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03/01/2014

Afrique - France : Le dernier trimestre françafricain de 2013

DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°662 du 03/07/2013

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Yamina Benguigui sur tous les fronts africains

Alors que le mois de juillet est traditionnellement consacré aux tournées africaines des chefs d'Etat français, François Hollande a prié sa ministre déléguée à la francophonie, Yamina Benguigui, de se plier à cet exercice.


Du 5 au 13 juillet, Yamina Benguigui, la ministre déléguée auprès de Laurent Fabius chargée de la francophonie, parcourra cinq pays au sud du Sahara, au lendemain du déplacement de François Hollande en Tunisie. La première étape l'amènera au Gabon en tant que représentante spéciale du président français, invité par Ali Bongo à assister aux festivités du centenaire de la fondation de l'hôpital du Pr Albert Schweitzer à Lambaréné. La ministre devrait ensuite prendre la direction de Bukavu au Sud-Kivu (Congo-K). Elle y décernera notamment la légion d'honneur au professeur Denis Mukwege, obstétricien-gynécologue mondialement célèbre pour "réparer" les femmes victimes de viol. Selon nos sources, la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, assistera à cette cérémonie.

Après un saut à Bujumbura (Burundi), où elle participera à une table ronde avec Mary Robinson, l'envoyée spéciale des Nations unies pour les Grands Lacs, Yamina Benguigui retournera à Kinshasa pour des entretiens avec Joseph Kabila, le premier ministre Augustin Matata Ponyo et le ministre des affaires étrangères, Raymond Tshibanda N'Tungamulongo. Elle profitera de sa présence au Congo-K pour signer un accord de coopération au titre du Fonds social de développement (FSD). L'étape suivante, Brazzaville, lui permettra de deviser avec Denis Sassou Nguesso, qu'elle a déjà croisé à Paris en avril (LC nº657). Ce périple se conclura le 13 juillet à Abidjan, où la ministre représentera la France à l'Assemblée parlementaire de la francophonie (APF). Ce déplacement en Côte d'Ivoire était calé de longue date après une invitation d'Alassane Ouattara. Mais il n'avait pu être honoré jusqu'à présent pour des raisons d'agenda chargé.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°663 du 17/07/2013

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Rififi à RFI sur le cas Léa-Lisa Westerhoff

La nomination de Léa-Lisa Westerhoff comme envoyée spéciale permanente au Congo-K provoque des grincements de dents au sein de RFI.

Certains "vétérans" de RFI ont fort peu goûté la nomination de Léa-Lisa Westerhoff sur un poste qualifié de "particulièrement sensible", au lendemain d’un plan social ayant conduit à une réduction drastique des effectifs. Le mécontentement est d’autant plus grand qu’il a fallu attendre près de deux mois et un round supplémentaire pour que la direction arrête son choix. Le 15 mai, date limite de dépôt des dossiers, deux candidats parmi les trois en lice avaient une chance d’être retenus : Ghislaine Dupont, vétéran des antennes africaines faisant l’objet depuis plusieurs années d’une fatwa du régime de Joseph Kabila pour sa couverture de l’actualité politique congolaise, et Norbert Navarro, ex-envoyé spécial permanent en Côte d’Ivoire, relégué depuis son retour à Paris dans un placard pour sa sympathie supposée avec Laurent Gbagbo. Le troisième postulant, Bernard Conchon, un ancien de Radio France Normandie, actuellement à Radio Okapi, au Congo-K, faisait figure d’outsider.

Les termes de référence du poste d’envoyé spécial permanent à Kinshasa (appelé également à couvrir l’Angola) semblaient taillés sur mesure pour les deux premiers, avec un léger avantage pour Navarro, économiste de formation, chef du service éco de RFI pendant six ans, en poste à Abidjan pendant la guerre civile. Mais surprise, le 3 juin, lorsque les nominations des nouveaux envoyés spéciaux permanents tombent, le poste de Kinshasa n’était toujours pas pourvu, contrairement à Johannesburg, Pékin et Moscou. La direction a annoncé sans plus de précisions que l’appel à candidatures pour le Congo-K restait ouvert jusqu’au 17 juin. Ghislaine Dupont s'est retirée de la course. Navarro a maintenu sa candidature. Mais le 4 juillet, la direction lui a préféré Léa-Lisa Westerhoff. Jusque-là correspondante au Maroc, celle-ci prendra ses nouvelles fonctions à Kinshasa le 1er septembre. Elle remplacera Bruno Minas, nommé à Dar-es-Salam, en Tanzanie, où il supervisera la rédaction de RFI en swahili.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°664 du 31/07/2013

