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28/02/2014

Ukraine : de la “Révolution orange” à l'“Eurorévolution”

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Que se passe t-il dans ce pays ? Une question légitime vue les soubresauts "démocratiques" dans ce pays.
"La démocratie occidentale" présentée comme l'idéale politique de gestion des états, n'offre pas encore la joie, le bonheur et la paix dans certaines parties du monde telles l'Afrique, l'Amérique latine, l'Asie et maintenant l'Europe de l'Est. Dans ces contrées du monde, la démocratie telle que présentée, qui doit conduire à la paix et la prospérité, est plutôt synonyme de désastres, de guerre civile, de tueries, de désespoirs, de domination, de reconquête, etc; planifiés, organisés, entretenus et mis en œuvre par les puissances occidentales étatiques, multinationales, mafieuses et confessionnelles.

Les exemples sont légions: Libye, Côte d'Ivoire, Égypte, Soudan, Mali, Centrafrique, Irak, Afghanistan, Syrie, Venezuela, Thaïlande et le pays de notre sujet l'Ukraine.

CHRONOLOGIE

24 août 1991 — Indépendance de l’Ukraine.

Ce n'est que vers 1989 que la libéralisation du régime soviétique et la libération des détenus politiques permirent aux Ukrainiens de s'organiser pour défendre leurs droits à la souveraineté. En 1989, le Mouvement national ukrainien, Roukh, fut créé. Lors des élections de mars 1990, les partis ukrainiens du bloc démocratique ont alors obtenu environ 25 % des sièges au Parlement. Sous l'influence des députés démocrates, le Parlement adopta, le 16 juillet 1990, la Déclaration sur la souveraineté politique de l'Ukraine. Ce fut le premier pas vers l'indépendance complète de l'Ukraine. Celle-ci fut proclamée le 24 août 1991 et confirmée par le référendum du 1er décembre 1991 : 90,5 % d'électeurs votèrent pour l'indépendance.

Le 8 décembre 1991, l'URSS cessa d'exister à la suite de la dissolution décidée lors de la réunion à Minsk des dirigeants russe, ukrainien et biélorusse où fut signé l'Accord de Minsk.

L'Ukraine devint l'un des membres fondateurs de la Communauté des États indépendants.
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21 novembre 2004 — La victoire de Viktor Ianoukovitch est dénoncée comme frauduleuse par son adversaire Viktor Iouchtchenko et par Ioulia Timochenko. Début de la “révolution orange”.

Le premier tour de l'élection présidentielle a lieu le 31 octobre 2004 : Iouchtchenko arrive en tête avec 39,87 % des suffrages, contre 39,32 % à Ianoukovytch. Comme aucun candidat n'a atteint les 50 % de votants nécessaires pour une victoire au premier tour, un second tour a lieu le 21 novembre 2004.

Les observateurs internationaux venus surveiller les élections rapportent de nombreuses irrégularités (remplacement d'urnes, destruction de bulletins, passage à tabac d'électeurs, corruption d'électeurs, etc.) à travers le pays. D'après les sondages de sortie des urnes, Iouchtchenko aurait remporté les élections dans les provinces du centre et de l'ouest du pays.

Les soupçons de fraude électorale, combinés avec le fait que les sondages de sortie des urnes enregistrent un résultat (une marge de 11 % d'avance pour Iouchtchenko) radicalement différent du décompte officiel des suffrages (6 % d'avance pour Ianoukovytch), provoquent le refus de Iouchtchenko et de ses partisans d'accepter les résultats. Ils organisent des rassemblements à travers le pays, en particulier une manifestation de masse sur la place de l'Indépendance à Kiev, et déclenchent une grève générale.

Plusieurs municipalités, dont celles de Kiev et de Lviv, annoncent qu'elles n'accepteront pas l'autorité d'une présidence de Ianoukovytch. Une protestation massive a lieu le 23 novembre 2004 devant le siège de la Verkhovna Rada.
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Pendant le rassemblement, les dizaines de milliers de partisans de Iouchtchenko sortis dans les rues malgré le froid et la neige arborent des drapeaux orange, la couleur de la coalition de Iouchtchenko, et acclament son nom. À l'intérieur de la Verkhovna Rada, le chef de l'opposition prête serment symboliquement devant les défenseurs du Parlement. Ce mouvement, resté pacifique et ordonné, a été qualifié par les médias internationaux de révolution orange.

