topblog Ivoire blogs

15/07/2015

France - Côte d'Ivoire : «Une histoire tronquée»; Fanny Pigeaud revisite la crise ivoirienne

crise post-electorale, france, cote d'ivoire, franc cfa, françafrique, alassane dramane ouattara, laurent gbagbo, simone gbagbo, blé goudé, cpi, choi, onu, ua, zuma, nicolas sarkosy
crise post-electorale, france, cote d'ivoire, franc cfa, françafrique, alassane dramane ouattara, laurent gbagbo, simone gbagbo, blé goudé, cpi, choi, onu, ua, zuma, nicolas sarkosy
C’est une contre-histoire de la crise ivoirienne et des rapports tumultueux entre Paris et Abidjan pendant les années 2000 que raconte Fanny Pigeaud dans son nouvel essai France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée. Journaliste de terrain, l’auteure a couvert plusieurs pays africains pour des médias français. Elle s’est fait connaître en 2011 en publiant Au Cameroun de Paul Biya (Karthala), une enquête cinglante au cœur du régime camerounais, qui avait suscité un vif débat. Dans son nouvel ouvrage, tout aussi décapant, Fanny Pigeaud entend démonter le mécanisme qui a conduit à la guerre ivoirienne, en s’attardant sur le rôle, selon elle, « nocif » des grandes puissances, et en particulier celui de la France qui a encore des intérêts économiques et stratégiques majeurs dans cette ancienne colonie.

RFI: Vous avez intitulé votre essai « France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée ». D'après vous qu'est-ce qui est tronqué ?

Fanny Pigeaud: C’est la vérité qui est tronquée. J’ai essayé de montrer dans mon livre que la France n’est pas intervenue en Côte d’Ivoire pour des motivations humanitaires ou pour sauver le processus démocratique, comme on voudrait nous le faire croire, mais pour protéger ses intérêts dans ce pays en mettant en place un président qui lui soit favorable. La version officielle selon laquelle la France et les Nations unies ont été obligées d’intervenir en Côte d’Ivoire pour soutenir Alassane Ouattara qui avait remporté l’élection présidentielle, et pour faire partir Laurent Gbagbo qui, lui, refusait de reconnaître sa défaite, n'est pas toute la réalité. C’est ce que j’ai découvert en faisant mes recherches et en interrogeant un certain nombre de témoins et d’observateurs.

Quand avez-vous commencé vos recherches ?

J’ai commencé en 2012, alors que j’étais basée en Côte d’Ivoire comme journaliste indépendante. J’écrivais notamment pour Mediapart et Libération. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à travailler sur ce sujet.

Est-ce qu’il y a un événement précis au cours des dernières années qui vous a poussée à vous intéresser de près à la crise ivoirienne ?

Je ne m’étais pas intéressée à la crise ivoirienne à ses débuts, c’est-à-dire au tournant des années 2000, après l’arrivée de Laurent Gbagbo au pouvoir. J’ai, en quelque sorte, pris le train en marche, puis j’ai remonté le fil à l’envers en essayant de comprendre ce qui s’était réellement passé. Ma prise de conscience de l’importance des événements qui se sont déroulés à Abidjan date de 2011. Je me souviens d’avoir été profondément choquée en apprenant que la France et l’ONU étaient en train de bombarder Abidjan. Il y a eu ensuite l’arrestation de Gbagbo le 11 avril 2011 : je suis tombée sur une dépêche de l’Agence France-Presse qui disait « Gbagbo, enfin arrêté ». Le mot « enfin » m’a stupéfiée. Le sentiment de soulagement que cet adverbe exprimait n’était pas, m’a-t-il semblé, à sa place dans une dépêche d’agence. Pour comprendre ce qui était en jeu, il fallait creuser. C’est ce que j’ai fait pendant les deux ans et demi que j’ai consacrés à cette enquête.

Votre livre est en fait un procès en règle du rôle joué par la France dans cette crise ivoirienne. Comment avez-vous travaillé ? Qui avez-vous interrogé ? Quels sont les documents auxquels vous avez eu accès ?

En journaliste, j’ai consulté des dizaines de documents, lu des textes d’universitaires, des articles de presse, épluché les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Côte d’Ivoire… Il faut savoir qu’une bonne partie des sources documentaires sont facilement accessibles : le livre contient des centaines de références renvoyant à des documents qui sont dans le domaine public. Ce qui manque souvent, c’est le travail de recoupement et d’analyse. L’objectivité, ou plutôt la véracité des faits, en journalisme, est établie par la recherche, le recoupement et l’analyse. Si la question est de savoir si je me suis livrée à ce travail, oui c'est ce que j’ai fait depuis 2012, en vue de publier cette enquête.

Vous procédez en démontant ce que vous décrivez comme des « idées reçues » sur cette crise. Pami elles, le bombardement de la position militaire française à Bouaké en novembre 2004 qui a été perçue comme preuve de la volonté manifeste du président Gbagbo de s’en prendre aux militaires français. A vous lire, c'est une manipulation pour discréditer Laurent Gbagbo. Qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ?

Les circonstances de ce drame restent encore mystérieuses, même si une enquête est en cours. Plusieurs personnalités ont été entendues par la justice française dont des hauts gradés militaires, mais aussi Laurent Gbagbo. En 2004, le gouvernement français a accusé ce dernier d’avoir fait tirer par son aviation sur une position militaire française installée dans un lycée à Bouaké, faisant 9 morts et 38 blessés parmi les soldats français. Il semble aujourd’hui que ce bombardement n’a jamais été ni souhaité ni décidé par Laurent Gbagbo, et qu’il y a eu une manipulation par des officiels français afin de pousser le président ivoirien à la faute et justifier ensuite une intervention militaire contre lui. Devant la juge d’instruction en charge de l’enquête sur cette affaire, un militaire français a parlé de « bavure manipulée ». Il semble que les Sukhoï de l’armée ivoirienne auraient dû lâcher leurs bombes sur une base qui était fermée. Il n’était pas prévu que des soldats aillent s’abriter dans cette base.

Et qu’en est-il de l’affaire Guy-André Kieffer qui a fait couler beaucoup d’encre ?

