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20/04/2013

Afrique - Franc-maçonnerie : les francs-maçons à Kinshasa... discrets, mais pas trop

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Début février, quelque 400 maçons se sont réunis à Kinshasa pour la 21e édition des Rehfram. Un rassemblement que les organisateurs n'avaient guère ébruité, mais qui n'a pas manqué d'attirer l'attention. Pas seulement en RDC...

L'agitation qui régnait au Grand Hôtel de Kinshasa, un peu inhabituelle pour un samedi matin et par les temps qui courent, n'a pas manqué de surprendre ce chef d'entreprise. « Quelle est donc cette réunion ? Je n'en ai pas entendu parler. » Il n'était pas le seul. Peu de résidents étaient au courant, et pour cause. La tenue de la 21e édition des Rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (Rehfram), du 6 au 9 février, a été entourée d'une très grande discrétion. Pas d'annonce avant l'événement et, bien qu'envisagée, pas de conférence de presse après.

Dans ces conditions, difficile pour le « profane » d'identifier la « qualité » des conférenciers présents, que rien sur le plan vestimentaire ne distinguait d'un quelconque public de congressistes. Et même les « ma soeur » ou « mon frère », entendus ici et là - fréquents en Afrique - ne fournissaient guère d'informations sur leur identité. Néanmoins, l'oeil « initié » aura vite repéré les bijoux maçonniques ornant quelques vestes. Quant à celui qui aura pris la peine d'aller jusqu'à la salle de conférences où se déroulaient les travaux, il aura vite compris de quoi il s'agissait en jetant un coup d'oeil sur les livres présentés à l'entrée.

Pour les francs-maçons de RD Congo, la tenue de cette édition dans leur pays était une première. Un choix qui relève, comme pour toutes les Rehfram, de la Conférence des puissances maçonniques africaines et malgaches (CPMAM). Présidé par les grands maîtres des deux obédiences nationales, l'événement a mobilisé plus de 400 francs-maçons venus seuls ou avec la quinzaine de délégations d'obédiences membres ou amies de la CPMAM. On était loin de l'affluence - quelque 700 participants - des Rehfram de Libreville en 2012. Il est vrai que la RD Congo compte beaucoup moins de francs-maçons que le Gabon.

Précautions

Parmi les maçons venus d'Afrique francophone, ceux du tout proche Congo-Brazzaville, issus notamment du Grand Orient du Congo-Brazzaville et de la Grande Loge de France, étaient les plus nombreux. Ils étaient suivis des Gabonais (Grande Loge symbolique du Gabon), et des Camerounais (Grande Loge unie du Cameroun). Puis des Sénégalais, des Ivoiriens, des Béninois, des Togolais et des Marocains.

En revanche, contrairement aux Français, les soeurs et frères belges étaient peu nombreux. Fidèles au rendez-vous également, des obédiences amies de la CPMAM, comme le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, représentée par Marc Henry, son grand maître, la Grande Loge traditionnelle et symbolique, ainsi que le Groupe fraternel d'étude des questions africaines (GFEQA), qui réunit, en France, des francs-maçons d'origine africaine ou sympathisants du continent. On comptait en revanche un seul membre de l'Ordre initiatique et traditionnel de l'art royal (OITAR), obédience récente présente surtout en France et à Madagascar. Comme à l'accoutumée, pas de délégation de la Grande Loge nationale française, sinon quelques-uns de ses frères venus à titre individuel. Des francs-maçons venus de Roumanie, du Brésil et d'Italie ont également participé à ces rencontres.

Avant leur tenue, les organisateurs avaient pris la précaution d'en informer les autorités. « Nous avons envoyé des courriers, notamment à la présidence de la République et au Premier ministre. Tous ont accusé réception. Sans plus. Mais la Direction générale de migration a pris des dispositions pour la délivrance de visas volants », informe le frère chargé de l'organisation. Des consignes avaient aussi été données au personnel du Beach, le port fluvial qui relie Brazzaville et Kinshasa, pour faciliter les entrées.

