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25/04/2012

FRANCE - AFRIQUE : Franc-maçonnerie, l'Afrique bien logée

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Rares sont ceux qui avouent leur appartenance. Pourtant, avec ses rites et son goût du secret, la franc-maçonnerie fascine et fait chaque jour de nouveaux adeptes. Et sur le continent, dans les cercles du pouvoir, beaucoup en font partie.
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À Libreville, on l'a surnommé « Papa Roméo ». On a remarqué qu'il avait préféré se faire discret et ne pas se montrer au grand raout annuel des francs-maçons (les Rencontres humanistes fraternelles africaines et malgaches, Rehfram), qui s'est tenu les 9 et 10 mars dans la capitale gabonaise. On sait aussi qu'il avait peu apprécié de voir diffusées, il y a deux ans, les images de son intronisation. Lui, c'est Ali Bongo Ondimba, grand maître de la Grande Loge du Gabon et président de la République (le PR à l'origine du nom de code « Papa Roméo »).


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Le chef n'était pas là, mais ses « frères » et « soeurs » avaient fait le déplacement jusqu'au Palais des conférences de la Cité de la démocratie, à Libreville. Deux jours durant, ils ont planché sur un thème, aux allures de mantra : « Si nous persévérons sur le chemin de la vertu, la vie devient calme et paisible ». Un exercice purificatoire ? Peut-être. Les francs-maçons sont accusés d'avoir perdu les valeurs de justice, de liberté et de tolérance qu'ils étaient censés défendre. « En France, ils peuvent se prévaloir d'avoir mené certains combats pour la laïcité ou l'abolition de la peine de mort, explique un leader de la société civile gabonaise. Chez nous, ils sont arrivistes et carriéristes. Ils viennent aux tenues blanches dans l'espoir de rencontrer un ministre ou de faire une affaire. »

Mafia

L'imaginaire populaire va plus loin encore, faisant de la franc-maçonnerie une société mystérieuse et redoutable, où les rites ont des parfums de messe noire, et que les profanes qualifient parfois de « mafia » ou même de « synagogue de Satan ». « Personne ne parle de nos oeuvres de bienfaisance et de nos actions sociales, déplore un frère gabonais. Notre image est détruite. On va jusqu'à nous accuser de crimes liés aux rituels et de trafics d'organes humains. »

En Côte d'Ivoire, plusieurs membres influents du gouvernement ont été initiés.
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Importée en Afrique dans les cantines des administrateurs coloniaux, la franc-maçonnerie enregistre pourtant chaque jour de nouvelles recrues dans les rangs du monde politique, économique et militaire... En Côte d'Ivoire, les vocations sont nombreuses. Si le président Ouattara n'est pas connu officiellement pour être un frère triponctué, son Premier ministre, Jeannot Ahoussou-Kouadio, et son ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, le sont. Près de la moitié du gouvernement actuel fréquenterait les temples. La Grand Loge de Côte d'Ivoire (GLCI), installée dans le quartier de Marcory-Zone-4, à Abidjan, est pilotée par le grand maître Magloire Clotaire Coffie. Elle aurait récemment accueilli le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio. D'autres personnalités, comme Georges Ouegnin, ancien directeur de protocole d'État, et Laurent Ottro Zirignon, oncle de l'ancien président Gbagbo, « manient la truelle ».

Élite

Chez les voisins maliens et guinéens, on observe le même phénomène d'expansion. Amadou Toumani Touré, renversé le 21 mars, et Alpha Condé veillent aux destinées respectivement de la Grande Loge du Mali et de celle de Guinée. Quant à Blaise Compaoré, il était - jusqu'à ce qu'il cède la place à Djibrill Bassolé, son chef de la diplomatie - grand maître de la Grande Loge du Burkina, qui compte dans ses rangs de nombreux ministres, diplomates et hommes d'affaires, notamment une partie de la direction de la chambre de commerce nationale. Plus au sud, le Béninois Thomas Boni Yayi, évangéliste patenté, a toujours contesté son appartenance à la franc-maçonnerie mais cultive d'étroites relations dans le milieu. Le Togolais Faure Gnassingbé entretient le doute, et fait sourire certains frères : « Ce jeune président a vite compris le moyen de contrôler son élite », remarquent-ils.

