topblog Ivoire blogs

15/07/2015

France - Côte d'Ivoire : «Une histoire tronquée»; Fanny Pigeaud revisite la crise ivoirienne

crise post-electorale, france, cote d'ivoire, franc cfa, françafrique, alassane dramane ouattara, laurent gbagbo, simone gbagbo, blé goudé, cpi, choi, onu, ua, zuma, nicolas sarkosy
crise post-electorale, france, cote d'ivoire, franc cfa, françafrique, alassane dramane ouattara, laurent gbagbo, simone gbagbo, blé goudé, cpi, choi, onu, ua, zuma, nicolas sarkosy
C’est une contre-histoire de la crise ivoirienne et des rapports tumultueux entre Paris et Abidjan pendant les années 2000 que raconte Fanny Pigeaud dans son nouvel essai France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée. Journaliste de terrain, l’auteure a couvert plusieurs pays africains pour des médias français. Elle s’est fait connaître en 2011 en publiant Au Cameroun de Paul Biya (Karthala), une enquête cinglante au cœur du régime camerounais, qui avait suscité un vif débat. Dans son nouvel ouvrage, tout aussi décapant, Fanny Pigeaud entend démonter le mécanisme qui a conduit à la guerre ivoirienne, en s’attardant sur le rôle, selon elle, « nocif » des grandes puissances, et en particulier celui de la France qui a encore des intérêts économiques et stratégiques majeurs dans cette ancienne colonie.

RFI: Vous avez intitulé votre essai « France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée ». D'après vous qu'est-ce qui est tronqué ?

Fanny Pigeaud: C’est la vérité qui est tronquée. J’ai essayé de montrer dans mon livre que la France n’est pas intervenue en Côte d’Ivoire pour des motivations humanitaires ou pour sauver le processus démocratique, comme on voudrait nous le faire croire, mais pour protéger ses intérêts dans ce pays en mettant en place un président qui lui soit favorable. La version officielle selon laquelle la France et les Nations unies ont été obligées d’intervenir en Côte d’Ivoire pour soutenir Alassane Ouattara qui avait remporté l’élection présidentielle, et pour faire partir Laurent Gbagbo qui, lui, refusait de reconnaître sa défaite, n'est pas toute la réalité. C’est ce que j’ai découvert en faisant mes recherches et en interrogeant un certain nombre de témoins et d’observateurs.

Quand avez-vous commencé vos recherches ?

J’ai commencé en 2012, alors que j’étais basée en Côte d’Ivoire comme journaliste indépendante. J’écrivais notamment pour Mediapart et Libération. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à travailler sur ce sujet.

Est-ce qu’il y a un événement précis au cours des dernières années qui vous a poussée à vous intéresser de près à la crise ivoirienne ?

Je ne m’étais pas intéressée à la crise ivoirienne à ses débuts, c’est-à-dire au tournant des années 2000, après l’arrivée de Laurent Gbagbo au pouvoir. J’ai, en quelque sorte, pris le train en marche, puis j’ai remonté le fil à l’envers en essayant de comprendre ce qui s’était réellement passé. Ma prise de conscience de l’importance des événements qui se sont déroulés à Abidjan date de 2011. Je me souviens d’avoir été profondément choquée en apprenant que la France et l’ONU étaient en train de bombarder Abidjan. Il y a eu ensuite l’arrestation de Gbagbo le 11 avril 2011 : je suis tombée sur une dépêche de l’Agence France-Presse qui disait « Gbagbo, enfin arrêté ». Le mot « enfin » m’a stupéfiée. Le sentiment de soulagement que cet adverbe exprimait n’était pas, m’a-t-il semblé, à sa place dans une dépêche d’agence. Pour comprendre ce qui était en jeu, il fallait creuser. C’est ce que j’ai fait pendant les deux ans et demi que j’ai consacrés à cette enquête.

Votre livre est en fait un procès en règle du rôle joué par la France dans cette crise ivoirienne. Comment avez-vous travaillé ? Qui avez-vous interrogé ? Quels sont les documents auxquels vous avez eu accès ?

En journaliste, j’ai consulté des dizaines de documents, lu des textes d’universitaires, des articles de presse, épluché les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Côte d’Ivoire… Il faut savoir qu’une bonne partie des sources documentaires sont facilement accessibles : le livre contient des centaines de références renvoyant à des documents qui sont dans le domaine public. Ce qui manque souvent, c’est le travail de recoupement et d’analyse. L’objectivité, ou plutôt la véracité des faits, en journalisme, est établie par la recherche, le recoupement et l’analyse. Si la question est de savoir si je me suis livrée à ce travail, oui c'est ce que j’ai fait depuis 2012, en vue de publier cette enquête.

Vous procédez en démontant ce que vous décrivez comme des « idées reçues » sur cette crise. Pami elles, le bombardement de la position militaire française à Bouaké en novembre 2004 qui a été perçue comme preuve de la volonté manifeste du président Gbagbo de s’en prendre aux militaires français. A vous lire, c'est une manipulation pour discréditer Laurent Gbagbo. Qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ?