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Jean-Christophe Mitterrand soigne ses réseaux à Bangui

Le fils de l'ex-président François Mitterrand, Jean-Christophe Mitterrand, a mis la situation centrafricaine à profit pour y organiser une mission business.

Même au bord de la faillite, la République centrafricaine continue d'attirer les émissaires en tout genre, venus soumettre "leurs offres de services" à Michel Djotodia. Après Jérôme Gomboc, salarié de l'entreprise de sécurité Roussel SARL, qui assure désormais la sécurité du chef de l'Etat (LC nº663), c'est au tour de Jean-Christophe Mitterrand de séjourner sur les rives de l'Oubangui. Celui-ci a passé 48 heures à l'hôtel Ledger Plaza. Il a ponctué sa visite, le 18 juillet, par un dîner avec le président centrafricain, au cours duquel ont été abordés les thèmes de la situation économique du pays et de la sécurité. Selon nos informations, le fils de François Mitterrand était accompagné de personnalités locales. Parmi celles-ci figurait l'homme d'affaires Ibrahim Aoudou Paco. Ce dernier, ex-missi dominici de François Bozizé et député de Carnot (ouest), serait bien connecté aux milieux miniers. Emile Gros Raymond Nakombo, ex-directeur général adjoint de la Banque populaire maroco-centrafricaine (BPMC) et candidat à la présidentielle de 2011 pour le RDC d'André Kolingba, a pris part aux agapes, tout comme le linguiste centrafricain Marcel Diki-Kidiri. Au cours de son séjour, Mitterrand a pu "inaugurer" la réouverture de la discothèque du Ledger, avant de reprendre son vol Royal air Maroc vers Paris. Cette discothèque était fermée depuis les événements du 24 mars qui ont renversé Bozizé.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°665 du 04/09/2013

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Qui a rendu un dernier hommage à Me Vergès ?

Terrain privilégié de la carrière de l'avocat Jacques Vergès, décédé le 15 août, l'Afrique n'a pas envoyé beaucoup de missi dominici assister à ses obsèques.

Malgré la foule dense massée à l'église Saint-Thomas-d'Aquin à Paris, le 20 août, pour un adieu à Jacques Vergès, le nombre pelliculaire de personnalités venues du continent a illustré la perte d'influence de l'avocat dans les présidences africaines ces dernières années. Le Gabon, où Vergès avait autrefois ses entrées (Omar Bongo a été longtemps son client), n'a dépêché aucun officiel. Idem du côté des présidents Denis Sassou Nguesso, Paul Biya, Idriss Déby ou de l'entourage d'Abdoulaye Wade, défendu par la même robe noire lorsque celui-ci était opposant.

Rare personnalité présente, François Bozizé avait recruté "l'avocat de la terreur" dès son arrivée au pouvoir. Me Vergès a notamment défendu Bangui face au pétrolier texan Jack Grynberg (LC nº599). Peu avant son renversement en mars, Bozizé avait aussi demandé conseil à l'avocat pour gérer le départ d'Areva du pays (LC nº644). A Paris, le gros des troupes africaines était emmené par la mouvance de Laurent Gbagbo, que Vergès a souhaité défendre aux premières heures de son arrestation en 2011, avant d'y renoncer (LC nº612). Aperçu à la cérémonie, Me Marcel Ceccaldi, qui défend Saadi Kadhafi, fils de Mouammar Kadhafi exilé au Niger, s'était rendu en Côte d'Ivoire en mai 2011 avec Jacques Vergès et sa consœur Lucie Bourthoumieux, avant d'être refoulé de l'aéroport d'Abidjan (LC nº615). Conseiller spécial de Gbagbo, Bernard Houdin avait aussi fait le déplacement à Paris, ainsi que le ministre du commerce de l'ex-président ivoirien, Eric Kahé, et Habiba Touré, avocate de Michel Gbagbo. Me Jean-Charles Tchikaya était de même présent. Intime de Jacques Vergès, il a obtenu de l'UE la levée du gel des avoirs de plusieurs proches de Gbagbo, dont ceux de Thierry Legré.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°666 du 18/09/2013

