topblog Ivoire blogs

06/01/2012

Côte-d’Ivoire: Révélations sur le crash de Nady Rayess ?

Côte-d’Ivoire Hamed Bakayoko a-t-il la conscience tranquille après la mort de Nady Rayess ?

Nady Rayess.jpg
Connectionivoirienne.net | Par Gbansé, Douadé Alexis

Rayesscrash.jpg
Le texte que vous allez lire ici-bas, fortement accusateur pour le ministre d’État, ministre de la sécurité du gouvernement Ouattara, est la retranscription d’une conversation téléphonique, suite au crash du Rockwell Commander 112A immatriculé TU-GRN, dans lequel s’est tué le patron du groupe de presse Olympe Nady Rayess. Toutes nos tentatives pour joindre les différents concernés sont restées sans suite. Des agents d’aéroclubs que nous avons pu joindre, nous disent tous ne pas être habilités à échanger avec la presse. L’Autorité nationale de l’aviation civile (Anac), nous ramène vers le ministère des transports. Au ministère des transports, on a pris la mauvaise habitude de tourner les journalistes en rond. Les services du ministre Bakayoko ont depuis 48h promis que le ministre nous rappellera. Attente vaine ici aussi. Nous allons espérer que les concernés réagissent après publication.

Retranscription intégrale

« Sophia était la seule compagnie sur la plateforme qui révisait les avions de l’Aéro club d’Abidjan et ça, tous les professionnels sur la plateforme aéroportuaire le répètent. Mais Hamed Bakayoko a fait du chantage à Lafont [Frédéric] et certains opérateurs Français. L’ambassade de France est au courant. Tu sais, lui Hamed et Wattao n’ont jamais remis les 41 000 dollars confisqués aux Français, il y a quelques mois de cela. Le fond du problème Sophia est simple, c’est qu’après la chute de Gbagbo, Hamed aurait depêché des émissaires voir Lafont au Togo pour lui demander 1,5 millions d’euros pour protéger ses business en Côte-d’Ivoire. Lafont a décliné l’offre et depuis, il est entré dans le collimateur d’Hamed Bakayoko. Hamed Bakayoko a fait sortir une circulaire de l’UEMOA qui exige la probité morale aux propriétaires de compagnies aériennes dans la région. Sans même attendre la fin de l’enquête de moralité commanditée par le ministère de l’Intérieur, l’ANAC a suspendu le Permis d’Exploitation Aérienne (PEA) de Sophia Airlines. Des ivoiriens sont au chômage par la faute d’un ministre d’État alors que Ouattara promet des emplois. Ils sont environ 50 employés de Sophia actuellement au chômage.

Sophia a un centre technique certifié en Côte-d’Ivoire. Ce centre servait à l’entretien des avions de Sophia et à l’entretien des aéronefs de l’aéroclub, comme celui que pilotait, Nady Rayess. Depuis deux mois, Sophia est clouée au sol par la faute d’un ministre. La deuxième raison est que Hamed Bakayoko dit vouloir venger ses frères de lumières [Franc maçons] qui auraient été doublés en affaires par Lafont. Des membres de la Grande Loge de Côte-d’Ivoire [GLCI] n’aiment pas Lafont qu’on dit plus proche du Grand Orient [GO], les « Frères ennemis» à la Grande Loge Nationale de France [GNLF] à laquelle la GLCI est rattachée. Mais Lafont continue de faire ses business ailleurs pendant que des ivoiriens sont au chômage. Hamed Bakayoko, ministre de la sécurité est ami à ceux qui créent l’insécurité et c’est vraiment révoltant. Lafont avait des amis dans les camps de Gbagbo et de Ouattara. C’est Lafont qui faisait affréter ses avions pour la campagne présidentielle de Ouattara. Il jouait donc habilement avec les deux camps. Lui, il faisait ses affaires, pas de la politique. Aujourd’hui la résidence des Lafont à Abidjan est occupée par les hommes de Wattao. Les maîtresses de Wattao roulent dans les bolides de Lafont, car Lafont est un amateur de grosses cylindrées, genre Bentley, Porsche, Lamborghini. En clair Hamed Bakayoko et Wattao, c’est la même bande de voyous. L’Autorité nationale de l’aviation civile l’Anac officiellement, ne veut pas se mêler aux règlements de compte. Sophia est dirigée par Louise Lafont qui est mariée à Lafont sous le régime de séparation de biens. Demandes-toi pourquoi l’enquête de moralité contre Lafont n’a jamais démarré. Et bien, parce-que le dossier est vide.