Seul le Sénégal, berceau de la franc-maçonnerie africaine au XIXe siècle, semble connaître un léger recul. Pourquoi ? Les confréries y tiennent une place plus importante, au point que l'appartenance à telle ou telle loge a été utilisée comme une arme de dénigrement au cours de la campagne présidentielle. Le camp d'Abdoulaye Wade, le chef de l'État sortant, a accusé Macky Sall d'« en être » (information démentie par l'intéressé), oubliant au passage que « Gorgui » avait lui-même été initié. Avant lui, l'ancien président Abdou Diouf était réputé très proche de la maçonnerie.

Cooptation

Combien sont-ils ? Difficile à dire avec exactitude. « On compte entre 25 000 et 30 000 francs-maçons en Afrique francophone, dont 15 % de femmes, estime Hervé-Emmanuel Nkom, initié au Grand Orient. Nos soeurs sont bien implantées en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Gabon et à Madagascar. » Elles sont avocates, médecins, pharmaciennes, journalistes... Sur le plan de l'africanisation de la maçonnerie, la Grande Île est très avancée avec une dizaine d'obédiences, dont le Grand Rite malgache (GRM), la Grande Loge traditionnelle et symbolique de Madagascar (GLTSM) ou le Grand Rite malgache féminin (GRMF). L'homme d'affaires Andry Rabefarihy et l'ancien directeur général de l'Institut malgache d'innovation Martial Rahariaka ne font pas mystère de leur appartenance.

Frère célèbre, le Gabonais Omar Bongo Ondimba pensait que « l'engagement à l'Art royal exig[eait] des frères et soeurs qu'ils s'impliquent de plus en plus dans les choses de la cité ». Les francs-maçons régnaient alors à tous les échelons du pouvoir à Libreville, même si le chef permettait à des non-initiés d'accéder à des postes à responsabilités. Bongo père avait même réussi le pari d'unifier la maçonnerie gabonaise masculine en créant, en 1978, le Grand Rite équatorial, reconnu par le Grand Orient de France (GODF) et par la Grande Loge de France (GLDF).

En 2010, Ali Bongo Ondimba n'avait pas aimé de voir diffusées les images de son intronisation.
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Le Congolais Denis Sassou Nguesso perpétue aujourd'hui cette politique : il a initié le Centrafricain François Bozizé et se pose en doyen des grands maîtres des loges de l'Afrique francophone. Le président Idriss Déby Itno est le très discret grand maître de la Grande Loge du Tchad. Son homologue camerounais, Paul Biya, qui a souvent été présenté comme un rosicrucien (c'est-à-dire comme un membre de l'ordre de la Rose-Croix, société ésotérique), aurait autrefois été initié à la franc-maçonnerie mais serait en sommeil depuis longtemps. La Grande Loge unie du Cameroun (Gluc), pilotée par le grand maître Denis Bouallo, a son site internet, interface pour la cooptation de nouveaux membres.

Depuis plus de vingt ans, la Grande Loge nationale française (GLNF) mène une large offensive afin de s'implanter dans les cercles du pouvoir africain où ministres et chefs d'État ont déjà été initiés. L'ex-grand maître Jean-Charles Foellner, très souvent en mission en Afrique, et son successeur, l'avocat d'affaires niçois proche de Nicolas Sarkozy, François Stifani, ont été les principaux artisans de cette conquête. Initié dans une loge au Sénégal, c'est devant Foellner que Denis Sassou Nguesso a prêté serment comme grand maître de la Grande Loge du Congo en novembre 2007. Parmi les personnalités présentes, le neveu du président congolais et patron du Conseil national de sécurité (CNS), l'influent Jean-Dominique Okemba. Trois mois plus tard, le Congo accueillait à Pointe-Noire la seizième édition des Rehfram. Représenté par Émile Ouosso, déjà ministre de l'Équipement et des Travaux publics, le président congolais donnait sa vision du franc-maçon : « Un être de progrès qui avance, un être de dépassement, capable de s'affranchir des exigences du milieu, un être de perspectives dont les anticipations peuvent et doivent aller au-delà de la contrainte de sélection. » Aujourd'hui, une bonne partie du gouvernement et de l'appareil sécuritaire du pays est franc-maçon. Et l'opposant Guy-Romain Kinfoussia est le grand maître du Grand Orient du Congo - ce qui n'est pas sans rappeler la guerre qui avait opposé, à la fin des années 1990, Sassou Nguesso et Pascal Lissouba, initié au Grand Orient de Besançon.

