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12/06/2012

Côte d'Ivoire - Libre opinion : Dire la vérité mais toute la vérité sur Laurent Gbagbo

Défaut de rigueur analytique et d’honnêteté intellectuelle caractérisent les tenants du camp Gbagbo. Faire preuve d’objectivité, même préjudiciable, servirait mieux la cause du président ivoirien déchu, il y a tout juste un an.

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Mise à jour du 12 juin 2012 : la Cour pénale internationale(CPI) a reporté sine die l’audience de confirmation des charges pesant contre l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Initialement prévue lundi 18 juin, l’audience a été ajournée « afin de garantir les droits de la défense à une procédure équitable », a indiqué la CPI. Dans une requête déposée auprès du juge le 5 juin, la défense avait dénoncé une "disproportion flagrante" entre les ressources financières et humaines du bureau du procureur et celles de la défense.

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Le discours pro-Ouattara sur la crise ivoirienne n’a pas varié d’une demi-mesure un an après le sombre 11 avril 2011. Adoubé du soutien toujours aussi solide de la grande presse internationale –qui ne juge pas nécessaire de se poser une ou deux questions quant à la dizaine d’années de coups fourrés et de crimes en tous genres soutenus silencieusement par l’Élysée– Alassane Ouattara, justifications saugrenues après justifications saugrenues, continue de se faire broder une tunique de sauveur qui n’a de sérieux que la détermination de ses communicants à vouloir à tout prix l’imposer.

Il faut reconnaitre que le projet rocambolesque fonctionne encore assez bien. Si certains Africains ont pris conscience de l’évidente manipulation qui a justifié un engagement militaire malsain afin de résoudre un simple contentieux électoral, en Europe et en Amérique, l’opinion publique reste grosso modo la même: soit elle ignore tout du sujet, soit elle estime que la Côte d’Ivoire a vécu des moments douloureux en 2011 par la faute d’un néo-führer barbare, illégalement accroché à son pouvoir et décidé, coûte que coûte, à engager son pays dans une guerre civile.

De la critique à la propagande, il n’y a qu’un pas…

La grossièreté de la caricature oblige, logiquement, le camp Gbagbo à dire sa part de vérité. C’est ce à quoi il s’attelle depuis un an, essentiellement par l’écrit, via des articles et des livres traitant –de façon intelligente ou bancale– d’un aspect ou d’un autre de la crise ivoirienne.

Toutefois, le besoin de rééquilibrage médiatique arrive lui aussi avec quelques contraintes malignes. La vérité étant la première victime de la guerre, l’objectivité critique l’a suivi dans le tombeau créé par une sorte de littérature militante qui s’intéresse peu à l’exposition des faits, mais plutôt à l’instauration d’un parallélisme de forme et de fond en matière de contre-vérités.

Ainsi, un nombre croissant d’analystes politiques ne se contentent plus simplement de dire ce qui est. Ils ont décidé de réécrire l’ère de la Refondation, avec des embellissements tendant à rendre le bilan présidentiel de Gbagbo un tantinet (ou deux) plus attrayant. Seulement, la critique corrective devenue propagande lénitive conduit à une impasse: en exposant les méfaits franco-ouattaristes, les propres agissements de Gbagbo (notamment les moins honorables) se présentent eux aussi avec toutes leurs lourdeurs embarrassantes.

A-t-on l’honnêteté intellectuelle et le courage de les confronter ouvertement? Apparemment non. La plupart des critiques pro-Gbagbo préfèrent les contourner, en faisant des petits bonds agiles autour des questions qui fâchent et qui ne trouvent aucune réponse qui ne salirait celui que l’on s’efforce de présenter comme immaculé. Les trois analyses suivantes (choisies parmi tant d’autres) illustrent bien ce constat.

