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06/12/2011

Côte d'Ivoire: Législatives 2011, ils ne savent même pas pourquoi ils sont candidats?


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::LÉGISLATIVES COTE D'IVOIRE 2011 ::

© koaci.com - Seuls, la lune et le soleil n'ont pas été promis aux populations dans cette campagne pour les législatives. Les folles promesses des candidats ont rassasié les imaginations à tel enseigne que Alice n’envierait plus son pays des merveilles.

Au constat, il s'avère que les candidats aux élections législatives de décembre 2011 ont des projets plus coûteux que celui du président de la république.

A l'image de la liste PIT d'Abobo, les promesses voient la construction d'une zone industrielle. A Port-Bouet, les candidats prévoient l'emploi pour tous les jeunes de la commune. A Adjamé, le programme de reconstruction et de limitation du désordre a été dévoilé à la place du maire et du ministère de la salubrité. Pour la commune de Yopougon, l'initiative d'une jeunesse sans milice et des logements pour tous et ce, dès l'âge de 21 ans sont en attentes.

Dans les autres villes comme Toumodi ou Guiglo, le pari mis sur les capacités de développer ces localités et de faire de ces villes, l'un des poumons économiques du pays seraient des euphories de quelques candidats, pour ne citer de nom.

Aussi, des hommes de Dieu et candidats aux législatives affirment être l'oracle de Dieu, le tout puissant.

"Ces candidats oublient qu'ils iront voter des lois et rien des lois dans quelques mois" avance Koné un professeur de lycée avec un rire moqueur.

Au final, "que des yeux doux, et rien que des sophistes, quant on sait que les députés n'ont même pas de bureau dans leur propre commune" nous confie Antoine et Gédéon qui précisent qu'ils n'iront jamais voter.


Adriel, KOACI.COM ABIDJAN, copyright © koaci.com

21/11/2011

Ces guerres qu’on dit humanitaires

Cartographie

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Philippe Rekacewicz, avec Agnès Stienne

La constellation du maintien de la paix

Quand les armes ont parlé...

Au Nord les armées, au Sud les conflits


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Le nouvel interventionnisme humanitaire, avatar du droit ou du devoir d’ingérence, se pare de toutes les vertus face au sort catastrophique des faibles, auxquels il faut sans tarder porter secours, quoi qu’il en coûte. Mais aucune opération, même ornée du bleu de l’ONU et apparemment destinée à sauver des vies innocentes, n’est chimiquement pure. Les arrière-pensées stratégiques, économiques, géopolitiques demeurent.

I. Nobles causes...

Tout commence souvent par des images : une femme qui fuit un bombardement en emportant un bébé dans ses bras, des cadavres étalés devant les caméras de télévision, le visage d’un dictateur qui menace. Viennent ensuite les mots entrelardés de chiffres alarmistes : dans la bouche des intellectuels ou sous la plume des éditorialistes, ils exhortent la « communauté internationale » à agir pour « éviter l’irréparable ». Une guerre de propagande obscurcit alors le dialogue diplomatique, tandis que monte la pression de l’urgence, l’appel des uns à éliminer un « nouvel Hitler » (Saddam Hussein, Slobodan Milosevic, Mouammar Kadhafi...) répondant à la dénonciation de l’impérialisme des grandes puissances par les autres.

Parfois, les crimes dénoncés sont réels, parfois exagérés ou carrément imaginaires. Souvent, ils ne constituent que des prétextes dans le jeu des puissances qui s’abritent derrière les organisations internationales. Les pays dominants cherchent à marquer des points sur l’échiquier géoéconomique mondial, à liquider un dirigeant peu accommodant… Les bonnes intentions donnent souvent de mauvaises idées, disait Machiavel. Alors comment s’y retrouver ? Sans doute en feuilletant les pages de l’histoire récente qui fournissent maints exemples des pièges tendus à la conscience. Les étudier permet de repenser la nécessaire prévention des conflits.

Les révoltes arabes et le chaos libyen
Serge Halimi

« Pourquoi occupons-nous l’Irak ? »
Howard Zinn

Le défi de la prévention des conflits
Virginie Raisson

Au nom de l’humanitaire
Jacky Mamou

La bonne conscience endort la gauche...
Jean Bricmont

Une guerre pour les femmes ?
Christine Delphy

Le Koweït, un pion dans le jeu américain
Chapour Haghigat

Paris confronté au génocide des Tutsis
P. L.