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Johnson-Sirleaf dicte ses conditions à Fabius

Le patron du Quai d'Orsay, Laurent Fabius, a dû se plier à la mauvaise humeur de la présidente libérienne, Ellen-Johnson Sirleaf, envers Paris pour nommer le nouvel ambassadeur de France à Monrovia. Révélations.

Malgré les discours de "rupture" avec son pré-carré africain, la France n'a jamais fait du Liberia une de ses priorités. Sans la présence de certains groupes hexagonaux (Michelin, Bolloré…), cet Etat aurait pu sans difficulté rejoindre, aux côtés de la Sierra Leone, de Sao Tomé, du Malawi et de la Gambie, la liste des pays du continent où Paris a décidé, fin août, de fermer ses ambassades suivant le "plan de rationalisation" cher à Laurent Fabius. Reste que cette indifférence semble de plus en plus irriter Ellen Johnson-Sirleaf. Tout avait pourtant bien commencé depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir. Reçue en novembre 2102 à Paris, la présidente libérienne avait naturellement renvoyé la pareille à son homologue en le conviant à Monrovia, invitation officialisée par une lettre en bonne et due forme adressée à l'Elysée un mois plus tard. Mais depuis cette date, aucune réponse - pas même négative - n'a été retournée à la Prix Nobel de la paix 2011. Pour ne rien arranger, Paris a apporté une fin de non-recevoir à une demande d'ouverture d'une antenne consulaire dans ce pays - pour se rendre en France, les Libériens doivent se présenter plusieurs fois au consulat d'Abidjan distant de 750 km. Mieux : faute de liaison aérienne directe, ils doivent passer par Accra !

Pour marquer son mécontentement, Ellen Johnson-Sirleaf a donc refusé d'accréditer Roland Bréjon, 63 ans, comme ambassadeur de France. Nommé en conseil des ministres début 2013 alors qu'il se trouvait en poste au Togo, celui-ci avait déjà préparé son paquetage pour ce qui s'annonçait comme son ultime mission. Les mois ont passé. En mai, le diplomate n'était toujours pas fixé sur son sort. En juin, sa nomination a été tout simplement annulée, les autorités libériennes exigeant un profil plus jeune. Laurent Fabius s'est exécuté en désignant Joël Godeau, âgé de… 59 ans. Ce dernier a pris ses fonctions fin août. Selon nos informations, Roland Bréjon devrait rejoindre l'ambassade de France à Kaboul, une destination de son choix que le Quai d'Orsay n'a pu lui refuser. Pour la petite histoire, il s'agit de l'un des postes actuellement les plus onéreux pour la diplomatie française (protection rapprochée, véhicule blindé, primes de risque, etc.). Comme "politique de rationalisation", on a vu mieux…



DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°667 du 02/10/2013

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Abidjan et Abuja livrent une guerre de leadership

Le gouvernement ivoirien mène depuis plusieurs mois d'intenses actions de lobbying en vue d'accueillir des institutions régionales antiterroristes afin de faire d'Abidjan une plateforme de lutte contre ce phénomène.

En plus de la direction régionale d'Interpol chargée de couvrir l'Afrique de l'Ouest présente sur son sol, la Côte d'Ivoire continue d'œuvrer auprès de Washington pour que les Etats-Unis installent à Abidjan le bureau chargé de l'Afrique de l'Ouest au sein de l'Africom (Commandement des Etats-Unis pour l'Afrique). Mais les autorités ivoiriennes insistent surtout pour réceptionner le futur centre régional de détection précoce du terrorisme de la CEDEAO. Ce chantier en gestation entre dans le cadre de la réforme des systèmes de sécurité dans les quinze pays de cette organisation. Première du genre sur le continent africain, ce centre serait en partie financé par Washington et Paris. Il faciliterait une surveillance à grande échelle de la sous-région tout en menant des actions de prévention, notamment contre les mouvements AQMI et Boko Haram.