Les circonstances de ce drame restent encore mystérieuses, même si une enquête est en cours. Plusieurs personnalités ont été entendues par la justice française dont des hauts gradés militaires, mais aussi Laurent Gbagbo. En 2004, le gouvernement français a accusé ce dernier d’avoir fait tirer par son aviation sur une position militaire française installée dans un lycée à Bouaké, faisant 9 morts et 38 blessés parmi les soldats français. Il semble aujourd’hui que ce bombardement n’a jamais été ni souhaité ni décidé par Laurent Gbagbo, et qu’il y a eu une manipulation par des officiels français afin de pousser le président ivoirien à la faute et justifier ensuite une intervention militaire contre lui. Devant la juge d’instruction en charge de l’enquête sur cette affaire, un militaire français a parlé de « bavure manipulée ». Il semble que les Sukhoï de l’armée ivoirienne auraient dû lâcher leurs bombes sur une base qui était fermée. Il n’était pas prévu que des soldats aillent s’abriter dans cette base.

Et qu’en est-il de l’affaire Guy-André Kieffer qui a fait couler beaucoup d’encre ?

Il y a deux versions sur la disparition à Abidjan, en avril 2004, de ce journaliste franco-canadien. Les adversaires de Gbagbo accusent des proches de ce dernier. On a ainsi dit que Kieffer avait un rendez-vous avec un beau-frère de Simone Gbagbo le jour de sa disparition. Mais aujourd’hui on constate que si le mystère qui entoure cette affaire n’a pas pu être éclairci entre 2004 et 2011, l’affaire n’a pas avancé non plus depuis avril 2011, date de l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir. Plusieurs de ceux qui ont été incriminés dans cette affaire sont pourtant en prison depuis avril 2011 et donc à la disposition de la justice. On peut se demander s’il ne faut pas se pencher aujourd’hui sérieusement sur la version avancée par les proches de Gbagbo qui disent qu’au moment où Guy-André Kieffer a été enlevé, il était en route vers la présidence ivoirienne pour remettre un rapport sur des malversations dans le secteur du cacao. Secteur qu’il connaissait très bien et dans lequel des acteurs de tous bords, ivoiriens et non ivoiriens, étaient impliqués.

Vous présentez Laurent Gbagbo comme un homme qui n’était soutenu par aucun réseau et qui a fait les frais des ambitions politiques françaises. N’est-ce pas une vision un peu simpliste ?

Mes recherches m’ont conduite à penser que Gbagbo n’est pas un homme qui aime la guerre. Face au conflit déclenché en 2002 par la rébellion des Forces nouvelles, il a toujours essayé de préserver un semblant de paix. Ses adversaires l’ont accusé de ne pas appliquer les différents accords de paix signés pendant les années de crise, alors qu’il a en réalité cédé à leurs demandes, en permettant, par exemple, à Ouattara d’être candidat à la présidence. Et cela, malgré l’opposition de ses partisans et de certains de ses collaborateurs. Du point de vue des Français, Gbagbo avait le tort d’être socialiste et d’être arrivé au pouvoir sans passer par les réseaux franco-africains. Le patronat français s’inquiétait aussi de voir les entreprises de l’Hexagone perdre leurs positions privilégiées au profit des Chinois. Même si Gbagbo maitrisait très bien le jeu politique ivoirien et français, il n’a pas réussi à instaurer le rapport d’égal à égal qu’il souhaitait avec la France.

Pourquoi n’a-t-il pas réussi ?

Parce que les pressions étaient trop grandes. En Afrique, la France a toujours une très forte influence. Cela lui permet de tenir ses anciennes colonies qui peuvent difficilement contester ses diktats. Elle a aussi les moyens d’influencer l’ONU grâce à son statut de membre permanent au Conseil de sécurité. On l’a vu avec l’adoption de la résolution 1975 en mars 2011 qui a conduit l’ONU et la France à faire la guerre en Côte d’Ivoire : la France a fait adopter et a violé cette résolution sans être un seul moment inquiétée. Laurent Gbagbo a de son côté essayé de jouer sur plusieurs tableaux, en donnant par exemple des contrats à des entreprises françaises. Il a donné beaucoup de gages espérant avoir la paix en contrepartie, mais cela n’a pas suffi. Est-ce parce qu’il ne baissait pas les yeux devant le maître, comme me l’a dit un intellectuel que j’ai interrogé ?

A quel moment la décision de pousser Laurent Gbagbo vers la sortie, a-t-elle été prise ?

Très tôt après l’élection présidentielle de 2000. Les discours, les prises de position du nouveau président ont gêné. Il paraissait peu contrôlable. Il a par exemple remis en cause l’attribution à Bouygues du contrat de construction d’un troisième pont à Abidjan. Plus grave encore, ses ministres ont évoqué la possibilité de fermer la base militaire française installée en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance. D’autres critiquaient le système de la zone franc et du franc CFA. Cinquante ans après les indépendances, l’histoire coloniale continue de peser lourdement sur les rapports entre la France et l’Afrique francophone. Tout cela est de l’ordre du réflexe, intériorisé par les officiels français. Je m’en suis rendu compte en lisant, notamment, un certain nombre de documents officiels français où on utilise encore le terme « métropole » pour désigner la France !

La droite française a très vite tiré à boulets rouges sur Gbagbo. On comprend moins bien pourquoi les socialistes dont l’ancien président a été longtemps proche, ne l’ont jamais réellement défendu ?