Sous Ali Bongo Ondimba, le système maçonnique a été reconduit à Libreville. L'émission Infrarouge diffusée en décembre 2010 sur France 2 a dévoilé les dessous de son intronisation, le fils reprenant le maillet de son père pour officier au grade de grand maître de la Grande Loge du Gabon. Ce 31 octobre 2009, on reconnaît sur la vidéo l'ex-ministre des Affaires étrangères Paul Toungui, son collègue de l'Éducation nationale Séraphin Moundounga, le doyen du Sénat Marcel Sandoungout, le patron du Conseil national de sécurité Léon Paul Ngoulakia, des généraux de l'armée et même plusieurs cadres de l'opposition.

Le chef de l'État gabonais souhaite aujourd'hui placer Jean-Baptiste Bikalou, patron de la Chambre de commerce et d'industrie du Gabon, à la tête de la Grande Loge symbolique du Gabon (GLSG, proche du Grand Orient de France). C'est du moins ce qu'affirme un proche de l'actuel grand maître, Antoine Embinga, par ailleurs débarqué de son poste de commandant en chef de la police en janvier dernier. La cousine germaine du chef de l'État, Nicole Assélé, est, quant à elle, vénérable à la Grande Loge féminine du Gabon. Et Ali Bongo Ondimba n'a plus rien à craindre de l'ex-ministre de l'Intérieur et opposant « éclairé » André Mba Obame, qui s'est mis en sommeil et exilé à Paris.

Lobbying

Pour beaucoup, ce système de gouvernance par cooptation trouve son fondement dans la Françafrique. De Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » de De Gaulle, à Nicolas Sarkozy, en passant par François Mitterrand, la franc-maçonnerie a souvent servi de réseau d'information et de lobbying dans les plus hautes sphères du pouvoir économique et politique. Nombre de ministres de la Coopération (dont Christian Nucci et Jacques Godfrain), des responsables des services de renseignements (comme Marcel Leroy ou Alain Juillet) ou des responsables de l'Agence française de développement (AFD) sont ou ont été francs-maçons.

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Des réseaux qui peuvent aussi s'affronter au gré des intérêts politiques ou économiques ou des alternances au pouvoir. Ce qui explique que les querelles soient fréquentes à la tête des loges. Aujourd'hui, de grandes figures comme Denis Sassou Nguesso et Djibrill Bassolé, patron de la Grande Loge du Burkina, sont souvent appelées pour ramener le calme, comme dans le conflit qui a opposé l'avocat Louis Mbanewar Bataka, ancien grand maître de la Grande Loge nationale du Togo (GLNT) peu désireux de passer la main, à Roggy Kossi Paass, l'ex-directeur général chargé du Togo à la Banque internationale pour l'Afrique de l'Ouest (BIAO), qui lui a finalement succédé.

Une certitude : la fascination des dirigeants pour la franc-maçonnerie ne se dément pas. « Mais ce n'est pas un mal africain, plaisante un frère. Dans les années 1970, en France, Giscard d'Estaing voulait lui aussi entrer à la Grande Loge de France (GLDF). Mais il ne souhaitait pas faire son apprentissage : il voulait gravir rapidement tous les échelons. » Du coup, l'affaire a tourné court, et Giscard est resté profane.

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Pascal Airault, envoyé spécial à Libreville.

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Franc-maçonnerie : l'Afrique bien logée

23/04/2012

FRANCE - MALI: Comment Paris joue l'autonomie du Nord Mali

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La France pratique le billard à trois bandes dans la crise malienne : maintien de l'intégrité territoriale du pays, reconnaissance d'une autonomie renforcée de l'Azawad et défense de ses intérêts dans la région. Carte Mali.jpg

Analyse.


Dans l'imbroglio politico-militaire qui se trame au Mali, Paris demeure une carte d'autant plus importante pour le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) que cette rébellion dispose d'une oreille attentive des plus hautes autorités françaises depuis sa création, le 16 octobre 2011. Ce mouvement issu de la fusion du Mouvement national de l'Azawad (MNA) et du Mouvement touareg du Nord Mali (MTNM) attend aujourd'hui beaucoup de l'Hexagone, où il a dépêché son porte-parole, Mossa Ag Attaher. En décembre, une délégation avait déjà été reçue par Stéphane Gompertz, ex-monsieur Afrique du Quai d'Orsay. Le MNLA a même récemment demandé à Paris l'aide d'un constitutionnaliste.