Il y a deux versions sur la disparition à Abidjan, en avril 2004, de ce journaliste franco-canadien. Les adversaires de Gbagbo accusent des proches de ce dernier. On a ainsi dit que Kieffer avait un rendez-vous avec un beau-frère de Simone Gbagbo le jour de sa disparition. Mais aujourd’hui on constate que si le mystère qui entoure cette affaire n’a pas pu être éclairci entre 2004 et 2011, l’affaire n’a pas avancé non plus depuis avril 2011, date de l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir. Plusieurs de ceux qui ont été incriminés dans cette affaire sont pourtant en prison depuis avril 2011 et donc à la disposition de la justice. On peut se demander s’il ne faut pas se pencher aujourd’hui sérieusement sur la version avancée par les proches de Gbagbo qui disent qu’au moment où Guy-André Kieffer a été enlevé, il était en route vers la présidence ivoirienne pour remettre un rapport sur des malversations dans le secteur du cacao. Secteur qu’il connaissait très bien et dans lequel des acteurs de tous bords, ivoiriens et non ivoiriens, étaient impliqués.

Vous présentez Laurent Gbagbo comme un homme qui n’était soutenu par aucun réseau et qui a fait les frais des ambitions politiques françaises. N’est-ce pas une vision un peu simpliste ?

Mes recherches m’ont conduite à penser que Gbagbo n’est pas un homme qui aime la guerre. Face au conflit déclenché en 2002 par la rébellion des Forces nouvelles, il a toujours essayé de préserver un semblant de paix. Ses adversaires l’ont accusé de ne pas appliquer les différents accords de paix signés pendant les années de crise, alors qu’il a en réalité cédé à leurs demandes, en permettant, par exemple, à Ouattara d’être candidat à la présidence. Et cela, malgré l’opposition de ses partisans et de certains de ses collaborateurs. Du point de vue des Français, Gbagbo avait le tort d’être socialiste et d’être arrivé au pouvoir sans passer par les réseaux franco-africains. Le patronat français s’inquiétait aussi de voir les entreprises de l’Hexagone perdre leurs positions privilégiées au profit des Chinois. Même si Gbagbo maitrisait très bien le jeu politique ivoirien et français, il n’a pas réussi à instaurer le rapport d’égal à égal qu’il souhaitait avec la France.

Pourquoi n’a-t-il pas réussi ?

Parce que les pressions étaient trop grandes. En Afrique, la France a toujours une très forte influence. Cela lui permet de tenir ses anciennes colonies qui peuvent difficilement contester ses diktats. Elle a aussi les moyens d’influencer l’ONU grâce à son statut de membre permanent au Conseil de sécurité. On l’a vu avec l’adoption de la résolution 1975 en mars 2011 qui a conduit l’ONU et la France à faire la guerre en Côte d’Ivoire : la France a fait adopter et a violé cette résolution sans être un seul moment inquiétée. Laurent Gbagbo a de son côté essayé de jouer sur plusieurs tableaux, en donnant par exemple des contrats à des entreprises françaises. Il a donné beaucoup de gages espérant avoir la paix en contrepartie, mais cela n’a pas suffi. Est-ce parce qu’il ne baissait pas les yeux devant le maître, comme me l’a dit un intellectuel que j’ai interrogé ?

A quel moment la décision de pousser Laurent Gbagbo vers la sortie, a-t-elle été prise ?

Très tôt après l’élection présidentielle de 2000. Les discours, les prises de position du nouveau président ont gêné. Il paraissait peu contrôlable. Il a par exemple remis en cause l’attribution à Bouygues du contrat de construction d’un troisième pont à Abidjan. Plus grave encore, ses ministres ont évoqué la possibilité de fermer la base militaire française installée en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance. D’autres critiquaient le système de la zone franc et du franc CFA. Cinquante ans après les indépendances, l’histoire coloniale continue de peser lourdement sur les rapports entre la France et l’Afrique francophone. Tout cela est de l’ordre du réflexe, intériorisé par les officiels français. Je m’en suis rendu compte en lisant, notamment, un certain nombre de documents officiels français où on utilise encore le terme « métropole » pour désigner la France !

La droite française a très vite tiré à boulets rouges sur Gbagbo. On comprend moins bien pourquoi les socialistes dont l’ancien président a été longtemps proche, ne l’ont jamais réellement défendu ?

Je crois que les hommes politiques de gauche comme ceux de droite n’ont pas apprécié que Gbagbo leur parle d’égal à égal. Il y a eu en outre une telle propagande médiatique contre lui en France qu’il était sans doute difficile pour les socialistes français de le défendre face à l’opinion publique convaincue de son double jeu. Mais il apparaît aussi assez nettement que le pouvoir français, qu’il soit issu de la droite ou de la gauche, suit toujours la même politique vis-à-vis des anciennes colonies africaines de la France : seule compte la protection des intérêts économiques et militaires français.

Gbagbo n’a-t-il pas, lui-même commis des erreurs ?

Une de ses erreurs les plus importantes a été son renoncement à obtenir le désarmement des Forces nouvelles, la rébellion alliée à Ouattara. Or, les Forces nouvelles contrôlaient toujours 60% du territoire au moment de l’élection présidentielle : à cause de leur présence et de leurs armes, le vote ne pouvait évidemment pas s’y dérouler correctement. Gbagbo ne s’est pas non plus toujours bien entouré et n’a pas construit un réseau à l’image de celui de ses adversaires. Cela lui a coûté cher : faute d’appuis solides, il a perdu le soutien de l’Union africaine, qui après avoir pris le parti de Alassane Ouattara avait fini par pencher de son côté. L’Union africaine l’a précisément lâché après une rencontre de Jacob Zuma avec Sarkozy à Paris en mars 2011. Mais à ce moment-là, tout était déjà joué : la guerre était en préparation en Côte d’Ivoire pour faire tomber Gbagbo. Dans le livre, je donne le détail du déroulement de cette guerre et des éléments sur le rôle majeur que la France a joué dedans.

Attardons-nous encore un instant sur les erreurs de Laurent Gbagbo. Vous n’évoquez pas du tout le rôle de son entourage, notamment celui de son épouse qui a été accusée par la presse d’avoir été la Lady Macbeth de Laurent Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?