La Côte d'Ivoire se trouve en concurrence sur ce projet avec le Nigeria. Pour espérer l'emporter, Alassane Ouattara pourrait s'engager auprès de son homologue Goodluck Jonathan à soutenir la candidature du géant anglophone au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Le ministre ivoirien de l'intérieur, Hamed Bakayoko, est à la manœuvre pour presser la France de soutenir et concrétiser rapidement ce projet. A Paris, Alain Bauer, président du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS), planche sur le dossier. Attendu en Côte d'Ivoire courant octobre, le ministre français de l'intérieur, Manuel Valls, défend également la position ivoirienne. Emile Pérez, le responsable des questions internationales place Beauvau, a d'ailleurs séjourné à Abidjan, fin septembre, pour évoquer cette question.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°668 du 16/10/2013

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Bolloré remporte une manche contre Necotrans

Bolloré a claironné sur sa "victoire" après sa condamnation à verser plus de 2 millions € à son adversaire Necotrans. Toutefois, la partie n’est pas terminée.

Assigné en justice par Getma-Necotrans, exproprié en 2011 du Port autonome de Conakry (PAC), le groupe Bolloré devra verser 2,114 millions € à son concurrent au titre de dommages et intérêts suite à une décision du tribunal de commerce de Nanterre rendue le 10 octobre. Le groupe fondé et dirigé par Richard Talbot soutenait que Bolloré était non seulement complice de la résiliation illégale de la convention de concession du PAC par l’Etat guinéen, mais qu'il s’était aussi rendu coupable d’actes de concurrence déloyale.

Sur le premier point, Necotrans n’a pas été suivi. Selon nos informations, les juges de Nanterre ont estimé ne pas être "habilités à se prononcer sur la validité et le bien-fondé de la résiliation par la Guinée du contrat de concession de Getma avec le PAC". En revanche, Bolloré a été jugé responsable d’un préjudice pour avoir utilisé les infrastructures et les équipements issus des investissements réalisés par Necotrans dans la même enceinte portuaire. Toutefois, les 2,114 millions € auxquels il a été condamné au terme de ce procès restent très en deçà des 100 millions € réclamés par Necotrans, défendu sur ce dossier par le cabinet Fischer, Tandeau de Marsac, Sur & associés. La question de la rupture illégale de la convention de concession est actuellement soumise aux tribunaux internationaux dans le cadre d’une procédure intentée par Necotrans devant le Cirdi (Centre international de règlement des différends relatifs à l’investissement) et la Cour commune de justice et d'arbitrage (CCJA) de l'Ohada.



POUVOIRS ET RESEAUX/POLITIQUE
n°669 du 30/10/2013

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CKB vs La Lettre du Continent (suite)

Venu en famille au procès qu’il a intenté à La Lettre du Continent, Charles Konan Banny a été sérieusement taclé durant l’audience, à Paris. Compte rendu.


Comme par miracle après de multiples reports, Charles Konan Banny "CKB" s’est présenté en personne, le 23 octobre à 15 heures, devant la 17e chambre du TGI de Paris dans le cadre de la plainte en diffamation qu’il avait intentée en 2007 contre La Lettre du Continent (LC nº667). Dans notre édition du 27 septembre 2007 (LC nº525), nous affirmions que l’ancien premier ministre s’était lancé dans les affaires après avoir quitté la primature et qu’il possédait plusieurs comptes bancaires à l’étranger. Dans un registre où il est passé maître - l’intégrité, la piété et le désintéressement -, Charles Konan Banny a vigoureusement nié à la barre l’existence de tels comptes, évoquant le caractère "ignominieux" de cette attaque. "Je fais partie d’une famille mondialement connue dont la devise est l’honneur (…) Cet article ne me reflète pas. Ce n’est pas de moi dont il parle".

