoiriens, blogueurs, observateurs attentifs et autres journalistes honnêtes, c'était depuis longtemps un sujet de plaisanterie amère. L'invariable formule finale des dépêches et communiqués émanant de l'Agence France Presse (AFP) pendant et depuis la crise post-électorale ivoirienne, rappelant, en substance, que la crise était liée au refus par Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite dans les urnes, ayant entraîné un conflit politique puis militaire. Et : 3 000 morts. (Depuis qu'un vilain jour, et sur la base de rien, Ouattara avait sorti ce chiffre qui finissait par ressembler à un score à force d'être répété comme une formule magique à l'usage non exclusif des cuistres soucieux, toujours, de conclure). L'évoquer déclenchait au choix un tchip épuisé, un regard courroucé, une tape complice sur l'épaule. Politesse du désespoir, disent certains, pour joliment définir l'humour qui fleurit, chaque fois et partout, après la désolation.

C'est par refus de reconnaître sa défaite que Laurent Gbagbo…

Depuis décembre 2010, début de la fin du plus long coup d'État jamais réalisé, à la lecture des dépêches de l'AFP - dans leur forme initiale, rapportées par les confrères comme des propos ou tout simplement copiées-collées -, ils se seront tour à tour énervé, désolé, irrité, exaspéré, ulcéré. Pas tant pour leur contenu prétendument informatif et en fait biaisé, mensonger, partial, parcellaire, malhonnête, prenant des libertés avec les faits et les propos, orientant les lectures, favorisant les méprises, semant trouble, confusion, interprétant, instrumentalisant, travestissant... mais bien à cause de cette obsédante formule aussi finale que fatale.

C'est par refus de reconnaître sa défaite que Laurent Gbagbo…

Si la crise post-électorale a eu une vertu, ne serait-ce pas celle d'avoir déniaisé les Ivoiriens, et partant, les Africains francophones, sur l'information à l'occidentale : la guerre. Une guerre où le flux d'infos compte plus que la vérité. La victoire, dans une guerre médiatique (et toutes les guerres le sont dorénavant), ne se déclare pas à l'issue de la bataille au regard du nombre de mensonges et de vérités auxquels on a eu recours. Il faut gagner. Tuer spectaculairement l'adversaire. Qui a gagné a raison. Le dernier des Ivoiriens con et honnête a compris lui aussi aujourd'hui que ce sont les vainqueurs qui écrivent mais surtout racontent l'histoire.

C'est par refus de reconnaître sa défaite que Laurent Gbagbo…


Or, mesdames et messieurs, voici, au sujet du nouveau report de l'audience du 13 août du Président ivoirien devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, ce que, rapporté par le quotidien de révérence Le Monde, Dame AFP a produit en guise de conclusion :
"L'élection présidentielle de 2010, qu'il a repoussée à six reprises, l'opposait à Alassane Ouattara : à l'issue de ce scrutin, il avait été considéré comme battu par la Commission électorale indépendante et la quasi-totalité de la communauté internationale, mais déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel. Il avait alors refusé de quitter le pouvoir, ce qui avait entraîné une crise de plusieurs mois. Il avait finalement été arrêté par les forces d'Alassane Ouattara le 11 avril 2011 et remis à la CPI."

Si l'on omet la savoureuse omission du rôle de l'armée française dans l'arrestation du 11 avril 2011 ("C'est l'armée française qui a fait le travail", déclarera Laurent Gbagbo devant la Cpi le 5 décembre 2011), avouons que le ton est singulièrement différent. Certes, la tête de mule Gbagbo est rétroactivement (à nouveau) chargée des reports à répétition de l'élection présidentielle ivoirienne. Vases communicants entre l'amont et l'aval narratif. Ce dont on le déleste à droite, on l'en pare à gauche. C'était l'argument phare des va-t-en guerre qui obligèrent Gbagbo à organiser ces élections insensées dans un pays non désarmé et non unifié. On storytellait dans les sphères alors. L'impopulaire chrétien fanatique (et sûrement un peu génocidaire aussi, chez les Nègres, c'est commun) Gbagbo voulait pas perdre et encore moins au profit d'un Ouattara devenu musulman en même temps que "populaire" en 2002.

Nul besoin d'exégèse pour comprendre qu'on sort enfin un peu du simplisme bushien, du avec nous ou contre nous, pour l'intervention sarkotanique en Libye ou pour les pseudos massacres kadhafiens de Benghazi, pour Ouattara contre l'Ivoiritarisme... La France, par la voix de son agence de presse, reconnaît pour la première fois la possibilité d'un double résultat, puisqu'elle rappelle que Laurent Gbagbo avait, accessoirement, été déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel. Sans même innocemment rappeler, en sus, que celui-ci était alors dirigé par un de ses amis ? On relit plus les dépêches ou quoi à l'AFPaix ? Ô coopé-lonial organe, où sont les 3 000 morts à Gbagbo seul imputés ? Réviserait-on l'Histoire en direct à Radio Métropole ?

Comme souvent, une double tentation face à ces premiers revirements, ces premiers changements de tons :

1) saucer le coupable, l'insulter de toutes vos forces, lui faire payer un bout de ce que vous avez morflé à essayer de semer ne serait-ce que le doute depuis tous ces mois qui vont finir par faire des années si on n'y prend garde ;

2) vous avez mûri d'une crise et vous en concluez qu'on n'est plus très loin du match nul sur le plan médiatique. Mieux vaut continuer de battre le fer politique plutôt que les frères, même quand ils sont faux.

source: http://www.legrigriinternational.com/

Côte d'Ivoire : A Abidjan, on peut louer une kalachnikov pour 30 euros


ABIDJAN (AFP) - 06.08.2012 10:18 - Par Christophe KOFFI

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Certains à Abidjan ont besoin d'une "machine" pour "aller sur le terrain". Traduction d'un trafiquant: ils veulent une arme pour commettre un braquage. Dans la capitale économique ivoirienne, plus d'un an après la fin d'une crise armée, on peut louer une kalachnikov pour 30 euros

"Les +kalach+, ça court les rues à Abidjan"
, se lamente un policier membre d'une unité de lutte contre le grand banditisme, interrogé par l'AFP.

Dans un quartier populaire, un trafiquant qui se fait appeler "commandant Tasman" (le feu, en langue malinké) opère dans l'arrière-cour d'une boutique transformée en armurerie clandestine. Carrure de basketteur et lunettes noires, il brandit fièrement une "kalach" et annonce ses tarifs.

Vingt mille francs CFA (30 euros) la journée pour louer ce type de fusil d'assaut, entre 150.000 et 200.000 FCFA (230-300 euros) à l'achat, un pistolet automatique autour de 15.000 FCFA (23 euros) à la location et environ 150.000 FCFA à l'achat. "Tasman" explique pouvoir même fournir des lance-roquettes, pour 500.000 FCFA (750 euros) l'unité.

Il était de ceux qui ont combattu pour le président Alassane Ouattara durant la crise de décembre 2010-avril 2011, née du refus de l'ex-chef d'Etat Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite à l'élection de novembre 2010.

Epilogue d'une décennie de tourmente politico-militaire, la crise s'est terminée par dix jours de guerre à Abidjan, a fait quelque 3.000 morts et vu une prolifération sans précédent d'armes en tous genres, en violation flagrante d'un embargo sur les armes décrété par l'ONU en 2004.

Des dizaines de milliers d'armes seraient aujourd'hui en circulation, selon des estimations faites en l'absence de données officielles.

Si l'insécurité a reculé en plus d'un an, le phénomène inspire l'inquiétude et favorise les actions des bandits, notamment des "coupeurs de route" présents en particulier dans le nord du pays.

Et l'attaque contre un commissariat et un poste de contrôle de l'armée par des inconnus "lourdement armés", qui a fait officiellement cinq morts parmi les militaires dimanche dans un quartier d'Abidjan, est venue rappeler l'ampleur du problème de la circulation des armes.

Structure étatique créée en 2009, la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre (Comnat) tente, à travers des opérations de sensibilisation et avec le soutien de la force onusienne Onuci, d'obtenir que les ex-combattants rendent volontairement leurs armes.

"Le pays n'a plus besoin de ça, on sort de crise. C'est la reconstruction du pays qui s'impose à tout le monde", expliquait le général Désiré Adjoussou à l'occasion d'une cérémonie de destruction d'armes mi-juillet à Abidjan.

Mais guère plus de 2.000 armes ont pu jusque-là être collectées et stockées par l'Onuci. Une goutte d'eau.

"Nous avons pris des armes lors de la bataille d'Abidjan, mais rares sont ceux qui les ont rendues", confirme "Jagger", un ex-milicien pro-Gbagbo devenu boucher. "Mon arme est un souvenir", lâche-t-il, installé derrière son étal.