Je rappelle mon objectif de départ : comprendre pourquoi un contentieux électoral a conduit la France et l’ONU à effectuer des bombardements sur une capitale, ce qui n’était jamais arrivé nulle part ailleurs. Pour cela, j’ai donc remonté le fil de l’histoire, j’ai tenté de dépasser les idées reçues, les partis pris, les caricatures et je me suis attachée aux faits. Le résultat auquel je suis arrivée montre que ces faits vont à contre-courant de l’histoire que l’on nous a racontée. Le portrait de Gbagbo que la majorité de la presse a véhiculé ne correspond pas à ce que j'ai découvert. Il serait sans doute utile d’enquêter sur les sources, sur ce qui a alimenté ce portrait de l’ancien président et de sa femme. Je donne quelques pistes sur cette question dans le livre. A propos du cas de Simone Gbagbo qui vous intéresse : elle n'a eu qu'un rôle très mineur dans les événements et l'influence sur son mari qu'on lui a attribué ne correspond pas, là non plus, à la réalité. Un seul exemple : elle faisait partie de ceux qui s'opposaient aux accords « de paix » imposés par la communauté internationale à Gbagbo au cours des années 2000. Or, ce dernier les a quasiment tous acceptés et signés. Il faut peut-être s'interroger sur la quasi obsession qu'ont eue une partie des journalistes pour quelques personnalités, et se demander si elle n'a pas empêché la compréhension des événements.

Votre vision de Gbagbo semble plutôt angélique. Fin stratège, l'ancien président ivoirien, n’a-t-il pas, à son tour, instrumentalisé le ressentiment anti-français de son camp pour retarder l’échéance de l’élection présidentielle de 2005 ?

Le résultat de mes recherches ne montre pas que Gbagbo ait été « fin stratège » comme vous le dîtes. S’il l’avait été, il ne serait probablement pas aujourd’hui dans une cellule à La Haye. Dans le livre, je donne le détail des événements qui ont empêché l’organisation de la présidentielle en 2005. Gbagbo n’a pas eu besoin d’instrumentaliser un ressentiment anti-français : les Français n’ont-ils pas, pendant toutes ces années, provoqué et alimenté eux-mêmes ce ressentiment avec, par exemple, les événements de novembre 2004 au cours desquels l’armée française a tiré depuis l’hôtel Ivoire et tué plusieurs dizaines de jeunes Ivoiriens non armés ?

Vous critiquez aussi l’ONU dans cette affaire. En quoi l’organisation internationale était-elle sortie de son rôle d’arbitre ?

Le représentant spécial de l’ONU en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi, s’est laissé instrumentaliser. Il est allé au-delà de son mandat en donnant le nom de celui qui était, selon lui, le vainqueur de l’élection. Or, il n’avait pas à dire qui était vainqueur ou non. Il devait simplement dire si l’élection s’était oui ou non déroulée dans des conditions acceptables. Ce n’était bien sûr pas le cas : il y a eu des irrégularités dans le Nord où, les Forces nouvelles n’ayant pas été désarmées, le vote n’a pas pu se dérouler normalement. En discutant avec des diplomates occidentaux non français, je me suis rendu compte que pour ces derniers il fallait un vainqueur à tout prix : ils pensaient que c’était le seul moyen pour en finir avec la longue crise ouverte en 2002 par les Forces nouvelles. Peu importait la manière dont l’élection s’était déroulée !

Vous laissez entendre dans votre ouvrage qu’Alassane Ouattara a été mêlé à la terreur semées dans le pays par les Forces nouvelles. Est-ce qu’on pourrait imaginer qu’un jour il soit entendu par la justice internationale au titre des violations commises par son camp ?

C’est à la justice internationale de le décider. Pour l’instant, elle ne semble pas vouloir le faire. Ouattara a évidemment une part de responsabilité dans la crise de toutes ces dernières années, et en particulier dans le massacre de centaines de personnes à Duékoué, commis par ses troupes fin mars 2011. Des ONG ont documenté les faits, mais la justice internationale n’a encore émis aucun mandat contre les acteurs de ces tueries sans précédent. La Cour pénale internationale (CPI) s’est bornée jusqu’ici à inculper Gbagbo et à obtenir son transfert à La Haye, ainsi que celui d’un de ses proches, Charles Blé Goudé, du Congrès des jeunes patriotes. La justice internationale ne donne pas l’impression d’être impartiale. Il ne faut pas oublier que la CPI est en partie financée par la France.

En conclusion de votre essai, vous écrivez que « l’ingérence par la force de la France a compromis l’avenir de la Côte d’Ivoire ». Pourtant, sur le terrain, depuis l’arrivée au pouvoir d’Ouattara, le pays semble avoir renoué avec la croissance économique et sa vitalité culturelle d’antan. Il y a incontestablement un mieux-être.

Les chiffres de l’économie sont officiellement bons, les avis le sont moins. La situation reste précaire, d’autant que la guerre a laissé sur le terrain des dizaines de milliers d’armes qui circulent dans les mains des ex-combattants pro-Ouattara. Une partie d’entre eux seulement a été intégrée dans l’armée régulière. Beaucoup d’autres sont frustrés, comme les anciens membres du « Commando invisible » qui a combattu à Abidjan pour Ouattara. Certains seraient prêts à reprendre les armes si on le leur demandait. Il y a aussi des tensions au sein même du pouvoir. Pendant ce temps, des centaines de présumés « pro-Gbagbo » sont en prison depuis 2011 sans avoir été jugés. Il y a un ensemble d’indicateurs qui montre que l’avenir est inquiétant.

