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10/08/2012

Afrique de l'Ouest : Compaoré, faiseur de paix ou marchand de guerre?

S'il est souvent chargé des grandes médiations ouest-africaines, le président burkinabè n'en est pas moins un négociateur controversé.
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22 mars 2012, des militaires séditieux renversent le président du Mali, Amadou Toumani Touré. Ce coup d'Etat ouvre la voie à une instabilité politique qui vient s’ajouter à une rébellion touareg et islamiste dans le nord du pays.

Le problème malien devient alarmant, dès lors que son ampleur menace de concerner ses voisins immédiats qui se saisissent du dossier.

Au sein du club des chefs d’Etat ouest-africains qui se rendent au chevet du Mali, c’est le président du Burkina, Blaise Compaoré, qui est désigné comme médiateur.

Sa double mission est de ramener les putschistes à la raison, afin que le pays retrouvre l'ordre constitutionnel, et de négocier une solution de paix avec les rébellions islamistes et touareg.

Ce choix ne fait pas l’unanimité, y compris à Bamako, la capitale malienne, où l'on dénonce bien vite une ingérence de la part de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao), qui a mandaté Compaoré.

L'une des raisons majeures de sa désignation est sa connaissance des acteurs qui tiennent le nord en otage. Seulement, cela joue à la fois pour et contre lui.

En effet, le dirigeant burkinabè semble en mesure de trouver un interlocuteur chez les islamistes armés jugés infréquentables et peut se prévaloir de ses entrées dans les milieux touareg.

Depuis son arbitrage dans un cas similaire de rébellion au Niger, en 1994, il a conservé cette réputation.

Mathieu Guidère, le spécialiste du monde arabe et musulman avançait une raison supplémentaire dans une interview à Slate Afrique:

«Si Compaoré s’est mis en avant, c’est parce que personne ne voulait ou ne pouvait le faire sur ce dossier. Sa médiation s’est imposée par défaut. Personne n’a dit qu’il était l’homme de la situation. Bien au contraire, tout le monde pense que ce n’est probablement pas la bonne solution que Compaoré soit le médiateur attitré.»

Rôle trouble au Mali

Et certains n’hésitent pas à le dire. Très vite, l’entregent du Burkina est dénoncé. Les journaux maliens se répandent en accusations de partialité. On le soupçonne de vouloir faire le jeu des Touaregs.

Aux premières heures de la rébellion touareg, un chef militaire du MNLA s’était permis de s’exprimer librement dans les colonnes d’un grand quotidien ouagalais, depuis son refuge burkinabè.

Ce qui n’avait manqué d’être perçu comme un cautionnement de la part du pays d’accueil. Un rappel à l’ordre des autorités burkinabè vis-à-vis de l’hôte encombrant rappelé à son devoir de réserve de «réfugié» avait permis de clore l’incident.

Mais lorsque survient une tentative de contre-putsch, dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2012, le rôle trouble de Blaise Compaoré est de nouveau indexé.

La junte évoque la présence de militaires burkinabè parmi les bérets rouges, qui ont tenté de la neutraliser. Ils auraient été arrêtés en possession de pièces d’identité étrangères qui prouve leur provenance.

L’affaire est finalement vite étouffée entre Bamako et Ouagadougou. On ne parle plus de ce sujet qui fâche. Amadou Sanogo, le chef de la junte, a-t-il été amadoué avec la promesse d’obtenir le statut d’ancien chef d’Etat? Ladite promesse ne sera de toute façon, qu’à moitié tenue.

Ces rebelles Ivoiriens qui venaient de Ouaga

Mais, surtout, l’histoire prend-elle un malin plaisir à se répéter? Les mises en causes multiples du dirigeant du pays des hommes intègres sonnent comme un air de déjà entendu.

Déjà, en 2002, Compaoré avait été accusé de jouer un rôle de déstabilisateur en Côte d’Ivoire, par le régime de Laurent Gbagbo.

Accusations plus ou moins fondées d’implication dans la crise politico-militaire qui se déclenche le 19 septembre 2002.

Ce jour-là, des soldats rebelles venus du Burkina Faso tentent de prendre le contrôle des villes d’Abidjan, Bouaké et Korhogo.