Ce souci urgent "de rétablir la vérité" ne l’a pourtant pas empêché d’attendre six longues années pour obtenir une décision de justice. CKB et ses collaborateurs n'avaient pas été plus empressés de répondre en 2007 à Antoine Glaser, à l'époque rédacteur en chef de La Lettre du Continent, alors que ce dernier avait tenté de les joindre à moult reprises pour les interroger sur les informations qu’il s’apprêtait à révéler. Par ailleurs, en ancien gouverneur de banque centrale maîtrisant parfaitement les rouages de la finance, CKB a-t-il cherché à effectuer des vérifications auprès des banques étrangères citées dans l’article ? Pas davantage. Ce qui explique sans doute le vibrant "on va le faire !" lancé opportunément par son avocate au cours de l’audience. L’actuel président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) a aussi évoqué au tribunal - le plus sérieusement du monde - la possibilité que "les comptes en question aient été abondés à [son] insu par des gens malveillants ayant imité [sa] signature".

Intervenant après le réquisitoire du représentant du parquet qui a estimé, pour sa part, que "le caractère diffamatoire de l’article n’est pas établi", Roland Rappaport, l’avocat d’Indigo publications, société éditrice de La Lettre du Continent, a centré sa plaidoirie sur cet "étrange système de défense". Il a notamment relevé qu’après la publication de l’article, CKB n’a pas jugé utile d’adresser un droit de réponse, ni même d’appeler Antoine Glaser, qu’il connaissait bien, préférant diffuser un violent communiqué dans la presse ivoirienne et adresser une lettre aux chefs d'Etat de la sous-région. Me Rappaport s’est étonné qu’aucun des destinataires de ces courriers n'ait réagi pour le soutenir. De même, les personnalités citées dans l’article comme des "donneurs d'ordre", à savoir l’ex-chef de cabinet de CKB Eugène Kouadio et son proche collaborateur Léon Konan Koffi, qui avaient pourtant fait le déplacement depuis Abidjan, sont restés sagement assis sous les lambris du palais de justice. Ils ont préféré se taire plutôt que de témoigner en faveur de leur patron. Jugement attendu le 4 décembre.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°670 du 13/11/2013

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Comment Paris rentabilise son raout africain

Les autorités françaises profitent du Sommet Afrique-France prévu début décembre pour organiser en parallèle plusieurs autres manifestations. Aperçu de la programmation.


Des rendez-vous seront organisés par les ministères français en marge du Sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique prévu à Paris les 6 et 7 décembre. Ces manifestations thématiques seront ouvertes aux chefs d'Etat africains et à leurs délégations. François Hollande ne s'y associera pas. Outre la conférence économique sponsorisée par Medef international le 4 décembre à Bercy (LC nº669), le ministère délégué au développement organisera, le lendemain, un raout sur les innovateurs africains au cours duquel Pascal Canfin décernera ses "Awards". Les projets sont en cours de sélection parmi 800 dossiers. Les heureux lauréats pourront espérer un soutien financier de l'Agence française de développement (AFD), partenaire de la rencontre.

Le même jour dans l'après-midi, Nicolas Hulot animera au Quai Branly, en compagnie du ministre français de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, Philippe Martin, une conférence sur la menace d'extinction qui pèse sur l'éléphant d'Afrique. Plusieurs ministres africains de l'environnement sont attendus. Figure médiatique de l’écologie en France, Nicolas Hulot avait effectué une tournée dans plusieurs pays d’Afrique centrale en juin (Cameroun, Congo-B, Gabon, Congo-K…) pour défendre cette cause, avec le titre d’envoyé spécial de François Hollande chargé de la protection de la planète.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°672 du 11/12/2013

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Le général Benoît Puga à la manœuvre à l'Elysée

Au-delà des motivations humanitaires et sécuritaires, l'opération Sangaris illustre l'influence des militaires à l'Elysée, notamment celle du chef d'état-major particulier de François Hollande.

A l'instar de l'intervention de la force Licorne en Côte d'Ivoire ou de l'opération Serval au Mali, l'ombre du général Benoît Puga, chef d'état-major particulier de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande (sa nomination remonte à mars 2010), plane sur le lancement de l'opération Sangaris en Centrafrique, le 6 décembre. Ex-commandant des opérations spéciales et du renseignement militaire, ce saint-cyrien possède un ascendant sur le président français d'autant plus marqué qu'il a développé une forte expertise africaine au cours de sa carrière. A la fin des années 70, il a participé à l'opération sur Kolwezi, dans l'ex-Zaïre, visant à libérer des otages européens aux mains de rebelles katangais. Il a, par la suite, été actif sur plusieurs théâtres des opérations : au Gabon, à Djibouti mais aussi au Tchad à travers l'opération Manta.