Je crois que les hommes politiques de gauche comme ceux de droite n’ont pas apprécié que Gbagbo leur parle d’égal à égal. Il y a eu en outre une telle propagande médiatique contre lui en France qu’il était sans doute difficile pour les socialistes français de le défendre face à l’opinion publique convaincue de son double jeu. Mais il apparaît aussi assez nettement que le pouvoir français, qu’il soit issu de la droite ou de la gauche, suit toujours la même politique vis-à-vis des anciennes colonies africaines de la France : seule compte la protection des intérêts économiques et militaires français.

Gbagbo n’a-t-il pas, lui-même commis des erreurs ?

Une de ses erreurs les plus importantes a été son renoncement à obtenir le désarmement des Forces nouvelles, la rébellion alliée à Ouattara. Or, les Forces nouvelles contrôlaient toujours 60% du territoire au moment de l’élection présidentielle : à cause de leur présence et de leurs armes, le vote ne pouvait évidemment pas s’y dérouler correctement. Gbagbo ne s’est pas non plus toujours bien entouré et n’a pas construit un réseau à l’image de celui de ses adversaires. Cela lui a coûté cher : faute d’appuis solides, il a perdu le soutien de l’Union africaine, qui après avoir pris le parti de Alassane Ouattara avait fini par pencher de son côté. L’Union africaine l’a précisément lâché après une rencontre de Jacob Zuma avec Sarkozy à Paris en mars 2011. Mais à ce moment-là, tout était déjà joué : la guerre était en préparation en Côte d’Ivoire pour faire tomber Gbagbo. Dans le livre, je donne le détail du déroulement de cette guerre et des éléments sur le rôle majeur que la France a joué dedans.

Attardons-nous encore un instant sur les erreurs de Laurent Gbagbo. Vous n’évoquez pas du tout le rôle de son entourage, notamment celui de son épouse qui a été accusée par la presse d’avoir été la Lady Macbeth de Laurent Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?

Je rappelle mon objectif de départ : comprendre pourquoi un contentieux électoral a conduit la France et l’ONU à effectuer des bombardements sur une capitale, ce qui n’était jamais arrivé nulle part ailleurs. Pour cela, j’ai donc remonté le fil de l’histoire, j’ai tenté de dépasser les idées reçues, les partis pris, les caricatures et je me suis attachée aux faits. Le résultat auquel je suis arrivée montre que ces faits vont à contre-courant de l’histoire que l’on nous a racontée. Le portrait de Gbagbo que la majorité de la presse a véhiculé ne correspond pas à ce que j'ai découvert. Il serait sans doute utile d’enquêter sur les sources, sur ce qui a alimenté ce portrait de l’ancien président et de sa femme. Je donne quelques pistes sur cette question dans le livre. A propos du cas de Simone Gbagbo qui vous intéresse : elle n'a eu qu'un rôle très mineur dans les événements et l'influence sur son mari qu'on lui a attribué ne correspond pas, là non plus, à la réalité. Un seul exemple : elle faisait partie de ceux qui s'opposaient aux accords « de paix » imposés par la communauté internationale à Gbagbo au cours des années 2000. Or, ce dernier les a quasiment tous acceptés et signés. Il faut peut-être s'interroger sur la quasi obsession qu'ont eue une partie des journalistes pour quelques personnalités, et se demander si elle n'a pas empêché la compréhension des événements.

Votre vision de Gbagbo semble plutôt angélique. Fin stratège, l'ancien président ivoirien, n’a-t-il pas, à son tour, instrumentalisé le ressentiment anti-français de son camp pour retarder l’échéance de l’élection présidentielle de 2005 ?

Le résultat de mes recherches ne montre pas que Gbagbo ait été « fin stratège » comme vous le dîtes. S’il l’avait été, il ne serait probablement pas aujourd’hui dans une cellule à La Haye. Dans le livre, je donne le détail des événements qui ont empêché l’organisation de la présidentielle en 2005. Gbagbo n’a pas eu besoin d’instrumentaliser un ressentiment anti-français : les Français n’ont-ils pas, pendant toutes ces années, provoqué et alimenté eux-mêmes ce ressentiment avec, par exemple, les événements de novembre 2004 au cours desquels l’armée française a tiré depuis l’hôtel Ivoire et tué plusieurs dizaines de jeunes Ivoiriens non armés ?

Vous critiquez aussi l’ONU dans cette affaire. En quoi l’organisation internationale était-elle sortie de son rôle d’arbitre ?

Le représentant spécial de l’ONU en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi, s’est laissé instrumentaliser. Il est allé au-delà de son mandat en donnant le nom de celui qui était, selon lui, le vainqueur de l’élection. Or, il n’avait pas à dire qui était vainqueur ou non. Il devait simplement dire si l’élection s’était oui ou non déroulée dans des conditions acceptables. Ce n’était bien sûr pas le cas : il y a eu des irrégularités dans le Nord où, les Forces nouvelles n’ayant pas été désarmées, le vote n’a pas pu se dérouler normalement. En discutant avec des diplomates occidentaux non français, je me suis rendu compte que pour ces derniers il fallait un vainqueur à tout prix : ils pensaient que c’était le seul moyen pour en finir avec la longue crise ouverte en 2002 par les Forces nouvelles. Peu importait la manière dont l’élection s’était déroulée !