L'exception congolaise

Avec quelque 300 membres, sur une population estimée à 70 millions d'habitants, la franc-maçonnerie est très peu implantée en RD Congo. Introduite par les Belges à l'époque coloniale, elle fut interdite par Mobutu à son arrivée au pouvoir, en 1965, puis à nouveau autorisée en 1972. C'est ainsi qu'est né, un an plus tard, le Grand Orient du Zaïre, renommé par la suite Grand Orient du Congo (GOC). Son grand maître est Augustin Kabangui. Ce n'est qu'en 1986 qu'une deuxième obédience, la Grande Loge nationale du Congo (GLNC), du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, est implantée. Elle est aujourd'hui dirigée par Yesu Kitenge, ancien dignitaire du régime Mobutu.

À part de très rares frères à l'Assemblée nationale ou au Sénat, aucun ministre ne serait franc-maçon, du moins, aucun connu. La RD Congo n'a jamais eu de frères au sommet de l'État. Mobutu, qui avait « frappé à la porte du temple, s'en est vu refuser l'entrée, car il voulait tous les degrés en un seul jour. Approché par ses homologues du Congo-Brazzaville et du Gabon, le président Joseph Kabila résisterait. Jusqu'à quand ?

Ainsi, faute d'un « chef » franc-maçon, l'appartenance à la franc-maçonnerie n'est pas un sésame pour accéder à de hautes fonctions. Elle aurait même un effet contraire. L'autre raison est le poids important des églises évangéliques dans le pays, y compris dans les sphères du pouvoir. Des pasteurs ne cachent d'ailleurs pas leur hostilité à l'égard des francs-maçons, qualifiés de sataniques et de mécréants, une opinion partagée par une grande partie de la population.

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Par Muriel Devey, envoyée spéciale

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Enquête : les nouveaux francs-maçons | RDC : les francs-maçons à Kinshasa... discrets, mais pas trop |

11/01/2013

FRANCE : Ces francs-maçons qui nous gouvernent

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Depuis l'élection de François Hollande, les frères sont de retour. Et peuvent compter sur des relais haut placés, au Sénat à l'Assemblée ou à Matignon.

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MANUEL VALLS

Le ministre de l'Intérieur a été initié au Grand Orient de France dans les années 1980. Ce n'est pas Alain Bauer, son ami et futur grand maître qui l'a mis au parfum mais un responsable socialiste parisien. Valls a pris ses distances avec les ateliers dès 1996. Mais place Beauvau, où la tradition maçonnique perdure, cette formation se révèle utile... (photo Witt-Sipa)
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JEAN-YVES LE DRIAN

Membre du GO de longue date, le maire de Lorient et fidèle ami de François Hollande a pris les rênes du ministère de la Défense. Cédric Léwandowski, directeur du cabinet du ministre, est un initié influent. Selon la tradition républicaine, les frères sont nombreux parmi les officiers. La nomination de Le Drian n'a pas fait de vagues. (photo Sevgi/Sipa)
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JÉRÔME CAHUZAC

La carrière d'élu à Villeneuve-sur-Lot passe nécessairement par les loges. Le ministre du Budget a participé à de nombreuses tenues. Mais Jérôme Cahuzac n'a jamais reconnu qu'il a appartenu à la chaîne d'union des maçons du GODF. Cependant, il n'a pas démenti non plus cette appartenance que beaucoup d'initiés lui prêtent ! (photo B. Chibane/Sipa)
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ALAIN VIDALIES

Dans les Landes, son initiation à la franc-maçonnerie locale est un secret de Polichinelle. Mais le ministre des Relations avec le Parlement ne souhaite pas confirmer ou commenter cette appartenance bien utile : dans les deux Chambres, quelque 150 élus membres de la Fraternelle parlementaire se reconnaissent encore de la franc-maçonnerie. (photo Witt-Sipa)
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VICTORIN LUREL

Le président du conseil régional de Guadeloupe devenu ministre des Outre-mer a été initié en 1988 au Grand Orient de France et fréquente la loge Acacia des Tropiques. En novembre dernier, il a accompagné François Hollande au siège parisien du Grand Orient lorsque le candidat socialiste a été auditionné en tenue blanche fermée. (photo M. Euler/Sipa)
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ANNE-MARIE ESCOFFIER

La ministre déléguée chargée de la Décentralisation a été nommée à la demande de Marylise Lebranchu. Anne-Marie Escoffier entretient les meilleures relations avec la Grande Loge féminine de France (GLFF). Et pour cause : l'ex sénatrice radicale de gauche de l'Aveyron y aurait été initiée.(photo Antoniol/Sipa)
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FREDERIC CUVILLIER