La Centrafrique ne lui est pas inconnue. Benoît Puga a notamment travaillé aux côtés de l'ancien président malien Amadou Toumani Touré "ATT" lorsque ce dernier fut désigné, en 2001, envoyé spécial des Nations unies dans ce pays. A l'Elysée, plusieurs chefs d'Etat africains optent pour le "canal Puga" afin de délivrer leurs messages sans passer par la voie diplomatique. Suite à l'enlèvement des Français Philippe Verdon et Serge Lazarevic au Mali en novembre 2011, "ATT" avait emprunté cette voie pour alerter Nicolas Sarkozy.



DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°673 du 31/12/2013

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Sur les traces des avoirs de François Bozizé

Soucieuses de mettre en lumière les dessous du régime de François Bozizé, les nouvelles autorités de Bangui ont mandaté plusieurs émissaires pour lancer une opération "Bien mal acquis" contre le président déchu en mars. Exclusif.

En dépit d’une situation économique et humanitaire proprement chaotique dans le pays, le nouveau pouvoir de Bangui continue de régler ses comptes avec François Bozizé. Le président par intérim, Michel Djotodia, vient de mandater deux émissaires, l’homme d’affaires Philippe Mairesse et l’ancien conseiller spécial de Robert Gueï, Robert Dulas. Ceux-ci ont pour mission d’approcher plusieurs cabinets d’avocats parisiens susceptibles de lancer des procédures pour recouvrer les biens mobiliers et immobiliers accumulés par l’ex-président et les membres de sa famille tout au long de sa présidence (2003-2013). L’opération, qui s’apparente à celle dite des Biens mal acquis ("BMA") engagée en France contre les présidents Denis Sassou Nguesso, Ali Bongo ou Teodoro Obiang Nguema, cherche à déterminer les biens que l’ancien président aurait achetés en France et à l’étranger via des fonds publics détournés. Selon le mandat que La Lettre du Continent s’est procuré, les deux émissaires sont spécifiquement chargés d’effectuer "toutes les recherches nécessaires à la découverte des fonds, valeurs et objets détournés et de les bloquer".

En octobre, ils ont demandé à l’avocat parisien William Bourdon (cabinet Bourdon & Forestier), spécialiste de ces questions, de se saisir de ce dossier. Ce dernier leur a renvoyé un mémo de deux pages dans lequel il affirme être disposé "à agir rapidement pour, dans un premier temps, dresser la liste des biens susceptibles d’appartenir directement ou indirectement à François Bozizé et son clan". Me Bourdon attend toutefois certaines clarifications dans la démarche, le premier ministre Nicolas Tiangaye ayant de son côté approché d’autres avocats pour lancer la même procédure. Dans une autre missive adressée au directeur de Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins), Michel Djotodia demande à cette cellule du ministère français de l’économie de coopérer pleinement avec le duo Mairesse-Dulas.



DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°671 du 27/11/2013

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La mission Védrine assène ses vérités

Réaliste sur le recul de la France en Afrique, le rapport que l'ex-ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, s'apprête à remettre au ministre de l'économie Pierre Moscovici propose plusieurs pistes pour raffermir le lien distendu. Sans pou