Un autre ancien milicien, désormais vigile dans un quartier chic, a préféré enterrer dans un terrain vague les kalachnikov que lui et ses compagnons ont utilisées lors des combats. S'il ne les restitue pas, c'est par peur d'être identifié et de subir les foudres de l'armée, confie-t-il.

Pour Adama, ex-combattant pro-Ouattara, la situation du pays reste trop incertaine pour qu'il se débarrasse de sa "machine". "On parle de plus en plus d'un éventuel retour de Gbagbo et ça (la crise, ndlr) peut recommencer", soutient-il.

Prévue à partir du 13 août, l'audience de confirmation des charges pesant sur l'ancien président, incarcéré à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne de crimes contre l'humanité, a été reportée sine die dans l'attente d'une évaluation médicale. Mais en Côte d'Ivoire certains craignent et d'autres espèrent sa libération, d'autres encore la jugent improbable.

Une chose est certaine: inutile, pour les ex-combattants, d'attendre que les autorités leur rachètent leurs armes, comme cela avait été envisagé un temps. "Il n'en est pas question", insiste le général Adjoussou, car "cela développerait le trafic".

Les milliers d'ex-combattants devraient en revanche être pris en charge par un futur programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR).

Réclamé par l'Onuci et les partenaires internationaux de la Côte d'Ivoire et promis par le gouvernement, ce programme jugé crucial pour la stabilité du pays se fait toujours attendre.

© 2012 AFP

24/07/2012

JeuneAfrique : Faites maintenant le portrait de Alassane Dramane Ouattara!

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Dans son article paru ce jour 24 juillet 2012 sur son site internet, jeuneafrique dépeint négativement le Dr Check Modibo Diarra et veut le faire passer pour l'homme qui serait à la base de l'échec de la résolution de la crise malienne parce qu'il ne serait pas le toutou de big Ouattara, l'homme au carnet d'adresses très chargé qui est plus dans les airs que sur les réalités de la terre. Dans cet article ci-dessous, l'on dresse même le curriculum vitae du personnage. Il est écrit qu'un diplomate ouest-africain parlant de lui a dit ceci: « C'est un grand scientifique, mais un très mauvais politique, commente sèchement un haut diplomate ouest-africain. Il tourne en rond, s'agite, parce que la mission le dépasse. Il n'a pas la carrure. »
Nous savons que nul n'est prophète chez soi, mais ce n'est pas normal et digne de détruire nos dirigeants parce qu'ils ne sont pas d'accord ou n'ont pas la même vision que le brave tchè (surnom donné à Ouattara par ses admirateurs).

Nous demandons à jeuneafrique de faire la pareille pour Alassane Dramane Ouattara, que l'on nous a présenté comme un grand économiste aux milles solutions (ADO solutions marque déposée), qui n'a malheureusement que des embargos, des armes, des hommes armés et des guerres dans sa serviette. Or donc un "grand" économiste ne fait pas forcement un bon politique!!!

Ci-dessous l'article de jeuneafrique

Par 24/07/2012 à 12h:05 Par Malika Groga-Bada

Crise malienne : la comète Cheick Modibo Diarra
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Beaucoup de déceptions et très peu de résultats pour le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra, en fonction depuis avril dernier. Le pays est toujours au bord du précipice. L'ancien ingénieur de la Nasa découvre une planète pour laquelle il n'est, à l'évidence, pas fait.

« I've always been lucky in my life » (« J'ai toujours été chanceux dans la vie »), avait l'habitude de déclarer Cheick Modibo Diarra. L'est-il toujours autant ? Trois mois après sa prise de fonctions, le Premier ministre de transition, 60 ans, a perdu de nombreux soutiens. Au Mali, mais surtout à l'extérieur, où l'on a fini par se lasser de ses atermoiements. Réunis à Ouagadougou les 6 et 7 juillet, les chefs d'État du groupe de contact de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) ne l'ont pas invité et l'ont mis sur la touche. En demandant aux « forces vives » de proposer des noms au président Dioncounda Traoré, encore convalescent en France, pour la formation d'un gouvernement d'union nationale avant le 31 juillet. « C'est un grand scientifique, mais un très mauvais politique, commente sèchement un haut diplomate ouest-africain. Il tourne en rond, s'agite, parce que la mission le dépasse. Il n'a pas la carrure. »

Espoirs et déceptions

Il tourne en rond, s'agite, la mission le dépasse. Selon un diplomate ouest-africain