Vous laissez entendre dans votre ouvrage qu’Alassane Ouattara a été mêlé à la terreur semées dans le pays par les Forces nouvelles. Est-ce qu’on pourrait imaginer qu’un jour il soit entendu par la justice internationale au titre des violations commises par son camp ?

C’est à la justice internationale de le décider. Pour l’instant, elle ne semble pas vouloir le faire. Ouattara a évidemment une part de responsabilité dans la crise de toutes ces dernières années, et en particulier dans le massacre de centaines de personnes à Duékoué, commis par ses troupes fin mars 2011. Des ONG ont documenté les faits, mais la justice internationale n’a encore émis aucun mandat contre les acteurs de ces tueries sans précédent. La Cour pénale internationale (CPI) s’est bornée jusqu’ici à inculper Gbagbo et à obtenir son transfert à La Haye, ainsi que celui d’un de ses proches, Charles Blé Goudé, du Congrès des jeunes patriotes. La justice internationale ne donne pas l’impression d’être impartiale. Il ne faut pas oublier que la CPI est en partie financée par la France.

En conclusion de votre essai, vous écrivez que « l’ingérence par la force de la France a compromis l’avenir de la Côte d’Ivoire ». Pourtant, sur le terrain, depuis l’arrivée au pouvoir d’Ouattara, le pays semble avoir renoué avec la croissance économique et sa vitalité culturelle d’antan. Il y a incontestablement un mieux-être.

Les chiffres de l’économie sont officiellement bons, les avis le sont moins. La situation reste précaire, d’autant que la guerre a laissé sur le terrain des dizaines de milliers d’armes qui circulent dans les mains des ex-combattants pro-Ouattara. Une partie d’entre eux seulement a été intégrée dans l’armée régulière. Beaucoup d’autres sont frustrés, comme les anciens membres du « Commando invisible » qui a combattu à Abidjan pour Ouattara. Certains seraient prêts à reprendre les armes si on le leur demandait. Il y a aussi des tensions au sein même du pouvoir. Pendant ce temps, des centaines de présumés « pro-Gbagbo » sont en prison depuis 2011 sans avoir été jugés. Il y a un ensemble d’indicateurs qui montre que l’avenir est inquiétant.

Par Tirthankar Chanda de RFI

lien: http://www.rfi.fr/afrique/20150707-fanny-pigeaud-gbagbo-france-cote-ivoire-guerre-civile-onu-ouattara-chirac/

12/06/2012

Côte d'Ivoire - Libre opinion : Dire la vérité mais toute la vérité sur Laurent Gbagbo

Défaut de rigueur analytique et d’honnêteté intellectuelle caractérisent les tenants du camp Gbagbo. Faire preuve d’objectivité, même préjudiciable, servirait mieux la cause du président ivoirien déchu, il y a tout juste un an.

cote d'ivoire, laurent gbagbo, alassane dramane ouattara, ban ki-moon, ONU, CPI, Communauté internationale, france, Choi, ONUCI, crise postelectorale, election présidentielle, rebellion, guerre
Mise à jour du 12 juin 2012 : la Cour pénale internationale(CPI) a reporté sine die l’audience de confirmation des charges pesant contre l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Initialement prévue lundi 18 juin, l’audience a été ajournée « afin de garantir les droits de la défense à une procédure équitable », a indiqué la CPI. Dans une requête déposée auprès du juge le 5 juin, la défense avait dénoncé une "disproportion flagrante" entre les ressources financières et humaines du bureau du procureur et celles de la défense.

****

Le discours pro-Ouattara sur la crise ivoirienne n’a pas varié d’une demi-mesure un an après le sombre 11 avril 2011. Adoubé du soutien toujours aussi solide de la grande presse internationale –qui ne juge pas nécessaire de se poser une ou deux questions quant à la dizaine d’années de coups fourrés et de crimes en tous genres soutenus silencieusement par l’Élysée– Alassane Ouattara, justifications saugrenues après justifications saugrenues, continue de se faire broder une tunique de sauveur qui n’a de sérieux que la détermination de ses communicants à vouloir à tout prix l’imposer.

Il faut reconnaitre que le projet rocambolesque fonctionne encore assez bien. Si certains Africains ont pris conscience de l’évidente manipulation qui a justifié un engagement militaire malsain afin de résoudre un simple contentieux électoral, en Europe et en Amérique, l’opinion publique reste grosso modo la même: soit elle ignore tout du sujet, soit elle estime que la Côte d’Ivoire a vécu des moments douloureux en 2011 par la faute d’un néo-führer barbare, illégalement accroché à son pouvoir et décidé, coûte que coûte, à engager son pays dans une guerre civile.

De la critique à la propagande, il n’y a qu’un pas…

La grossièreté de la caricature oblige, logiquement, le camp Gbagbo à dire sa part de vérité. C’est ce à quoi il s’attelle depuis un an, essentiellement par l’écrit, via des articles et des livres traitant –de façon intelligente ou bancale– d’un aspect ou d’un autre de la crise ivoirienne.

Toutefois, le besoin de rééquilibrage médiatique arrive lui aussi avec quelques contraintes malignes. La vérité étant la première victime de la guerre, l’objectivité critique l’a suivi dans le tombeau créé par une sorte de littérature militante qui s’intéresse peu à l’exposition des faits, mais plutôt à l’instauration d’un parallélisme de forme et de fond en matière de contre-vérités.