La France s'efforce toutefois de ne jamais apparaître en première ligne. "Depuis l'indépendance du Mali et les velléités françaises de créer une Organisation commune des régions sahariennes, les Français sont accusés de soutenir les rébellions touarègues", expliquaient encore, le 29 février, les sénateurs Didier Boulaud (PS) et Alain Gournac (UMP) en commission des affaires étrangères. Pour les deux parlementaires en contact avec la rébellion, la position française consiste à réaffirmer l'unité du Mali, tout en militant pour la reprise du calendrier électoral et l'ouverture d'un "dialogue immédiat" entre Bamako et le MNLA.

Position reprise ces derniers jours par Alain Juppé. Sur ce dernier point, si l'objectif affiché est l'indépendance, les rebelles ciblent, en réalité, une autonomie renforcée dans les frontières de l'actuel Mali, en prenant modèle sur l'Espagne avec la Catalogne. Paris voit un double intérêt dans ce scénario : éloigner le spectre d'une intervention militaire à l'issue incertaine, tout en disposant d'un interlocuteur susceptible de contenir la montée islamiste dans la région. Un pari risqué, le rapport des forces sur le terrain jouant pour l'instant en faveur d'organisations salafistes.

par la Lettre du continent N° 633 12/04/2012

16:17 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

04/04/2012

Crise Malienne: Les barbus d’AQMI et la “barbe” burkinabè

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La situation sécuritaire du Mali inquiète ses voisins, en particulier le Burkina échaudé par les dégâts collatéraux de la crise ivoirienne. Le Faso pouvait-il échapper au statut de médiateur?

Après avoir éternué quand son voisin ivoirien s'enrhumait, le Burkina Faso a de nouveau des picotements dans les narines. Cette fois-ci, c’est la situation d’un autre pays limitrophe qui suscite l’inquiétude. L’offensive éclair, de Kidal à Tombouctou, du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) déploie le spectacle d’un Mali coupé en deux où s’enchevêtrent, dans la confusion, intérêts loyalistes, putschistes, rebelles et islamistes. Et la ville malienne de Gao se trouve à moins de 200 kilomètres de la frontière burkinabè…


Déjà, du côté du “pays des Hommes intègres”, les autorités de la ville nordique de Dori se remettent péniblement d’échauffourées qui nécessitèrent, fin mars, un couvre-feu suite au mécontentement d’un mouvement de jeunes à l’égard d’une compagnie minière canadienne. Déjà, il y a moins de deux ans, les Volontaires du Corps de la paix, les Peace corps américains quittaient le Nord du Faso sur la pointe des pieds, arguant que l’ombre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) planait sur le pays.

Conséquences économiques et humanitaires

Sur le plan économique, et même si le Mali ne représente pas un corridor aussi déterminant que la Côte d’Ivoire, des effets collatéraux de la crise militaire malienne ne peuvent manquer de se faire sentir au Burkina. Au-delà du risque supportable de pénurie de bazin, aujourd’hui, comme d’attiéké (semoule de manioc), hier, c’est à la complexification de la gestion de la crise alimentaire annoncée que se heurte le Burkina.

L’insécurité croissante au Mali perturbe, en effet, l’approvisionnement en denrées à prix abordables des communautés menacées de famine. Selon l’ONG Oxfam, cette crise affecte 13 millions de personnes au Sahel. Au Mali, c’est quelque 3.575.000 personnes qui vivraient dans des zones à risque. Dans des villes comme Gao, directement concernées par le conflit nord-malien, les prix des céréales seraient déjà 70% plus élevés que la moyenne de ces cinq dernières années.

Pris dans un étau, entre des marchés régionaux qui ne fonctionnent plus normalement et une situation politico-militaire confuse, les populations maliennes n’ont souvent d’autres choix que de quitter leurs villages. Le HCR, le 19 mars dernier, évaluait le nombre total de personnes déplacées à 206.000. Plus de 23.000 auraient passé la frontière du Burkina Faso, exacerbant les problèmes de vivres, d’eau potable ou d’hygiène.