Arrière-pensées européennes en République démocratique du Congo
Raf Custers

II. Le feu de l’action

Cachez cette guerre que je ne saurais voir... Ces dernières années, au lieu de guerroyer, on « s’interpose » (Bosnie), on « assiste » (Afghanistan), on « protège » (Libye), on « sépare » (Côte d’Ivoire), etc. Mais rien ne sert de s’abriter derrière les mots. La chancelière allemande Angela Merkel l’avait longtemps fait, pour ne pas susciter l’ire de ses concitoyens. La réalité l’a rattrapée ce jour de 2010 où, pour la première fois, elle a dû accueillir sur un tarmac les cercueils de plusieurs soldats de la Bundeswehr tués en Afghanistan.

Même présentée comme « humanitaire », une guerre reste une guerre, comme le savent — mieux que d’autres — les militaires. S’il est impossible de demeurer simple spectateur des violences faites aux populations, sans doute faut-il prendre garde à ne pas endosser dans la précipitation le costume du gendarme ou celui du boute-feu. Car, une fois la guerre jugée nécessaire, rien n’empêchera plus les armes de parler, les hommes de tomber.

L’éthique à l’épreuve de la force au Kosovo
Robert Fisk

Offensives-éclair, paix impossibles en Afghanistan et en Irak.
Pierre Conesa

Silencieux exil des Irakiens en Syrie
Theodor Gustavsberg

En 1991, derrière le slogan du « zéro mort », l’hécatombe
Beth O. Daponte

Désastre écologique dans le Golfe
Mohamed Larbi Bouguerra

Au nom de la « protection des populations »
P. L.

Libye, les conditions de l’unité nationale
Patrick Haimzadeh

L’anthropologie, arme des militaires
William O. Beeman

Sainte propagande
Alain Gresh

III. La force et le droit

« Il faudrait que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste, écrivait le philosophe Pascal. (…) Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » La construction d’un ordre international pacifique relève de la même dialectique. C’est l’ambition des Nations unies (ONU). Loin d’être parfaites, elles tentent néanmoins de créer un espace de discussion entre les acteurs mondiaux, qui doivent alors régler leurs différends par des moyens non violents. Il s’agit moins de procédures juridiques que de batailles d’idées pour imposer une hiérarchie des valeurs. Or, depuis la fin de l’affrontement Est-Ouest, la guerre fait l’objet d’une réhabilitation morale.

Si elle n’avait jamais disparu des mœurs internationales, elle suscitait une réprobation officielle, et le but affiché de l’ONU était son éradication. Tordant les textes juridiques (« droit d’ingérence », « guerre préventive »...), et parfois la réalité, des juristes et surtout des dirigeants de premier plan ne répugnent plus à faire primer la force sur le droit. On va même jusqu’à mettre des têtes de chefs d’Etat à prix, comme les bandits dans le Far West du XIXe siècle. Pourtant, la Charte de l’ONU, première victime de cette dérive, contient déjà les moyens de lutter contre les crimes de masse. Toutes les voies d’un pacifisme actif n’ont pas encore été explorées.

Des vicissitudes du « droit d’ingérence »
A.-C. R.

La guerre préventive, un concept dangereux
Paul-Marie de La Gorce

Au Kosovo, il y avait une autre solution
Noam Chomsky

Unilatéralisme des grandes puissances
Philip S. Golub

Le néfaste précédent de 1939...
Henry Laurens

La justice internationale au défi de la politique
A.-C. R.