Vous les journalistes sur qui nous comptons, devez bien creuser ce crash qui a couté la vie à un des vôtres, et pas seulement écrire sur les hommages rendus par tel ou tel après la mort tragique de Nady Rayess. La presse, ça doit enquêter. Tu m’entends bien mon jeune frère Gbansé ? Comme la justice, la presse doit mener ses enquêtes pour aider le public à comprendre ce qui se passe. Pourquoi l’avion de Rayess n’a pas pris feu après le crash ? Y avait-il suffisamment de kérosène à bord ? Pourquoi Rayess a-t-il tenté d’atterrir sur l’eau ? Avait-il remarqué quelques choses ? Le problème du brouillard évoqué ne peut seul expliquer ce crash. Quelles sont les dernières communications de Rayess avec la tour de contrôle. l’Anac ou les autorités de l’aéroport d’Abidjan peuvent-elles rendre ces données public ? Les instruments de mesure de kérosène peuvent être sabotés, et communiquer des valeurs erronées à Rayess durant le check-list obligatoire avant chaque décollage. Dans les endroits de grands froids, je parle de moins vingt degrés [-20], ces données peuvent être erronées, ça c’est vrai. Je ne dis pas qu’il y avait manque de kérosène, mais c’est étrange que l’avion n’est pas pris feu après la chute. Tous les spécialistes en aéronautique vous diront que s’il n’ y a pas de feu, c’est que l’aéronef était à court de kérosène. En principe Rayess avait suffisamment de kérosène pour l’aller et le retour sur Assinie. J’ai ces infos d’un ami à l’aéroclub d’Abidjan. Rayess fait toujours le plein du Rockwell Commander avant de décoller. Le rayon d’action de ce type d’aéronef avec le plein est de 1300 km. Et puis, est-ce que le plan de vol était le bon avec ce temps de brouillard ? Pourquoi certains habitants de Vitré disent n’avoir pas entendu les bruits du moteur ? L’engin était-il coupé en vol ?

Pourquoi en seulement deux mois la Côte-d’Ivoire connait deux accidents d’avions pendant que la compagnie qui faisait une partie des maintenances est suspendue pour des raisons absurdes et arbitraires ? Le lundi 14 novembre 2010 dernier, un Cessna d’Aéroclub a crashé à Daloa, faisant 4 morts. Ces deux accidents peuvent avoir un problème de maintenance comme causes. Je pense qu’il ya lieu de faire auditer les données techniques et les cahiers d’entretiens d’aéroclubs. Le nouveau gouvernement ivoirien, s’il veut être crédible doit donner des réponses à toutes ces questions. » Que disent les boites noires retrouvées ?

03/01/2012

Mélange des genres

par Philippe Leymarie et Anne-Cécile Robert, mardi 15 novembre 2011
----------------------------------------------------------------------------------
Anne-Cécile Robert.jpg
« Le droit d’ingérence et l’emploi de la force sont devenus la règle, contrairement à l’angélisme que j’ai vécu en Bosnie », se réjouit M. Philippe Morillon (1). Ce général français a vécu les massacres de Srebrenica en juillet 1995 alors qu’il participait, en Bosnie-Herzégovine, à une force des Nations unies impuissante. Son mandat se limitait à une mission humanitaire, et les règles d’engagement des casques bleus les cantonnaient à une timide légitime défense.

Près de vingt ans plus tard, l’« angélisme » en vigueur à New York que dénonçait un général pétri de remords n’est plus de mise : en janvier 2011, pour protéger les Ivoiriens à l’orée d’une nouvelle guerre civile, le secrétaire général des Nations unies (ONU), M. Ban Ki-moon, lance des hélicoptères en livrée blanche qui tirent des missiles contre le bunker du président destitué, M. Laurent Gbagbo. L’argument de la « responsabilité de protéger les populations », adopté par l’Assemblée générale de l’ONU en 2005, est ensuite invoqué, à partir de mars 2011, pour justifier l’opération de l’Alliance atlantique contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi en Libye.

Ce nouvel interventionnisme humanitaire, avatar du droit ou du devoir d’ingérence, reste controversé, même si l’avènement d’une « communauté internationale » — avec la naissance, en 1945, des Nations unies — a rejoint le souhait d’une souveraineté limitée des Etats faillis, qu’appelait déjà de ses vœux au XVIIe siècle le juriste hollandais Hugo Grotius, célèbre pour avoir essuyé les critiques de Voltaire.

Y aurait-il donc des guerres justes, ou finalement juste la guerre ? De saint Augustin aux Français Bernard Kouchner (médecin et homme politique) et Bernard-Henri Lévy (néophilosophe, conseiller du président Nicolas Sarkozy), en passant par M. George W. Bush et ses « frappes préventives » contre l’« axe du Mal », beaucoup ont défendu un usage moral de la violence. En se parant de toutes les vertus face au sort catastrophique des faibles, auxquels il fallait sans tarder porter secours, quoi qu’il en coûte. En s’arrogeant, à quelques-uns, le droit d’intervenir dans des pays en théorie souverains. En décidant eux-mêmes d’y voir une nécessité impérieuse, jusqu’à tenter de l’imposer dans le droit international.