Ainsi, un nombre croissant d’analystes politiques ne se contentent plus simplement de dire ce qui est. Ils ont décidé de réécrire l’ère de la Refondation, avec des embellissements tendant à rendre le bilan présidentiel de Gbagbo un tantinet (ou deux) plus attrayant. Seulement, la critique corrective devenue propagande lénitive conduit à une impasse: en exposant les méfaits franco-ouattaristes, les propres agissements de Gbagbo (notamment les moins honorables) se présentent eux aussi avec toutes leurs lourdeurs embarrassantes.

A-t-on l’honnêteté intellectuelle et le courage de les confronter ouvertement? Apparemment non. La plupart des critiques pro-Gbagbo préfèrent les contourner, en faisant des petits bonds agiles autour des questions qui fâchent et qui ne trouvent aucune réponse qui ne salirait celui que l’on s’efforce de présenter comme immaculé. Les trois analyses suivantes (choisies parmi tant d’autres) illustrent bien ce constat.

Demi-mensonge n°1 : Gbagbo contraint d’aller aux élections

Homme politique et sociologue suisse ami de Gbagbo, Jean Ziegler, lors de la récente présentation de son nouveau livre à Grenoble, a tenu à rappeler à son audience que:

«Les urnes ont été bourrées au Nord pour le compte de Ouattara sous le contrôle des armes, et au Sud, il y a sans doute eu des irrégularités qu'on ne peut nier. Mais les conditions d'une élection juste et démocratique n'étaient pas réunies dans tous les cas.»

Cette affirmation incontestable appelle néanmoins une double interrogation:

Primo, pourquoi Ziegler, qui estime que des irrégularités électorales au Sud «ne peuvent être niées» ne s’étend-il pas sur lesdites irrégularités? À qui sont imputables ces irrégularités? Celles du Nord de la Côte d’Ivoire auraient-elles plus de valeurs que celles du Sud? Ziegler n’en soufflera pas un mot. Il vaut mieux faire l’impasse sur un sujet qui conduirait probablement à indexer le camp Gbagbo et/ou acquiescer l’opinion RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix, coalition qui a porté Ouattara au pouvoir). Opinion selon laquelle le Conseil Constitutionnel ivoirien, dès le début de la crise postélectorale, aurait dû, de façon impartiale, invalider certains résultats du Sud autant que ceux du Nord.

Secundo, pourquoi donc les élections se sont-elles tenues en octobre et novembre 2010 si «les conditions d'une élection juste et démocratique n'étaient pas réunies dans tous les cas ?» La réponse la plus prompte et la plus vulgarisée côté Gbagbo s’énonce plus ou moins de la façon suivante: Gbagbo subissait la pression de la communauté internationale et voulait la paix. Une explication bien simpliste si l’on s’en tient aux faits et aux propos du concerné lui-même.

En effet, si les élections ont eu lieu en 2010, c’est surtout parce que Laurent Gbagbo était convaincu de sa victoire, même sans avoir acquis le désarmement effectif des forces rebelles de Guillaume Soro. Ce désarmement, inscrit dans l’accord politique de Ouagadougou (APO) signé en mars 2007, ne s'est jamais réalisé en quarante-trois mois de gouvernance du tandem Gbagbo-Soro.

Difficile de prétendre que Gbagbo est allé aux élections contre sa volonté. Effectivement, le scrutin n’aurait jamais dû se tenir dans un tel contexte. Seulement, Gbagbo s’estimant «globalement satisfait», il a lui-même défendu la tenue de la présidentielle et s'est lancé dans la campagne en prenant soin d’assurer ses inconditionnels de sa victoire certaine: Je ne serai pas battu. J’y suis, j’y reste.» Et encore: «Lorsque dix sondages, huit TNS-Sofres, un Gallup et un IREEP vous placent en tête depuis un an et demi et jusqu’à l’avant-veille du scrutin, il est rare qu’ils se trompent tous.» Sauf si ce sont vos ennemis qui préparent vos sondages et qui vous vendent une illusion précaire afin de mieux vous humilier à terme…

Demi-mensonge n°2: Gbagbo, chantre de la souveraineté monétaire

Gary K. Busch, universitaire et syndicaliste américain, qui a lui aussi sacrifié à «l’oubli» dans sa critique du système économique et monétaire imposé par la France à ses anciennes (?) colonies d’Afrique occidentale.

En décembre 2011, Busch a préparé un riche document garantissant, de «sources crédibles ouest-africaines», une dévaluation du franc CFA le 1er janvier 2012 qui se fait toujours attendre. La démonstration note les travers bien connus du pacte colonial et affirme ainsi:

«Plus de 85 % des réserves de change [des] pays africains [d’Afrique de l’ouest francophone] sont déposées dans des "comptes d’opérations" contrôlés par le Trésor français. Les deux banques de la zone CFA ne sont africaines qu’en théorie. Elles ne formulent aucune politique monétaire.