À la suite de la manifestation et des différentes preuves d'irrégularité dans l'organisation du second tour, la Cour suprême ukrainienne décide de l'invalider et d'organiser un nouveau tour de scrutin. Celui-ci a lieu le 26 décembre, sous la surveillance de plus de 12 000 observateurs internationaux (dont un important « contingent » de l'OSCE).

26 décembre 2004 — Au “troisième tour”, Iouchtchenko est élu.
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Après le décompte des voix, la Commission centrale des élections ukrainienne désigne comme vainqueur Victor Iouchtchenko, avec 51,99 % des voix, qui devance ainsi Viktor Ianoukovytch (44,2 % des suffrages).

Déclarant avoir découvert des irrégularités, l'équipe de Viktor Ianoukovytch engage plusieurs procédures visant à invalider le résultat, mais la Cour suprême ukrainienne rejette finalement toutes les demandes et, le 20 janvier 2005, déclare Victor Iouchtchenko vainqueur de l'élection présidentielle.

Ce dernier prête serment le 23 janvier, en présence de plusieurs représentants de gouvernements étrangers, avant de fêter sa victoire avec ses sympathisants sur la place de l'Indépendance à Kiev.

Septembre 2005 — Timochenko démissionne de son poste de Premier ministre.
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Le plus difficile pour le nouveau président de la République est de former un gouvernement d'union nationale, de combattre l'importante corruption qui mine le pays, et de se rapprocher de l'Union européenne sans dégrader ses relations avec la Russie. D'ailleurs, c'est en Russie que le nouveau président effectue sa première visite officielle, le 24 janvier 2005, de manière à montrer que, malgré les différends, l'Ukraine reste tout de même proche de la Russie.

Le 4 février, Ioulia Tymochenko, élue par 373 députés — pour une majorité requise de 226 députés —, devient le nouveau Premier ministre. Elle est remplacée par Iouriï Iekhanourov le 8 septembre 2005 (nomination ratifiée par 289 voix le 22 septembre).

À partir du 4 août 2006, Viktor Iouchtchenko cohabite avec son ancien rival Viktor Ianoukovytch, qui accepte le poste de Premier ministre après la victoire de son camp lors d'élections législatives anticipées, provoquées par les tensions persistantes au sein de la majorité issue de la révolution orange dues au renvoi de Ioulia Tymochenko.

Le 3 avril 2007, le président Iouchtchenko décide de dissoudre le Parlement et d'organiser de nouveau des élections législatives anticipées, fixées au 27 mai 2007.

Cette décision est contestée devant la Cour constitutionnelle par Ianoukovytch, jugeant que le président ne peut dissoudre le Parlement sans motif valable. Le 25 avril, Iouchtchenko annonce à la télévision qu'il reporte les élections au 24 juin 2007.

Il démet ensuite deux juges de la Cour constitutionnelle de leurs fonctions ; Ianoukovytch réagit en critiquant là encore une décision contraire à la Constitution.

Une cohabitation difficile avec Ioulia Tymochenko

Les élections législatives de 2007 donnent la victoire au Parti des régions de Ianoukovytch, mais les « forces pro-occidentales » de Notre Ukraine et du Bloc Ioulia Tymochenko s'allient pour former un gouvernement de coalition. Tymochenko redevient Premier ministre au terme de procédures parlementaires laborieuses, les deux groupes ne disposant que d'un siège de plus que la majorité absolue à la Verkhovna Rada. Les relations tendues qu'entretiennent le président et son Premier ministre sont le point de départ de la crise parlementaire de septembre 2008.