La profusion de rapports sur les relations franco-africaines - "L'Afrique est notre avenir" des sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel, "Les Emergents de l'Afrique anglophone" des députés Noël Mamère et Michel Zumkeller, etc. - devrait s'enrichir, à la veille du Sommet Afrique-France de l'Elysée (6/7 décembre), de la présentation des conclusions de la mission emmenée par Hubert Védrine. Sous le titre "Afrique-France, un partenariat pour l'avenir", le groupe dirigé par l'ex-ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, à la demande du ministre de l'économie et des finances Pierre Moscovici (LC nº669), remet la France à sa place au sein d'une Afrique mondialisée. Ce rapport, dont La Lettre du Continent s'est procuré une version quasi finalisée (voir ici Rapport_vedrine.pdf), constate l'effondrement des positions de Paris au sud du Sahara. Au cours des dix dernières années, la France a ainsi dégringolé du premier au cinquième rang concernant les exportations en Afrique sub-saharienne, derrière la Chine, les Etats-Unis, l'Inde et même l'Allemagne. Ses parts de marché sont tombées à 4,7% en 2012, contre 10,1% en 2000. Pire, ce décrochage est plus notable dans son bastion francophone. Les raisons sont multiples. Les auteurs notent la diversification des partenaires mais aussi la politique restrictive des visas, le faible soutien financier des entreprises hexagonales (les banques françaises quittent le continent) ou les difficultés des Français à décrocher des marchés, y compris après des engagements militaires comme au Mali. Paris demeure toutefois un investisseur important en Afrique. 61 409 entreprises y ont exporté des biens ou services l'an dernier, dont 70% de PME-PMI.

Dix propositions extrêmement générales sont émises à partir de ce diagnostic, comme "accompagner l'intégration régionale" ou "soutenir le financement des infrastructures". Quelques suggestions audacieuses comme l'élargissement de la zone franc aux pays anglophones (Ghana, Sierra Leone, Liberia) sont évoquées. Sept autres propositions concernant précisément la relation franco-africaine sont également abordées : influence au sein des banques multilatérales de développement, renforcement des réseaux en Afrique non francophone…

La même mission ne craint pas non plus d'avancer des recettes ayant provoqué, par le passé, une dégradation de l'image de l'Hexagone en Afrique. C'est le cas de la coopération technique que les auteurs souhaiteraient voir "relancée". Pierre Moscovici devrait s'appuyer largement sur ces conclusions dans le cadre du colloque sur le renouveau des relations économiques franco-africaines organisé par Bercy, le 4 décembre à Paris, en partenariat avec le Medef.

source: la lettre du continent



26/12/2013

Côte d'Ivoire : crise à prévoir pour la filière hévéa ?

Chronique des Matières Premières
Par Stanislas Ndayishimiye

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Inquiétudes des producteurs de caoutchouc naturel en Côte d’Ivoire, suite à des mesures fiscales décidées par le gouvernement en 2012. Des mesures qui, si elles sont maintenues, « peuvent conduire à la faillite de la filière hévéa en 2014 ».

C’est un cri d’alarme que lancent les deux syndicats de la filière hévéa de Côte d’Ivoire depuis quatre mois. Même la chute des prix au producteur les inquiète moins, avec 391 francs CFA le kg aujourd’hui contre 500 francs CFA en janvier dernier.

A côté des 25% sur le bénéfice industriel et commercial que doivent payer les sociétés agricoles à l’Etat de Côte d’Ivoire, les usiniers de la filière hévéa doivent depuis l’année dernière s’acquitter de trois nouvelles taxes. 5% de leur chiffre d’affaires, une taxe foncière de 7 500 francs CFA par hectare de surface plantée en hévéa par toute société agro-industrielle ainsi que la TVA au moment de l’exportation.

Elles doivent normalement se faire rembourser cette TVA, parce que la filière est exclusivement tournée à l’exportation. Or, les entreprises concernées auraient du mal à récupérer l’argent qui leur est dû. Et ce sont des démarches supplémentaires à faire. Ces mesures fiscales ne touchent bien sûr directement que les portefeuilles des usiniers. Les petits planteurs sont individuellement épargnés. Pour les usiniers, cette récente triple-taxation affaiblit fortement leur trésorerie et réduit leur capacité d’investissement.

Selon les syndicats de la filière hévéa, ces conséquences touchent indirectement les petits planteurs, qui étaient auparavant habitués à toucher leur argent soit au moment de la vente de leurs productions, soit 48 heures après. Ils doivent aujourd’hui attendre parfois deux mois pour être payés. Il n’en fallait pas plus pour que certains planteurs, inquiets de ne pas avoir des rentrées d’argent tous les mois, essayent d’écouler une partie de leur production vers les pays voisins et même les pays les plus éloignés.