Les pays de la zone CFA ne savent ni ne sont informés du montant de ces réserves déposées au Trésor français qui leur appartient collectivement ou individuellement. Les bénéfices rapportés par l’investissement des réserves africaines devraient en principe être reversés dans ces réserves en tant que propriétés des pays de la zone franc. Ce n’est pas le cas […]

De ce fait, les pays africains membres de la zone CFA ne peuvent pas formuler leurs propres politiques monétaires [...] Le vrai challenge du business français vint avec l’élection de Laurent Gbagbo comme président de la Côte d’Ivoire. Sa décision de revoir les termes du pacte colonial et son intention de faire partir les troupes françaises et onusiennes de son pays sont les raisons pour lesquelles la France causa sa chute et son incarcération.»


Très vrai. Sauf que, nulle part, l’auteur ne fait mention du fait que l’illustre défenseur de la souveraineté ivoirienne s’est lui-même présenté en faveur du franc CFA, dans son livre-programme de 2010 intitulé Côte d'Ivoire : bâtir la paix sur la démocratie et la prospérité. Gbagbo déclare ceci:

«Aujourd'hui, huit pays dans la sous-région, membres de l'Uemoa (Union Economique et Monétaire ouest-africaine), ont en commun la même monnaie, le franc CFA. Grâce à cette expérience, et malgré ses limites, leurs économies savent résister aux chocs extérieurs et intérieurs. Fort de cette expérience, je soutiens que rien ne devrait être entrepris pour saborder la monnaie commune ou l'affaiblir.

Tout au contraire, nos énergies doivent converger vers le renforcement de cet outil pour le rendre plus performant et donc plus attrayant. La cohabitation de cette monnaie commune aux pays de la zone Uemoa avec quatre ou cinq autres monnaies nationales est un handicap au développement rapide de la coopération sous régionale. Notre objectif doit être d'élargir la zone monétaire à tous les autres États de la sous-région.»


Certains croient peut-être rêver mais l’évidence est là: Gbagbo n’est pas moins avocat du franc CFA que Ouattara ou Sarkozy. Sauf que Gary K. Busch et la très grande majorité des critiques pro-Gbagbo savent taire ce «léger détail», en bonne conscience et en toute «objectivité».

Demi-mensonge n°3: Gbagbo a voulu rompre le «pacte colonial»

Charles Onana, journaliste français d’origine camerounaise, qui ne s’encombre pas vraiment d’impartialité et de rigueur intellectuelle dans son livre Côte d’Ivoire : le coup d’État, notamment au sujet des contrats de concession octroyés par Gbagbo aux entreprises françaises.

Onana estime globalement que Gbagbo «n’a jamais été dans la compromission avec la France [mais] a néanmoins accepté beaucoup de compromis.» Il précise aussi que, «comme tout être humain ou tout homme politique, Gbagbo a incontestablement commis des erreurs dans ses choix et ses prises de décisions.»

Sauf qu'en 415 pages, Onana ne dit rien de substantiel au sujet desdites erreurs. D'ailleurs, en prétendant que «ceux qui connaissent son humilité disent qu’il ne manquera ni de les admettre ni même de les corriger», Onana minimise ces «prises de décisions» qui, une fois édulcorées d'objectivité, soulignent l’incohérence d'un chef d'État qui n’a pas moins contribué à l’expansion du pacte colonial que ses prédécesseurs.

Quels sont les faits? Gbagbo a renouvelé les contrats de concession de l’eau et de l’électricité au groupe Bouygues, en 2005 et 2007 (après avoir offert le port d’Abidjan au groupe Bolloré en 2003 dans un cafouillage qui, en son temps, avait fait couler beaucoup d’encre). Le tout, dans les règles du contrat léonin à l’avantage de la France-à-fric, c’est-à-dire, sans appels d’offre ouverts (sauf appels d’offre «de façade», gagnés d’avance), ou en paraphant des conventions de gré à gré assortis de tous les dessous de table que l'on peut supposer, puisque ceux-ci sont typiques de la logique françafricaine.

Quelle différence éthique, légale ou économique existe-t-il entre un contrat léonin version…

- Houphouët: l’eau réattribuée en 1987 à la société française Saur (présente en Côte d’Ivoire depuis 1959, devenue filiale du groupe Bouygues en 1984), pour une durée de 20 ans, sans appels d’offre (suivant le modèle du pacte colonial signé avec la France en 1961);

- Ouattara: l’électricité attribuée en 1990 toujours à Saur pour une durée de 15 ans, sans appels d’offre;

- Bédié: les télécoms attribuées en 1997 au groupe France Telecom, pour une durée de 10 ans, après une farce d’appels d’offre international qui voit France Telecom damer le pion à la société ivoirienne Africa Bell pourtant associée au géant américain AT&T, sans que personne ne comprenne jamais comment;

- Gbagbo: l’électricité et l’eau réattribuées en 2005 et 2007 respectivement à… Saur pour une durée de 15 ans, sans appels d’offre?

L’excuse de la «pression» et du «contexte» ne pourrait-elle pas, elle aussi, s’appliquer à Houphouët, Bédié et même Ouattara (pourquoi pas?), non moins «pressés» par les intérêts français? Quelles différences entre «compromis» et «compromissions», en termes de conséquences, quand la signature de Gbagbo au bas des contrats renouvelés à la CIE (Compagnie Ivoirienne d’Electricité) et à la Sodéci (Société de distribution d'eau de la Côte d'Ivoire) est bien celle qui permet à ces deux sociétés de continuer de montrer une irresponsabilité et une incompétence dont peuvent témoigner tous les Ivoiriens victimes d’officieux délestages électriques et hydrauliques au temps T? Un «compromis» qui exploite le peuple vaut-il mieux qu’une «compromission» qui l’exploite tout autant, dépendamment de l'autorité qui l'exerce?