Les services de la présidence vont alors accuser Ioulia Tymochenko d'avoir trahi l'intérêt national pour servir ses ambitions personnelles. Le 2 septembre, après des semaines de tensions exacerbées par des divergences concernant l'attitude à adopter face au conflit russo-géorgien, la coalition entre le Bloc Tymochenko et Notre Ukraine, le parti présidentiel, vole en éclats à l'occasion d'une réforme constitutionnelle visant à réduire les pouvoirs du chef de l'État au profit de ceux du gouvernement. Les députés de Notre Ukraine sont alors pratiquement les seuls à s'opposer à la promulgation de la loi, massivement approuvée par l'opposition et par le Bloc Tymochenko.

Accusée par le secrétaire-général adjoint de Viktor Iouchtchenko de vouloir s'assurer le soutien de la Russie pour la prochaine élection présidentielle, Ioulia Tymochenko s'emploie à mettre en œuvre tous les moyens juridiques à sa disposition pour empêcher une nouvelle dissolution de la Rada, préférant chercher à former une nouvelle coalition. Cette crise aboutit début décembre 2008, après des mois de procédures juridiques et de négociations, à la formation d'une nouvelle coalition plus large, incluant les 20 députés du Bloc de Volodymyr Lytvyn, redevenu président de la Rada, et maintenant Mme Tymochenko à la tête du gouvernement. Bien que M. Lytvyn ait promis que la législature irait jusqu'à son terme, en 2012, l'organisation d'élections législatives anticipées n'est pas exclue.

L'élection présidentielle de 2010

Briguant un second mandat à l'élection présidentielle de 2010, le président Iouchtchenko, tenu pour responsable d'une forte vague de déception et de désillusion au sein de l'opinion publique, est éliminé dès le premier tour avec un score de 5,45 % des voix. Cette élimination sévère est le résultat d'une politique jugée décevante par le peuple ukrainien, qui ne voyait désormais en Iouchtchenko que le héros de la Révolution orange de 2004 ; par ailleurs, le mandat du président sortant a été entaché par une rivalité sans fin avec son Premier ministre, Ioulia Tymochenko.

Affirmant son souhait de rester actif en politique malgré sa défaite, il refuse de donner une consigne de vote en vue du second tour, le 7 février, qui voit s'affronter Viktor Ianoukovytch et Ioulia Tymochenko, les accusant tous deux de vouloir organiser un rapprochement avec la Russie. Moscou avait d'ailleurs annoncé sa préférence pour Ioulia Tymochenko par rapport à M. Iouchtchenko, mais sans la soutenir toutefois.

Le mandat présidentiel de Viktor Iouchtchenko s'achève le 25 février 2010, au moment où Viktor Ianoukovytch prête serment au Parlement.
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Octobre 2011Timochenko écope de sept ans de prison pour abus de pouvoir, détention dénoncée par la Cour européenne des droits de l’homme.

Le 17 août 2011, plus d'un an après avoir quitté le pouvoir, l'ancien président Iouchtchenko est entendu au tribunal de Kiev, en qualité de témoin, au procès de son ancien Premier ministre Ioulia Tymochenko, accusée d'abus de pouvoir et de corruption. Durant son audition, l'ancien président de la République affirme que Ioulia Tymochenko aurait, en 2009, passé avec le président du gouvernement russe Vladimir Poutine « un accord politique » concernant le gaz dont « les répercussions, extrêmement dommageables, se feront encore sentir dans neuf ans »23. Ioulia Tymochenko refuse de contre-interroger Viktor Iouchtchenko, ne souhaitant « pas que ce procès soit celui de la Révolution orange » et n'ayant « aucune envie de donner un tel plaisir » à l'actuel président, Viktor Ianoukovytch.

Viktor Ioutchenko vit actuellement dans le quartier de Koncha-Zaspa, à Kiev, la capitale, où il dispose d'une villa de fonction et d'un bureau en tant qu'ancien président de la République. En février 2011, Viktor Iouchtchenko affirme travailler à l'écriture d'un ouvrage portant sur la Révolution orange et sa victoire à la présidence de la République en 2005.

Juin 2012 — L’UE fait pression pour la libération de Timochenko lors de l’Euro de football, coorganisé par l’Ukraine et la Pologne. Dans les négociations sur la signature d’un accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, sa libération devient un enjeu essentiel.