Par Tirthankar Chanda de RFI

lien: http://www.rfi.fr/afrique/20150707-fanny-pigeaud-gbagbo-france-cote-ivoire-guerre-civile-onu-ouattara-chirac/

20/06/2014

Côte d'Ivoire - France : L'imposture de la France sous le couvert de Jean-Christophe Notin avec son livre "Le crocodile et le scorpion" sous titré "La France et la Côte d'Ivoire (1999-2013)"

côte d'ivoire,france,imposture,françafrique,pacification,comquête,colonialisme,alassane ouattara,laurent gbagbo,présidentielle 2010,crise post-électorale,guerre,rebellion,soro guillaume,écrivain,litérature
Comme dans les années 1900, lors de la pénétration française en Côte d'Ivoire, les français par l'entremise de leurs médias d'état et de certains soit disant écrivains et spécialistes de l'Afrique, essaient de travestir l'histoire sanglante de notre pays qu'ils ont planifié, organisé et mis en œuvre, pour se donner bonne conscience. Mais ce qui s'est passé dans les années 1900 avec Gabriel Angoulvant, qui pouvait seul raconter dans un bouquin ses exploits et traiter les noirs de sauvages, alors que lui les décapitait et mettait leurs têtes sur des poteaux, ne saurait prospéré en 2014, plus d'un siècle plus tard.

côte d'ivoire,france,imposture,françafrique,pacification,comquête,colonialisme,alassane ouattara,laurent gbagbo,présidentielle 2010,crise post-électorale,guerre,rebellion,soro guillaume,écrivain,litérature
Dieu merci, ils nous ont imposés leur langue, leur écriture et leur culture. Aujourd'hui, nous pouvons apporter la contradiction et dénoncer l'imposture. C'est pourquoi, nous réagissons à l'imposture de cet ouvrage "Le crocodile et le scorpion" sous titré "La France et la Côte d'Ivoire (1999-2013)" d'un certain Jean-Christophe Notin, qui vante les exploits de la politique malsaine française et des soldats français au mépris des victimes innocentes et de la souveraineté de notre pays.

côte d'ivoire,france,imposture,françafrique,pacification,comquête,colonialisme,alassane ouattara,laurent gbagbo,présidentielle 2010,crise post-électorale,guerre,rebellion,soro guillaume,écrivain,litérature
Je n'ai pas lu son bouquin, il ne m’intéresse pas, par contre son interview sur la radio RFI m'a intrigué. Et aujourd'hui, j'ai lu le post de quelqu'un qui a parcouru son roman et m'a motivé à écrire ce post. Ma façon à moi de dénoncer l'imposture de la France en Afrique et de réveiller la conscience de nos frères et sœurs.

L'interview de RFI

L'écrivain Jean-Christophe Notin, auteur du livre «Le crocodile et le scorpion»

(Par Christophe Boisbouvier)

Côte d'Ivoire : retour sur la bataille d'Abidjan et le jour où Laurent Gbagbo a été capturé. C'était il y a trois ans, le 11 avril 2011. Quel rôle précis ont joué les militaires français ? Jusqu'où sont-ils allés ? Jean-Christophe Notin a recueilli les témoignages de nombreux militaires français de l'opération Licorne. Aujourd'hui, il publie aux éditions du Rocher l'ouvrage Le crocodile et le scorpion.

« C’est une opération impliquant une cinquantaine de forces spéciales, plusieurs hélicoptères et qui a donc failli très mal tourner : les forces spéciales se sont retrouvées bloquées contre un mur comme pour un peloton d’exécution, l’affrontement a duré plusieurs heures, les Français ont failli enregistrer plusieurs pertes au sol mais également en l’air… »

On en sait désormais un peu plus sur le mode opératoire employé par les soldats de la Force Licorne pour pilonner la résidence de l’ancien président Laurent Gbagbo. Interroge par RFI, l’écrivain Jean Christophe Notin, auteur du livre « le crocodile et le scorpion » a fait des révélations sur les derniers combats autour de cette résidence.

Lors de la crise postélectorale ivoirienne, tout le monde se souvient des combats de la dernière semaine, mais vous nous dites que le premier bras de fer, c’est dès le mois de janvier pour le carburant, et il commence à la sortie d’Abidjan, sur l’autoroute du Nord.

Gbagbo, voulant éviter l’affrontement direct avec les Français a choisi la manière détournée d’instaurer un blocus en fermant à la fois le port et l’aéroport. Evidemment, la force française Licorne basée à Port-Bouët, à Abidjan, aurait pu se retrouver à court de carburant, adonc été obligée de constituer des convois très lourds avec des dizaines de blindés, de véhicules, et d’hélicoptères qui devaient gagner Bouaké, la zone à peu près sûr où on pouvait installer un pont aérien. Donc, ces convois passaient par la sortie Nord qu’on appelle le corridor Nord à Abidjan, où les forces pro-Gbagbo avaient installé un barrage.

Finalement, les convois français ont pu forcer les barrages sur l’autoroute du Nord ?

Oui, les Français ont une très grande expertise de ce genre d’événements grâce à la gendarmerie nationale. Les gendarmes mobiles, équipés de blindés ou delames pour pousser les éventuels véhicules au milieu. Les choses se sont relativement bien passées à chaque fois, mais on n’est pas passé loin à plusieurs reprises, d’incidents assez graves.

A partir du mois de février, le camp de Laurent Gbagbo perd des positions dans la ville, notamment à cause de ce commando invisible qui tend des guets-apens dans la commune d’Abobo. Sait-on aujourd’hui qui était derrière ce commando ?

Il y a eu beaucoup de fantasmes et de rumeurs sur le sujet. Maintenant que l’on dispose de l’analyse des services de renseignements auxquels j’ai pu avoir accès, on sait que c’était le légendaire IB (Ibrahim Coulibaly ; Ndlr) qui a participé à toutes les révoltes depuis une dizaine d’années. Il avait réussi à fédérer grosso modo, une centaine de partisans qui ont mené des opérations coups de poing contre les forces de sécurité.

En mars, c’est le bombardement d’un marché d’Abobo puis le vote du Conseil de sécurité pour des frappes anti-Gbagbo. Le 4 avril, les frappes des hélicoptères de Licorne et de l’Onuci commencent. Le camp Gbagbo résiste farouchement et vous dites que les pilotes d’hélicoptère sont alors pris du syndrome du Faucon noir.

Oui, avec un guetteur s’installant sur un toit et tirant au lance-roquette sur l’hélicoptère. C’est exactement ce qui s’est passé à Mogadiscio en1993. La chute du faucon noir. Ça a été une scène évidemment terrible qui aurait contre battu l’effet politique qu’on voulait pour l’opération.

Dans la nuit du 8 au 9 avril, il faut exfiltrer un diplomate britannique de sa résidence tout près de celle de Laurent Gbagbo. Quatre hélicoptères français sont engagés et vous dites qu’à ce moment là, les militaires français sont passés tout près de la catastrophe.