L'ancien maire de Boulogne et député du Pas-de-Calais a de solides amitiés chez les maçons nordistes. Interrogé au sujet de son initiation au Grand Orient de France, le ministre des Transports et de l'Economie maritime a indiqué qu'il ne pouvait répondre. Garder le secret est une attitude 100% maçonnique... (photo Antoniol/Sipa)
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CHRISTOPHE CHANTEPY

Centralien et énarque, le directeur du cabinet de Jean-Marc Ayrault a fréquenté les loges du GODF. « J'ai été au Grand Orient de France. Mais je n'y suis plus », assure-t-il. Une chose est sûre : son emploi du temps à Matignon ne lui permet guère de participer régulièrement à des tenues comme l'exige la règle maçonnique. (photo J. Mars/Sipa)
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JEAN-PIERRE BEL

A peine élu président du Sénat, il recevait le grand maître d'alors, Guy Arcizet, pour parler laïcité. Elu local puis sénateur de l'Ariège, ce fidèle de Jospin, puis de Hollande, passe pour avoir été initié au Grand Orient, même s'il doit sa formation politique au trotskisme version LCR. Discret par nature, Bel n'a jamais confirmé. (photo Chesnot/Sipa)
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FRANÇOIS REBSAMEN

Membre actif du Grand Orient de France jusqu'à son élection à la mairie de Dijon en 2001, le président du groupe socialiste au Sénat rêvait du ministère de l'Intérieur où son réseau aurait fait merveille. Hélas, il a été coiffé par un "frère" : Manuel Valls. Les deux hommes ont su se réconcilier. Preuve que la fraternité n'est pas un vain mot. (photo Ibo/Sipa)
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JEAN-VINCENT PLACÉ

"C'est une question d'ordre privé. Mais je connais la franc-maçonnerie." Ainsi s'exprime le président du groupe Europe Ecologie-les Verts au Sénat, repaire traditionnel de notables francs-maçons. Initié au GODF, Jean-Vincent Placé, passionné de Napoléon et apôtre de la laïcité, est un maçon très actif. (photo Witt/Sipa)
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JEAN-MICHEL BAYLET

Comment présider le Parti radical de Gauche (PRG) sans avoir été formé par les loges ? Par tradition familiale et politique, le Toulousain Jean-Michel Baylet est dans la franc-maçonnerie en 1991, au sein de la loge Demain du Grand Orient de France fondée par l'ancien grand maître Roger Leray. (photo B. Chibane/Sipa)
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JEAN-LUC MÉLENCHON

Après s'être longtemps refusé à tout commentaire, le candidat du Front de Gauche à la présidentielle l'a confirmé début 2012. Il est bien entré en franc-maçonnerie dès 1983. L'ancien trotskiste explique cette initiation à la loge Roger Leray du Grand Orient de France par son attachement aux idéaux républicains. (photo Witt/Sipa)



ET AUSSI...

"Maçons friendly" ou "sans tablier"

Marylise Lebranchu (Décentralisation), Stéphane Le Foll (Agriculture), Vincent Peillon (Education), Michel Sapin (Travail), Thierry Repentin (Formation professionnelle), Aquilino Morelle (conseiller politique du président).

PS initiés

Jean Le Garrec (ancien ministre), Elisabeth Guigou (ancienne ministre), Philippe Guglielmi (premier secrétaire fédéral du PS de Seine-Saint-Denis), Guy Arcizet (ancien grand maître du GO), José Gulino (grand maître du GO).

Sénat initiés

Michèle André (Puy-de-Dôme, PS), Robert Navarro (Hérault, PS), Bernard Saugey (Isère, UMP).

Assemblées initiés

Claude Bartolone, Christian Bataille, Henri Emmanuelli, Pascale Crozon, Pascal Terrasse, Brigitte Bourguignon, Odile Saugues, Jean-Marie Le Guen.

Collectivités locales initiés

Jean-Jacques Queyranne, (président de la région Rhône- Alpes) Gérard Collomb, (maire de Lyon), Jean Germain, (maire de Tours), Daniel Percheron, (président de la région Nord-Pas-de-Calais).