Onana ne s’en préoccupe même pas. Et pourtant, les fondements du coup d’État auquel il consacre sa thèse se trouvent également dans ces choix opérés par Laurent Gbagbo que l’on veut continuer, soit de justifier, soit de dissimuler.

Plaidoyer pour une objectivité salutaire

À vrai dire, ces quelques exemples montrent bien qu'il y a un manque d’objectivité contagieux dans un bon nombre d'analyses pro-Gbagbo censées «dire la vérité». Or, une critique crédible et réellement efficace est avant tout une critique qui dit toute la vérité, celle qui plait aussi bien que celle qui gêne. La recherche d'un minimum d'objectivité se distingue de la recherche d'une symétrie analytique parfaite ou d'une approche équilibriste.

Là où l'équilibrisme consiste à se contorsionner en justifications toutes aussi loufoques les unes que les autres afin d'aligner tout le monde sur le même pied d'égalité (et ne pas déranger qui que ce soit), l'objectivité critique reconnaît à chaque acteur sa part de responsabilité et n’entend pas l’en dédouaner. Le but est clair: il faut éclairer l'opinion publique de toutes les zones d’ombre présentes hier et aujourd’hui afin qu’elles ne réapparaissent pas demain.

Si l’exercice semble être un véritable mystère chez les exégètes du camp Ouattara, sa disparition, côté Gbagbo où il existe pourtant un vivier considérable d'intellectuels respectables– s’annonce au fur et à mesure que la réponse à l’imposture médiatique internationale s’exerce exclusivement dans la caricature, sans aucune autocritique.

Or, une fois toutes ces analyses confrontées et épluchées jusqu’à leur noyau– après avoir été dépoussiérées de l’amitié personnelle, de l’ambition professionnelle ou du militantisme fanatique– que reste-t-il? Il ne reste qu'une juxtaposition de demi-mots qui facilite la rédaction d’une version non moins factice de l’histoire politique de la Côte d’Ivoire que celle véhiculée par l'adversaire. Avec la promesse d'une ignorance durable: les générations à venir n’y verront que dalle.

Fabien D’Almeida

25/05/2012

France - Côte d'Ivoire - ONU : Arrestation du Président Laurent Gbagbo le 11 avril 2011: Une décision "de la France et des Nations unies"

France / Côte d’Ivoire / 11 avril 2011 -
Article publié le : mardi 17 avril 2012 - Dernière modification le : mardi 17 avril 2012
france,onu,onuci,côte d'ivoire,laurent gbagbo,alassane ouattara,nicolas sarkosy,jean marc simon,obama,ban ki moon,choi,crise postelectorale,guerre civile,armée française,bombardementfrance,onu,onuci,côte d'ivoire,laurent gbagbo,alassane ouattara,nicolas sarkosy,jean marc simon,obama,ban ki moon,choi,crise postelectorale,guerre civile,armée française,bombardement







Par Christophe Boisbouvier / RFI

Quel a été le rôle de la France lors de l’arrestation de Laurent Gbagbo ? Un an après, voici le témoignage de Jean-Marc Simon sur les événements du 11 avril 2011. Ambassadeur de France à Abidjan au moment des faits, il est aujourd'hui à la retraite.


RFI : Le 11 avril 2011, c’est le dénouement. Mais l’explication finale n’a-t-elle pas commencé la veille, le dimanche 10 ?

Jean-Marc Simon : En effet, le dimanche 10 dans la soirée, la décision a été prise de recommencer les frappes. Vous vous souvenez qu’il y avait eu une première série de frappes destinées à détruire l’armement lourd dont disposait Laurent Gbagbo et qui menaçait les populations de la capitale et son agglomération. Apparemment, ces frappes n’avaient pas été suffisantes pour l’amener à la raison. Il avait à nouveau réarmé, appelé des miliciens à son secours, des enfants-soldats. La décision a été prise par les Nations unies et par la France. Il faut bien dire que la France n’a jamais agi seule. Elle est toujours intervenue en liaison avec les Nations unies et en fonction d’un mandat du Conseil de sécurité.

RFI : Alors, tout le monde n’était pas d’accord avec ces frappes d’hélicoptères français. Certains disent que c’est vous qui avez pesé dans la décision…

J.M.S. : Je n’ai pas le souvenir de discussions à ce sujet. C’est une décision qui a été prise conjointement entre le président de la République et le secrétaire général des Nations unies. Il pouvait dès lors ne pas y avoir beaucoup d’états d’âme.

RFI : Ce 11 avril au matin, au lever du jour, les FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire, ndlr) de Guillaume Soro se sont lancées dans un premier assaut contre la résidence de Laurent Gbagbo dans le quartier Cocody d’Abidjan. Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là ?