Oui, l’opération qui était encore inconnue à ce jour et que je révèle grâce à mes sources au sein des Forces spéciales. C’est une opération impliquant une cinquantaine d’éléments des Forces spéciales, plusieurs hélicoptères et qui a donc failli très mal tourner. Les Forces spéciales se sont retrouvées quasiment bloquées contre un mur, comme sur un peloton d’exécution. L’affrontement a duré plusieurs heures et les Français ont failli enregistrer plusieurs pertes au sol mais également en l’air. Les hélicoptères ont été impactés.

Ce qu’on apprend dans votre livre, c’est que lors d’un redécollage d’urgence, un hélicoptère tape un lampadaire et est sur le point de se crasher.

C’est pour récupérer les hommes au sol et éviter un risque considérable. Ils ont tapé ces lampadaires qu’ils ont d’ailleurs sciés et évidemment ça n’arrange pas la conduite d’un hélicoptère. Ça a failli donc tourner au drame.

Les Français comme les Frci pro-Ouattara sont à ce moment là surpris par la capacité de résistance du dernier carré de Laurent Gbagbo. Y avait-il seulement des soldats Ivoiriens dans le dernier carré ?


Non. Mais déjà, le dernier carré est constitué des meilleures troupes de Gbagbo. Le Cecos, la Garde républicaine, mais il y avait également beaucoup de mercenaires, libériens, quelques Angolais venus très très motivés par l’argent et par différentes substances que les Français ont pu retrouver sur place.

Des substances de quelle nature ?

Drogues #### comme si les soldats français n'en prennent pas ####

On arrive à la journée décisive du 11 avril. Comme les Frci n’arrivent pas à approcher la résidence de Gbagbo, c’est une colonne de blindés français qui fait la percée. Il est 11h45 et il y a cette phrase inoubliable dans votre livre, d’un officier français de la base opérationnelle de Port-Bouët au capitaine qui commande le premier blindé de la colonne: « Balance-moi ton putain d’obus dans le portail de cette baraque ».

Et c’est là qu’on voit une certaine exaspération à Paris qui veut absolument conclure ce jour-là. Et les blindés français ont montré la voie de Gbagbo. Les Frci ne suivent pas. Donc, le commandement français estime qu’il faut en plus pratiquer des ouvertures dans les murs pour être sûr que les Frci vont rentrer. D’ou, ce fameux Lieutenant-colonel qui donne l’ordre de ‘‘bréchage’’ qui est un terme indiquant les frappes sur le portail et les murs de la résidence de Laurent Gbagbo.

Derrière le portail, il y avait un anti-char ?

Oui, ça a été la grande découverte. C’était une arme anti aérienne qui n’était pas prévue et qui aurait pu tirer sur les assaillants si elle n’avait pas été détruite par le blindé français qui a tiré un deuxième coup.

La question que tous se posent évidemment, c’est qu’après le ‘‘bréchage’’, est ce que les Français ont participé à l’assaut de la résidence elle-même ?

Non, là, c’est vraiment la limite absolue qui a été donnée par le sommet de l’Etat : Ne pas entrer dans la résidence de Gbagbo. Et ça se comprend puisque la bataille est terminée. Donc, il n y a pas besoin d’engager des vies humaines françaises ou risquer des vies alors que Gbagbo, de toutes façons est coincé.

Mais qu’est-ce qui vous prouve que les Français n’ont pas participé à l’assaut final ?


D’après les témoignages que j’ai recueillis au sein de la résidence française qui était juste à côté, des troupes qui étaient engagées. J’ai rencontré ceux qui ont détruit le mur, qui ont fait le survol de la résidence. Ça m’étonnerait qu’une telle conjonction de témoignages n’aboutisse pas à la vérité. ### Quelle conjonction de témoignage ? Il n'y a que les français que tu interroges! ###

Laurent et Simone Gbagbo sont capturés, mais ce que vous dites, c’est qu’une fois l’assaut terminé, les Français vont rendre visite à cette fameuse résidence.

Oui, c’est une des surprises de ce livre. En soirée, quelques éléments français de différents services, Dgse, Gign, et l’ambassadeur se sont rendus sur place. Le but étant de vérifier le contenu des papiers de Laurent Gbagbo. ### et pourtant les français n'ont pas participé à l'assaut final, mais se retrouvent dans la résidence. foutaise!!!!!! ###

Et de ne pas seulement les regarder ?

On l’imagine. Il y a eu certaines Saisies ### comme l'opération "baracouda en Centrafrique", les français devaient récupérer tous les documents compromettants à la résidence et cela ne pouvait pas être fait après le passage des FRCI de Ouattara, mais bien avant. ###


=============

La réaction de Théophile Kouamouo, qui a lu le bouquin.


"Le Crocodile et le scorpion" de Jean-Christophe Notin : un livre de désinformation sur les relations entre la France et la Côte d'Ivoire

C'est un bouquin dangereux pour les générations futures, qui tente de réécrire l'Histoire récente et multiplie les absurdités grossières et les contre-vérités. Ce qui ne l'empêche pas de s'imposer en France comme un « livre de référence » dont on peuplera les bibliothèques et instituts spécialisés. Et pourtant !

A quoi cela sert-il donc de « faire de la publicité »à un ouvrage que l'on estime à la fois malhonnête, dangereux et souvent totalement à côté de la plaque ? Telle est la question que l'on peut se poser en s'engageant dans la lecture de cet article consacré au livre « Le crocodile et le scorpion » de Jean-Christophe Notin, sous-titré « La France et la Côte d'Ivoire (1999-2013) ». Pourquoi contribuer à rendre célèbre des écrits qui participent d'une entreprise de travestissement de l'histoire récente de la Côte d'Ivoire, dans le but de dédouaner une ancienne puissance coloniale pourtant grandement responsable du chaos qui y a régné pendant une longue décennie ?