Autre exemple de bel habillage militaro-humanitaire : « gagner les cœurs et les esprits ». Faute d’avoir réussi à imposer leur démocratie en Afghanistan, et leur remodelage géopolitique au Proche-Orient, les chefs militaires américains ont tenté de renouer avec les théories coloniales de contre-insurrection : on discute, on séduit, on aide, on achète, on se renseigne. Mais ils en sont revenus, comme avant eux les Soviétiques, les Britanniques, les Français, etc. Et tous, maintenant, ne pensent qu’à partir...

L’humanitaire peut certes faire fonction de vocation de rechange pour des militaires qui ont beaucoup à se faire pardonner, qui ne disposent plus des ressources de la conscription ni des budgets d’antan. Mais eux-mêmes perçoivent la supercherie consistant à ne pas endosser la responsabilité de la guerre, de l’usage de la force et de la violence, et du risque de la mort. Et souvent ils en veulent aux responsables politiques de les jeter dans ce mélange des genres.

Car il y a un « dessous des cartes » : aucune opération, même parée du bleu de l’ONU et apparemment destinée à sauver des vies innocentes, n’est chimiquement pure. Les arrière-pensées stratégiques, économiques, géopolitiques demeurent. L’Organisation des Nations unies n’existerait sans doute pas sans les grands Etats qui la financent, qui verrouillent le Conseil de sécurité et qui n’oublient jamais de veiller à leurs propres intérêts, même quand ils paraissent se mettre au service d’une « communauté internationale » qu’ils manœuvrent à leur guise.

S’ajoute à cela l’objection, permanente, du deux poids, deux mesures : si les grandes nations marraines de l’ONU s’arrogent le droit, au nom de la « responsabilité de protéger », d’imposer leurs valeurs, et de choisir quel dictateur éliminer, pourquoi n’ont-elles rien fait en Syrie, en Iran, en Asie centrale, et tant qu’on y est en Russie et en Chine ? Sans oublier que tout règlement par la guerre, même sous le manteau de l’humanitaire, finit — dans le fracas du combat et le désordre de la société — par mettre aux prises les extrêmes, à glorifier les « bons », à diaboliser les « méchants », au risque de compromettre pour longtemps la nécessaire, délicate et patiente recherche de solution politique à long terme.

Pour Rony Brauman, cofondateur de Médecins sans frontières, « il est impossible d’enclencher un cercle vertueux de démocratisation par la violence ». La violence que la rébellion libyenne, soutenue par l’Alliance atlantique, a déployée lors du siège de Syrte, à l’automne 2011, confirme ce malaise. Et le théoricien de l’humanitaire, que l’euphorie de la chute des tyrans n’ébranle pas, ajoute : « On a connu les chutes de Mogadiscio, Kaboul, Bagdad, ce sont des moments d’optimisme pour certains, mais à chaque fois les réalités politiques nous rattrapent»



Philippe Leymarie
Collaborateur régulier du Monde diplomatique, il a été chargé des questions africaines et de défense sur Radio-France internationale (RFI). Il est l’auteur, avec Thierry Perret, des 100 Clés de l’Afrique (Hachette littérature, 2006). Il tient, sur notre site, le blog Défense en ligne.

Anne-Cécile Robert

Lybie : La contestation monte contre le "gouvernement non démocratique" du CNT

290_160908_vignette_manifslibye.jpg
Depuis la mi-décembre, des manifestations contre le Conseil national de transition (CNT) s’organisent un peu partout en Libye, notamment à Benghazi, la première ville à s’être révoltée contre l’ancien régime. Après l’enthousiasme des premiers mois, les Libyens attendent notamment du nouveau pouvoir qu’il soit plus transparent et qu’il dissolve les milices armées nées de la révolution.

Le CNT a été créé le 27 février 2011, pendant l’insurrection contre le régime du colonel Kadhafi, et a été officiellement reconnu par la France le 10 mars puis par le reste de la communauté internationale.

"Nous avons été très patients mais aujourd’hui, nous n’avons plus aucune raison de nous taire"

Depuis le 12 décembre, tous les jours, des gens se réunissent sur la place de l’arbre. Il y a parmi eux des activistes de la société civile, mais également d’anciens combattants de la révolution ou de simples citoyens. Il y a plus de monde en fin de journée, quand les gens quittent leur travail.

Ces manifestations sont particulièrement importantes à Benghazi, qui a été le berceau de la révolution libyenne, mais elles n’ont rien de régional. Nous défendons les droits de tous les Libyens sans exception. Il y a des manifestations aussi à Misrata ou à Zaouia.