Ils échouent dans leur tentative de s’emparer de la capitale économique mais sont victorieux dans les deux autres villes, situées respectivement dans le centre et au nord du pays coupant ainsi le territoire ivoirien en deux.

Après cinq années de crise marquées par les échecs répétés des différentes médiations (sud-africaine et ghanéenne notamment) le pouvoir en place parvient à la conclusion que la crise ne pourra être résolue qu’en remontant à ses origines.

Fin politique, Laurent Gbagbo a compris que «les rebelles sont venus de Ouaga, et (que) c’est de Ouaga qu’ils déposeront leurs armes.» Il sollicite donc le président du Faso pour mener des négociations directes avec la rébellion qui a pris le nom de «Forces nouvelles.»

Cela a abouti à la signature, le 4 mars 2007, de l’accord politique de Ouagadougou (APO) entre le chef rebelle Guillaume Soro et le président ivoirien Laurent Gbagbo.

L'élection présidentielle prévue dans ce cadre, est organisée le 31 octobre 2010 au terme de quatre accords complémentaires.

La guerre, officiellement terminée reprendra lors de la crise déclenchée à l’issue d’un second tour qui voit les deux candidats revendiquer la victoire.

La suite est connue, un conglomérat de forces militaires onusiennes, françaises venues en appui au Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), fidèles à Alassane Ouattara, lui permettent de s’emparer d’un pouvoir que le monde entier lui reconnaît.

D'Abidjan à Conakry, c’est toujours l’ami de Compaoré qui gagne

Ce dénouement «heureux» n’est pas sans rappeler la conclusion de la crise politique guinéenne qui s’est achevée favorablement pour un autre «ami» de Blaise Compaoré.

Sollicité par la Cédéao pour «faciliter» la transition guinéenne en péril suite à coup d’Etat consécutif au décès de l’ancien président Lansana Conté le 22 décembre 2008 le président burkinabè conduit une médiation mouvementée.

Avec le capitaine putschiste, Moussa Dadis Camara, subtilement écarté du pouvoir après une tentative d’assassinat qui le laisse longtemps affaibli, il signe un accord de sortie de crise à Ouagadougou le 15 janvier 2010.

La troisième partie signataire, le général Sékouba Konaté, jusqu’ici vice-président devient chef de l’Etat intérimaire et se montre plus docile pour aller à des élections qu’il organise avec empressement.

Le premier tour de l’élection présidentielle se tient le 27 juin 2010, conformément à la feuille de route.

Après trois mois de vives tensions entre les deux candidats arrivés en tête et une déclaration faite à Ouagadougou sous l’égide du «facilitateur» le second tour se déroule le 7 novembre 2010. Les suffrages portent Alpha Condé au pouvoir.

A l’instar de son homologue Alassane Ouattara, l’amitié de longue date entre Alpha Condé et le président burkinabè n’est pas un secret. Sitôt élu, le chef d’Etat guinéen effectue son premier voyage à l’étranger au Burkina.

«Même si Blaise Compaoré n’était pas le médiateur de la crise guinéenne, j’effectuerais ma première visite officielle dans ce pays», confiera-t-il. La démocratie a gagné et Condé veut se montrer reconnaissant.

Dans ce dernier cas, si à aucun moment le rôle déstabilisateur de Blaise Compaoré n’a été avéré de quelque façon que ce soit, l’issue avantageuse de la crise guinéenne pour Alpha Condé n’a pas manqué de faire jaser.

Cellou Dalein Diallo, prétendant malheureux se prévalant d’un report de voix qui le donnait mathématiquement gagnant, ne cessera jamais de contester les résultats.

Une réputation qui s’est faite au Togo

De fait, l’homme fort de Kosyam (palais présidentiel), devenu le doyen des chefs d’Etat de la sous-région, en termes de longévité au pouvoir, a acquis une stature de parrain régional.

Dans ce rôle, il a peu à peu enfilé les habits, au départ trop grands pour lui, du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, décédé en 1993 et longtemps laissé sans héritier.

Cette année déjà, Blaise Compaoré qui anticipe la succession, s’essaie à la médiation dans la crise togolaise qui voit chanceler le pouvoir du président Etienne Eyadema Gnassingbé.

Elle débouche sur la signature d’un accord le 11 juillet 1993. Il met fin aux affrontements armés.