D'abord et avant tout parce qu'il est impérieux de déconstruire les techniques manipulatoires de ce qu'il faut bien appeler une « littérature des services ». Comme nombre d'ouvrages précédents dans la même veine, « Le crocodile et le scorpion » se caractérise par une série d'erreurs grossières, qui trahissent la méconnaissance grossière du sujet par son auteur, qui croit pallier son ignorance en se servant de fiches et d'entretiens avec des « sources » exclusivement issues de la diplomatie, de l'armée et des agences de renseignement hexagonales. Sans surprise, il se livre à un révisionnisme honteux et maladroit de l'histoire récente, en remettant en cause des faits désormais établis sans grand risque, dans la mesure où un grand nombre de ses lecteurs, qui ne savent pas, vont le croire sur parole. Et qu'un petit nombre d'entre eux, qui savent, vont se demander à quoi bon faire de la publicité à un livre qui ne le mérite pas...

Et pourtant. A ne pas démasquer l'imposture du livre de Notin, on court le risque de le laisser prospérer comme « ouvrage de référence », comme le considère déjà l'émission « Le Dessous des Cartes » diffusée sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte et largement ventilée dans les bibliothèques universitaires du monde entier.

Comment être « spécialiste » d'un pays qu'on ne connaît pas du tout

Accabler Gbagbo, encenser Ouattara, dédouaner la France et saupoudrer le tout « d'ivoirité ». La recette utilisée par Jean-Christophe Notin aux fins de planter le décor ivoirien n'est pas nouvelle. Mais à vouloir expliquer un contexte qu'il ne maîtrise pas, l'auteur se couvre de ridicule. Petit florilège non exhaustif.

- En page 19, Notin écrit que Ouattara a pris « un peu plus d'étoffe » en 1994 en créant le RDR. Or, c'est Djéni Kobina qui a créé le RDR en question, dont Ouattara n'a pris la tête qu'en 1999.

- En page 20, il essaie d'expliquer qu'Alassane Ouattara a été burkinabé sans vraiment l'être dans un développement confus et sacrément inexact. Pour les besoins de sa cause, il va jusqu'à dire que Ouattara doit « sa nationalité burkinabée » qui n'a tenu qu'à « des circonstances particulières » à... Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987. Alors qu'Alassane Ouattara a été enregistré comme étudiant burkinabé aux Etats-Unis dans les années 1960 et a été vice-président de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) au titre du Burkina Faso dès 1983.

- En page 36, l'auteur écrit, sans sourciller, qu'un second tour a eu lieu lors de la présidentielle de 2000, ce qui est rigoureusement faux, et que c'est suite à ce second tour que Gbagbo a été élu. Or Gbagbo a été élu, en 2000, au premier tour face au général Guei.

- En page 37, il invoque un « entre deux tours » lors des élections législatives, ce qui est d'autant plus grotesque que les lois ivoiriennes prévoient que ce scrutin soit un scrutin à un tour.

- En page 38, il prétend que Simone Gbagbo a fait plus de prison que son mari, ce qui est flatteur mais faux.

Toujours à la page 38, il écrit que le couple Gbagbo était membre de l'église Foursquare, ce qui est faux (ils étaient membres de l'église Schékina Glory de Moïse Koré). Et que le fondateur de Forsquare, c'est... « Papa nouveau », qu'il confond manifestement avec Sévérin Kacou. A la page 211, - il confond le pasteur Moïse Koré et Koné Malachie.

- A la page 75, Christophe Notin apprend au lecteur médusé que Charles Blé Goudé est « souvent secondé » par Jeannette Koudou, la sœur de Laurent Gbagbo, qui a l'âge d'être sa mère... et qui n'appartient ni de près ni de loin au mouvement des Jeunes Patriotes.

- En page 123, il indique qu'en novembre 2004, Désiré Tagro était le directeur de cabinet de Gbagbo, alors qu'il était Conseiller spécial aux Affaires juridiques et porte-parole de la présidence.

- En page 236, il affirme doctement que Marcel Gossio, alors directeur du Port autonome d'Abidjan, était ministre de l'Economie dans le gouvernement Aké N'Gbo. En réalité, par méconnaissance des hommes et du contexte, il le confond avec Désiré Dallo, directeur du Port autonome de San Pedro devenu effectivement grand argentier dans le dernier exécutif de Gbagbo.

Un Français qui ne connaît pas le mode de scrutin lors des élections législatives américaines, qui se trompe sur les fonctions officielles des collaborateurs d'Obama, sur le nom de son pasteur, sur le parcours de son épouse et la genèse d'une des principales forces politiques en présence peut-il s'ériger en spécialiste des Etats-Unis ? Non. Mais quand il s'agit de l'Afrique francophone, toutes les impostures sont possibles. N'importe qui, actionné par les réseaux les plus glauques d'une diplomatie néocoloniale qui veut se faire passer pour une oie blanche et diffuser sa propagande, peut surgir et bénéficier, à Paris, d'une « respectabilité » refusée à des auteurs africains maîtrisant mieux leur sujet, où à des Français qui tentent de pousser leurs compatriotes à se poser les bonnes questions.

Une réécriture grotesque de l'histoire récente

Il faut croire que les livres d'auteurs comme Charles Onana, les documentaires engagés comme ceux de Sidiki Bakaba (« La victoire aux mains nues ») et Hanny Tchelley (« Un homme une vision ») ainsi que le patient travail journalistique exercé localement avec fort peu de moyens dérange la France officielle, qui n'a pas été habituée, au cours des crises africaines où elle est intervenue depuis les indépendances, à un tel répondant. Le Crocodile et le Scorpion (qui cite d'ailleurs Le Courrier d'Abidjan et Le Nouveau Courrier pour les diaboliser) est un livre de « riposte ». C'est un ouvrage qui tente, même s'il s'en défend mal, de réhabiliter une version officielle de l'Histoire dans laquelle la bonne France serait un crocodile qui aurait essayé de transporter le scorpion (la Côte d'Ivoire) d'une rive à l'autre du fleuve mais se serait vue piquer par son dard ingrat. La thèse épouse donc la matrice idéologique de la « négrologie », selon laquelle l'Afrique se suicide, prise de convulsions irrationnelles, en dépit de la bonne volonté de ses sauveurs mal récompensés. La France est gentille ; le Burkina Faso innocent ; Ouattara adorable ; Gbagbo méchant et manipulateur. On connaît la chanson ! Une chanson que l'interprète Notin ne parvient pas à mettre en musique. A vouloir raconter une histoire qui n'existe pas, il défend des mensonges que leurs auteurs initiaux ont déjà abandonné, dit une chose et son contraire, ment éhontément là où des images parlent d'elles-mêmes... Son échec à bâtir un mensonge solide est réjouissant : il nous indique qu'au match de l'Histoire, la grande, les révisionnistes à la petite semaine ont déjà perdu.