Sylvain Courage et Renaud Dély
Par Le Nouvel Observateur

25/04/2012

FRANCE - AFRIQUE : Franc-maçonnerie, l'Afrique bien logée

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Rares sont ceux qui avouent leur appartenance. Pourtant, avec ses rites et son goût du secret, la franc-maçonnerie fascine et fait chaque jour de nouveaux adeptes. Et sur le continent, dans les cercles du pouvoir, beaucoup en font partie.
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À Libreville, on l'a surnommé « Papa Roméo ». On a remarqué qu'il avait préféré se faire discret et ne pas se montrer au grand raout annuel des francs-maçons (les Rencontres humanistes fraternelles africaines et malgaches, Rehfram), qui s'est tenu les 9 et 10 mars dans la capitale gabonaise. On sait aussi qu'il avait peu apprécié de voir diffusées, il y a deux ans, les images de son intronisation. Lui, c'est Ali Bongo Ondimba, grand maître de la Grande Loge du Gabon et président de la République (le PR à l'origine du nom de code « Papa Roméo »).


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Le chef n'était pas là, mais ses « frères » et « soeurs » avaient fait le déplacement jusqu'au Palais des conférences de la Cité de la démocratie, à Libreville. Deux jours durant, ils ont planché sur un thème, aux allures de mantra : « Si nous persévérons sur le chemin de la vertu, la vie devient calme et paisible ». Un exercice purificatoire ? Peut-être. Les francs-maçons sont accusés d'avoir perdu les valeurs de justice, de liberté et de tolérance qu'ils étaient censés défendre. « En France, ils peuvent se prévaloir d'avoir mené certains combats pour la laïcité ou l'abolition de la peine de mort, explique un leader de la société civile gabonaise. Chez nous, ils sont arrivistes et carriéristes. Ils viennent aux tenues blanches dans l'espoir de rencontrer un ministre ou de faire une affaire. »

Mafia

L'imaginaire populaire va plus loin encore, faisant de la franc-maçonnerie une société mystérieuse et redoutable, où les rites ont des parfums de messe noire, et que les profanes qualifient parfois de « mafia » ou même de « synagogue de Satan ». « Personne ne parle de nos oeuvres de bienfaisance et de nos actions sociales, déplore un frère gabonais. Notre image est détruite. On va jusqu'à nous accuser de crimes liés aux rituels et de trafics d'organes humains. »

En Côte d'Ivoire, plusieurs membres influents du gouvernement ont été initiés.
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Importée en Afrique dans les cantines des administrateurs coloniaux, la franc-maçonnerie enregistre pourtant chaque jour de nouvelles recrues dans les rangs du monde politique, économique et militaire... En Côte d'Ivoire, les vocations sont nombreuses. Si le président Ouattara n'est pas connu officiellement pour être un frère triponctué, son Premier ministre, Jeannot Ahoussou-Kouadio, et son ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, le sont. Près de la moitié du gouvernement actuel fréquenterait les temples. La Grand Loge de Côte d'Ivoire (GLCI), installée dans le quartier de Marcory-Zone-4, à Abidjan, est pilotée par le grand maître Magloire Clotaire Coffie. Elle aurait récemment accueilli le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio. D'autres personnalités, comme Georges Ouegnin, ancien directeur de protocole d'État, et Laurent Ottro Zirignon, oncle de l'ancien président Gbagbo, « manient la truelle ».

Élite

Chez les voisins maliens et guinéens, on observe le même phénomène d'expansion. Amadou Toumani Touré, renversé le 21 mars, et Alpha Condé veillent aux destinées respectivement de la Grande Loge du Mali et de celle de Guinée. Quant à Blaise Compaoré, il était - jusqu'à ce qu'il cède la place à Djibrill Bassolé, son chef de la diplomatie - grand maître de la Grande Loge du Burkina, qui compte dans ses rangs de nombreux ministres, diplomates et hommes d'affaires, notamment une partie de la direction de la chambre de commerce nationale. Plus au sud, le Béninois Thomas Boni Yayi, évangéliste patenté, a toujours contesté son appartenance à la franc-maçonnerie mais cultive d'étroites relations dans le milieu. Le Togolais Faure Gnassingbé entretient le doute, et fait sourire certains frères : « Ce jeune président a vite compris le moyen de contrôler son élite », remarquent-ils.