Un diplomate burkinabè analyse:

«Cette toute première médiation a retenu l’attention de la communauté internationale et a sans doute eu une influence dans le choix du président du Faso en tant que médiateur dans d’autres processus de sortie de crise.»

13 années, plus tard, le costume du pacificateur est plus seyant. La médiation du président Compaoré est de nouveau demandée par les acteurs politiques togolais, suite aux violences qui émaillent l’élection présidentielle de 2005 tenues après la mort du président Gnassingbé père remplacé par son fils, Faure.

Les négociations menées à Lomé et à Ouagadougou, aboutissent à la signature le 20 août 2006, d’un accord politique global qui permet l’organisation d’élections législatives en octobre 2007.

Une seconde (ou troisième, c’est selon) médiation dans ce pays, à la demande de la Cédéao fait suite à des tensions qui surgissent à l’approche de l’élection présidentielle en 2010.

Ces nouvelles négociations menées avec l’ensemble de la classe politique débouchent sur la composition consensuelle de la Commission électorale et à la fixation des conditions d’éligibilité à l’élection présidentielle. A l’issue de ce scrutin, le fils Gnassingbé est réélu.

Agent occidental inamovible?

La réélection de Blaise Compaoré, elle n’est pas certaine. Et pour cause, Il ne peut constitutionnellement se représenter pour un mandat supplémentaire en 2015.

A moins de modifier la loi fondamentale. Si tel était le cas, la communauté internationale, puissances occidentales en tête applaudiront-elles une telle volonté de maintien? La France de Sarkozy ne s’était pas déclarée favorable à cette option.

Mais d’aucuns affirment que le chef de l’Etat burkinabè est devenu le «pilier de la françafrique» en Afrique de l’Ouest, ainsi que l’analyse Le Monde diplomatique en janvier 2010.

En plus de détenir les clés des grandes crises régionales, Il semble incontournable dans les problématiques de prises d’otages.

Mystérieusement, le président du Faso semble bénéficier d’une oreille chez les professionnels de l'enlèvement qui sévissent dans la bande sahélienne. Par son intermédiaire, de nombreuses libérations d’otages occidentaux ont été possibles.

Au fil du temps, Ouagadougou s’est progressivement affirmée comme place stratégique dans la sous-région.

Les Américains y ont établi leur base secrète la plus importante, dans la zone militaire de l’aéroport de la capitale d’où ils opèrent des missions de surveillance sur toute la zone Afrique de l’Ouest.

Autant de gestes de coopération qui traduisent la volonté acharnée de se poser comme l’allié indispensable de l’occident.

Sauront-ils faire oublier son incrimination dans le dossier libérien, où il se trouve accusé d’avoir fourni armes et soldats à la sanglante rébellion de Charles Taylor? Blaise Compaoré à la CPI ou prix Nobel de la paix?

Malik D. Ouedraogo

source: http://www.slateafrique.com/91955/burkina-faso-blaise-compaore-faiseur-de-paix-ou-perturbateur

03/07/2012

Côte d'Ivoire : LE CAS DE L'OUEST DU PAYS, enfin les médias étrangers en parlent avec objectivité.

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Le cas de l'OUEST de la Côte d'Ivoire est très sérieux et préoccupant. Là où le pouvoir d'Abidjan ne voit que des miliciens pro-gbagbo, la communauté internationale à travers ses médias commence à prendre du recul et cherche à savoir et commence à comprendre que le véritable problème de l'OUEST est un problème foncier et de colonisation d'immigrants de la CEDEAO.

Voici ci-dessous les articles de jeuneafrique et tv5 :

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Côte d'Ivoire : la réconciliation impossible ?

Côte d'Ivoire : la réconciliation impossible ?

03/07/2012 à 09h:01 Par Pascal Airault

Difficile de faire la paix, un an après la fin de la crise postélectorale. Les attaques répétées dans l'ouest de la Côte d'Ivoire et la violence du débat politique à Abidjan n'aident pas. Pas plus que les accusations de complot portées contre des proches de l'ancien président.