Une vieille version du 19 septembre 2002 que même les rebelles ne racontent plus

Dans son « livre de référence », Notin raconte, sans trembler, une version de l'attaque du 19 septembre 2002 – qui marque le début de la rébellion armée – que les rebelles eux-mêmes ont contredite, après l'avoir laissée prospérer quand ils en avaient besoin. « Dans la nuit, 750 « zinzins », l'ancienne garde rapprochée du général Gueï, qu'il avait recrutés dans sa région natale de l'ouest et qui ont été remerciés par Gbagbo le 18 septembre, ont attaqué la caserne d'Agban à Abidjan. Mais des troubles sont aussi signalés dans le nord et le centre où le succès est foudroyant puisque les grandes villes de Bouaké et Korhogo sont investies. Le flou entoure les responsables, mais Gbagbo, lui, ne s'embarrasse pas pour les ranger dans le même sac bushien des « forces du mal » », écrit-il. Avant d'ajouter que les rebelles que découvrent (?) les Français en arrivant à Bouaké n'ont « rien à voir avec les « zinzins » d'Abidjan ».C'est sur le site de Guillaume Soro himself que cette version des « deux mouvements » est totalement infirmée. « Dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 septembre 2002, ont été attaqués simultanément le camp militaire d’Akouédo, l’école et le camp de gendarmerie d’Agban, l’école de Police, le centre émetteur d’Abobo à Abidjan par des soldats ivoiriens rentrés d’un exil forcé. Les camps militaires de Korhogo, de Bouaké n’ont pas été épargnés. Les premiers crépitements des armes ont été entendus vers 23 heures 30 à Abidjan et les combats ont duré toute la nuit jusqu’au petit matin. Après d’âpres combats dans la ville d’Abidjan, les mutins se replient sur Bouaké et Korhogo », peut-on lire sous la signature de Hussein Kouamé, un rédacteur rémunéré par l'ancien chef rebelle. Soro lui-même a écrit dans son livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », paru en 2005 et qui figure pourtant dans la bibliographie revendiquée par Notin : « Notre plan d'attaque du 19 septembre 2002 a ciblé trois villes ivoiriennes : Korhogo au nord, Bouaké au centre et Abidjan, la capitale économique, au sud. Un chef militaire différent a été nommé pour chacune de ces trois villes. (...) Messemba Koné dirigeait l'attaque sur Korhogo. À Bouaké, le chef militaire était Diarrassouba Oumar dit Zaga-Zaga. Il est décédé accidentellement fin septembre. À Abidjan, le responsable militaire qui coordonnait les opérations s'appelait Ouattara Yssouf, dit Kobo. Voulant surprendre, nous avons décidé l'attaque simultanée des trois villes. Plusieurs jours avant ces attaques simultanées, nous nous sommes infiltrés dans chacune de ces localités. (…) Nous avons rapidement pris Bouaké et Korhogo. (…) Mais l'attaque d'Abidjan fut un échec, notamment par manque de munitions. Le coup a été tenté avec de faibles moyens. Nous comptions nous renforcer avec des armes stockées dans les casernes des FANCI que nous envisageons de prendre. Dans la capitale économique, ce plan n'a pas suffisamment fonctionné ». Manifestement, le plan de désinformation de Notin ne fonctionne pas mieux.

Prendre Abidjan avec quelques kalachs ?

Les spin doctors de l'armée et de la diplomatie française ont bâti une bonne partie de leur communication sur le conflit ivoirien autour du postulat selon lequel c'est la France qui, en s'interposant entre « Gbagbo » et les rebelles, lui ont sauvé la mise en 2002. C'est également ce que fait Notin en mettant en exergue les propos du commandant Luc Courcelle, du groupement de commandos parachutistes, qui a « infiltré » le MPCI dès la fin de l'évacuation des Français de Bouaké. Les rebelles pouvaient « atteindre Abidjan sans la moindre difficulté » s'ils le voulaient, explique-t-il en omettant de rappeler qu'ils n'ont pas pu prendre la capitale économique ivoirienne alors qu'ils bénéficiaient de l'effet de surprise. Par la suite, tout aussi soucieux d'innocenter le Burkina Faso de Blaise Compaoré, il invoque « la modicité de l'armement des rebelles : des kalachnikovs principalement, et deux missiles sol-air SA-7 en guise de matériel de pointe » qui écartent « résolument » la thèse du « soutien massif d'un pays étranger ». L'officier supérieur français, et l'auteur qui relaie ses propos, veulent-ils nous faire croire qu'avec des kalachs, quelques centaines d'hommes peuvent prendre et conserver une ville de plusieurs millions d'habitants sur le qui-vive et qui ne les attend pas les bras ouverts ? Certes, il s'agit de l'Afrique. Mais un peu de sérieux tout de même... De contradiction en contradiction, Notin finit par relayer les propos d'un colonel de la force Licorne, racontant l'état d'esprit des Français avant l'offensive loyaliste de novembre 2004. « La valeur militaire des Forces nouvelles était nulle (…) Elles allaient déguerpir avec le trésor qu'elles avaient amassé pendant deux ans ». Alors, super soldats ou super nullards ?

La thèse de l'innocence du Burkina et de Ouattara contredites par les rebelles eux-mêmes

« Que Compaoré soit lui-même l'instigateur de la crise, qu'il ait directement armé et financé les rebelles est impensable. Il affectait depuis quelques années de se présenter comme le vieux sage de l'Afrique de l'Ouest, ce n'était pas pour fomenter un coup d'Etat », écrit Christophe Notin. Il se trouve pourtant que les principales figures de la rébellion elle-même admettent le rôle central de Compaoré dans leur aventure guerrière. Une confidence directe de Guillaume Soro au quotidien Libération, édition du 25 juillet 2012, indique pourtant que le président burkinabé était au cœur de l'affaire dès le commencement. «C’est moi qui ai trouvé le nom de notre mouvement. J’avais songé au MRCI, Mouvement révolutionnaire de Côte-d’Ivoire. Mais Blaise Compaoré m’a dit que cela rebuterait l’opinion internationale», confiait ainsi l'ancien chef rebelle au journaliste Thomas Hofnung, également spécialiste des questions militaires. Ce dernier poursuivait son article en présentant Compaoré comme le « vrai parrain des rebelles qui ont préparé leur coup à Ouagadougou ». Dans des confidences filmées avant sa mort, et largement diffusées sur YouTube, Ibrahim Coulibaly dit « IB » dit avoir « monté le 19 septembre » et « préparé ses hommes pendant près de six mois » à partir du Burkina Faso grâce à l'aide de Blaise Compaoré.

Dans la confusion de ses propos, Notin va jusqu'à admettre que le Quai d'Orsay suit « largement le chef d'Etat ivoirien dans ses accusations à l'encontre du Burkina » et qu'au sein de l'état-major français, « une tendance » imputait « la responsabilité de la rébellion au Burkina Faso et plus particulièrement à son président que certains appelaient « le tueur malin » ». Ainsi donc, en dépit de sa présence multiforme en Afrique, l'armée française se trompait du tout au tout sur les détails « techniques » de la préparation de la rébellion en Côte d'Ivoire et il faudrait plutôt croire un auteur dont les propos sont démentis par tous....

Une version des faits renversante sur les événements de novembre 2004

Bien entendu, l'auteur de « Le Crocodile et le Scorpion » tente d'imposer la thèse selon laquelle Gbagbo (ou plutôt l'un des membres de son entourage) a bel et bien donné l'ordre de bombarder des soldats français lors de l'opération « César » ou « Dignité » dont l'objectif était de détruire les infrastructures militaires de la rébellion et de l'obliger à revenir avec modestie sur le terrain de la négociation. Pourtant, tout à ses contradictions, il donne des informations qui tendent à indiquer plutôt que la France avait prémédité une action pdur empêcher toute éventuelle reconquête militaire des loyalistes.

A la page 73 de son livre, il révèle ainsi que les Français, après la mise en place de la « ligne de non-franchissement » coupant le pays en deux, avaient annoncé les couleurs dès début 2003. « Le message est plusieurs fois répété par les Français : aucune intrusion, d'un côté comme de l'autre, ne sera tolérée. Que Gbagbo en particulier s'avise de faire usage de son aviation pour bombarder des civils, ses aéronefs seront détruits ». Bien entendu, la référence aux « civils » est purement rhétorique. C'est l'interdiction de reconquérir Bouaké, territoire ivoirien, par la force armée légitime, et la menace de destruction des Sukhoï et MI-24, qu'il faut retenir. A la page 124, il raconte une conversation entre Chirac et Gbagbo le 3 novembre 2004. « Ecoute Laurent, dit le président de la République, nous sommes très ennuyés à Paris. Si tu franchis la ligne par la force, il va y avoir des morts. Je dois te dire que nous, Français, nous avons un mandat de l'ONU qui nous obligera à t'empêcher de passer. C'est ça que tu veux ? Des blindés français contre des soldats ivoiriens ? (…) On va vous tirer dessus ! », menace-t-il très explicitement.

Finalement, les menaces françaises sont mises à exécution à cause de la témérité ivoirienne. Mais Notin explique, conformément à la version officielle française, que cela n'a eu lieu que parce que des soldats français ont été tués par l'aviation ivoirienne – en dépit du caractère rocambolesque de cette thèse. De manière assez surprenante, Notin écrit, page 131, que « la vérité est que Gbagbo a lancé son offensive avec la bénédiction tacite de Licorne qui, par diverses voies, lui a garanti sa passivité à condition qu'il fasse vite et qu'il n'attente ni aux Français ni à l'ONUCI ni aux civils ». A moins que Licorne ne soit pas assujettie au chef suprême des armées françaises, Jacques Chirac, il y a là une insurmontable contradiction... Masochiste, Notin donne le bâton pour se faire battre en se servant momentanément de son cerveau. « La véritable énigme de Bouaké reste donc irrésolue : comment les aviateurs, qui viennent de bombarder des Français, osent-ils revenir se poser à quelques dizaines de mètres d'une de leurs unités équipées de missiles Milan, dont ils connaissent parfaitement la présence ? D'autres argueront des réserves de carburant, mais une fois de plus, les aviateurs ne courent pas ; ils regagnent tranquillement leurs quartiers. (…) Voilà bien la preuve ultime, pour les critiques, de la culpabilité de la France : les pilotes ont un sentiment d'impunité parce qu'ils ont obéi à un ordre plus ou moins direct des Français », écrit-il, avant de rejeter cette thèse. Et de s'accrocher au témoignage anonyme de celui qu'il présente comme « un très proche conseiller de Gbagbo » qui lui a été rapporté par « un conseiller de Chirac » sans plus de précision. Selon ce témoignage anonyme de seconde main donc, Gbagbo aurait lancé, la veille des événements de Bouaké, à la cantonade, lors d'agapes « dignement arrosées » qu'il fallait « donner une leçon » aux Français. « Dans l'énivrement et l'émulation, que les durs de son entourage aient alors imaginé le satisfaire en faisant donner les Sukhoï n'est pas invraisemblable », écrit Notin. En réalité, ce qui est le plus vraisemblable est que Paris a mis à exécution des menaces plusieurs fois réitérées en « créant » dans la précipitation une « opportunité », une « justification » pour son intervention...

Théophile Kouamouo


13/05/2014

Côte d'Ivoire : Le RDR aurait-il prévu de liquider physiquement l'ex-première dame Mme Simone GBAGBO ?

Le titre du quotidien "La matinale" de ce jour 13 mai 2014, donne froid dans le dos. L'ex-première dame Mme Simone GBAGBO serait encore en vie grâce à la bonne volonté d'Alassane Dramane Ouattara qui aurait le pouvoir de vie et de mort sur les ivoiriens.

Le RDR aurait-il prévu sa mort ? comme ce fut le cas de Boga Doudou, Désiré Tagro, Paul Antoine Bohoun Bouabré, Basile Mahan Gahé, etc !!!!!!!

A chacun sa lecture et son opinion de ce titre ci-dessous.

côte d'ivoire,rdr,simone gbagbo,crise post-électorale,assassinat homme politique,alassane ouattara