Risque de contagion

«Quand la barbe de ton voisin brûle, arrose d’eau la tienne», indique un proverbe sahélien. Mais quand c’est la case du voisin qui brûle, il devient dérisoire d’enfouir sa tête dans le sable. Les destins du Mali et du Burkina sont historiquement parallèles. Même si les populations des deux pays n’ont pas oublié la «Guerre de Noël» qui les opposa brièvement en décembre 1985, autour de la bande de terre semi-désertique d’Agacher, c’est à une franche coopération qu’elles assistent depuis les années 90, amitié sahélienne sublimée par l’entente cordiale d’Amadou Toumani Touré et de Blaise Compaoré, deux anciens militaires officiellement ou officieusement adeptes de putschs «moralisateurs».

Mais où le parallélisme s’arrêtera-t-il? Le Burkina célèbre le premier anniversaire des mutineries qui secouèrent le régime pendant de longues semaines. Alors, pour que le concept de destins parallèles ne se mue pas en oracle pour le président du Faso, les autorités burkinabè ne peuvent pas se contenter d’arroser d’eau leur menton.

Si l’Ivoirien Ibrahim “I.B.” Coulibaly avait pu tranquillement préparer son hypothétique destin national à Ouagadougou, en 2002, les rebelles maliens présents sur le territoire burkinabè, eux, se sont vu rapidement remis à leur place. Lorsqu’en février, le quotidien burkinabè L’Observateur Paalga donna la parole à un colonel touareg présent au Burkina, le Conseil supérieur de la Communication déplora officiellement la légèreté avec laquelle le journal ouvrait ses «colonnes à des rebelles qui tiennent des propos racistes et appellent à la partition d'un Etat souverain voisin.»

Pendant le bras de fer entre l’organe de régulation et la presse, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération Régionale, Djibrill Bassolé, enfonçait le clou en rappelant leur droit de réserve à tous les réfugiés présents sur le territoire national. Pas question que le Faso, longtemps considéré comme un pompier-pyromane dans les crises de la région, ne devienne une base arrière de la rébellion malienne. Pour mieux empêcher toute contagion putschiste, le régime a choisi d’annihiler toute importation politique.

Le Burkina, éternel médiateur

Mais l’implication du Burkina Faso n’a pu se cantonner à la neutralité passive et à la bienveillance humanitaire. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) n’est-elle pas désormais incarnée par un Burkinabè, le frais émoulu président de la commission Désiré Kadré Ouédraogo, ancien Premier ministre du président du Faso Blaise Compaoré? Blaise Compaoré, lui-même, doyen des chefs d’Etat de la sous-région, n’est-il pas considéré comme un médiateur tout-terrain, depuis ses interventions directes dans les crises togolaise, ivoirienne ou guinéenne et indirectes au Soudan ou en Guinée-Bissau?

Dès les années 90, n’avait-il pas été mis à contribution pour résoudre les problèmes qui opposaient des Touaregs –déjà– au pouvoir nigérien? Nommé officiellement médiateur dans la crise malienne, par la Cédéao, en sommet extraordinaire en Côte d'Ivoire, le président du Faso semble unanimement soutenu par les chancelleries occidentales. Le 30 mars dernier, le chef de la délégation de l’Union européenne au Burkina, l’ambassadeur Alain Holleville, affirmait que l’institution qu’il représente ne pouvait «que s’associer aux efforts actuellement déployés dans la sous-région (…) surtout par le médiateur, de façon à favoriser un retour à l’ordre constitutionnel au Mali».

Le week-end du 1er avril a été un feu d’artifice d’images incarnant cette intervention burkinabè dans la crise malienne. Au Burkina, un Compaoré empêché d’atterrir quelques jours plus tôt à Bamako, recevait une délégation de la junte menée par le colonel Moussa Sinko Coulibaly. Quelques heures plus tard, c’est sous l’œil d’un Djibrill Bassolé omniprésent médiatiquement, que le capitaine Amadou Haya Sanogo annonçait le retour à l'ordre constitutionnel.

Pas de triomphalisme prématuré. Les accords de Ouagadougou, signés en 2007 par les parties ivoiriennes, n’avaient pas empêché la douloureuse crise postélectorale de 2010. De même, le chassé-croisé diplomatique du week-end dernier ne reconduit pas Amadou Toumani Touré au pouvoir, de même qu’il n’établit pas de négociation formelle avec les rebelles du Nord-Mali. Mais Compaoré a attiré l’attention sur les dangers que la crise malienne fait courir à son pays. Une communauté internationale bienveillante, maintenant, ne devrait pas manquer d’eau pour arroser la barbe burkinabè. Pour le reste, il faut apprécier le billard à trois bandes à la fin des parties.

Damien Glez sur www.slateafrique.com