Diéhiba, Para, Saho, Sakré... Des villages attaqués les uns après les autres. La frontière avec le Liberia n'est pas loin et, en moins de deux mois, vingt-huit personnes (vingt civils, sept Casques bleus nigériens et un militaire) ont été tuées au cours de raids menés par des hommes en armes. Un an après la fin de la crise postélectorale, les violences ne se sont pas tues dans l'extrême ouest de la Côte d'Ivoire, compliquant le travail des humanitaires et le retour des réfugiés et des déplacés de guerre. Selon les Nations unies, 140 000 d'entre eux devaient pourtant rejoindre leurs villages cette année.

À Abidjan, pouvoir et opposition se renvoient la responsabilité de ces attaques. Si l'ONU reste prudente sur l'identité de leurs commanditaires, l'ONG Human Rights Watch (HRW) y voit la main d'anciens combattants pro-Gbagbo et de mercenaires libériens. Ces derniers seraient près de 400, qui s'entraîneraient dans des camps au Liberia et y recruteraient des enfants-soldats avant de passer la frontière. L'argent, ce sont d'anciens caciques du régime de Laurent Gbagbo qui le leur fourniraient. Ils le trouveraient aussi en exploitant des mines d'or artisanales. Ils auraient également de nombreuses caches d'armes en Côte d'Ivoire, dissimulées dans la forêt ou dans les villages. La végétation est dense, la frontière est poreuse et les assaillants passent facilement d'un pays à l'autre, compromettant les efforts de réconciliation. Les autorités ivoiriennes ont d'ailleurs affirmé, début juin, avoir déjoué un putsch ourdi par des pro-Gbagbo en exil.

L'ouest de la Côte d'Ivoire, c'est le carrefour de la haine.
Francis Akindès, Université de Bouaké

L'Ouest a toujours été une région difficile. Ses populations ont d'abord résisté au colonisateur français avant de défier l'autorité du président Félix Houphouët-Boigny. Depuis vingt ans, les conflits fonciers opposent autochtones, allochtones et allogènes originaires du Burkina Faso et du Mali venus travailler dans les plantations de cacao et d'hévéas. Les agriculteurs étrangers ont parfois été chassés des terres qu'ils cultivaient. Après septembre 2002, des affrontements sanglants ont opposé des miliciens pro-Gbagbo et des rebelles venus du Nord. « C'est le carrefour de la haine », explique le professeur Francis Akindès, de l'université de Bouaké. Fidèles à Laurent Gbagbo, les natifs de la région ont beaucoup perdu à la faveur de la crise postélectorale : nombre d'entre eux se sont vus chassés de leurs maisons et de leurs terres, à l'exemple des Oubis, expropriés au profit de nouveaux arrivants.

L'installation des étrangers et des travailleurs agricoles originaires du Nord est appuyée par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI, dont le commandement est assuré dans la région par Losseni Fofana, dit Loss, un ex-rebelle) et par les Dozos, ces chasseurs traditionnels d'Afrique de l'Ouest qui ont troqué leurs vieux fusils contre des kalachnikovs. Ces derniers seraient aujourd'hui 10 000, contre un petit millier avant la crise : ils règnent en seigneurs de guerre et font payer un droit de protection aux nouveaux arrivants. En ville, c'est la même chose. Les commerçants doivent verser leur obole. « Sous l'ancien régime, les étrangers craignaient les miliciens pro-Gbagbo, explique un cadre onusien. Aujourd'hui, les autochtones redoutent les exactions des FRCI et des Dozos, c'est-à-dire les vols, les viols, les tortures et les exécutions sommaires. » Il y a aussi les miliciens burkinabè installés avec les hommes dans les forêts classées de l'Ouest. Parmi eux : Issiaka Tiendrébéogo et Amadé Ouéremi - lequel est soupçonné par HRW d'avoir joué un rôle dans les massacres de Duékoué, en mars 2011.

"Mercenaires de guerre"

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« Ces mercenaires de guerre sont connus mais jamais interpellés », dénonce Laurent Akoun, le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI, parti de Laurent Gbagbo). Surtout, reconnaît-on à Abidjan, ils entretiennent avec les FRCI un système d'activités illégales mais fort lucratives : trafic d'armes, exportation de cacao vers le Burkina Faso, exploitation aurifère, forestière, et vente de terres.

La police et la gendarmerie ont bien commencé à se redéployer dans la région, mais leurs hommes ne sont pas armés. Pour tenter de régler les conflits et d'apaiser les tensions, le ministère de l'Intérieur a également créé des comités d'alerte rapide composés de chefs traditionnels et de représentants des autorités locales, des partis politiques et de la société civile. Avec peu de résultats pour l'instant. Les préfets s'impliquent, eux aussi, dans la réconciliation, mais les autochtones n'ont guère confiance : leur champion est emprisonné à La Haye, et les fils de la région (Alphonse Voho Sahi, ex-conseiller et plume de Gbagbo, et Marcel Gossio, ancien puissant directeur du port d'Abidjan) sont en exil. Pour ne rien arranger, ils subissent chaque jour arrestations arbitraires, rackets et vexations en tout genre.

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Sur le plan national, le dialogue entre le pouvoir et l'opposition n'enregistre pas plus d'avancées significatives. Hamed Bakayoko, le ministre de l'Intérieur, reçoit régulièrement, dans un cadre plus ou moins formel, les anciens fidèles de Gbagbo. Mais le FPI, qui a boycotté les législatives de décembre 2011, exige toujours la libération de tous « ses » prisonniers, le dégel de leurs avoirs, le retour des exilés volontaires... Les plus radicaux demandent la libération de Gbagbo et la réorganisation des dernières élections. Des exigences jugées aberrantes par le pouvoir. « Pour dialoguer, il faut être deux, explique un proche du président Alassane Ouattara. Les cadres du FPI ne sont pas disposés à s'accorder sur quoi que ce soit au niveau politique. »

Dans ce dialogue de sourds, les durs des deux camps, toujours animés par un esprit de vengeance, mènent la danse, et les modérés n'arrivent pas à imposer leurs vues. La participation de l'opposition - qui n'est représentée que de manière marginale à l'Assemblée nationale - aux élections municipales et régionales programmées fin 2012 est donc très incertaine.

Rien de tout cela ne facilite la tâche de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), présidée par l'ancien Premier ministre Charles Konan Banny. Installée en grande pompe à Yamoussoukro en septembre, celle-ci avance en terrain miné. Censée être financièrement autonome et juridiquement indépendante, elle a tenu plusieurs missions consultatives, mais peine à rassembler les financements des bailleurs de fonds. Du coup, son déploiement sur le terrain, à travers la création de 36 commissions locales, n'a pas encore débuté. C'est pourtant de cette manière que seront recueillis les témoignages des victimes et que des réparations pourront être accordées. « La réconciliation est sur de très mauvais rails », confie un diplomate ouest-africain.

Début juin, devant les blocages, Banny a envoyé un de ses émissaires rencontrer Laurent Gbagbo, à La Haye, pour jauger son état d'esprit. Difficile toutefois d'envisager de l'impliquer dans le processus de réconciliation tant qu'il sera derrière les barreaux et que les pires charges (crimes de guerre et crimes contre l'humanité) pèseront sur sa tête. Lors d'un séminaire de la CDVR, à Bouaké, les participants ont également évoqué la possibilité d'une amnistie pour les crimes postélectoraux, ce qui permettrait de libérer la parole et d'aider à la manifestation de la vérité. « Je n'y suis pas favorable sans concertation préalable ni accord national, réplique Patrick N'Gouan, président de la Convention de la société civile ivoirienne. Les victimes ont droit à la justice. »

À ce jour, 148 personnes ont été formellement accusées de crimes commis pendant la crise postélectorale. Toutes faisaient partie ou étaient proches du régime de Laurent Gbagbo. Ce qui n'a fait que renforcer le sentiment d'une justice de vainqueurs et d'une situation d'impunité pour les forces qui ont porté Ouattara au pouvoir. Pour la société civile, toutes les questions sont intimement liées. « La réconciliation nationale passe par une remise à plat de tous les problèmes, plaide N'Gouan. Il faut trouver un consensus sur les questions de justice, de sécurité et de refonte de l'armée, de règlement des problèmes fonciers, de politique d'immigration et de naturalisation, de relance de l'emploi. » Les représentants de la société civile ont rencontré le président Ouattara le 16 mai au palais présidentiel d'Abid­jan. « Il paraît plus ouvert au dialogue, conclut N'Gouan. Gbagbo, lui, ne nous avait jamais reçus. »

Reportage TV5 Afrique- les Burkinabés occupent les terres à l'ouest de la Cote d'Ivoire

Ci-dessous le lien pour la vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=7jKK0Mnv4Gw