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06/08/2012

Côte d'Ivoire : A Abidjan, on peut louer une kalachnikov pour 30 euros


ABIDJAN (AFP) - 06.08.2012 10:18 - Par Christophe KOFFI

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Certains à Abidjan ont besoin d'une "machine" pour "aller sur le terrain". Traduction d'un trafiquant: ils veulent une arme pour commettre un braquage. Dans la capitale économique ivoirienne, plus d'un an après la fin d'une crise armée, on peut louer une kalachnikov pour 30 euros

"Les +kalach+, ça court les rues à Abidjan"
, se lamente un policier membre d'une unité de lutte contre le grand banditisme, interrogé par l'AFP.

Dans un quartier populaire, un trafiquant qui se fait appeler "commandant Tasman" (le feu, en langue malinké) opère dans l'arrière-cour d'une boutique transformée en armurerie clandestine. Carrure de basketteur et lunettes noires, il brandit fièrement une "kalach" et annonce ses tarifs.

Vingt mille francs CFA (30 euros) la journée pour louer ce type de fusil d'assaut, entre 150.000 et 200.000 FCFA (230-300 euros) à l'achat, un pistolet automatique autour de 15.000 FCFA (23 euros) à la location et environ 150.000 FCFA à l'achat. "Tasman" explique pouvoir même fournir des lance-roquettes, pour 500.000 FCFA (750 euros) l'unité.

Il était de ceux qui ont combattu pour le président Alassane Ouattara durant la crise de décembre 2010-avril 2011, née du refus de l'ex-chef d'Etat Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite à l'élection de novembre 2010.

Epilogue d'une décennie de tourmente politico-militaire, la crise s'est terminée par dix jours de guerre à Abidjan, a fait quelque 3.000 morts et vu une prolifération sans précédent d'armes en tous genres, en violation flagrante d'un embargo sur les armes décrété par l'ONU en 2004.

Des dizaines de milliers d'armes seraient aujourd'hui en circulation, selon des estimations faites en l'absence de données officielles.

Si l'insécurité a reculé en plus d'un an, le phénomène inspire l'inquiétude et favorise les actions des bandits, notamment des "coupeurs de route" présents en particulier dans le nord du pays.

Et l'attaque contre un commissariat et un poste de contrôle de l'armée par des inconnus "lourdement armés", qui a fait officiellement cinq morts parmi les militaires dimanche dans un quartier d'Abidjan, est venue rappeler l'ampleur du problème de la circulation des armes.

Structure étatique créée en 2009, la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre (Comnat) tente, à travers des opérations de sensibilisation et avec le soutien de la force onusienne Onuci, d'obtenir que les ex-combattants rendent volontairement leurs armes.

"Le pays n'a plus besoin de ça, on sort de crise. C'est la reconstruction du pays qui s'impose à tout le monde", expliquait le général Désiré Adjoussou à l'occasion d'une cérémonie de destruction d'armes mi-juillet à Abidjan.

Mais guère plus de 2.000 armes ont pu jusque-là être collectées et stockées par l'Onuci. Une goutte d'eau.

"Nous avons pris des armes lors de la bataille d'Abidjan, mais rares sont ceux qui les ont rendues", confirme "Jagger", un ex-milicien pro-Gbagbo devenu boucher. "Mon arme est un souvenir", lâche-t-il, installé derrière son étal.

Un autre ancien milicien, désormais vigile dans un quartier chic, a préféré enterrer dans un terrain vague les kalachnikov que lui et ses compagnons ont utilisées lors des combats. S'il ne les restitue pas, c'est par peur d'être identifié et de subir les foudres de l'armée, confie-t-il.

Pour Adama, ex-combattant pro-Ouattara, la situation du pays reste trop incertaine pour qu'il se débarrasse de sa "machine". "On parle de plus en plus d'un éventuel retour de Gbagbo et ça (la crise, ndlr) peut recommencer", soutient-il.

Prévue à partir du 13 août, l'audience de confirmation des charges pesant sur l'ancien président, incarcéré à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne de crimes contre l'humanité, a été reportée sine die dans l'attente d'une évaluation médicale. Mais en Côte d'Ivoire certains craignent et d'autres espèrent sa libération, d'autres encore la jugent improbable.

Une chose est certaine: inutile, pour les ex-combattants, d'attendre que les autorités leur rachètent leurs armes, comme cela avait été envisagé un temps. "Il n'en est pas question", insiste le général Adjoussou, car "cela développerait le trafic".

Les milliers d'ex-combattants devraient en revanche être pris en charge par un futur programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR).

Réclamé par l'Onuci et les partenaires internationaux de la Côte d'Ivoire et promis par le gouvernement, ce programme jugé crucial pour la stabilité du pays se fait toujours attendre.