Demi-mensonge n°1 : Gbagbo contraint d’aller aux élections

Homme politique et sociologue suisse ami de Gbagbo, Jean Ziegler, lors de la récente présentation de son nouveau livre à Grenoble, a tenu à rappeler à son audience que:

«Les urnes ont été bourrées au Nord pour le compte de Ouattara sous le contrôle des armes, et au Sud, il y a sans doute eu des irrégularités qu'on ne peut nier. Mais les conditions d'une élection juste et démocratique n'étaient pas réunies dans tous les cas.»

Cette affirmation incontestable appelle néanmoins une double interrogation:

Primo, pourquoi Ziegler, qui estime que des irrégularités électorales au Sud «ne peuvent être niées» ne s’étend-il pas sur lesdites irrégularités? À qui sont imputables ces irrégularités? Celles du Nord de la Côte d’Ivoire auraient-elles plus de valeurs que celles du Sud? Ziegler n’en soufflera pas un mot. Il vaut mieux faire l’impasse sur un sujet qui conduirait probablement à indexer le camp Gbagbo et/ou acquiescer l’opinion RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix, coalition qui a porté Ouattara au pouvoir). Opinion selon laquelle le Conseil Constitutionnel ivoirien, dès le début de la crise postélectorale, aurait dû, de façon impartiale, invalider certains résultats du Sud autant que ceux du Nord.

Secundo, pourquoi donc les élections se sont-elles tenues en octobre et novembre 2010 si «les conditions d'une élection juste et démocratique n'étaient pas réunies dans tous les cas ?» La réponse la plus prompte et la plus vulgarisée côté Gbagbo s’énonce plus ou moins de la façon suivante: Gbagbo subissait la pression de la communauté internationale et voulait la paix. Une explication bien simpliste si l’on s’en tient aux faits et aux propos du concerné lui-même.

En effet, si les élections ont eu lieu en 2010, c’est surtout parce que Laurent Gbagbo était convaincu de sa victoire, même sans avoir acquis le désarmement effectif des forces rebelles de Guillaume Soro. Ce désarmement, inscrit dans l’accord politique de Ouagadougou (APO) signé en mars 2007, ne s'est jamais réalisé en quarante-trois mois de gouvernance du tandem Gbagbo-Soro.

Difficile de prétendre que Gbagbo est allé aux élections contre sa volonté. Effectivement, le scrutin n’aurait jamais dû se tenir dans un tel contexte. Seulement, Gbagbo s’estimant «globalement satisfait», il a lui-même défendu la tenue de la présidentielle et s'est lancé dans la campagne en prenant soin d’assurer ses inconditionnels de sa victoire certaine: Je ne serai pas battu. J’y suis, j’y reste.» Et encore: «Lorsque dix sondages, huit TNS-Sofres, un Gallup et un IREEP vous placent en tête depuis un an et demi et jusqu’à l’avant-veille du scrutin, il est rare qu’ils se trompent tous.» Sauf si ce sont vos ennemis qui préparent vos sondages et qui vous vendent une illusion précaire afin de mieux vous humilier à terme…

Demi-mensonge n°2: Gbagbo, chantre de la souveraineté monétaire

Gary K. Busch, universitaire et syndicaliste américain, qui a lui aussi sacrifié à «l’oubli» dans sa critique du système économique et monétaire imposé par la France à ses anciennes (?) colonies d’Afrique occidentale.

En décembre 2011, Busch a préparé un riche document garantissant, de «sources crédibles ouest-africaines», une dévaluation du franc CFA le 1er janvier 2012 qui se fait toujours attendre. La démonstration note les travers bien connus du pacte colonial et affirme ainsi:

«Plus de 85 % des réserves de change [des] pays africains [d’Afrique de l’ouest francophone] sont déposées dans des "comptes d’opérations" contrôlés par le Trésor français. Les deux banques de la zone CFA ne sont africaines qu’en théorie. Elles ne formulent aucune politique monétaire.

Les pays de la zone CFA ne savent ni ne sont informés du montant de ces réserves déposées au Trésor français qui leur appartient collectivement ou individuellement. Les bénéfices rapportés par l’investissement des réserves africaines devraient en principe être reversés dans ces réserves en tant que propriétés des pays de la zone franc. Ce n’est pas le cas […]

De ce fait, les pays africains membres de la zone CFA ne peuvent pas formuler leurs propres politiques monétaires [...] Le vrai challenge du business français vint avec l’élection de Laurent Gbagbo comme président de la Côte d’Ivoire. Sa décision de revoir les termes du pacte colonial et son intention de faire partir les troupes françaises et onusiennes de son pays sont les raisons pour lesquelles la France causa sa chute et son incarcération.»


Très vrai. Sauf que, nulle part, l’auteur ne fait mention du fait que l’illustre défenseur de la souveraineté ivoirienne s’est lui-même présenté en faveur du franc CFA, dans son livre-programme de 2010 intitulé Côte d'Ivoire : bâtir la paix sur la démocratie et la prospérité. Gbagbo déclare ceci:

«Aujourd'hui, huit pays dans la sous-région, membres de l'Uemoa (Union Economique et Monétaire ouest-africaine), ont en commun la même monnaie, le franc CFA. Grâce à cette expérience, et malgré ses limites, leurs économies savent résister aux chocs extérieurs et intérieurs. Fort de cette expérience, je soutiens que rien ne devrait être entrepris pour saborder la monnaie commune ou l'affaiblir.

Tout au contraire, nos énergies doivent converger vers le renforcement de cet outil pour le rendre plus performant et donc plus attrayant. La cohabitation de cette monnaie commune aux pays de la zone Uemoa avec quatre ou cinq autres monnaies nationales est un handicap au développement rapide de la coopération sous régionale. Notre objectif doit être d'élargir la zone monétaire à tous les autres États de la sous-région.»


Certains croient peut-être rêver mais l’évidence est là: Gbagbo n’est pas moins avocat du franc CFA que Ouattara ou Sarkozy. Sauf que Gary K. Busch et la très grande majorité des critiques pro-Gbagbo savent taire ce «léger détail», en bonne conscience et en toute «objectivité».

Demi-mensonge n°3: Gbagbo a voulu rompre le «pacte colonial»

Charles Onana, journaliste français d’origine camerounaise, qui ne s’encombre pas vraiment d’impartialité et de rigueur intellectuelle dans son livre Côte d’Ivoire : le coup d’État, notamment au sujet des contrats de concession octroyés par Gbagbo aux entreprises françaises.

Onana estime globalement que Gbagbo «n’a jamais été dans la compromission avec la France [mais] a néanmoins accepté beaucoup de compromis.» Il précise aussi que, «comme tout être humain ou tout homme politique, Gbagbo a incontestablement commis des erreurs dans ses choix et ses prises de décisions.»

Sauf qu'en 415 pages, Onana ne dit rien de substantiel au sujet desdites erreurs. D'ailleurs, en prétendant que «ceux qui connaissent son humilité disent qu’il ne manquera ni de les admettre ni même de les corriger», Onana minimise ces «prises de décisions» qui, une fois édulcorées d'objectivité, soulignent l’incohérence d'un chef d'État qui n’a pas moins contribué à l’expansion du pacte colonial que ses prédécesseurs.

Quels sont les faits? Gbagbo a renouvelé les contrats de concession de l’eau et de l’électricité au groupe Bouygues, en 2005 et 2007 (après avoir offert le port d’Abidjan au groupe Bolloré en 2003 dans un cafouillage qui, en son temps, avait fait couler beaucoup d’encre). Le tout, dans les règles du contrat léonin à l’avantage de la France-à-fric, c’est-à-dire, sans appels d’offre ouverts (sauf appels d’offre «de façade», gagnés d’avance), ou en paraphant des conventions de gré à gré assortis de tous les dessous de table que l'on peut supposer, puisque ceux-ci sont typiques de la logique françafricaine.

Quelle différence éthique, légale ou économique existe-t-il entre un contrat léonin version…

- Houphouët: l’eau réattribuée en 1987 à la société française Saur (présente en Côte d’Ivoire depuis 1959, devenue filiale du groupe Bouygues en 1984), pour une durée de 20 ans, sans appels d’offre (suivant le modèle du pacte colonial signé avec la France en 1961);

- Ouattara: l’électricité attribuée en 1990 toujours à Saur pour une durée de 15 ans, sans appels d’offre;

- Bédié: les télécoms attribuées en 1997 au groupe France Telecom, pour une durée de 10 ans, après une farce d’appels d’offre international qui voit France Telecom damer le pion à la société ivoirienne Africa Bell pourtant associée au géant américain AT&T, sans que personne ne comprenne jamais comment;

- Gbagbo: l’électricité et l’eau réattribuées en 2005 et 2007 respectivement à… Saur pour une durée de 15 ans, sans appels d’offre?

L’excuse de la «pression» et du «contexte» ne pourrait-elle pas, elle aussi, s’appliquer à Houphouët, Bédié et même Ouattara (pourquoi pas?), non moins «pressés» par les intérêts français? Quelles différences entre «compromis» et «compromissions», en termes de conséquences, quand la signature de Gbagbo au bas des contrats renouvelés à la CIE (Compagnie Ivoirienne d’Electricité) et à la Sodéci (Société de distribution d'eau de la Côte d'Ivoire) est bien celle qui permet à ces deux sociétés de continuer de montrer une irresponsabilité et une incompétence dont peuvent témoigner tous les Ivoiriens victimes d’officieux délestages électriques et hydrauliques au temps T? Un «compromis» qui exploite le peuple vaut-il mieux qu’une «compromission» qui l’exploite tout autant, dépendamment de l'autorité qui l'exerce?

Onana ne s’en préoccupe même pas. Et pourtant, les fondements du coup d’État auquel il consacre sa thèse se trouvent également dans ces choix opérés par Laurent Gbagbo que l’on veut continuer, soit de justifier, soit de dissimuler.

Plaidoyer pour une objectivité salutaire

À vrai dire, ces quelques exemples montrent bien qu'il y a un manque d’objectivité contagieux dans un bon nombre d'analyses pro-Gbagbo censées «dire la vérité». Or, une critique crédible et réellement efficace est avant tout une critique qui dit toute la vérité, celle qui plait aussi bien que celle qui gêne. La recherche d'un minimum d'objectivité se distingue de la recherche d'une symétrie analytique parfaite ou d'une approche équilibriste.

Là où l'équilibrisme consiste à se contorsionner en justifications toutes aussi loufoques les unes que les autres afin d'aligner tout le monde sur le même pied d'égalité (et ne pas déranger qui que ce soit), l'objectivité critique reconnaît à chaque acteur sa part de responsabilité et n’entend pas l’en dédouaner. Le but est clair: il faut éclairer l'opinion publique de toutes les zones d’ombre présentes hier et aujourd’hui afin qu’elles ne réapparaissent pas demain.

Si l’exercice semble être un véritable mystère chez les exégètes du camp Ouattara, sa disparition, côté Gbagbo où il existe pourtant un vivier considérable d'intellectuels respectables– s’annonce au fur et à mesure que la réponse à l’imposture médiatique internationale s’exerce exclusivement dans la caricature, sans aucune autocritique.

Or, une fois toutes ces analyses confrontées et épluchées jusqu’à leur noyau– après avoir été dépoussiérées de l’amitié personnelle, de l’ambition professionnelle ou du militantisme fanatique– que reste-t-il? Il ne reste qu'une juxtaposition de demi-mots qui facilite la rédaction d’une version non moins factice de l’histoire politique de la Côte d’Ivoire que celle véhiculée par l'adversaire. Avec la promesse d'une ignorance durable: les générations à venir n’y verront que dalle.

Fabien D’Almeida

02/06/2012

CPI - CÔTE d'IVOIRE : LES CHEFS D'ACCUSATION D'OCAMPO CONTRE LE PRESIDENT LAURENT GBAGBO

CHEFS D'ACCUSATION

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C'est vraiment pathétique ces affirmations gratuites d'Ocampo. Ce recit porte fort étrangement la marque d'un certain Ahoussou Jeannot qui a eu la merveilleuse idée d'utiliser la loi de 1963 des faux complots d'Houphouet pour emprisonner les vraies personnalités politiques ivoiriennes.
Ouattara dit qu'il y a eu au moins 3000 morts lors de la crise postélectorale. Ocampo dit que les forces pro-Gbagbo ont tué 153 personnes au moins.
Qui a alors tué les 2847 personnes au moins ????? mystère, Ocampo ne parle pas de cela.

Bref!!!!!!!!! Lisez!!!!!

Meurtre constituant un crime contre l'humanité

(Articles 7-1-a et 25-3-a du Statut)

Entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011, les forces composées des FDS, renforcées par les Jeunes Miliciens et des mercenaires, placées sous le contrôle de GBAGBO et des membres de son entourage immédiat (les « forces pro-GBAGBO »), ont tué 153 personnes au moins.

Entre le 16 et le 19 décembre 2010, les forces pro-GBAGBO ont tué 41 personnes au moins à Abidjan pendant et après la manifestation des partisans de OUATTARA qui se rendaient au siège de la RTL Le 3 mars 2011, elles ont tué sept femmes qui avaient pris part à une manifestation de partisanes de OUATTARA à Abobo. Le 17 mars 2011, elles ont tué 25 personnes au moins au marché d'Abobo ou dans les environs en bombardant un secteur densément peuplé et en y ouvrant le feu. Le 12 avril 2011, les forces pro-GBAGBO ont tué à Yopougon 80 personnes au moins, originaires pour la plupart du nord de la Côte d'Ivoire et de pays voisins de l'Afrique de l'Ouest. Ces crimes s'inscrivaient dans le cadre d'une attaque généralisée et systématique dirigée contre des civils pris pour des partisans de OUATTARA, en exécution de la Politique et du Plan commun adoptés par GBAGBO et les membres de son entourage immédiat prévoyant de lancer des attaques violentes contre son opposant politique, OUATTARA, des membres du groupe politique de ce dernier et des civils considérés comme ses partisans, afin de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, y compris par l'emploi de la force meurtrière.

GBAGBO a agi avec l'intention criminelle requise et a contribué à la commission de ces crimes :
a) en définissant et en adoptant le Plan commun ;
b) en créant une structure chargée de le mettre en œuvre ;
c) en fournissant des armes aux forces pro-GBAGBO ;
d) en coordonnant la mise en œuvre du Plan commun ; et
e) en ordonnant à ses subordonnés de l'exécuter. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme de meurtres, en violation des articles 7-1-a et 25-3-a du Statut.

Viol et autres formes de violence sexuelle constituant un crime contre l'humanité

(Articles 7-1-g et 25-3-a du Statut)

Entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011, les forces composées des FDS, renforcées par les Jeunes Miliciens et des mercenaires, placées sous le contrôle de GBAGBO et des membres de son entourage immédiat (les « forces pro-GBAGBO »), ont violé au moins 32 femmes et jeunes filles.

Entre le 16 et le 19 décembre 2010, les forces pro-GBAGBO ont violé au moins 15 femmes et jeunes filles à Abidjan, pendant et après la manifestation des partisans de OUATTARA qui se rendaient au siège de la RTL Le 12 avril 2011, elles ont violé 17 femmes au moins à Yopougon. Les maris de certaines de ces victimes ont été exécutés à cette occasion. Ces crimes s'inscrivaient dans le cadre d'une attaque généralisée et systématique dirigée contre des civils pris pour des partisans de OUATTARA, en exécution de la Politique et du Plan commun adoptés par GBAGBO et les membres de son entourage immédiat prévoyant de lancer des attaques violentes contre son opposant politique, OUATTARA, des membres du groupe politique de ce dernier et des civils considérés comme ses partisans, afin de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, y compris par l'emploi de la force meurtrière. GBAGBO a agi avec l'intention criminelle requise et a contribué à la commission de ces crimes :
a) en définissant et en adoptant le Plan commun ;
b) encréant une structure chargée de le mettre en oeuvre ;
c) en fournissant des armes aux forces pro-GBAGBO ; d) en coordonnant la mise en oeuvre du Plan commun ; et
e) en ordonnant à ses subordonnés de l'exécuter. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme de viols et autres formes de violence sexuelle, en violation des articles 7-1-g et 25-3-a du Statut.

Actes inhumains constituant un crime contre l'humanité


(Articles 7-1-k et 25-3-a du Statut)

Entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011, les forces composées des FDS, renforcées par les Jeunes Miliciens et des mercenaires, placées sous le contrôle de GBAGBO et des membres de son entourage immédiat (les « forces pro-GBAGBO »), ont infligé de grandes souffrances à 39 personnes au moins et causé des atteintes graves à leur intégrité physique.

Entre le 16 et le 19 décembre 2010, les forces pro-GBAGBO ont blessé au moins 35 personnes à Abidjan pendant et après la manifestation des partisans de OUATTARA qui se rendaient au siège de la RTI.

Le 3 mars 2011, elles ont blessé deux personnes au moins qui avaient pris part à une
manifestation de partisanes de OUATTARA à Abobo.

Le 17 mars 2011, elles ont blessé 40 personnes au moins au marché d'Abobo ou dans les environs en bombardant un secteur densément peuplé et en y ouvrant le feu.

Le 12 avril 2011, elles ont blessé deux personnes au moins à Yopougon. Ces crimes s'inscrivaient dans le cadre d'une attaque généralisée et systématique dirigée contre des civils pris pour
des partisans de OUATTARA, en exécution de la Politique et du Plan commun adoptés par GBAGBO et les membres de son entourage immédiat prévoyant de lancer des attaques violentes contre son opposant politique, OUATTARA, des membres du groupe politique de ce dernier et des civils considérés comme ses partisans, afin de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, y compris par l'emploi de
la force meurtrière.
GBAGBO a agi avec l'intention criminelle requise et a contribué à la commission de ces crimes :
a) en définissant et en adoptant le Plan commun ;
b) en créant une structure chargée de le mettre en oeuvre ;
c) en fournissant des armes aux forces pro-GBAGBO ;
d) en coordonnant la mise en oeuvre du Plan commun ; et
e) en ordonnant à ses subordonnés de l'exécuter. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme d'actes inhumains causant des atteintes graves à l'intégrité physique et de grandes souffrances, en violation des articles 7-1-k et 25-3-a du Statut.

Persécution constituant un crime contre l'humanité


(Articles 7-1-h et 25-3-a du Statut)

Les crimes énoncés dans les chefs 1 à 3 ci-dessus, à titre de référence devant la Cour, ont été commis pour des motifs d'ordre politique, national, ethnique et religieux. Les victimes de ces crimes ont été visées parce qu'elles étaient assimilées à des partisans des groupes politiques de OUATTARA ou parce qu'elles vivaient dans des quartiers d'Abidjan perçus comme des bastions de celui-ci. Elles étaient également prises pour cibles pour des motifs ethniques (Baoulé, Dioula, Mossi, Malinké, Sénoufo), religieux (musulmans) ou nationaux (citoyens d'États ouest-africains tels que le Mali, le Burkina Faso ou le Nigeria et Ivoiriens d'origine ouest-africaine), car les membres de ces groupes étaient pris pour des partisans de OUATTARA. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme de persécutions, en violation des articles 7-1-h et 25-3-a du Statut.

Luis Moreno-Ocampo, Procureur

25/05/2012

France - Côte d'Ivoire - ONU : Arrestation du Président Laurent Gbagbo le 11 avril 2011: Une décision "de la France et des Nations unies"

France / Côte d’Ivoire / 11 avril 2011 -
Article publié le : mardi 17 avril 2012 - Dernière modification le : mardi 17 avril 2012
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Par Christophe Boisbouvier / RFI

Quel a été le rôle de la France lors de l’arrestation de Laurent Gbagbo ? Un an après, voici le témoignage de Jean-Marc Simon sur les événements du 11 avril 2011. Ambassadeur de France à Abidjan au moment des faits, il est aujourd'hui à la retraite.


RFI : Le 11 avril 2011, c’est le dénouement. Mais l’explication finale n’a-t-elle pas commencé la veille, le dimanche 10 ?

Jean-Marc Simon : En effet, le dimanche 10 dans la soirée, la décision a été prise de recommencer les frappes. Vous vous souvenez qu’il y avait eu une première série de frappes destinées à détruire l’armement lourd dont disposait Laurent Gbagbo et qui menaçait les populations de la capitale et son agglomération. Apparemment, ces frappes n’avaient pas été suffisantes pour l’amener à la raison. Il avait à nouveau réarmé, appelé des miliciens à son secours, des enfants-soldats. La décision a été prise par les Nations unies et par la France. Il faut bien dire que la France n’a jamais agi seule. Elle est toujours intervenue en liaison avec les Nations unies et en fonction d’un mandat du Conseil de sécurité.

RFI : Alors, tout le monde n’était pas d’accord avec ces frappes d’hélicoptères français. Certains disent que c’est vous qui avez pesé dans la décision…

J.M.S. : Je n’ai pas le souvenir de discussions à ce sujet. C’est une décision qui a été prise conjointement entre le président de la République et le secrétaire général des Nations unies. Il pouvait dès lors ne pas y avoir beaucoup d’états d’âme.

RFI : Ce 11 avril au matin, au lever du jour, les FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire, ndlr) de Guillaume Soro se sont lancées dans un premier assaut contre la résidence de Laurent Gbagbo dans le quartier Cocody d’Abidjan. Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là ?

J.M.S. : En réalité, ce n’est pas au petit matin. Dès le début des frappes, à la tombée de la nuit, le dimanche 10, les FRCI ont tenté d’approcher de la résidence de Laurent Gbagbo. Elles se sont heurtées à une résistance extrêmement forte. Il y avait un armement absolument démentiel autour de la résidence et sur tous les carrefours de Cocody si bien que les FRCI se sont retrouvées en difficulté. Au petit matin, elles ne parvenaient pas à passer ces lignes, après avoir essuyé de nombreuses pertes en matériel mais aussi en vies humaines. La décision a été prise d’en finir avec cette tragédie qui menaçait le pays d’une véritable guerre civile. L’intervention de la Force Licorne s’est faite à ce moment-là, pour ouvrir les axes et permettre aux FRCI d’avancer vers la résidence de Cocody. L’ordre a été donné de déployer les chars de la Licorne dans Cocody, ce qui n’était pas une décision facile à prendre. Cela n’était pas exempt de risques : il fallait traverser toute la ville, de Port-Bouët jusqu’à Cocody, passer à proximité du Plateau où il y avait des tireurs embusqués. Et nous risquions fort de perdre des éléments blindés et leurs équipages. Donc, c’est une décision très courageuse qui honore ceux qui l’ont prise à Paris.

RFI : A-t-elle été prise au plus haut niveau ?

J.M.S. : Elle a été prise au plus haut niveau, naturellement, par le président Nicolas Sarkozy.

RFI : Les forces du général Dogbo Blé - pro-Gbagbo -, qui étaient en surplomb sur la colline du Plateau, n’auraient-elles pas pu tirer sur les blindés français ?

J.M.S. : Bien sûr qu’elles auraient pu le faire. Elles ne l’ont pas fait. La colonne a pu avancer sans difficultés.

RFI : Comment s’est passé ce deuxième assaut de la résidence de Laurent Gbagbo ?

J.M.S. : Dès lors que les carrefours ont pu être sécurisés, les FRCI ont pu faire leur approche et arriver jusqu’à la résidence de Laurent Gbagbo. Cela a demandé quand même quelques heures. Cela a été d’autant plus difficile que l’ordre était strict. Nous étions en relation permanente avec le président Alassane Ouattara et le Premier ministre Guillaume Soro pendant tous ces moments-là. Il ne fallait absolument pas toucher et faire prendre le moindre risque à la vie de Laurent Gbagbo et de ses proches.

RFI : Quel rôle ont joué les blindés français dans cette dernière phase ?

J.M. S. : Les blindés français ont permis aux FRCI d’avancer et de pénétrer dans la résidence de Laurent Gbagbo. Et ce que je tiens à dire, c’est qu’à aucun moment avant 13h08, heure de l’arrestation de Laurent Gbagbo, aucun élément français civil ou militaire n’a pénétré à l’intérieur de cette résidence présidentielle.

RFI : Mais les Français n’ont-ils pas neutralisé une mitrailleuse qui était devant la résidence ?

J.M.S. : Les Forces Licorne ont pu intervenir à un moment donné parce qu’elles ont été prises à partie, à quelques centaines de mètres de cette résidence où elles étaient stationnées, et elles ont neutralisé les armes qui les menaçaient.

RFI : Dans son livre Abobo la guerre, notre consœur Leslie Varenne affirme que des gendarmes français du GIGN [Groupe d´intervention de la gendarmerie nationale, ndlr] sont entrés dans la résidence de Laurent Gbagbo ?

J.M.S. : J’ai lu le livre de Leslie Varenne qui est un livre très intéressant ; c’est une enquête de terrain. Malheureusement, j’y ai relevé beaucoup d’inexactitudes, notamment celle-là.

RFI : Donc, vous êtes formel : aucun élément français ?

J.M.S. : Je suis absolument formel. Je l’ai dit le jour-même, peut-être même sur votre antenne et je le répète aujourd’hui, un an plus tard.

RFI : A la suite de cette action à Abidjan, vous avez été élevé à la dignité d’Ambassadeur de France et promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Mais y a-t-il quelque chose que vous regrettez ?

J.M.S. : Lorsque j’ai appris à 13 h10 que Laurent Gbagbo venait d’être arrêté et qu’il avait la vie sauve ainsi que tous ses proches, ça été un grand soulagement. Mais ce grand soulagement était aussi doublé d’une angoisse parce que, rappelez-vous, nous avions depuis l’après-midi du 4 avril quatre expatriés, dont deux de nos ressortissants, qui avaient été pris en otage à l’hôtel Novotel et dont nous étions sans nouvelle. Et aussitôt après la capture de Laurent Gbagbo, nous nous sommes employés à les rechercher jours et nuits, jusqu’à ce que finalement nous apprenions malheureusement qu’ils avaient été exécutés dans les pires conditions et vraisemblablement avant même les premières frappes du 4 avril.

RFI : Et ça, c’est un souvenir qui vous hante encore aujourd’hui?

J.M.S. : C’est un souvenir douloureux.

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier

Commentaires personnels: Les incongrutés de M. Jean Marc Simon sont en italique.

- des enfants soldats qui résistent aux miliciens de Ouattara, aux forces onuciennes et à la licorne. Cela devait être très embêtant pour ce monsieur sans scrupule.

- être soulagé que le Président Gbagbo soit vivant, alors que l'on a passé le temps à bombarder sa résidence qui était mitoyenne à la résidence de l'ambassadeur de France.

- Souffrir pour la mort d'hommes d'affaire et ne rien ressentir pour les autres.

Seul DIEU est juge et chacun payera pour ce qu'il a fait à ce beau pays.