D’après les responsables syndicaux, 4 000 tonnes de caoutchouc naturel ivoirien ont été exportées vers la Malaisie en 2013. Ils affirment, sans en donner la quantité, que les planteurs ivoiriens se tournent aussi vers les acheteurs du Liberia et du Ghana. Toujours selon les syndicalistes, le caoutchouc ivoirien pourrait être moins compétitif sur le marché mondial si la nouvelle fiscalité appliquée à la filière n’est pas allégée. Leur crainte étant que les usiniers ne soient tentés de délocaliser leur activité vers les pays voisins.

source : http://www.rfi.fr/emission/20131225-cote-ivoire-crise-prevoir-filiere-hevea

18/12/2013

Cacao - Chocolat : Au secours ! Nous allons manquer de chocolat

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Le déficit atteint cette année 160 000 tonnes de fèves de cacao. Il risque de grimper encore si les petits paysans continuent d'abandonner les plantations.

De notre correspondant à Genève, Ian Hamel

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La presse suisse a momentanément abandonné sa chronique sur les malheurs de sa place financière pour se pencher sur l'avenir du chocolat. Un avenir pas si radieux que cela. À la veille de Noël (période durant laquelle se réalisent 10 % des ventes), les géants du chocolat, qui sont souvent suisses, tirent la sonnette d'alarme. La production de fèves de cacao s'est élevée entre octobre 2012 et septembre 2013 à 3,931 millions de tonnes, alors que la demande est estimée à 4,091 millions de tonnes, selon l'International Cocoa Organization (ICCO).
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Un déficit de 160 000 tonnes qui pourrait s'aggraver très rapidement, et atteindre d'ici quatre ou cinq ans un million de tonnes, soit le quart de la demande. Dans la société suisse, cet aliment sucré est presque aussi important que le secret bancaire et la neutralité. Les Helvètes, premiers consommateurs au monde, mangent 12 kilos de chocolat par an par habitant, loin devant les Français (7,4 kilos). La banque Vontobel révèle dans une très sérieuse étude que le chiffre d'affaires mondial du chocolat (105 milliards de dollars) pourrait à l'avenir subir un coup d'arrêt.

Flambée des cours de cacao

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Les raisons ? Face aux géants de cette branche, les suisses Nestlé et Barry Callebaut, ainsi que Mondelez, Mars, Ferrero, une multitude de petits producteurs africains et sud-américains peu armés pour se défendre, et donc exploités. Des ONG constatent que le revenu des paysans en Côte d'Ivoire et au Ghana, les principaux producteurs mondiaux, "est bien inférieur au seuil de pauvreté". En clair, ils ne profitent guère de la flambée des cours du cacao, encore moins de la hausse des prix du chocolat (le chocolat au lait a grimpé de 25 % en un an).

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Résultat, les paysans abandonnent le cacao au profit de cultures plus rentables, notamment vivrières. D'autant que cette plante est très gourmande en eau, nettement plus que le café et le thé. Enfin, l'absence de mécanisation entraîne de très faibles rendements. Or, la demande de chocolat ne cesse d'augmenter, notamment en Asie. "Nous nous attendons à ce que l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord ne pèsent plus que 50 % du marché mondial en 2017, contre 62 % en 2007", souligne la banque Vontobel interrogée par le quotidien genevois Le Temps.

Améliorer l'éducation et la santé

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"Vous ne pouvez pas augmenter le rendement du cacao si vous n'améliorez pas les pratiques des fermiers, leur éducation et leur santé. Ce sont des éléments essentiels sur lesquels Barry Callebaut veut agir de manière exemplaire et renforcer ainsi son avantage compétitif", reconnaît de son côté Juergen Steinemann, président exécutif de Barry Callebaut, dans le quotidien financier L'Agefi.

On peut se demander pourquoi ce géant (3,9 milliards de chiffres d'affaires), installé à Zurich, qui transforme 17 % de la production mondiale de fèves de cacao, ne s'est pas aperçu un peu plus tôt que les petits producteurs africains et sud-américains n'avaient pas les moyens de se soigner et d'envoyer leurs enfants à l'école...

source :
http://www.lepoint.fr/societe/au-secours-nous-allons-manquer-de-chocolat-17-12-2013-1770574_23.php