Réconciliation en Sierra Leone
Michel Arseneault

Et si on avait cru aux Nations unies en 1990...
Monique Chemillier-Gendreau

Un rêve contrarié
Olivier Corten
Iconographie

Le photographe James Nachtwey, qui a arpenté les zones de guerre trente années durant, témoigne des ravages subis par les populations prises dans les affrontements. De ces années passées sous des orages d’acier est né « Inferno » (Phaédon), dédié à leurs victimes.
Les conflits majeurs

Olivier Pironet

Première guerre du Golfe (1990-1991)

Opération « Liberté de l’Irak » (2003)

Rwanda 1994, opération « Turquoise »

Kosovo 1999, opération « Force alliée »

Afghanistan 2001, opération « Liberté immuable »
Témoignages

Un militaire canadien au Rwanda

Une diplomate américaine et l’Irak

Une magistrate suisse face à Milosevic

Un humanitaire français en Somalie

par le Monde diplomatique

19/11/2011

En Côte d’Ivoire, une contre-révolution françafricaine


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Selon toute évidence, les premières élections législatives de l’ère Alassane Ouattara se dérouleront en l’absence du Front populaire ivoirien (FPI), le seul parti d’opposition significatif à ce jour. Verrouillées en amont, elles ne font visiblement l’objet d’aucun suspense. Avant même d’avoir «pris acte» du type de signal que les électeurs lui enverront, le toujours président du Rassemblement des républicains (RDR) a déjà promis à Claude Guéant, ministre de l’Intérieur français et éminence grise de la Sarkozie, que Guillaume Soro resterait à son poste à la Primature. Il faut croire que les résultats du futur scrutin et leurs conséquences politiques sont prévues à l’avance, et de manière très précise…

Le sens de la grande mobilisation politique, stratégique et militaire qui a commencé le 19 septembre 2002 avec la rébellion «au ventre profond» dont Guillaume Soro a été le masque commode, et qui a abouti le 11 avril dernier, apparaît désormais dans toute sa crudité. Il s’agit bel et bien d’une contre-révolution françafricaine, d’une restauration autoritaire qui, grâce au professionnalisme de ses concepteurs français en matière de storytelling, a réussi à se faire passer pour une révolution démocratique convergente avec le printemps arabe. Mais le sens de l’Histoire est têtu, et doit être restitué. Pour participer à l’édification de la conscience politique africaine.
Une révolution est un bouleversement qui emporte un système et ouvre une période d’incertitudes, annonciatrice d’un nouvel ordre. Si l’on est d’accord sur cette définition, l’on est obligé d’admettre que la révolution ivoirienne a eu lieu en Côte d’Ivoire en octobre 2000, avec l’élection de Laurent Gbagbo, la chute de la maison houphouétiste et l’ébranlement de la conception françafricaine de la destinée ivoirienne. L’installation d’Alassane Ouattara, au sein d’une coalition soudée par la nostalgie de l’ordre ancien ; le retour en force de la France, dont l’omniprésence un peu ridicule est à la mesure du doute qui l’a habitée durant les dix dernières années ; la hargne destructrice qui s’empare de nos nouveaux maîtres et qui se traduit par une persécution systématique de tous ceux qui ont incarné, même de façon minimale, l’ancien régime ; la réécriture à marche forcée de l’Histoire et la volonté de disqualifier politiquement le nationalisme ivoirien : voici quelques signes patents d’une restauration qui s’assume comme telle au point de vue local, et porte un déguisement démocratique pour mieux tromper à l’international.