© 2012 AFP

21/05/2012

Sarkofrance - Saison 2: de Marrakech à Karachi, un point sur les affaires de Sarkozy

France, Sarkozy, affaires salles, Mafia, banditisme, justice, juge, magistrat
Une villa à Marrakech, un ancien conseiller mis en examen une seconde fois, la fuite d'un proche de Kadhafi... ces derniers jours ont vu quelques révélations supplémentaires qui complique le cas judiciaire de Nicolas Sarkozy.

Y aura-t-il une enquête ?
L'affaire du villa de Marrakech prétendument offerte à Nicolas Sarkozy il y a quelques mois n'a pas été commentée dans l'entourage de l'ancien Monarque. Ce dernier entame sa seconde semaine de repos au Maroc justement.

A Paris, Edwy Plenel, le patron de Mediapart, a refusé de répondre aux questions des policiers suite à la plainte portée par Nicolas Sarkozy dans l'entre-deux tours, relative à la publication d'une note sur un supposé financement libyen de sa précédente campagne de 2007: « Cette enquête préliminaire pour faux et usage de faux est attentatoire au droit de la presse qui protège une liberté fondamentale des citoyens, qui est le droit de savoir. J'ai donc refusé de répondre aux questions » a-t-il expliqué vendredi 18 mai.

Fin avril, le site d'information Mediapart avait publié une note du 10 décembre 2006, de Moussa Imuhamad Koussa, ex-patron des services secrets libyens, à Bachir Saleh, ex-directeur de cabinet du colonel Kadhafi, relative à « ’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur /Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros. » Assez rapidement, Bachir Saleh, par le biais de son avocat, nia l'authenticité du courrier. Mais tout aussi rapidement, on découvrit qu'il vivait sous protection policière française malgré un mandat de recherche prononcé contre lui par Interpol depuis sa fuite de Libye.

Quelques jours plus tard, début mai, Bachir Saleh a précipitamment quitté notre beau pays, « aussi mystérieusement qu'il était arrivé », relatait Boris Thiolay, pour l'Express, le 15 mai dernier. « Sans être inquiété, et en emportant avec lui tous les secrets du rapprochement franco-libyen opéré sous l'ère Sarkozy. » On sait que Bachir Saleh était l'interlocuteur privilégié de Claude Guéant dans les relations franco-libyennes. Et notamment lors des négociations de vente de matériel d'espionnage et nucléaire français à la dictature libyenne entre 2005 et 2009.

Bachir Saleh a pu fuir la France le 4 mai, deux jours avant le scrutin présidentiel.

Sans souci, ni contrôle.

Le 16 mai, Mediapart a publié un autre document, une note d'avril 1998 destinée à Lionel Jospin, alors premier ministre, rédigée par deux membres de son cabinet. Ces derniers y rappelaient d'abord le cadre juridique et la législation de nos voisins européens sur la vente de matériel de guerre. Puis,

1. Ils évoquaient des malversations: « deux sujets de malversations sont apparus à propos de l'exportation de matériel de guerre aux Pakistan ». Le premier concernait d'anciennes ventes de Mirage. Le second était... la vente des fameux sous-marins Agosta conclue par le gouvernement Balladur.

2. Mais les auteurs préconisaient toutefois « la poursuite de l’exécution du contrat » car les commissions « ont été en grande majorité déjà versées ». Ils rappelaient que Jacques Chirac avait décidé l'arrêt de versement de ces commissions, interruption qu'ils jugeaient très dangereuse tant visi-à-vis du Pakistan que pour la position de la DCNI sur le marché international.

Mediapart concluait trop rapidement : « Les socialistes savaient. » La formule aurait dû être, « des socialistes savaient ». Au vu des annotations manuscrites sur cette note par Lionel Jospin, on comprend que trois ministres au moins étaient au courant, Alain Richard, Dominique Strauss-Kahn et Hubert Védrine. Et s'ils savaient, pourquoi n'ont-ils rien dit ? C'est l'autre volet de l'affaire. Paradoxalement, cette découverte confirme que les révélations du Karachigate depuis 2009 ne sont pas une obscure manipulation du Parti socialiste, comme l'ont laissé entendre à de nombreuses reprises l'équipe Sarkozy.

La veille de cette publication, on apprenait que Thierry Gaubert, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget de 1993 à 1995 , avait été une seconde fois mis en examen dans le Karachigate, cette fois-ci pour blanchiment aggravé.

Les affaires de Sarkofrance sont loin d'être closes.


Rédigé par Juan Sarkofrance le Lundi 21 Mai 2012 à 10:00
source: http://www.marianne2.fr/sarkofrance/De-Marrakech-a-Karachi-un-point-sur-les-affaires-de-Sarkozy_a848.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter