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15/07/2015

France - Côte d'Ivoire : «Une histoire tronquée»; Fanny Pigeaud revisite la crise ivoirienne

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C’est une contre-histoire de la crise ivoirienne et des rapports tumultueux entre Paris et Abidjan pendant les années 2000 que raconte Fanny Pigeaud dans son nouvel essai France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée. Journaliste de terrain, l’auteure a couvert plusieurs pays africains pour des médias français. Elle s’est fait connaître en 2011 en publiant Au Cameroun de Paul Biya (Karthala), une enquête cinglante au cœur du régime camerounais, qui avait suscité un vif débat. Dans son nouvel ouvrage, tout aussi décapant, Fanny Pigeaud entend démonter le mécanisme qui a conduit à la guerre ivoirienne, en s’attardant sur le rôle, selon elle, « nocif » des grandes puissances, et en particulier celui de la France qui a encore des intérêts économiques et stratégiques majeurs dans cette ancienne colonie.

RFI: Vous avez intitulé votre essai « France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée ». D'après vous qu'est-ce qui est tronqué ?

Fanny Pigeaud: C’est la vérité qui est tronquée. J’ai essayé de montrer dans mon livre que la France n’est pas intervenue en Côte d’Ivoire pour des motivations humanitaires ou pour sauver le processus démocratique, comme on voudrait nous le faire croire, mais pour protéger ses intérêts dans ce pays en mettant en place un président qui lui soit favorable. La version officielle selon laquelle la France et les Nations unies ont été obligées d’intervenir en Côte d’Ivoire pour soutenir Alassane Ouattara qui avait remporté l’élection présidentielle, et pour faire partir Laurent Gbagbo qui, lui, refusait de reconnaître sa défaite, n'est pas toute la réalité. C’est ce que j’ai découvert en faisant mes recherches et en interrogeant un certain nombre de témoins et d’observateurs.

Quand avez-vous commencé vos recherches ?

J’ai commencé en 2012, alors que j’étais basée en Côte d’Ivoire comme journaliste indépendante. J’écrivais notamment pour Mediapart et Libération. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à travailler sur ce sujet.

Est-ce qu’il y a un événement précis au cours des dernières années qui vous a poussée à vous intéresser de près à la crise ivoirienne ?

Je ne m’étais pas intéressée à la crise ivoirienne à ses débuts, c’est-à-dire au tournant des années 2000, après l’arrivée de Laurent Gbagbo au pouvoir. J’ai, en quelque sorte, pris le train en marche, puis j’ai remonté le fil à l’envers en essayant de comprendre ce qui s’était réellement passé. Ma prise de conscience de l’importance des événements qui se sont déroulés à Abidjan date de 2011. Je me souviens d’avoir été profondément choquée en apprenant que la France et l’ONU étaient en train de bombarder Abidjan. Il y a eu ensuite l’arrestation de Gbagbo le 11 avril 2011 : je suis tombée sur une dépêche de l’Agence France-Presse qui disait « Gbagbo, enfin arrêté ». Le mot « enfin » m’a stupéfiée. Le sentiment de soulagement que cet adverbe exprimait n’était pas, m’a-t-il semblé, à sa place dans une dépêche d’agence. Pour comprendre ce qui était en jeu, il fallait creuser. C’est ce que j’ai fait pendant les deux ans et demi que j’ai consacrés à cette enquête.

Votre livre est en fait un procès en règle du rôle joué par la France dans cette crise ivoirienne. Comment avez-vous travaillé ? Qui avez-vous interrogé ? Quels sont les documents auxquels vous avez eu accès ?

En journaliste, j’ai consulté des dizaines de documents, lu des textes d’universitaires, des articles de presse, épluché les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Côte d’Ivoire… Il faut savoir qu’une bonne partie des sources documentaires sont facilement accessibles : le livre contient des centaines de références renvoyant à des documents qui sont dans le domaine public. Ce qui manque souvent, c’est le travail de recoupement et d’analyse. L’objectivité, ou plutôt la véracité des faits, en journalisme, est établie par la recherche, le recoupement et l’analyse. Si la question est de savoir si je me suis livrée à ce travail, oui c'est ce que j’ai fait depuis 2012, en vue de publier cette enquête.

Vous procédez en démontant ce que vous décrivez comme des « idées reçues » sur cette crise. Pami elles, le bombardement de la position militaire française à Bouaké en novembre 2004 qui a été perçue comme preuve de la volonté manifeste du président Gbagbo de s’en prendre aux militaires français. A vous lire, c'est une manipulation pour discréditer Laurent Gbagbo. Qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ?

Les circonstances de ce drame restent encore mystérieuses, même si une enquête est en cours. Plusieurs personnalités ont été entendues par la justice française dont des hauts gradés militaires, mais aussi Laurent Gbagbo. En 2004, le gouvernement français a accusé ce dernier d’avoir fait tirer par son aviation sur une position militaire française installée dans un lycée à Bouaké, faisant 9 morts et 38 blessés parmi les soldats français. Il semble aujourd’hui que ce bombardement n’a jamais été ni souhaité ni décidé par Laurent Gbagbo, et qu’il y a eu une manipulation par des officiels français afin de pousser le président ivoirien à la faute et justifier ensuite une intervention militaire contre lui. Devant la juge d’instruction en charge de l’enquête sur cette affaire, un militaire français a parlé de « bavure manipulée ». Il semble que les Sukhoï de l’armée ivoirienne auraient dû lâcher leurs bombes sur une base qui était fermée. Il n’était pas prévu que des soldats aillent s’abriter dans cette base.

Et qu’en est-il de l’affaire Guy-André Kieffer qui a fait couler beaucoup d’encre ?

Il y a deux versions sur la disparition à Abidjan, en avril 2004, de ce journaliste franco-canadien. Les adversaires de Gbagbo accusent des proches de ce dernier. On a ainsi dit que Kieffer avait un rendez-vous avec un beau-frère de Simone Gbagbo le jour de sa disparition. Mais aujourd’hui on constate que si le mystère qui entoure cette affaire n’a pas pu être éclairci entre 2004 et 2011, l’affaire n’a pas avancé non plus depuis avril 2011, date de l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir. Plusieurs de ceux qui ont été incriminés dans cette affaire sont pourtant en prison depuis avril 2011 et donc à la disposition de la justice. On peut se demander s’il ne faut pas se pencher aujourd’hui sérieusement sur la version avancée par les proches de Gbagbo qui disent qu’au moment où Guy-André Kieffer a été enlevé, il était en route vers la présidence ivoirienne pour remettre un rapport sur des malversations dans le secteur du cacao. Secteur qu’il connaissait très bien et dans lequel des acteurs de tous bords, ivoiriens et non ivoiriens, étaient impliqués.

Vous présentez Laurent Gbagbo comme un homme qui n’était soutenu par aucun réseau et qui a fait les frais des ambitions politiques françaises. N’est-ce pas une vision un peu simpliste ?

Mes recherches m’ont conduite à penser que Gbagbo n’est pas un homme qui aime la guerre. Face au conflit déclenché en 2002 par la rébellion des Forces nouvelles, il a toujours essayé de préserver un semblant de paix. Ses adversaires l’ont accusé de ne pas appliquer les différents accords de paix signés pendant les années de crise, alors qu’il a en réalité cédé à leurs demandes, en permettant, par exemple, à Ouattara d’être candidat à la présidence. Et cela, malgré l’opposition de ses partisans et de certains de ses collaborateurs. Du point de vue des Français, Gbagbo avait le tort d’être socialiste et d’être arrivé au pouvoir sans passer par les réseaux franco-africains. Le patronat français s’inquiétait aussi de voir les entreprises de l’Hexagone perdre leurs positions privilégiées au profit des Chinois. Même si Gbagbo maitrisait très bien le jeu politique ivoirien et français, il n’a pas réussi à instaurer le rapport d’égal à égal qu’il souhaitait avec la France.

Pourquoi n’a-t-il pas réussi ?

Parce que les pressions étaient trop grandes. En Afrique, la France a toujours une très forte influence. Cela lui permet de tenir ses anciennes colonies qui peuvent difficilement contester ses diktats. Elle a aussi les moyens d’influencer l’ONU grâce à son statut de membre permanent au Conseil de sécurité. On l’a vu avec l’adoption de la résolution 1975 en mars 2011 qui a conduit l’ONU et la France à faire la guerre en Côte d’Ivoire : la France a fait adopter et a violé cette résolution sans être un seul moment inquiétée. Laurent Gbagbo a de son côté essayé de jouer sur plusieurs tableaux, en donnant par exemple des contrats à des entreprises françaises. Il a donné beaucoup de gages espérant avoir la paix en contrepartie, mais cela n’a pas suffi. Est-ce parce qu’il ne baissait pas les yeux devant le maître, comme me l’a dit un intellectuel que j’ai interrogé ?

A quel moment la décision de pousser Laurent Gbagbo vers la sortie, a-t-elle été prise ?

Très tôt après l’élection présidentielle de 2000. Les discours, les prises de position du nouveau président ont gêné. Il paraissait peu contrôlable. Il a par exemple remis en cause l’attribution à Bouygues du contrat de construction d’un troisième pont à Abidjan. Plus grave encore, ses ministres ont évoqué la possibilité de fermer la base militaire française installée en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance. D’autres critiquaient le système de la zone franc et du franc CFA. Cinquante ans après les indépendances, l’histoire coloniale continue de peser lourdement sur les rapports entre la France et l’Afrique francophone. Tout cela est de l’ordre du réflexe, intériorisé par les officiels français. Je m’en suis rendu compte en lisant, notamment, un certain nombre de documents officiels français où on utilise encore le terme « métropole » pour désigner la France !

La droite française a très vite tiré à boulets rouges sur Gbagbo. On comprend moins bien pourquoi les socialistes dont l’ancien président a été longtemps proche, ne l’ont jamais réellement défendu ?

Je crois que les hommes politiques de gauche comme ceux de droite n’ont pas apprécié que Gbagbo leur parle d’égal à égal. Il y a eu en outre une telle propagande médiatique contre lui en France qu’il était sans doute difficile pour les socialistes français de le défendre face à l’opinion publique convaincue de son double jeu. Mais il apparaît aussi assez nettement que le pouvoir français, qu’il soit issu de la droite ou de la gauche, suit toujours la même politique vis-à-vis des anciennes colonies africaines de la France : seule compte la protection des intérêts économiques et militaires français.

Gbagbo n’a-t-il pas, lui-même commis des erreurs ?

Une de ses erreurs les plus importantes a été son renoncement à obtenir le désarmement des Forces nouvelles, la rébellion alliée à Ouattara. Or, les Forces nouvelles contrôlaient toujours 60% du territoire au moment de l’élection présidentielle : à cause de leur présence et de leurs armes, le vote ne pouvait évidemment pas s’y dérouler correctement. Gbagbo ne s’est pas non plus toujours bien entouré et n’a pas construit un réseau à l’image de celui de ses adversaires. Cela lui a coûté cher : faute d’appuis solides, il a perdu le soutien de l’Union africaine, qui après avoir pris le parti de Alassane Ouattara avait fini par pencher de son côté. L’Union africaine l’a précisément lâché après une rencontre de Jacob Zuma avec Sarkozy à Paris en mars 2011. Mais à ce moment-là, tout était déjà joué : la guerre était en préparation en Côte d’Ivoire pour faire tomber Gbagbo. Dans le livre, je donne le détail du déroulement de cette guerre et des éléments sur le rôle majeur que la France a joué dedans.

Attardons-nous encore un instant sur les erreurs de Laurent Gbagbo. Vous n’évoquez pas du tout le rôle de son entourage, notamment celui de son épouse qui a été accusée par la presse d’avoir été la Lady Macbeth de Laurent Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?

Je rappelle mon objectif de départ : comprendre pourquoi un contentieux électoral a conduit la France et l’ONU à effectuer des bombardements sur une capitale, ce qui n’était jamais arrivé nulle part ailleurs. Pour cela, j’ai donc remonté le fil de l’histoire, j’ai tenté de dépasser les idées reçues, les partis pris, les caricatures et je me suis attachée aux faits. Le résultat auquel je suis arrivée montre que ces faits vont à contre-courant de l’histoire que l’on nous a racontée. Le portrait de Gbagbo que la majorité de la presse a véhiculé ne correspond pas à ce que j'ai découvert. Il serait sans doute utile d’enquêter sur les sources, sur ce qui a alimenté ce portrait de l’ancien président et de sa femme. Je donne quelques pistes sur cette question dans le livre. A propos du cas de Simone Gbagbo qui vous intéresse : elle n'a eu qu'un rôle très mineur dans les événements et l'influence sur son mari qu'on lui a attribué ne correspond pas, là non plus, à la réalité. Un seul exemple : elle faisait partie de ceux qui s'opposaient aux accords « de paix » imposés par la communauté internationale à Gbagbo au cours des années 2000. Or, ce dernier les a quasiment tous acceptés et signés. Il faut peut-être s'interroger sur la quasi obsession qu'ont eue une partie des journalistes pour quelques personnalités, et se demander si elle n'a pas empêché la compréhension des événements.

Votre vision de Gbagbo semble plutôt angélique. Fin stratège, l'ancien président ivoirien, n’a-t-il pas, à son tour, instrumentalisé le ressentiment anti-français de son camp pour retarder l’échéance de l’élection présidentielle de 2005 ?

Le résultat de mes recherches ne montre pas que Gbagbo ait été « fin stratège » comme vous le dîtes. S’il l’avait été, il ne serait probablement pas aujourd’hui dans une cellule à La Haye. Dans le livre, je donne le détail des événements qui ont empêché l’organisation de la présidentielle en 2005. Gbagbo n’a pas eu besoin d’instrumentaliser un ressentiment anti-français : les Français n’ont-ils pas, pendant toutes ces années, provoqué et alimenté eux-mêmes ce ressentiment avec, par exemple, les événements de novembre 2004 au cours desquels l’armée française a tiré depuis l’hôtel Ivoire et tué plusieurs dizaines de jeunes Ivoiriens non armés ?

Vous critiquez aussi l’ONU dans cette affaire. En quoi l’organisation internationale était-elle sortie de son rôle d’arbitre ?

Le représentant spécial de l’ONU en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi, s’est laissé instrumentaliser. Il est allé au-delà de son mandat en donnant le nom de celui qui était, selon lui, le vainqueur de l’élection. Or, il n’avait pas à dire qui était vainqueur ou non. Il devait simplement dire si l’élection s’était oui ou non déroulée dans des conditions acceptables. Ce n’était bien sûr pas le cas : il y a eu des irrégularités dans le Nord où, les Forces nouvelles n’ayant pas été désarmées, le vote n’a pas pu se dérouler normalement. En discutant avec des diplomates occidentaux non français, je me suis rendu compte que pour ces derniers il fallait un vainqueur à tout prix : ils pensaient que c’était le seul moyen pour en finir avec la longue crise ouverte en 2002 par les Forces nouvelles. Peu importait la manière dont l’élection s’était déroulée !

Vous laissez entendre dans votre ouvrage qu’Alassane Ouattara a été mêlé à la terreur semées dans le pays par les Forces nouvelles. Est-ce qu’on pourrait imaginer qu’un jour il soit entendu par la justice internationale au titre des violations commises par son camp ?

C’est à la justice internationale de le décider. Pour l’instant, elle ne semble pas vouloir le faire. Ouattara a évidemment une part de responsabilité dans la crise de toutes ces dernières années, et en particulier dans le massacre de centaines de personnes à Duékoué, commis par ses troupes fin mars 2011. Des ONG ont documenté les faits, mais la justice internationale n’a encore émis aucun mandat contre les acteurs de ces tueries sans précédent. La Cour pénale internationale (CPI) s’est bornée jusqu’ici à inculper Gbagbo et à obtenir son transfert à La Haye, ainsi que celui d’un de ses proches, Charles Blé Goudé, du Congrès des jeunes patriotes. La justice internationale ne donne pas l’impression d’être impartiale. Il ne faut pas oublier que la CPI est en partie financée par la France.

En conclusion de votre essai, vous écrivez que « l’ingérence par la force de la France a compromis l’avenir de la Côte d’Ivoire ». Pourtant, sur le terrain, depuis l’arrivée au pouvoir d’Ouattara, le pays semble avoir renoué avec la croissance économique et sa vitalité culturelle d’antan. Il y a incontestablement un mieux-être.

Les chiffres de l’économie sont officiellement bons, les avis le sont moins. La situation reste précaire, d’autant que la guerre a laissé sur le terrain des dizaines de milliers d’armes qui circulent dans les mains des ex-combattants pro-Ouattara. Une partie d’entre eux seulement a été intégrée dans l’armée régulière. Beaucoup d’autres sont frustrés, comme les anciens membres du « Commando invisible » qui a combattu à Abidjan pour Ouattara. Certains seraient prêts à reprendre les armes si on le leur demandait. Il y a aussi des tensions au sein même du pouvoir. Pendant ce temps, des centaines de présumés « pro-Gbagbo » sont en prison depuis 2011 sans avoir été jugés. Il y a un ensemble d’indicateurs qui montre que l’avenir est inquiétant.

Par Tirthankar Chanda de RFI

lien: http://www.rfi.fr/afrique/20150707-fanny-pigeaud-gbagbo-france-cote-ivoire-guerre-civile-onu-ouattara-chirac/

20/06/2014

Côte d'Ivoire - France : L'imposture de la France sous le couvert de Jean-Christophe Notin avec son livre "Le crocodile et le scorpion" sous titré "La France et la Côte d'Ivoire (1999-2013)"

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Comme dans les années 1900, lors de la pénétration française en Côte d'Ivoire, les français par l'entremise de leurs médias d'état et de certains soit disant écrivains et spécialistes de l'Afrique, essaient de travestir l'histoire sanglante de notre pays qu'ils ont planifié, organisé et mis en œuvre, pour se donner bonne conscience. Mais ce qui s'est passé dans les années 1900 avec Gabriel Angoulvant, qui pouvait seul raconter dans un bouquin ses exploits et traiter les noirs de sauvages, alors que lui les décapitait et mettait leurs têtes sur des poteaux, ne saurait prospéré en 2014, plus d'un siècle plus tard.

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Dieu merci, ils nous ont imposés leur langue, leur écriture et leur culture. Aujourd'hui, nous pouvons apporter la contradiction et dénoncer l'imposture. C'est pourquoi, nous réagissons à l'imposture de cet ouvrage "Le crocodile et le scorpion" sous titré "La France et la Côte d'Ivoire (1999-2013)" d'un certain Jean-Christophe Notin, qui vante les exploits de la politique malsaine française et des soldats français au mépris des victimes innocentes et de la souveraineté de notre pays.

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Je n'ai pas lu son bouquin, il ne m’intéresse pas, par contre son interview sur la radio RFI m'a intrigué. Et aujourd'hui, j'ai lu le post de quelqu'un qui a parcouru son roman et m'a motivé à écrire ce post. Ma façon à moi de dénoncer l'imposture de la France en Afrique et de réveiller la conscience de nos frères et sœurs.

L'interview de RFI

L'écrivain Jean-Christophe Notin, auteur du livre «Le crocodile et le scorpion»

(Par Christophe Boisbouvier)

Côte d'Ivoire : retour sur la bataille d'Abidjan et le jour où Laurent Gbagbo a été capturé. C'était il y a trois ans, le 11 avril 2011. Quel rôle précis ont joué les militaires français ? Jusqu'où sont-ils allés ? Jean-Christophe Notin a recueilli les témoignages de nombreux militaires français de l'opération Licorne. Aujourd'hui, il publie aux éditions du Rocher l'ouvrage Le crocodile et le scorpion.

« C’est une opération impliquant une cinquantaine de forces spéciales, plusieurs hélicoptères et qui a donc failli très mal tourner : les forces spéciales se sont retrouvées bloquées contre un mur comme pour un peloton d’exécution, l’affrontement a duré plusieurs heures, les Français ont failli enregistrer plusieurs pertes au sol mais également en l’air… »

On en sait désormais un peu plus sur le mode opératoire employé par les soldats de la Force Licorne pour pilonner la résidence de l’ancien président Laurent Gbagbo. Interroge par RFI, l’écrivain Jean Christophe Notin, auteur du livre « le crocodile et le scorpion » a fait des révélations sur les derniers combats autour de cette résidence.

Lors de la crise postélectorale ivoirienne, tout le monde se souvient des combats de la dernière semaine, mais vous nous dites que le premier bras de fer, c’est dès le mois de janvier pour le carburant, et il commence à la sortie d’Abidjan, sur l’autoroute du Nord.

Gbagbo, voulant éviter l’affrontement direct avec les Français a choisi la manière détournée d’instaurer un blocus en fermant à la fois le port et l’aéroport. Evidemment, la force française Licorne basée à Port-Bouët, à Abidjan, aurait pu se retrouver à court de carburant, adonc été obligée de constituer des convois très lourds avec des dizaines de blindés, de véhicules, et d’hélicoptères qui devaient gagner Bouaké, la zone à peu près sûr où on pouvait installer un pont aérien. Donc, ces convois passaient par la sortie Nord qu’on appelle le corridor Nord à Abidjan, où les forces pro-Gbagbo avaient installé un barrage.

Finalement, les convois français ont pu forcer les barrages sur l’autoroute du Nord ?

Oui, les Français ont une très grande expertise de ce genre d’événements grâce à la gendarmerie nationale. Les gendarmes mobiles, équipés de blindés ou delames pour pousser les éventuels véhicules au milieu. Les choses se sont relativement bien passées à chaque fois, mais on n’est pas passé loin à plusieurs reprises, d’incidents assez graves.

A partir du mois de février, le camp de Laurent Gbagbo perd des positions dans la ville, notamment à cause de ce commando invisible qui tend des guets-apens dans la commune d’Abobo. Sait-on aujourd’hui qui était derrière ce commando ?

Il y a eu beaucoup de fantasmes et de rumeurs sur le sujet. Maintenant que l’on dispose de l’analyse des services de renseignements auxquels j’ai pu avoir accès, on sait que c’était le légendaire IB (Ibrahim Coulibaly ; Ndlr) qui a participé à toutes les révoltes depuis une dizaine d’années. Il avait réussi à fédérer grosso modo, une centaine de partisans qui ont mené des opérations coups de poing contre les forces de sécurité.

En mars, c’est le bombardement d’un marché d’Abobo puis le vote du Conseil de sécurité pour des frappes anti-Gbagbo. Le 4 avril, les frappes des hélicoptères de Licorne et de l’Onuci commencent. Le camp Gbagbo résiste farouchement et vous dites que les pilotes d’hélicoptère sont alors pris du syndrome du Faucon noir.

Oui, avec un guetteur s’installant sur un toit et tirant au lance-roquette sur l’hélicoptère. C’est exactement ce qui s’est passé à Mogadiscio en1993. La chute du faucon noir. Ça a été une scène évidemment terrible qui aurait contre battu l’effet politique qu’on voulait pour l’opération.

Dans la nuit du 8 au 9 avril, il faut exfiltrer un diplomate britannique de sa résidence tout près de celle de Laurent Gbagbo. Quatre hélicoptères français sont engagés et vous dites qu’à ce moment là, les militaires français sont passés tout près de la catastrophe.

Oui, l’opération qui était encore inconnue à ce jour et que je révèle grâce à mes sources au sein des Forces spéciales. C’est une opération impliquant une cinquantaine d’éléments des Forces spéciales, plusieurs hélicoptères et qui a donc failli très mal tourner. Les Forces spéciales se sont retrouvées quasiment bloquées contre un mur, comme sur un peloton d’exécution. L’affrontement a duré plusieurs heures et les Français ont failli enregistrer plusieurs pertes au sol mais également en l’air. Les hélicoptères ont été impactés.

Ce qu’on apprend dans votre livre, c’est que lors d’un redécollage d’urgence, un hélicoptère tape un lampadaire et est sur le point de se crasher.

C’est pour récupérer les hommes au sol et éviter un risque considérable. Ils ont tapé ces lampadaires qu’ils ont d’ailleurs sciés et évidemment ça n’arrange pas la conduite d’un hélicoptère. Ça a failli donc tourner au drame.

Les Français comme les Frci pro-Ouattara sont à ce moment là surpris par la capacité de résistance du dernier carré de Laurent Gbagbo. Y avait-il seulement des soldats Ivoiriens dans le dernier carré ?


Non. Mais déjà, le dernier carré est constitué des meilleures troupes de Gbagbo. Le Cecos, la Garde républicaine, mais il y avait également beaucoup de mercenaires, libériens, quelques Angolais venus très très motivés par l’argent et par différentes substances que les Français ont pu retrouver sur place.

Des substances de quelle nature ?

Drogues #### comme si les soldats français n'en prennent pas ####

On arrive à la journée décisive du 11 avril. Comme les Frci n’arrivent pas à approcher la résidence de Gbagbo, c’est une colonne de blindés français qui fait la percée. Il est 11h45 et il y a cette phrase inoubliable dans votre livre, d’un officier français de la base opérationnelle de Port-Bouët au capitaine qui commande le premier blindé de la colonne: « Balance-moi ton putain d’obus dans le portail de cette baraque ».

Et c’est là qu’on voit une certaine exaspération à Paris qui veut absolument conclure ce jour-là. Et les blindés français ont montré la voie de Gbagbo. Les Frci ne suivent pas. Donc, le commandement français estime qu’il faut en plus pratiquer des ouvertures dans les murs pour être sûr que les Frci vont rentrer. D’ou, ce fameux Lieutenant-colonel qui donne l’ordre de ‘‘bréchage’’ qui est un terme indiquant les frappes sur le portail et les murs de la résidence de Laurent Gbagbo.

Derrière le portail, il y avait un anti-char ?

Oui, ça a été la grande découverte. C’était une arme anti aérienne qui n’était pas prévue et qui aurait pu tirer sur les assaillants si elle n’avait pas été détruite par le blindé français qui a tiré un deuxième coup.

La question que tous se posent évidemment, c’est qu’après le ‘‘bréchage’’, est ce que les Français ont participé à l’assaut de la résidence elle-même ?

Non, là, c’est vraiment la limite absolue qui a été donnée par le sommet de l’Etat : Ne pas entrer dans la résidence de Gbagbo. Et ça se comprend puisque la bataille est terminée. Donc, il n y a pas besoin d’engager des vies humaines françaises ou risquer des vies alors que Gbagbo, de toutes façons est coincé.

Mais qu’est-ce qui vous prouve que les Français n’ont pas participé à l’assaut final ?


D’après les témoignages que j’ai recueillis au sein de la résidence française qui était juste à côté, des troupes qui étaient engagées. J’ai rencontré ceux qui ont détruit le mur, qui ont fait le survol de la résidence. Ça m’étonnerait qu’une telle conjonction de témoignages n’aboutisse pas à la vérité. ### Quelle conjonction de témoignage ? Il n'y a que les français que tu interroges! ###

Laurent et Simone Gbagbo sont capturés, mais ce que vous dites, c’est qu’une fois l’assaut terminé, les Français vont rendre visite à cette fameuse résidence.

Oui, c’est une des surprises de ce livre. En soirée, quelques éléments français de différents services, Dgse, Gign, et l’ambassadeur se sont rendus sur place. Le but étant de vérifier le contenu des papiers de Laurent Gbagbo. ### et pourtant les français n'ont pas participé à l'assaut final, mais se retrouvent dans la résidence. foutaise!!!!!! ###

Et de ne pas seulement les regarder ?

On l’imagine. Il y a eu certaines Saisies ### comme l'opération "baracouda en Centrafrique", les français devaient récupérer tous les documents compromettants à la résidence et cela ne pouvait pas être fait après le passage des FRCI de Ouattara, mais bien avant. ###


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La réaction de Théophile Kouamouo, qui a lu le bouquin.


"Le Crocodile et le scorpion" de Jean-Christophe Notin : un livre de désinformation sur les relations entre la France et la Côte d'Ivoire

C'est un bouquin dangereux pour les générations futures, qui tente de réécrire l'Histoire récente et multiplie les absurdités grossières et les contre-vérités. Ce qui ne l'empêche pas de s'imposer en France comme un « livre de référence » dont on peuplera les bibliothèques et instituts spécialisés. Et pourtant !

A quoi cela sert-il donc de « faire de la publicité »à un ouvrage que l'on estime à la fois malhonnête, dangereux et souvent totalement à côté de la plaque ? Telle est la question que l'on peut se poser en s'engageant dans la lecture de cet article consacré au livre « Le crocodile et le scorpion » de Jean-Christophe Notin, sous-titré « La France et la Côte d'Ivoire (1999-2013) ». Pourquoi contribuer à rendre célèbre des écrits qui participent d'une entreprise de travestissement de l'histoire récente de la Côte d'Ivoire, dans le but de dédouaner une ancienne puissance coloniale pourtant grandement responsable du chaos qui y a régné pendant une longue décennie ?

D'abord et avant tout parce qu'il est impérieux de déconstruire les techniques manipulatoires de ce qu'il faut bien appeler une « littérature des services ». Comme nombre d'ouvrages précédents dans la même veine, « Le crocodile et le scorpion » se caractérise par une série d'erreurs grossières, qui trahissent la méconnaissance grossière du sujet par son auteur, qui croit pallier son ignorance en se servant de fiches et d'entretiens avec des « sources » exclusivement issues de la diplomatie, de l'armée et des agences de renseignement hexagonales. Sans surprise, il se livre à un révisionnisme honteux et maladroit de l'histoire récente, en remettant en cause des faits désormais établis sans grand risque, dans la mesure où un grand nombre de ses lecteurs, qui ne savent pas, vont le croire sur parole. Et qu'un petit nombre d'entre eux, qui savent, vont se demander à quoi bon faire de la publicité à un livre qui ne le mérite pas...

Et pourtant. A ne pas démasquer l'imposture du livre de Notin, on court le risque de le laisser prospérer comme « ouvrage de référence », comme le considère déjà l'émission « Le Dessous des Cartes » diffusée sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte et largement ventilée dans les bibliothèques universitaires du monde entier.

Comment être « spécialiste » d'un pays qu'on ne connaît pas du tout

Accabler Gbagbo, encenser Ouattara, dédouaner la France et saupoudrer le tout « d'ivoirité ». La recette utilisée par Jean-Christophe Notin aux fins de planter le décor ivoirien n'est pas nouvelle. Mais à vouloir expliquer un contexte qu'il ne maîtrise pas, l'auteur se couvre de ridicule. Petit florilège non exhaustif.

- En page 19, Notin écrit que Ouattara a pris « un peu plus d'étoffe » en 1994 en créant le RDR. Or, c'est Djéni Kobina qui a créé le RDR en question, dont Ouattara n'a pris la tête qu'en 1999.

- En page 20, il essaie d'expliquer qu'Alassane Ouattara a été burkinabé sans vraiment l'être dans un développement confus et sacrément inexact. Pour les besoins de sa cause, il va jusqu'à dire que Ouattara doit « sa nationalité burkinabée » qui n'a tenu qu'à « des circonstances particulières » à... Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987. Alors qu'Alassane Ouattara a été enregistré comme étudiant burkinabé aux Etats-Unis dans les années 1960 et a été vice-président de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) au titre du Burkina Faso dès 1983.

- En page 36, l'auteur écrit, sans sourciller, qu'un second tour a eu lieu lors de la présidentielle de 2000, ce qui est rigoureusement faux, et que c'est suite à ce second tour que Gbagbo a été élu. Or Gbagbo a été élu, en 2000, au premier tour face au général Guei.

- En page 37, il invoque un « entre deux tours » lors des élections législatives, ce qui est d'autant plus grotesque que les lois ivoiriennes prévoient que ce scrutin soit un scrutin à un tour.

- En page 38, il prétend que Simone Gbagbo a fait plus de prison que son mari, ce qui est flatteur mais faux.

Toujours à la page 38, il écrit que le couple Gbagbo était membre de l'église Foursquare, ce qui est faux (ils étaient membres de l'église Schékina Glory de Moïse Koré). Et que le fondateur de Forsquare, c'est... « Papa nouveau », qu'il confond manifestement avec Sévérin Kacou. A la page 211, - il confond le pasteur Moïse Koré et Koné Malachie.

- A la page 75, Christophe Notin apprend au lecteur médusé que Charles Blé Goudé est « souvent secondé » par Jeannette Koudou, la sœur de Laurent Gbagbo, qui a l'âge d'être sa mère... et qui n'appartient ni de près ni de loin au mouvement des Jeunes Patriotes.

- En page 123, il indique qu'en novembre 2004, Désiré Tagro était le directeur de cabinet de Gbagbo, alors qu'il était Conseiller spécial aux Affaires juridiques et porte-parole de la présidence.

- En page 236, il affirme doctement que Marcel Gossio, alors directeur du Port autonome d'Abidjan, était ministre de l'Economie dans le gouvernement Aké N'Gbo. En réalité, par méconnaissance des hommes et du contexte, il le confond avec Désiré Dallo, directeur du Port autonome de San Pedro devenu effectivement grand argentier dans le dernier exécutif de Gbagbo.

Un Français qui ne connaît pas le mode de scrutin lors des élections législatives américaines, qui se trompe sur les fonctions officielles des collaborateurs d'Obama, sur le nom de son pasteur, sur le parcours de son épouse et la genèse d'une des principales forces politiques en présence peut-il s'ériger en spécialiste des Etats-Unis ? Non. Mais quand il s'agit de l'Afrique francophone, toutes les impostures sont possibles. N'importe qui, actionné par les réseaux les plus glauques d'une diplomatie néocoloniale qui veut se faire passer pour une oie blanche et diffuser sa propagande, peut surgir et bénéficier, à Paris, d'une « respectabilité » refusée à des auteurs africains maîtrisant mieux leur sujet, où à des Français qui tentent de pousser leurs compatriotes à se poser les bonnes questions.

Une réécriture grotesque de l'histoire récente

Il faut croire que les livres d'auteurs comme Charles Onana, les documentaires engagés comme ceux de Sidiki Bakaba (« La victoire aux mains nues ») et Hanny Tchelley (« Un homme une vision ») ainsi que le patient travail journalistique exercé localement avec fort peu de moyens dérange la France officielle, qui n'a pas été habituée, au cours des crises africaines où elle est intervenue depuis les indépendances, à un tel répondant. Le Crocodile et le Scorpion (qui cite d'ailleurs Le Courrier d'Abidjan et Le Nouveau Courrier pour les diaboliser) est un livre de « riposte ». C'est un ouvrage qui tente, même s'il s'en défend mal, de réhabiliter une version officielle de l'Histoire dans laquelle la bonne France serait un crocodile qui aurait essayé de transporter le scorpion (la Côte d'Ivoire) d'une rive à l'autre du fleuve mais se serait vue piquer par son dard ingrat. La thèse épouse donc la matrice idéologique de la « négrologie », selon laquelle l'Afrique se suicide, prise de convulsions irrationnelles, en dépit de la bonne volonté de ses sauveurs mal récompensés. La France est gentille ; le Burkina Faso innocent ; Ouattara adorable ; Gbagbo méchant et manipulateur. On connaît la chanson ! Une chanson que l'interprète Notin ne parvient pas à mettre en musique. A vouloir raconter une histoire qui n'existe pas, il défend des mensonges que leurs auteurs initiaux ont déjà abandonné, dit une chose et son contraire, ment éhontément là où des images parlent d'elles-mêmes... Son échec à bâtir un mensonge solide est réjouissant : il nous indique qu'au match de l'Histoire, la grande, les révisionnistes à la petite semaine ont déjà perdu.

Une vieille version du 19 septembre 2002 que même les rebelles ne racontent plus

Dans son « livre de référence », Notin raconte, sans trembler, une version de l'attaque du 19 septembre 2002 – qui marque le début de la rébellion armée – que les rebelles eux-mêmes ont contredite, après l'avoir laissée prospérer quand ils en avaient besoin. « Dans la nuit, 750 « zinzins », l'ancienne garde rapprochée du général Gueï, qu'il avait recrutés dans sa région natale de l'ouest et qui ont été remerciés par Gbagbo le 18 septembre, ont attaqué la caserne d'Agban à Abidjan. Mais des troubles sont aussi signalés dans le nord et le centre où le succès est foudroyant puisque les grandes villes de Bouaké et Korhogo sont investies. Le flou entoure les responsables, mais Gbagbo, lui, ne s'embarrasse pas pour les ranger dans le même sac bushien des « forces du mal » », écrit-il. Avant d'ajouter que les rebelles que découvrent (?) les Français en arrivant à Bouaké n'ont « rien à voir avec les « zinzins » d'Abidjan ».C'est sur le site de Guillaume Soro himself que cette version des « deux mouvements » est totalement infirmée. « Dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 septembre 2002, ont été attaqués simultanément le camp militaire d’Akouédo, l’école et le camp de gendarmerie d’Agban, l’école de Police, le centre émetteur d’Abobo à Abidjan par des soldats ivoiriens rentrés d’un exil forcé. Les camps militaires de Korhogo, de Bouaké n’ont pas été épargnés. Les premiers crépitements des armes ont été entendus vers 23 heures 30 à Abidjan et les combats ont duré toute la nuit jusqu’au petit matin. Après d’âpres combats dans la ville d’Abidjan, les mutins se replient sur Bouaké et Korhogo », peut-on lire sous la signature de Hussein Kouamé, un rédacteur rémunéré par l'ancien chef rebelle. Soro lui-même a écrit dans son livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », paru en 2005 et qui figure pourtant dans la bibliographie revendiquée par Notin : « Notre plan d'attaque du 19 septembre 2002 a ciblé trois villes ivoiriennes : Korhogo au nord, Bouaké au centre et Abidjan, la capitale économique, au sud. Un chef militaire différent a été nommé pour chacune de ces trois villes. (...) Messemba Koné dirigeait l'attaque sur Korhogo. À Bouaké, le chef militaire était Diarrassouba Oumar dit Zaga-Zaga. Il est décédé accidentellement fin septembre. À Abidjan, le responsable militaire qui coordonnait les opérations s'appelait Ouattara Yssouf, dit Kobo. Voulant surprendre, nous avons décidé l'attaque simultanée des trois villes. Plusieurs jours avant ces attaques simultanées, nous nous sommes infiltrés dans chacune de ces localités. (…) Nous avons rapidement pris Bouaké et Korhogo. (…) Mais l'attaque d'Abidjan fut un échec, notamment par manque de munitions. Le coup a été tenté avec de faibles moyens. Nous comptions nous renforcer avec des armes stockées dans les casernes des FANCI que nous envisageons de prendre. Dans la capitale économique, ce plan n'a pas suffisamment fonctionné ». Manifestement, le plan de désinformation de Notin ne fonctionne pas mieux.

Prendre Abidjan avec quelques kalachs ?

Les spin doctors de l'armée et de la diplomatie française ont bâti une bonne partie de leur communication sur le conflit ivoirien autour du postulat selon lequel c'est la France qui, en s'interposant entre « Gbagbo » et les rebelles, lui ont sauvé la mise en 2002. C'est également ce que fait Notin en mettant en exergue les propos du commandant Luc Courcelle, du groupement de commandos parachutistes, qui a « infiltré » le MPCI dès la fin de l'évacuation des Français de Bouaké. Les rebelles pouvaient « atteindre Abidjan sans la moindre difficulté » s'ils le voulaient, explique-t-il en omettant de rappeler qu'ils n'ont pas pu prendre la capitale économique ivoirienne alors qu'ils bénéficiaient de l'effet de surprise. Par la suite, tout aussi soucieux d'innocenter le Burkina Faso de Blaise Compaoré, il invoque « la modicité de l'armement des rebelles : des kalachnikovs principalement, et deux missiles sol-air SA-7 en guise de matériel de pointe » qui écartent « résolument » la thèse du « soutien massif d'un pays étranger ». L'officier supérieur français, et l'auteur qui relaie ses propos, veulent-ils nous faire croire qu'avec des kalachs, quelques centaines d'hommes peuvent prendre et conserver une ville de plusieurs millions d'habitants sur le qui-vive et qui ne les attend pas les bras ouverts ? Certes, il s'agit de l'Afrique. Mais un peu de sérieux tout de même... De contradiction en contradiction, Notin finit par relayer les propos d'un colonel de la force Licorne, racontant l'état d'esprit des Français avant l'offensive loyaliste de novembre 2004. « La valeur militaire des Forces nouvelles était nulle (…) Elles allaient déguerpir avec le trésor qu'elles avaient amassé pendant deux ans ». Alors, super soldats ou super nullards ?

La thèse de l'innocence du Burkina et de Ouattara contredites par les rebelles eux-mêmes

« Que Compaoré soit lui-même l'instigateur de la crise, qu'il ait directement armé et financé les rebelles est impensable. Il affectait depuis quelques années de se présenter comme le vieux sage de l'Afrique de l'Ouest, ce n'était pas pour fomenter un coup d'Etat », écrit Christophe Notin. Il se trouve pourtant que les principales figures de la rébellion elle-même admettent le rôle central de Compaoré dans leur aventure guerrière. Une confidence directe de Guillaume Soro au quotidien Libération, édition du 25 juillet 2012, indique pourtant que le président burkinabé était au cœur de l'affaire dès le commencement. «C’est moi qui ai trouvé le nom de notre mouvement. J’avais songé au MRCI, Mouvement révolutionnaire de Côte-d’Ivoire. Mais Blaise Compaoré m’a dit que cela rebuterait l’opinion internationale», confiait ainsi l'ancien chef rebelle au journaliste Thomas Hofnung, également spécialiste des questions militaires. Ce dernier poursuivait son article en présentant Compaoré comme le « vrai parrain des rebelles qui ont préparé leur coup à Ouagadougou ». Dans des confidences filmées avant sa mort, et largement diffusées sur YouTube, Ibrahim Coulibaly dit « IB » dit avoir « monté le 19 septembre » et « préparé ses hommes pendant près de six mois » à partir du Burkina Faso grâce à l'aide de Blaise Compaoré.

Dans la confusion de ses propos, Notin va jusqu'à admettre que le Quai d'Orsay suit « largement le chef d'Etat ivoirien dans ses accusations à l'encontre du Burkina » et qu'au sein de l'état-major français, « une tendance » imputait « la responsabilité de la rébellion au Burkina Faso et plus particulièrement à son président que certains appelaient « le tueur malin » ». Ainsi donc, en dépit de sa présence multiforme en Afrique, l'armée française se trompait du tout au tout sur les détails « techniques » de la préparation de la rébellion en Côte d'Ivoire et il faudrait plutôt croire un auteur dont les propos sont démentis par tous....

Une version des faits renversante sur les événements de novembre 2004

Bien entendu, l'auteur de « Le Crocodile et le Scorpion » tente d'imposer la thèse selon laquelle Gbagbo (ou plutôt l'un des membres de son entourage) a bel et bien donné l'ordre de bombarder des soldats français lors de l'opération « César » ou « Dignité » dont l'objectif était de détruire les infrastructures militaires de la rébellion et de l'obliger à revenir avec modestie sur le terrain de la négociation. Pourtant, tout à ses contradictions, il donne des informations qui tendent à indiquer plutôt que la France avait prémédité une action pdur empêcher toute éventuelle reconquête militaire des loyalistes.

A la page 73 de son livre, il révèle ainsi que les Français, après la mise en place de la « ligne de non-franchissement » coupant le pays en deux, avaient annoncé les couleurs dès début 2003. « Le message est plusieurs fois répété par les Français : aucune intrusion, d'un côté comme de l'autre, ne sera tolérée. Que Gbagbo en particulier s'avise de faire usage de son aviation pour bombarder des civils, ses aéronefs seront détruits ». Bien entendu, la référence aux « civils » est purement rhétorique. C'est l'interdiction de reconquérir Bouaké, territoire ivoirien, par la force armée légitime, et la menace de destruction des Sukhoï et MI-24, qu'il faut retenir. A la page 124, il raconte une conversation entre Chirac et Gbagbo le 3 novembre 2004. « Ecoute Laurent, dit le président de la République, nous sommes très ennuyés à Paris. Si tu franchis la ligne par la force, il va y avoir des morts. Je dois te dire que nous, Français, nous avons un mandat de l'ONU qui nous obligera à t'empêcher de passer. C'est ça que tu veux ? Des blindés français contre des soldats ivoiriens ? (…) On va vous tirer dessus ! », menace-t-il très explicitement.

Finalement, les menaces françaises sont mises à exécution à cause de la témérité ivoirienne. Mais Notin explique, conformément à la version officielle française, que cela n'a eu lieu que parce que des soldats français ont été tués par l'aviation ivoirienne – en dépit du caractère rocambolesque de cette thèse. De manière assez surprenante, Notin écrit, page 131, que « la vérité est que Gbagbo a lancé son offensive avec la bénédiction tacite de Licorne qui, par diverses voies, lui a garanti sa passivité à condition qu'il fasse vite et qu'il n'attente ni aux Français ni à l'ONUCI ni aux civils ». A moins que Licorne ne soit pas assujettie au chef suprême des armées françaises, Jacques Chirac, il y a là une insurmontable contradiction... Masochiste, Notin donne le bâton pour se faire battre en se servant momentanément de son cerveau. « La véritable énigme de Bouaké reste donc irrésolue : comment les aviateurs, qui viennent de bombarder des Français, osent-ils revenir se poser à quelques dizaines de mètres d'une de leurs unités équipées de missiles Milan, dont ils connaissent parfaitement la présence ? D'autres argueront des réserves de carburant, mais une fois de plus, les aviateurs ne courent pas ; ils regagnent tranquillement leurs quartiers. (…) Voilà bien la preuve ultime, pour les critiques, de la culpabilité de la France : les pilotes ont un sentiment d'impunité parce qu'ils ont obéi à un ordre plus ou moins direct des Français », écrit-il, avant de rejeter cette thèse. Et de s'accrocher au témoignage anonyme de celui qu'il présente comme « un très proche conseiller de Gbagbo » qui lui a été rapporté par « un conseiller de Chirac » sans plus de précision. Selon ce témoignage anonyme de seconde main donc, Gbagbo aurait lancé, la veille des événements de Bouaké, à la cantonade, lors d'agapes « dignement arrosées » qu'il fallait « donner une leçon » aux Français. « Dans l'énivrement et l'émulation, que les durs de son entourage aient alors imaginé le satisfaire en faisant donner les Sukhoï n'est pas invraisemblable », écrit Notin. En réalité, ce qui est le plus vraisemblable est que Paris a mis à exécution des menaces plusieurs fois réitérées en « créant » dans la précipitation une « opportunité », une « justification » pour son intervention...

Théophile Kouamouo


03/01/2014

Afrique - France : Le dernier trimestre françafricain de 2013

DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°662 du 03/07/2013

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Yamina Benguigui sur tous les fronts africains

Alors que le mois de juillet est traditionnellement consacré aux tournées africaines des chefs d'Etat français, François Hollande a prié sa ministre déléguée à la francophonie, Yamina Benguigui, de se plier à cet exercice.


Du 5 au 13 juillet, Yamina Benguigui, la ministre déléguée auprès de Laurent Fabius chargée de la francophonie, parcourra cinq pays au sud du Sahara, au lendemain du déplacement de François Hollande en Tunisie. La première étape l'amènera au Gabon en tant que représentante spéciale du président français, invité par Ali Bongo à assister aux festivités du centenaire de la fondation de l'hôpital du Pr Albert Schweitzer à Lambaréné. La ministre devrait ensuite prendre la direction de Bukavu au Sud-Kivu (Congo-K). Elle y décernera notamment la légion d'honneur au professeur Denis Mukwege, obstétricien-gynécologue mondialement célèbre pour "réparer" les femmes victimes de viol. Selon nos sources, la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, assistera à cette cérémonie.

Après un saut à Bujumbura (Burundi), où elle participera à une table ronde avec Mary Robinson, l'envoyée spéciale des Nations unies pour les Grands Lacs, Yamina Benguigui retournera à Kinshasa pour des entretiens avec Joseph Kabila, le premier ministre Augustin Matata Ponyo et le ministre des affaires étrangères, Raymond Tshibanda N'Tungamulongo. Elle profitera de sa présence au Congo-K pour signer un accord de coopération au titre du Fonds social de développement (FSD). L'étape suivante, Brazzaville, lui permettra de deviser avec Denis Sassou Nguesso, qu'elle a déjà croisé à Paris en avril (LC nº657). Ce périple se conclura le 13 juillet à Abidjan, où la ministre représentera la France à l'Assemblée parlementaire de la francophonie (APF). Ce déplacement en Côte d'Ivoire était calé de longue date après une invitation d'Alassane Ouattara. Mais il n'avait pu être honoré jusqu'à présent pour des raisons d'agenda chargé.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°663 du 17/07/2013

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Rififi à RFI sur le cas Léa-Lisa Westerhoff

La nomination de Léa-Lisa Westerhoff comme envoyée spéciale permanente au Congo-K provoque des grincements de dents au sein de RFI.

Certains "vétérans" de RFI ont fort peu goûté la nomination de Léa-Lisa Westerhoff sur un poste qualifié de "particulièrement sensible", au lendemain d’un plan social ayant conduit à une réduction drastique des effectifs. Le mécontentement est d’autant plus grand qu’il a fallu attendre près de deux mois et un round supplémentaire pour que la direction arrête son choix. Le 15 mai, date limite de dépôt des dossiers, deux candidats parmi les trois en lice avaient une chance d’être retenus : Ghislaine Dupont, vétéran des antennes africaines faisant l’objet depuis plusieurs années d’une fatwa du régime de Joseph Kabila pour sa couverture de l’actualité politique congolaise, et Norbert Navarro, ex-envoyé spécial permanent en Côte d’Ivoire, relégué depuis son retour à Paris dans un placard pour sa sympathie supposée avec Laurent Gbagbo. Le troisième postulant, Bernard Conchon, un ancien de Radio France Normandie, actuellement à Radio Okapi, au Congo-K, faisait figure d’outsider.

Les termes de référence du poste d’envoyé spécial permanent à Kinshasa (appelé également à couvrir l’Angola) semblaient taillés sur mesure pour les deux premiers, avec un léger avantage pour Navarro, économiste de formation, chef du service éco de RFI pendant six ans, en poste à Abidjan pendant la guerre civile. Mais surprise, le 3 juin, lorsque les nominations des nouveaux envoyés spéciaux permanents tombent, le poste de Kinshasa n’était toujours pas pourvu, contrairement à Johannesburg, Pékin et Moscou. La direction a annoncé sans plus de précisions que l’appel à candidatures pour le Congo-K restait ouvert jusqu’au 17 juin. Ghislaine Dupont s'est retirée de la course. Navarro a maintenu sa candidature. Mais le 4 juillet, la direction lui a préféré Léa-Lisa Westerhoff. Jusque-là correspondante au Maroc, celle-ci prendra ses nouvelles fonctions à Kinshasa le 1er septembre. Elle remplacera Bruno Minas, nommé à Dar-es-Salam, en Tanzanie, où il supervisera la rédaction de RFI en swahili.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°664 du 31/07/2013

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Jean-Christophe Mitterrand soigne ses réseaux à Bangui

Le fils de l'ex-président François Mitterrand, Jean-Christophe Mitterrand, a mis la situation centrafricaine à profit pour y organiser une mission business.

Même au bord de la faillite, la République centrafricaine continue d'attirer les émissaires en tout genre, venus soumettre "leurs offres de services" à Michel Djotodia. Après Jérôme Gomboc, salarié de l'entreprise de sécurité Roussel SARL, qui assure désormais la sécurité du chef de l'Etat (LC nº663), c'est au tour de Jean-Christophe Mitterrand de séjourner sur les rives de l'Oubangui. Celui-ci a passé 48 heures à l'hôtel Ledger Plaza. Il a ponctué sa visite, le 18 juillet, par un dîner avec le président centrafricain, au cours duquel ont été abordés les thèmes de la situation économique du pays et de la sécurité. Selon nos informations, le fils de François Mitterrand était accompagné de personnalités locales. Parmi celles-ci figurait l'homme d'affaires Ibrahim Aoudou Paco. Ce dernier, ex-missi dominici de François Bozizé et député de Carnot (ouest), serait bien connecté aux milieux miniers. Emile Gros Raymond Nakombo, ex-directeur général adjoint de la Banque populaire maroco-centrafricaine (BPMC) et candidat à la présidentielle de 2011 pour le RDC d'André Kolingba, a pris part aux agapes, tout comme le linguiste centrafricain Marcel Diki-Kidiri. Au cours de son séjour, Mitterrand a pu "inaugurer" la réouverture de la discothèque du Ledger, avant de reprendre son vol Royal air Maroc vers Paris. Cette discothèque était fermée depuis les événements du 24 mars qui ont renversé Bozizé.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°665 du 04/09/2013

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Qui a rendu un dernier hommage à Me Vergès ?

Terrain privilégié de la carrière de l'avocat Jacques Vergès, décédé le 15 août, l'Afrique n'a pas envoyé beaucoup de missi dominici assister à ses obsèques.

Malgré la foule dense massée à l'église Saint-Thomas-d'Aquin à Paris, le 20 août, pour un adieu à Jacques Vergès, le nombre pelliculaire de personnalités venues du continent a illustré la perte d'influence de l'avocat dans les présidences africaines ces dernières années. Le Gabon, où Vergès avait autrefois ses entrées (Omar Bongo a été longtemps son client), n'a dépêché aucun officiel. Idem du côté des présidents Denis Sassou Nguesso, Paul Biya, Idriss Déby ou de l'entourage d'Abdoulaye Wade, défendu par la même robe noire lorsque celui-ci était opposant.

Rare personnalité présente, François Bozizé avait recruté "l'avocat de la terreur" dès son arrivée au pouvoir. Me Vergès a notamment défendu Bangui face au pétrolier texan Jack Grynberg (LC nº599). Peu avant son renversement en mars, Bozizé avait aussi demandé conseil à l'avocat pour gérer le départ d'Areva du pays (LC nº644). A Paris, le gros des troupes africaines était emmené par la mouvance de Laurent Gbagbo, que Vergès a souhaité défendre aux premières heures de son arrestation en 2011, avant d'y renoncer (LC nº612). Aperçu à la cérémonie, Me Marcel Ceccaldi, qui défend Saadi Kadhafi, fils de Mouammar Kadhafi exilé au Niger, s'était rendu en Côte d'Ivoire en mai 2011 avec Jacques Vergès et sa consœur Lucie Bourthoumieux, avant d'être refoulé de l'aéroport d'Abidjan (LC nº615). Conseiller spécial de Gbagbo, Bernard Houdin avait aussi fait le déplacement à Paris, ainsi que le ministre du commerce de l'ex-président ivoirien, Eric Kahé, et Habiba Touré, avocate de Michel Gbagbo. Me Jean-Charles Tchikaya était de même présent. Intime de Jacques Vergès, il a obtenu de l'UE la levée du gel des avoirs de plusieurs proches de Gbagbo, dont ceux de Thierry Legré.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°666 du 18/09/2013

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Johnson-Sirleaf dicte ses conditions à Fabius

Le patron du Quai d'Orsay, Laurent Fabius, a dû se plier à la mauvaise humeur de la présidente libérienne, Ellen-Johnson Sirleaf, envers Paris pour nommer le nouvel ambassadeur de France à Monrovia. Révélations.

Malgré les discours de "rupture" avec son pré-carré africain, la France n'a jamais fait du Liberia une de ses priorités. Sans la présence de certains groupes hexagonaux (Michelin, Bolloré…), cet Etat aurait pu sans difficulté rejoindre, aux côtés de la Sierra Leone, de Sao Tomé, du Malawi et de la Gambie, la liste des pays du continent où Paris a décidé, fin août, de fermer ses ambassades suivant le "plan de rationalisation" cher à Laurent Fabius. Reste que cette indifférence semble de plus en plus irriter Ellen Johnson-Sirleaf. Tout avait pourtant bien commencé depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir. Reçue en novembre 2102 à Paris, la présidente libérienne avait naturellement renvoyé la pareille à son homologue en le conviant à Monrovia, invitation officialisée par une lettre en bonne et due forme adressée à l'Elysée un mois plus tard. Mais depuis cette date, aucune réponse - pas même négative - n'a été retournée à la Prix Nobel de la paix 2011. Pour ne rien arranger, Paris a apporté une fin de non-recevoir à une demande d'ouverture d'une antenne consulaire dans ce pays - pour se rendre en France, les Libériens doivent se présenter plusieurs fois au consulat d'Abidjan distant de 750 km. Mieux : faute de liaison aérienne directe, ils doivent passer par Accra !

Pour marquer son mécontentement, Ellen Johnson-Sirleaf a donc refusé d'accréditer Roland Bréjon, 63 ans, comme ambassadeur de France. Nommé en conseil des ministres début 2013 alors qu'il se trouvait en poste au Togo, celui-ci avait déjà préparé son paquetage pour ce qui s'annonçait comme son ultime mission. Les mois ont passé. En mai, le diplomate n'était toujours pas fixé sur son sort. En juin, sa nomination a été tout simplement annulée, les autorités libériennes exigeant un profil plus jeune. Laurent Fabius s'est exécuté en désignant Joël Godeau, âgé de… 59 ans. Ce dernier a pris ses fonctions fin août. Selon nos informations, Roland Bréjon devrait rejoindre l'ambassade de France à Kaboul, une destination de son choix que le Quai d'Orsay n'a pu lui refuser. Pour la petite histoire, il s'agit de l'un des postes actuellement les plus onéreux pour la diplomatie française (protection rapprochée, véhicule blindé, primes de risque, etc.). Comme "politique de rationalisation", on a vu mieux…



DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°667 du 02/10/2013

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Abidjan et Abuja livrent une guerre de leadership

Le gouvernement ivoirien mène depuis plusieurs mois d'intenses actions de lobbying en vue d'accueillir des institutions régionales antiterroristes afin de faire d'Abidjan une plateforme de lutte contre ce phénomène.

En plus de la direction régionale d'Interpol chargée de couvrir l'Afrique de l'Ouest présente sur son sol, la Côte d'Ivoire continue d'œuvrer auprès de Washington pour que les Etats-Unis installent à Abidjan le bureau chargé de l'Afrique de l'Ouest au sein de l'Africom (Commandement des Etats-Unis pour l'Afrique). Mais les autorités ivoiriennes insistent surtout pour réceptionner le futur centre régional de détection précoce du terrorisme de la CEDEAO. Ce chantier en gestation entre dans le cadre de la réforme des systèmes de sécurité dans les quinze pays de cette organisation. Première du genre sur le continent africain, ce centre serait en partie financé par Washington et Paris. Il faciliterait une surveillance à grande échelle de la sous-région tout en menant des actions de prévention, notamment contre les mouvements AQMI et Boko Haram.

La Côte d'Ivoire se trouve en concurrence sur ce projet avec le Nigeria. Pour espérer l'emporter, Alassane Ouattara pourrait s'engager auprès de son homologue Goodluck Jonathan à soutenir la candidature du géant anglophone au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Le ministre ivoirien de l'intérieur, Hamed Bakayoko, est à la manœuvre pour presser la France de soutenir et concrétiser rapidement ce projet. A Paris, Alain Bauer, président du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS), planche sur le dossier. Attendu en Côte d'Ivoire courant octobre, le ministre français de l'intérieur, Manuel Valls, défend également la position ivoirienne. Emile Pérez, le responsable des questions internationales place Beauvau, a d'ailleurs séjourné à Abidjan, fin septembre, pour évoquer cette question.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°668 du 16/10/2013

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Bolloré remporte une manche contre Necotrans

Bolloré a claironné sur sa "victoire" après sa condamnation à verser plus de 2 millions € à son adversaire Necotrans. Toutefois, la partie n’est pas terminée.

Assigné en justice par Getma-Necotrans, exproprié en 2011 du Port autonome de Conakry (PAC), le groupe Bolloré devra verser 2,114 millions € à son concurrent au titre de dommages et intérêts suite à une décision du tribunal de commerce de Nanterre rendue le 10 octobre. Le groupe fondé et dirigé par Richard Talbot soutenait que Bolloré était non seulement complice de la résiliation illégale de la convention de concession du PAC par l’Etat guinéen, mais qu'il s’était aussi rendu coupable d’actes de concurrence déloyale.

Sur le premier point, Necotrans n’a pas été suivi. Selon nos informations, les juges de Nanterre ont estimé ne pas être "habilités à se prononcer sur la validité et le bien-fondé de la résiliation par la Guinée du contrat de concession de Getma avec le PAC". En revanche, Bolloré a été jugé responsable d’un préjudice pour avoir utilisé les infrastructures et les équipements issus des investissements réalisés par Necotrans dans la même enceinte portuaire. Toutefois, les 2,114 millions € auxquels il a été condamné au terme de ce procès restent très en deçà des 100 millions € réclamés par Necotrans, défendu sur ce dossier par le cabinet Fischer, Tandeau de Marsac, Sur & associés. La question de la rupture illégale de la convention de concession est actuellement soumise aux tribunaux internationaux dans le cadre d’une procédure intentée par Necotrans devant le Cirdi (Centre international de règlement des différends relatifs à l’investissement) et la Cour commune de justice et d'arbitrage (CCJA) de l'Ohada.



POUVOIRS ET RESEAUX/POLITIQUE
n°669 du 30/10/2013

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CKB vs La Lettre du Continent (suite)

Venu en famille au procès qu’il a intenté à La Lettre du Continent, Charles Konan Banny a été sérieusement taclé durant l’audience, à Paris. Compte rendu.


Comme par miracle après de multiples reports, Charles Konan Banny "CKB" s’est présenté en personne, le 23 octobre à 15 heures, devant la 17e chambre du TGI de Paris dans le cadre de la plainte en diffamation qu’il avait intentée en 2007 contre La Lettre du Continent (LC nº667). Dans notre édition du 27 septembre 2007 (LC nº525), nous affirmions que l’ancien premier ministre s’était lancé dans les affaires après avoir quitté la primature et qu’il possédait plusieurs comptes bancaires à l’étranger. Dans un registre où il est passé maître - l’intégrité, la piété et le désintéressement -, Charles Konan Banny a vigoureusement nié à la barre l’existence de tels comptes, évoquant le caractère "ignominieux" de cette attaque. "Je fais partie d’une famille mondialement connue dont la devise est l’honneur (…) Cet article ne me reflète pas. Ce n’est pas de moi dont il parle".

Ce souci urgent "de rétablir la vérité" ne l’a pourtant pas empêché d’attendre six longues années pour obtenir une décision de justice. CKB et ses collaborateurs n'avaient pas été plus empressés de répondre en 2007 à Antoine Glaser, à l'époque rédacteur en chef de La Lettre du Continent, alors que ce dernier avait tenté de les joindre à moult reprises pour les interroger sur les informations qu’il s’apprêtait à révéler. Par ailleurs, en ancien gouverneur de banque centrale maîtrisant parfaitement les rouages de la finance, CKB a-t-il cherché à effectuer des vérifications auprès des banques étrangères citées dans l’article ? Pas davantage. Ce qui explique sans doute le vibrant "on va le faire !" lancé opportunément par son avocate au cours de l’audience. L’actuel président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) a aussi évoqué au tribunal - le plus sérieusement du monde - la possibilité que "les comptes en question aient été abondés à [son] insu par des gens malveillants ayant imité [sa] signature".

Intervenant après le réquisitoire du représentant du parquet qui a estimé, pour sa part, que "le caractère diffamatoire de l’article n’est pas établi", Roland Rappaport, l’avocat d’Indigo publications, société éditrice de La Lettre du Continent, a centré sa plaidoirie sur cet "étrange système de défense". Il a notamment relevé qu’après la publication de l’article, CKB n’a pas jugé utile d’adresser un droit de réponse, ni même d’appeler Antoine Glaser, qu’il connaissait bien, préférant diffuser un violent communiqué dans la presse ivoirienne et adresser une lettre aux chefs d'Etat de la sous-région. Me Rappaport s’est étonné qu’aucun des destinataires de ces courriers n'ait réagi pour le soutenir. De même, les personnalités citées dans l’article comme des "donneurs d'ordre", à savoir l’ex-chef de cabinet de CKB Eugène Kouadio et son proche collaborateur Léon Konan Koffi, qui avaient pourtant fait le déplacement depuis Abidjan, sont restés sagement assis sous les lambris du palais de justice. Ils ont préféré se taire plutôt que de témoigner en faveur de leur patron. Jugement attendu le 4 décembre.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°670 du 13/11/2013

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Comment Paris rentabilise son raout africain

Les autorités françaises profitent du Sommet Afrique-France prévu début décembre pour organiser en parallèle plusieurs autres manifestations. Aperçu de la programmation.


Des rendez-vous seront organisés par les ministères français en marge du Sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique prévu à Paris les 6 et 7 décembre. Ces manifestations thématiques seront ouvertes aux chefs d'Etat africains et à leurs délégations. François Hollande ne s'y associera pas. Outre la conférence économique sponsorisée par Medef international le 4 décembre à Bercy (LC nº669), le ministère délégué au développement organisera, le lendemain, un raout sur les innovateurs africains au cours duquel Pascal Canfin décernera ses "Awards". Les projets sont en cours de sélection parmi 800 dossiers. Les heureux lauréats pourront espérer un soutien financier de l'Agence française de développement (AFD), partenaire de la rencontre.

Le même jour dans l'après-midi, Nicolas Hulot animera au Quai Branly, en compagnie du ministre français de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, Philippe Martin, une conférence sur la menace d'extinction qui pèse sur l'éléphant d'Afrique. Plusieurs ministres africains de l'environnement sont attendus. Figure médiatique de l’écologie en France, Nicolas Hulot avait effectué une tournée dans plusieurs pays d’Afrique centrale en juin (Cameroun, Congo-B, Gabon, Congo-K…) pour défendre cette cause, avec le titre d’envoyé spécial de François Hollande chargé de la protection de la planète.


DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°672 du 11/12/2013

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Le général Benoît Puga à la manœuvre à l'Elysée

Au-delà des motivations humanitaires et sécuritaires, l'opération Sangaris illustre l'influence des militaires à l'Elysée, notamment celle du chef d'état-major particulier de François Hollande.

A l'instar de l'intervention de la force Licorne en Côte d'Ivoire ou de l'opération Serval au Mali, l'ombre du général Benoît Puga, chef d'état-major particulier de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande (sa nomination remonte à mars 2010), plane sur le lancement de l'opération Sangaris en Centrafrique, le 6 décembre. Ex-commandant des opérations spéciales et du renseignement militaire, ce saint-cyrien possède un ascendant sur le président français d'autant plus marqué qu'il a développé une forte expertise africaine au cours de sa carrière. A la fin des années 70, il a participé à l'opération sur Kolwezi, dans l'ex-Zaïre, visant à libérer des otages européens aux mains de rebelles katangais. Il a, par la suite, été actif sur plusieurs théâtres des opérations : au Gabon, à Djibouti mais aussi au Tchad à travers l'opération Manta.

La Centrafrique ne lui est pas inconnue. Benoît Puga a notamment travaillé aux côtés de l'ancien président malien Amadou Toumani Touré "ATT" lorsque ce dernier fut désigné, en 2001, envoyé spécial des Nations unies dans ce pays. A l'Elysée, plusieurs chefs d'Etat africains optent pour le "canal Puga" afin de délivrer leurs messages sans passer par la voie diplomatique. Suite à l'enlèvement des Français Philippe Verdon et Serge Lazarevic au Mali en novembre 2011, "ATT" avait emprunté cette voie pour alerter Nicolas Sarkozy.



DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°673 du 31/12/2013

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Sur les traces des avoirs de François Bozizé

Soucieuses de mettre en lumière les dessous du régime de François Bozizé, les nouvelles autorités de Bangui ont mandaté plusieurs émissaires pour lancer une opération "Bien mal acquis" contre le président déchu en mars. Exclusif.

En dépit d’une situation économique et humanitaire proprement chaotique dans le pays, le nouveau pouvoir de Bangui continue de régler ses comptes avec François Bozizé. Le président par intérim, Michel Djotodia, vient de mandater deux émissaires, l’homme d’affaires Philippe Mairesse et l’ancien conseiller spécial de Robert Gueï, Robert Dulas. Ceux-ci ont pour mission d’approcher plusieurs cabinets d’avocats parisiens susceptibles de lancer des procédures pour recouvrer les biens mobiliers et immobiliers accumulés par l’ex-président et les membres de sa famille tout au long de sa présidence (2003-2013). L’opération, qui s’apparente à celle dite des Biens mal acquis ("BMA") engagée en France contre les présidents Denis Sassou Nguesso, Ali Bongo ou Teodoro Obiang Nguema, cherche à déterminer les biens que l’ancien président aurait achetés en France et à l’étranger via des fonds publics détournés. Selon le mandat que La Lettre du Continent s’est procuré, les deux émissaires sont spécifiquement chargés d’effectuer "toutes les recherches nécessaires à la découverte des fonds, valeurs et objets détournés et de les bloquer".

En octobre, ils ont demandé à l’avocat parisien William Bourdon (cabinet Bourdon & Forestier), spécialiste de ces questions, de se saisir de ce dossier. Ce dernier leur a renvoyé un mémo de deux pages dans lequel il affirme être disposé "à agir rapidement pour, dans un premier temps, dresser la liste des biens susceptibles d’appartenir directement ou indirectement à François Bozizé et son clan". Me Bourdon attend toutefois certaines clarifications dans la démarche, le premier ministre Nicolas Tiangaye ayant de son côté approché d’autres avocats pour lancer la même procédure. Dans une autre missive adressée au directeur de Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins), Michel Djotodia demande à cette cellule du ministère français de l’économie de coopérer pleinement avec le duo Mairesse-Dulas.



DIPLOMATIE D'INFLUENCE
n°671 du 27/11/2013

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La mission Védrine assène ses vérités

Réaliste sur le recul de la France en Afrique, le rapport que l'ex-ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, s'apprête à remettre au ministre de l'économie Pierre Moscovici propose plusieurs pistes pour raffermir le lien distendu. Sans pou

La profusion de rapports sur les relations franco-africaines - "L'Afrique est notre avenir" des sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel, "Les Emergents de l'Afrique anglophone" des députés Noël Mamère et Michel Zumkeller, etc. - devrait s'enrichir, à la veille du Sommet Afrique-France de l'Elysée (6/7 décembre), de la présentation des conclusions de la mission emmenée par Hubert Védrine. Sous le titre "Afrique-France, un partenariat pour l'avenir", le groupe dirigé par l'ex-ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, à la demande du ministre de l'économie et des finances Pierre Moscovici (LC nº669), remet la France à sa place au sein d'une Afrique mondialisée. Ce rapport, dont La Lettre du Continent s'est procuré une version quasi finalisée (voir ici Rapport_vedrine.pdf), constate l'effondrement des positions de Paris au sud du Sahara. Au cours des dix dernières années, la France a ainsi dégringolé du premier au cinquième rang concernant les exportations en Afrique sub-saharienne, derrière la Chine, les Etats-Unis, l'Inde et même l'Allemagne. Ses parts de marché sont tombées à 4,7% en 2012, contre 10,1% en 2000. Pire, ce décrochage est plus notable dans son bastion francophone. Les raisons sont multiples. Les auteurs notent la diversification des partenaires mais aussi la politique restrictive des visas, le faible soutien financier des entreprises hexagonales (les banques françaises quittent le continent) ou les difficultés des Français à décrocher des marchés, y compris après des engagements militaires comme au Mali. Paris demeure toutefois un investisseur important en Afrique. 61 409 entreprises y ont exporté des biens ou services l'an dernier, dont 70% de PME-PMI.

Dix propositions extrêmement générales sont émises à partir de ce diagnostic, comme "accompagner l'intégration régionale" ou "soutenir le financement des infrastructures". Quelques suggestions audacieuses comme l'élargissement de la zone franc aux pays anglophones (Ghana, Sierra Leone, Liberia) sont évoquées. Sept autres propositions concernant précisément la relation franco-africaine sont également abordées : influence au sein des banques multilatérales de développement, renforcement des réseaux en Afrique non francophone…

La même mission ne craint pas non plus d'avancer des recettes ayant provoqué, par le passé, une dégradation de l'image de l'Hexagone en Afrique. C'est le cas de la coopération technique que les auteurs souhaiteraient voir "relancée". Pierre Moscovici devrait s'appuyer largement sur ces conclusions dans le cadre du colloque sur le renouveau des relations économiques franco-africaines organisé par Bercy, le 4 décembre à Paris, en partenariat avec le Medef.

source: la lettre du continent