Le Nord, traditionnel lieu de fraudes en Françafrique

La révolution de 2000 était démocratique. Elle a libéré des forces et des discours jusque-là bridées, contenus, dans le cadre d’une «démocrature» à l’image de celles qui sont adoubées au Burkina Faso, au Togo, au Cameroun, au Congo-Brazzaville ou au Gabon. Elle a pu irriter, notamment lors du référendum constitutionnel imposant des clauses restrictives à l’exercice de la fonction présidentielle en Côte d’Ivoire, écartant de facto l’élu de la communauté internationale, Alassane Ouattara. En Tunisie, la révolution démocratique qui a cours actuellement, a aussi de quoi énerver les bien-pensants, quand elle positionne Ennahda, un parti islamiste, comme force majoritaire au sein de l’Assemblée constituante. Mais le vertige qu’elle entraîne a le mérite de prouver que c’est bien le peuple qui est à la barre, et que de ce fait rien n’est prévisible.
En Côte d’Ivoire, les forces contre-révolutionnaires ont détricoté de manière autoritaire les choix «dérangeants» de la révolution. Ainsi de l’article 35 de la Constitution. Linas-Marcoussis avait prévu qu’il soit révisé par le biais des procédures constitutionnelles, c’est-à-dire par référendum. Trop dangereux pour la coalition franco¬-ouattariste. Au final, la Constitution a été violée et contournée grâce au chantage des armes de la rébellion. La contre-révolution, habitée de la certitude françafricaine selon laquelle en Afrique, on n’organise pas une élection pour la perdre, a exigé, à travers le chantage des armes, d’avoir le contrôle de la Commission électorale indépendante (CEI). Elle s’est ménagée un espace de non-droit et de monopole politique dans le Nord, le Centre et l’Ouest pour y faire des choses que le Conseil national de la presse (CNP) d’aujourd’hui nous interdit de parler, sous peine d’interdiction. Rien que de très classique, au fond. On a bien vu, au Gabon, les scores soviétiques d’Ali Bongo Ondimba… dans le Nord. Dans le Togo des Gnassingbé, l’inaccessible Nord est le lieu de toutes les forfaitures électorales. Au Cameroun de Paul Biya, qui a honte d’affirmer que la province de l’Extrême-Nord, quasi-désertique, est la plus peuplée du pays, devant celles qui abritent les grandes villes bouillonnantes que sont Yaoundé et Douala ? Hier, au crépuscule de la colonisation, c’est toujours dans le Nord que le colonialisme a mis en place ses méthodes de fraude les plus grossières pour barrer la voie au nationalisme incarné par l’UPC, branche locale du RDA.

Modèle de domestication politique

Maintenant que la contre-révolution françafricaine est arrivée au pouvoir en Côte d’Ivoire, il est question de faire reculer les standards démocratiques du pays. Il est question de dissocier les rapports de force politiques réels et ce qui devrait être leur traduction dans la sphère institutionnelle. Comment ? En faussant les règles du jeu à travers un avantage comparatif énorme octroyé au pouvoir, et en orchestrant une parodie de dialogue national au bout duquel d’insignifiantes concessions de l’allié local seront présentées, par la magie médiatique, comme des signes de détente boudés par une opposition extrémiste. Les analystes qui s’inquiétaient hier de la nomination de Paul Yao N’Dré, un proche de Gbagbo, au Conseil constitutionnel, la CEI étant contrôlée par l’opposition, se taisent aujourd’hui face à une CEI contrôlée à 95% par le pouvoir – ce chiffre n’est disponible dans aucun article de la presse «internationale» – et un Conseil constitutionnel plus que jamais aux ordres du même pouvoir. La dernière sortie de l’ambassadeur des Etats-Unis à Abidjan, attribuant contre toute bonne foi l’échec des négociations, auxquelles Ouattara a mis fin de manière unilatérale, au FPI, témoigne de cette hypocrisie internationale. «Au temps de Gbagbo», le parti présidentielle contrôlait 43% de l’Assemblée nationale, moins de 20% des municipalités et 35% des conseils généraux. Qui peut seulement imaginer qu’un tel partage du pouvoir sera de mise sous Ouattara, alors qu’à travers des ordonnances sans fondement légal, applaudies par ses alliés occidentaux, il redécoupe les circonscriptions électorales, redessine des régions, fabrique des districts, pour monopoliser l’espace de la représentation politique ?
Que personne ne s’y méprenne. On assiste aujourd’hui à une normalisation par le bas en Côte d’Ivoire. Un pouvoir écrasant, une opposition étouffée financièrement, persécutée, réduite artificiellement en une infinité de partis tribaux et lilliputiens, une Assemblée aux ordres à laquelle on fera endosser demain un accord militaire franco-ivoirien à peine modifié et derrière laquelle on se cachera pour évoquer hypocritement la volonté de statu quo de «nos partenaires africains». Voici le modèle de domestication politique qu’a de tout temps prôné la France, donc la «communauté internationale» pro-occidentale, en Afrique. A-t-il débouché, en Côte d’Ivoire, sur une crise économique inguérissable et un chaos politique prémédité ? Qu’importe, vous répond-on. C’est le seul logiciel qu’on a sous la main. Que cela vous plaise ou non, on le réinstallera.


Par Théophile Kouamouo