La tension était montée d'un cran lors du précédent sommet, le 29 juin, à Yamoussoukro. Le déclencheur ? Un échange houleux avec Boni Yayi, le chef de l'État béninois et président en exercice de l'Union africaine, à propos du retour au pays de Dioncounda Traoré. Modibo Diarra affirme que le président par intérim, « à qui [il] parle quotidiennement », veut rentrer même si le souvenir de son agression, en plein palais présidentiel, est encore vivace. Boni Yayi, qui l'a rencontré à Paris le 1er juin, dit le contraire. La tension monte. Excédé, le président béninois finit par s'emporter : « Monsieur le Premier ministre, me traiteriez-vous de menteur ? » Ambiance... « Modibo est un chic type, mais il ne respecte pas les codes de la bienséance, ne connaît pas le personnel politique ni le fonctionnement d'un État », résume l'un de ses amis. Cela fait beaucoup de handicaps lorsqu'on conduit la destinée d'un pays au bord du précipice.

Pourtant, il suscitait beaucoup d'espoirs lorsqu'il a pris ses fonctions le 17 avril. Dans le Nord, les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et les combattants djihadistes occupent le territoire. Dans le Sud, l'imbroglio après le coup d'État du 21 mars qui a renversé Amadou Toumani Touré ne trouve pas d'issue. Après deux semaines de tractations entre le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDRE, l'ex-junte militaire) et la classe politique malienne, sa feuille de route est ambitieuse mais claire : la pacification du Nord - par la négociation ou par la force - et l'organisation d'élections transparentes. Un contrat à durée déterminée de un an qui semblait convenir à ce candidat à la présidentielle avortée d'avril dont la précampagne ne décollait pas. Du côté de la classe politique, l'on a fait fi du fait qu'il a vécu une grande partie de sa jeunesse à Ségou, ville d'origine du capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo. Jusqu'à ce qu'il confie le portefeuille de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à Harouna Kanté, oncle du militaire. Le gradé et le Premier ministre ont, semble-t-il, beaucoup échangé jusqu'au mois dernier. De quoi dessiner les contours d'une convergence de vues, voire d'une alliance objective. Quant aux conclusions des Conseils des ministres, elles sont une succession de nominations de militaires...

Pendant ce temps, les Maliens attendent toujours un plan de sortie de crise. Les groupes armés plastronnent chèche au vent dans l'immensité saharienne, instaurent la charia et commencent à détruire des mausolées dans la ville sainte de Tombouctou... Quant à l'opération militaire africaine préconisée par la Cedeao et l'Union africaine, Bamako n'a cessé d'envoyer des messages contradictoires plaidant surtout pour une solution nationale. Pis, le gouvernement a annoncé, le 9 juillet, la création d'un corps d'élite de 1 200 hommes pour sécuriser les institutions et reconquérir le Nord. Cela ressemble presque à une opération de torpillage des scénarios militaires élaborés par les voisins. Et les fréquents déplacements à l'étranger du Premier ministre - parfois avec l'avion présidentiel - irritent les Maliens, inquiets des dépenses qu'ils engendrent. « Tous ces voyages ne servent à rien, s'énerve-t-on à l'Alliance IBK Mali 2012, une coalition de partis politiques qui soutenait la candidature d'Ibrahim Boubacar Keïta. Dire qu'il prétendait avoir un réseau. Tout cela, c'est de la poudre aux yeux ! »

En effet, les Maliens attendaient beaucoup du docteur Cheick Modibo Diarra et de ses connexions à l'international. Une réputation bâtie sur son expérience à la Nasa, l'agence spatiale américaine. La mission d'exploration de la planète rouge, Mars Pathfinder, ce serait lui. Sa percée médiatique date de juillet 1997, lorsque France 2 diffuse un reportage sur l'Africain de l'agence américaine. Diarra a alors 45 ans, il travaille depuis neuf ans dans le Saint des Saints de la recherche spatiale, le Jet Propulsion Laboratory (JPL), filiale de la Nasa, et est marié depuis 1993 à Assa, la fille de l'ex-président Moussa Traoré.

Son parcours est si impressionnant qu'il est nommé en 1998 ambassadeur de bonne volonté de l'Unesco, agence onusienne pour l'éducation, la science et la culture. En 1999, Diarra crée la Fondation Pathfinder pour l'éducation et le développement, qui offre chaque année des bourses d'études supérieures à des lycéennes africaines en Europe ou aux États-Unis, financée par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest. En 2002, il est recteur de l'Université virtuelle africaine (UVA), basée à Nairobi, un projet financé en grande partie par la Banque mondiale et soutenu notamment par Microsoft, avant de lancer son propre projet, l'Université numérique francophone mondiale, en 2005. Puis, en janvier 2006, Modibo Diarra devient président de Microsoft Afrique, avec pour mission d'oeuvrer à l'émergence des nouvelles technologies de la communication et de l'information.

Zones d'ombre

Voix grave et sourire débonnaire, c'est aussi un émotif qui n'hésite pas à pleurer en public, comme lors de l'agression du président de transition. Auréolé de son statut de navigateur interplanétaire et d'ambassadeur de bonne volonté, il impressionne et séduit jeunes et moins jeunes. Toutes les portes s'ouvrent devant ce colosse au verbe facile, qui parle avec les mains en regardant son interlocuteur droit dans les yeux. Familier du Palais du bord de mer du temps d'Omar Bongo Ondimba, il sera nommé conseiller spécial de son fils et successeur, Ali Bongo Ondimba, en 2009. Il finit même par vaincre les réticences du méfiant Blaise Compaoré, puis à devenir régulier du palais de Kosyam.

Il n'empêche. Des zones d'ombre subsistent dans le parcours atypique de l'enfant de Nioro du Sahel, petite bourgade située non loin de la frontière mauritanienne. S'il est présenté comme le chef de la mission Mars Pathfinder, les archives de la Nasa n'en gardent pas les mêmes traces (lire encadré p. 30). Son entrée à l'UVA s'est faite en grande pompe, en 2001. Son départ, un an plus tard, a été beaucoup plus discret. Seule certitude, il a été contraint à la démission, « votée à l'unanimité par les membres du conseil d'administration », relate une source très informée. En 2003, il était un familier de la tente de l'ex-« Guide » libyen, Mouammar Kaddafi. Celui-ci l'a-t-il aidé à monter l'Université numérique francophone mondiale en 2005 ? Quand à son titre, ronflant, de président Afrique de Microsoft, avec des bureaux à Johannesburg, en Afrique du Sud, ce n'est qu'un leurre. Les décisions opérationnelles sont toujours prises par un directeur exécutif à Johannesburg ou à Dubaï. Un « passeport » en tout cas pour celui qui a fait le tour du continent et de ses dirigeants pour défendre l'idée d'une « Afrique numérique ».

Cheick Modibo Diarra dirigera-t-il le nouveau gouvernement d'union nationale ? Pour l'heure, l'intéressé se dit « ouvert » et a annoncé le lancement de « larges consultations ». « Pas sûr qu'il reste en poste, anticipe toutefois notre diplomate ouest-africain. Diarra a de mauvais rapports avec la plupart des chefs d'État de la Cedeao : Ouattara ne le reçoit pas, et Compaoré, qui avait pourtant cru en lui, donne des signes de lassitude. Il faut des autorités crédibles, et cela passe sans doute par une miniconférence nationale pour organiser cette transition et les prochaines élections. » Avant de lâcher : « Il faut tout reprendre à zéro. »

Un "navigateur vulgarisateur"

Dans son autobiographie, Navigateur interplanétaire (Albin Michel, 2000), le scientifique raconte avec force détails les missions de la Nasa sur lesquelles il a travaillé pendant plus d'une dizaine d'années. Ce diplômé en ingénierie spatiale calculait les trajectoires des sondes envoyées par l'agence américaine. Mais concernant la mission Mars Pathfinder, en 1996 et 1997, dont la légende - qu'il a laissée prospérer - le plaçait à la tête de l'opération, il convient d'être plus mesuré. « Son travail a d'abord porté sur la navigation [le guidage de l'engin spatial, NDLR], mais son rôle principal a ensuite porté sur la vulgarisation », raconte Donna Shirley, avec qui il a travaillé de 1994 à 1998. « Il a notamment développé le site internet et conçu le programme pédagogique pour les enfants », précise la directrice du programme d'exploration de Mars au sein du Jet Propulsion Laboratory, qui ajoute : « Cheick est un homme merveilleux, brillant, et je pense très fort à lui depuis qu'il est rentré au Mali. » Jean-Eric Boulin, à New York.


Bio express

1952 Naissance à Nioro du Sahel

1972 Arrivée en France

1979 S'installe aux États-Unis

1983 Diplômé en ingénierie spatiale, il enseigne à l'université Howard, à Washington

1988 Entre au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa

1997 Premières apparitions télé à propos de Mars Pathfinder

1998 Ambassadeur de bonne volonté de l'Unesco

2000 Parution de son autobiographie

2002 Recteur de l'Université virtuelle africaine

2006 Présidentde Microsoft Afrique

2012 Premier ministre du Mali.


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