Novembre 2013 — Refusant de libérer son opposante, Ianoukovitch se tourne vers Moscou, qui estime ses intérêts menacés par l’accord d’association.

22 novembre 2013 — Le gouvernement annonce qu’il ne signera pas l’accord. Début des manifestations.

29 novembre 2013 — A Vilnius, lors du sommet du Partenariat oriental, Ianoukovitch ne signe pas.

30 novembre 2013 — Des centaines de milliers de personnes réclament la démission du président. Premières violences. Début de l’“eurorévolution”.

En novembre 2013, l'Ukraine décide de refuser un accord avec l'Union européenne et de « relancer un dialogue actif avec Moscou » . Ce refus entraîne d'importantes manifestations pro-européennes à Kiev rassemblant des centaines de milliers de personnes, l'occupation du Maïdan Nézalejnosti et de la mairie, avec comme mot d'ordre la démission du président Ianoukovytch.

Février 2014 - Affrontements entre la police et les manifestants.

Au fil des jours, la capitale ukrainienne (Kiev) se transforme en champ de bataille. Les deux premiers décès ont lieu le mardi 11 février 2014. La légitimité de Viktor Ianoukovytch est d'autant plus remise en cause après la mort de 75 manifestants tués par balle le jeudi 20 février 201419.

Le 22 février 2014, Viktor Ianoukovytch quitte Kiev pour Kharkiv. Alors que des rumeurs évoquent sa démission, le président dément, refuse de démissionner et évoque un « coup d'État » en faisant un parallèle avec l'arrivée des Nazis en Allemagne. Quelques heures plus tard, le Parlement vote sa destitution et fixe au 25 mai suivant la prochaine élection présidentielle par 328 voix sur 450. Cette destitution provoque la libération de l'ancienne Première ministre Ioulia Tymochenko. Oleksandr Tourtchynov dirige pour quelques mois l'Ukraine par intérim.ukraine,democratie,revolution,revolution orange,russie,ue

Les manifestants et la presse ont pu entrer facilement dans la Mezhyhirya, la résidence de l'ancien président située dans la banlieue de Kiev. Ils ont été choqués par le train de vie que menait Viktor Ianoukovytch dans celle-ci.

Le 22 février fut donc une journée politique étourdissante pour l'Ukraine, marquée par un renversement de régime par voie législative. En tout, les manifestations ont fait au moins 100 morts chez les manifestants et 16 morts chez les forces de l'ordre.

source: wikipédia

18/09/2012

Nouvel ordre mondial : Le résultat de la démocratie par les armes, le cas de la Lybie et la Côte d'Ivoire

J'ai decidé de publier cette interview tant la situation décrite en Lybie est identique à la Côte d'Ivoire, mon pays. Je ne ferai pas de commentaires, lisez et chacun se fasse sa propre opinion.

Bonne Lecture:
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Les Etats-Unis ne doivent pas interférer dans les affaires libyennescôte d'ivoire,lybie,khadafi,obama,sarkozy,cameron,ouattara,démocratie,armées,armes,bombes,onu,arabes,printemps arabes,salafistes,islam

Patrick Haimzadeh, auteur de «Au cœur de la Libye de Kadhafi» (JC Lattès), analyse les causes de la montée des tensions en Libye. Pays où a longtemps vécu ce diplomate français et où il vient de passer plusieurs mois.

SlateAfrique - L'attentat de Benghazi est-il une réponse au film L'Innocence des musulmans ou une attaque planifiée de longue date?
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Patrick Haimzadeh - Je ne crois pas trop à la théorie du complot. Il y a déjà eu une série d’attentats depuis la chute du régime de Kadhafi, principalement cette année contre des intérêts occidentaux: le consulat étatsunien en juin 2012, la tentative d’assassinat de l’ambassadeur de Grande-Bretagne en juin aussi, les locaux de l’ONU, etc...

Un grand nombre de ces actions ont d’ailleurs été revendiquées par un groupe armé qui se réclame du Cheikh Omar Abdel Rahman. Il est à l'origine de l’attentat du World Trade Center en 1993, et se trouve en prison aux Etats-Unis.

Il est évident qu’on ne peut pas nier que ce film ait suscité un mécontentement. En 2006, une manifestation à propos des caricatures de Mahomet a fait 11 morts à Benghazi. Ce genre d’attaques n’est pas nouveau. Il ne faut donc pas y voir une planification. En plus l’attaque était assez chaotique.

Autre facteur important: des gens se promènent à présent de plus en plus avec des armes en Libye. Il est donc tout à fait crédible que des éléments armés se soient greffés à cette manifestation, afin de susciter une provocation, un affrontement.

Est-ce qu’ils savaient que l’ambassadeur américain était présent? Ce n’est même pas sûr. Seuls les résultats d’une enquête pourront mettre la lumière sur ces événements.

SlateAfrique
- D’aucuns voient la main d’al-Qaida derrière cette action...

P.H. - Rien n’est impossible, mais cela me paraît improbable. Il est facile de mettre une voiture piégée ou une bombe devant un consulat. C'est plutôt le mode opératoire d'Al Qaïda. Imaginer qu’il y ait encore des directives données par une voix hiérarchique me semble difficile.

Al-Qaida est devenue une nébuleuse, une franchise. Je pense que tous les mouvements en Afrique du Nord et au Sahel s’autonomisent plus ou moins avec un niveau de décision qui est de plus en plus souvent local.

Il faut vite refermer la boîte de Pandore

Il est quasiment sûr qu’il y a une convergence dans l’idéologie, mais moins qu’il y a un mot d’ordre d’un noyau central d’al-Qaida comme cela a pu être le cas pour le 11-Septembre.

Cependant qu’al-Qaida essaie de justifier a posteriori et de légitimer à nouveau sa puissance ou sa capacité de nuisance est possible. D’ailleurs il n’a pas manqué de le faire.

SlateAfrique - la ville de Benghazi est-elle un fief des islamistes?

P.H. - La série d’attentats contre les Occidentaux a eu lieu en Cyrénaïque (est de la Libye). Cette région a toujours été très conservatrice, même sous Kadhafi. Beaucoup de groupes armés comme "La Montagne verte" sont originaires de cette région. Des membres de ces groupes étaient enfermés et ont été libérés avant la chute du guide libyen.

On ne l’a pas souvent évoqué dans les médias français, mais pendant la guerre civile, à côté des étudiants, ces groupes ont aussi pris les armes. Dès le départ! Ce sont des hommes aguerris. Ils ont déjà fait la guerre en Afghanistan et en Irak dans les années 2000.

Ils sont idéologiquement formés et sont structurés en milices. Ils se sont battus jusqu’au bout, jusqu’à la chute de Syrte (Kadhafi est mort le 20 octobre 2011). Il faut savoir que toutes les poursuites de reprises des combats ont vu ses milices envoyées par le gouvernement de transition.

Nombre de ces milices ont ensuite été intégrées dans l’appareil sécuritaire en cours de formation en Libye. Ces hommes se sont battus, ont des armes. Ils ont pignon sur rue et ont des connivences et des connexions à l’intérieur de tout l’appareil sécuritaire libyen dans l’est et dans une moindre mesure à l’ouest aussi.

SlateAfrique - En portant secours à cette région, la coalition a donc aidé ces groupes proches des islamistes et anti-Occidentaux?

P.H. - La coalition a fourni beaucoup d’armes. Des armes qui se retrouvent entre les mains des salafistes. Ça fait partie des choses qu’on a dites et répétées à l’époque. On ouvrait effectivement une boîte de Pandore et on ne connaissait pas l’issue de cette intervention, de cette guerre civile. Tout ça ne me surprend guère.côte d'ivoire,lybie,khadafi,obama,sarkozy,cameron,ouattara,démocratie,armées,armes,bombes,onu,arabes,printemps arabes,salafistes,islam

Les milices tribales se font noyauter par les salafistes. Ces milices qui n’avaient pas de programme politique se font peu à peu désarmer par ces organes plus idéologues qui ont réussi à s’intégrer dans l’appareil d’Etat.

Le Qatar et l’Arabie saoudite jouent aussi un rôle prépondérant. L’Arabie saoudite n’arrête pas d’envoyer des délégations dites caritatives en Libye, sachant que le pays est riche et n’a pas besoin d’aide humanitaire.

SlateAfrique - Peut-on alors parler de deux tendances qui se dégagent au sein des réigmes: des technocrates pro-Occidentaux et de l’autre côté des islamistes plus radicaux qui possèdent une influence croissante?

P.H. - Il y a plusieurs pôles de pouvoirs, mais c’est vrai qu'il s'agit de deux grands pôles importants. Il peut y avoir une répartition des tâches sans s’affronter. Les uns ont le pouvoir formel qui gère un peu la gestion économique et technocratique du pays. Quant aux autres, ils détiennent le monopole de la violence.

Cette situation est identique à celle qui existait sous Kadhafi. Il existait des institutions plus ou moins virtuelles avec le pouvoir gestionnaire, le pouvoir révolutionnaire et celui des tribus notamment celles fidèles à Khadafi..

SlateAfrique - Comment réagit la population à ces actions violentes des salafistes?

P.H. - Majoritairement les Libyens ne soutiennent pas les salafistes. Un sursaut ou une réaction pourrait venir de là. Le peuple pourrait prendre les armes contre ce qu’il considère comme une dérive de leur révolution. Il est important de rappeler que la population n’a pas voté pour eux en juillet 2012.

Il y a un décalage entre les aspirations d’une grande partie de la population et le système qui est en train de se mettre en place en Libye.

Beaucoup de Libyens estiment qu’ils ne sont pas sortis de l’ère Kadhafi pour se jeter ensuite entre les mains des groupes islamistes. Cependant il manque à la population l’organisation et l’idéologie. Ce qui permet aux islamistes d’avancer leurs pions.

Les risques de surenchère

SlateAfrique - Comment les Occidentaux peuvent-ils réagir?

P.H. - On est en période électorale aux Etats-Unis. Il peut y avoir un risque de surenchère. Ces trois derniers jours, une quarantaine de drones se trouvaient dans l’espace aérien libyen. A tel point qu’ils vont devoir cesser tout vol civil à partir de l’aéroport de Benghazi.

C’est une atteinte à la souveraineté libyenne très mal vue par la population. Les Etats-Unis ont également annoncé qu’ils vont envoyer une centaine d’hommes pour sécuriser leur ambassade. C’est énorme! Et un début de présence militaire.

Du côté américain, il y a un programme politique. Déployer des drones ou envoyer un porte-avions, c’est peut-être de la gesticulation. Mais pour la population libyenne, ils représentent un signal d’atteinte à leur souveraineté, qui décrédibilise par la même les autorités libyennes.

Si jamais les Etats-Unis commencent à entrer dans cet engrenage comme ils l’ont déjà fait au Yémen ou ailleurs, ils signent la fin de la souveraineté de la nouvelle Libye. Et pousseront de nombreux Libyens à devenir candidats pour rejoindre les mouvements salafistes. Ils représenteront en effet aux yeux des Libyens le meilleur rempart contre l’Occident.

Les Etats-Unis doivent être discrets et surtout interférer le moins possible dans les affaires libyennes.

SlateAfrique - Que peut faire le gouvernement libyen?

P.H. - Ils ont annoncé des arrestations. Mais nul n’est dupe! Le gouvernement libyen prend des mesures de façade de nature à essayer de satisfaire le gouvernement américain.

Pour mettre fin aux activités des milices salafistes qui ont pignon sur rue, il faudrait reprendre les armes. Tâche qui s’annonce difficile, vu que la Libye n’a pas d’armée.

En outre, le gouvernement veut absolument éviter tous les affrontements armés. Il privilégie la discussion comme la tradition libyenne le veut. La police va arrêter des sous-fifres, mais ça ne va pas régler le problème.

Le gouvernement libyen a une marge de manœuvre extrêmement étroite. L’avenir de la Libye s’est joué dans les tout premiers mois. Difficile de faire marche arrière à présent.

Propos recueillis par Maïmouna Barry et Pierre Cherruau