J.M.S. : En réalité, ce n’est pas au petit matin. Dès le début des frappes, à la tombée de la nuit, le dimanche 10, les FRCI ont tenté d’approcher de la résidence de Laurent Gbagbo. Elles se sont heurtées à une résistance extrêmement forte. Il y avait un armement absolument démentiel autour de la résidence et sur tous les carrefours de Cocody si bien que les FRCI se sont retrouvées en difficulté. Au petit matin, elles ne parvenaient pas à passer ces lignes, après avoir essuyé de nombreuses pertes en matériel mais aussi en vies humaines. La décision a été prise d’en finir avec cette tragédie qui menaçait le pays d’une véritable guerre civile. L’intervention de la Force Licorne s’est faite à ce moment-là, pour ouvrir les axes et permettre aux FRCI d’avancer vers la résidence de Cocody. L’ordre a été donné de déployer les chars de la Licorne dans Cocody, ce qui n’était pas une décision facile à prendre. Cela n’était pas exempt de risques : il fallait traverser toute la ville, de Port-Bouët jusqu’à Cocody, passer à proximité du Plateau où il y avait des tireurs embusqués. Et nous risquions fort de perdre des éléments blindés et leurs équipages. Donc, c’est une décision très courageuse qui honore ceux qui l’ont prise à Paris.

RFI : A-t-elle été prise au plus haut niveau ?

J.M.S. : Elle a été prise au plus haut niveau, naturellement, par le président Nicolas Sarkozy.

RFI : Les forces du général Dogbo Blé - pro-Gbagbo -, qui étaient en surplomb sur la colline du Plateau, n’auraient-elles pas pu tirer sur les blindés français ?

J.M.S. : Bien sûr qu’elles auraient pu le faire. Elles ne l’ont pas fait. La colonne a pu avancer sans difficultés.

RFI : Comment s’est passé ce deuxième assaut de la résidence de Laurent Gbagbo ?

J.M.S. : Dès lors que les carrefours ont pu être sécurisés, les FRCI ont pu faire leur approche et arriver jusqu’à la résidence de Laurent Gbagbo. Cela a demandé quand même quelques heures. Cela a été d’autant plus difficile que l’ordre était strict. Nous étions en relation permanente avec le président Alassane Ouattara et le Premier ministre Guillaume Soro pendant tous ces moments-là. Il ne fallait absolument pas toucher et faire prendre le moindre risque à la vie de Laurent Gbagbo et de ses proches.

RFI : Quel rôle ont joué les blindés français dans cette dernière phase ?

J.M. S. : Les blindés français ont permis aux FRCI d’avancer et de pénétrer dans la résidence de Laurent Gbagbo. Et ce que je tiens à dire, c’est qu’à aucun moment avant 13h08, heure de l’arrestation de Laurent Gbagbo, aucun élément français civil ou militaire n’a pénétré à l’intérieur de cette résidence présidentielle.

RFI : Mais les Français n’ont-ils pas neutralisé une mitrailleuse qui était devant la résidence ?

J.M.S. : Les Forces Licorne ont pu intervenir à un moment donné parce qu’elles ont été prises à partie, à quelques centaines de mètres de cette résidence où elles étaient stationnées, et elles ont neutralisé les armes qui les menaçaient.

RFI : Dans son livre Abobo la guerre, notre consœur Leslie Varenne affirme que des gendarmes français du GIGN [Groupe d´intervention de la gendarmerie nationale, ndlr] sont entrés dans la résidence de Laurent Gbagbo ?

J.M.S. : J’ai lu le livre de Leslie Varenne qui est un livre très intéressant ; c’est une enquête de terrain. Malheureusement, j’y ai relevé beaucoup d’inexactitudes, notamment celle-là.

RFI : Donc, vous êtes formel : aucun élément français ?

J.M.S. : Je suis absolument formel. Je l’ai dit le jour-même, peut-être même sur votre antenne et je le répète aujourd’hui, un an plus tard.

RFI : A la suite de cette action à Abidjan, vous avez été élevé à la dignité d’Ambassadeur de France et promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Mais y a-t-il quelque chose que vous regrettez ?

J.M.S. : Lorsque j’ai appris à 13 h10 que Laurent Gbagbo venait d’être arrêté et qu’il avait la vie sauve ainsi que tous ses proches, ça été un grand soulagement. Mais ce grand soulagement était aussi doublé d’une angoisse parce que, rappelez-vous, nous avions depuis l’après-midi du 4 avril quatre expatriés, dont deux de nos ressortissants, qui avaient été pris en otage à l’hôtel Novotel et dont nous étions sans nouvelle. Et aussitôt après la capture de Laurent Gbagbo, nous nous sommes employés à les rechercher jours et nuits, jusqu’à ce que finalement nous apprenions malheureusement qu’ils avaient été exécutés dans les pires conditions et vraisemblablement avant même les premières frappes du 4 avril.

RFI : Et ça, c’est un souvenir qui vous hante encore aujourd’hui?

J.M.S. : C’est un souvenir douloureux.

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier

Commentaires personnels: Les incongrutés de M. Jean Marc Simon sont en italique.

- des enfants soldats qui résistent aux miliciens de Ouattara, aux forces onuciennes et à la licorne. Cela devait être très embêtant pour ce monsieur sans scrupule.

- être soulagé que le Président Gbagbo soit vivant, alors que l'on a passé le temps à bombarder sa résidence qui était mitoyenne à la résidence de l'ambassadeur de France.

- Souffrir pour la mort d'hommes d'affaire et ne rien ressentir pour les autres.

Seul DIEU est juge et chacun payera pour ce qu'il a fait à ce beau pays.