Nous demandons avant toute chose la formation d’une armée libyenne pour assurer notre sécurité. Il est inadmissible qu’un pays souverain n’ait que des milices. Il faut que les combattants choisissent : soit ils adhèrent à une armée régulière soit ils déposent les armes. Il y a encore trop d’armes en circulation dans le pays. [Le CNT a annoncé le 25 décembre qu’un registre des combattants allait être créé dans la perspective de leur intégration au sein des forces de sécurité ndlr]

"Nous ne connaissons même pas tous les membres du Conseil"


Nous reprochons également au CNT un manque de transparence. Ses réunions se font à huis clos et nous ne sommes informés que du résultat, jamais du processus de décision. Ce n’est pas démocratique ! D’ailleurs, nous ne connaissons même pas tous les membres du Conseil, seulement les fondateurs. Pendant le conflit armé, les leaders du CNT disaient ne pas vouloir révéler les noms de leurs membres pour préserver leur sécurité. Mais pourquoi les cacher aujourd’hui ? [Le président du CNT Mustapha Abdeljalil s’est rendu à Benghazi le 26 décembre en compagnie du Premier ministre libyen et a promis qu’un site internet sera bientôt en ligne avec les noms de tous les membres du CNT ainsi que leurs CV ndlr]

Nous ne sommes pas satisfaits non plus de la justice : les autorités procèdent à des arrestations arbitraires, même parmi d’anciens rebelles. Des gens sont emprisonnés et n’ont pas droit à un procès. Il pourrait s’agir parfois de règlements de compte personnels. Pendant ce temps-là, d’anciens responsables du régime continuent vive dans l’impunité . Nous appelons à une justice équitable pour tous.

La gestion de l’argent public pose aussi problème. En avril dernier, Mustapha Abdeljalil, le président du CNT, a déclaré qu’il y avait eu des magouilles et des détournements d’argent de la part de certains nouveaux responsables. Mais depuis, c’est le silence radio. Nous ne savons pas qui sont les personnes impliquées dans ces affaires, ni où est passé l’argent. Pendant ce temps, nous autres citoyens sommes obligés de faire la queue devant les banques pour retirer nos salaires, car les distributeurs sont vides.

Il y a enfin la question des morts et des blessés de la révolution. Le gouvernement n’a toujours rien fait pour identifier les corps enterrés dans des fosses communes. Les familles des disparus ne savent donc toujours pas ce qu’il est advenu de leurs enfants. Il y a pourtant un ministère dédié aux martyrs de la révolution. [Contacté par FRANCE 24, le représentant du Conseil local de transition de Misrata, Ibrahim Beit Almal, a reconnu que les familles des martyrs n’étaient pas suffisamment prises en charge par le CNT.]

Mais les blessés sont très mal pris en charge. Les cas les plus graves ont été envoyés à l’étranger, notamment en Tunisie. Mais le personnel des ambassades libyennes à l’étranger n’a pas changé avec le départ de Kadhafi et rien n’est fait pour prendre en charge ces patients et payer les frais d’hospitalisation. [Contacté par FRANCE 24, le représentant du Conseil local de transition de Misrata, Ibrahim Beit Almal, a rétorqué que les blessés étaient correctement pris en charge par les ambassades. Il a toutefois reconnu que les moyens manquaient, à cause des fonds de l’ancien régime gelé à l’étranger pour soigner correctement les blessés restés en Libye.]

"Nous demandons aujourd’hui la dissolution du CNT"


Le président du CNT et le Premier ministre sont certes venus à Benghazi le 26 décembre, mais ils ne se sont pas rendus sur la place de l’arbre. Ils n’ont rencontré que quelques contestataires qu’ils avaient eux-mêmes choisis. Nous ne croyons donc pas à leurs promesses. S’ils veulent réellement discuter avec nous, qu’ils viennent nous voir là où nous manifestons. Nous avons été patients avec eux tant que le pays était en guerre. Aujourd’hui, nous n’avons plus aucune raison de nous taire. Notre position est devenue plus radicale : nous demandons aujourd’hui la dissolution du CNT et la création d’nouveau Conseil capable de répondre à nos revendications."


Des manifestations de soutien au CNT ont été organisées en réponse au mouvement naissant de contestation.


"Nous soutenons le Conseil local de Tripoli. Ce Conseil a été formé dans des circonstances très difficiles et son travail a été jusque-là très acceptable, il n’y a pas de quoi lui retirer notre confiance. Si certains pensent qu’il y a des problèmes, nous pouvons proposer des réformes, corriger certaines décisions. C’est mieux que de manifester contre le Conseil, en appelant à sa dissolution. Cela risque de créer l’anarchie et d’empêcher le gouvernement de travailler. […]. Tout le monde peut se tromper, la critique est la bienvenue. "


par http://observers.france24.com