Seul le Sénégal, berceau de la franc-maçonnerie africaine au XIXe siècle, semble connaître un léger recul. Pourquoi ? Les confréries y tiennent une place plus importante, au point que l'appartenance à telle ou telle loge a été utilisée comme une arme de dénigrement au cours de la campagne présidentielle. Le camp d'Abdoulaye Wade, le chef de l'État sortant, a accusé Macky Sall d'« en être » (information démentie par l'intéressé), oubliant au passage que « Gorgui » avait lui-même été initié. Avant lui, l'ancien président Abdou Diouf était réputé très proche de la maçonnerie.

Cooptation

Combien sont-ils ? Difficile à dire avec exactitude. « On compte entre 25 000 et 30 000 francs-maçons en Afrique francophone, dont 15 % de femmes, estime Hervé-Emmanuel Nkom, initié au Grand Orient. Nos soeurs sont bien implantées en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Gabon et à Madagascar. » Elles sont avocates, médecins, pharmaciennes, journalistes... Sur le plan de l'africanisation de la maçonnerie, la Grande Île est très avancée avec une dizaine d'obédiences, dont le Grand Rite malgache (GRM), la Grande Loge traditionnelle et symbolique de Madagascar (GLTSM) ou le Grand Rite malgache féminin (GRMF). L'homme d'affaires Andry Rabefarihy et l'ancien directeur général de l'Institut malgache d'innovation Martial Rahariaka ne font pas mystère de leur appartenance.

Frère célèbre, le Gabonais Omar Bongo Ondimba pensait que « l'engagement à l'Art royal exig[eait] des frères et soeurs qu'ils s'impliquent de plus en plus dans les choses de la cité ». Les francs-maçons régnaient alors à tous les échelons du pouvoir à Libreville, même si le chef permettait à des non-initiés d'accéder à des postes à responsabilités. Bongo père avait même réussi le pari d'unifier la maçonnerie gabonaise masculine en créant, en 1978, le Grand Rite équatorial, reconnu par le Grand Orient de France (GODF) et par la Grande Loge de France (GLDF).

En 2010, Ali Bongo Ondimba n'avait pas aimé de voir diffusées les images de son intronisation.
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Le Congolais Denis Sassou Nguesso perpétue aujourd'hui cette politique : il a initié le Centrafricain François Bozizé et se pose en doyen des grands maîtres des loges de l'Afrique francophone. Le président Idriss Déby Itno est le très discret grand maître de la Grande Loge du Tchad. Son homologue camerounais, Paul Biya, qui a souvent été présenté comme un rosicrucien (c'est-à-dire comme un membre de l'ordre de la Rose-Croix, société ésotérique), aurait autrefois été initié à la franc-maçonnerie mais serait en sommeil depuis longtemps. La Grande Loge unie du Cameroun (Gluc), pilotée par le grand maître Denis Bouallo, a son site internet, interface pour la cooptation de nouveaux membres.

Depuis plus de vingt ans, la Grande Loge nationale française (GLNF) mène une large offensive afin de s'implanter dans les cercles du pouvoir africain où ministres et chefs d'État ont déjà été initiés. L'ex-grand maître Jean-Charles Foellner, très souvent en mission en Afrique, et son successeur, l'avocat d'affaires niçois proche de Nicolas Sarkozy, François Stifani, ont été les principaux artisans de cette conquête. Initié dans une loge au Sénégal, c'est devant Foellner que Denis Sassou Nguesso a prêté serment comme grand maître de la Grande Loge du Congo en novembre 2007. Parmi les personnalités présentes, le neveu du président congolais et patron du Conseil national de sécurité (CNS), l'influent Jean-Dominique Okemba. Trois mois plus tard, le Congo accueillait à Pointe-Noire la seizième édition des Rehfram. Représenté par Émile Ouosso, déjà ministre de l'Équipement et des Travaux publics, le président congolais donnait sa vision du franc-maçon : « Un être de progrès qui avance, un être de dépassement, capable de s'affranchir des exigences du milieu, un être de perspectives dont les anticipations peuvent et doivent aller au-delà de la contrainte de sélection. » Aujourd'hui, une bonne partie du gouvernement et de l'appareil sécuritaire du pays est franc-maçon. Et l'opposant Guy-Romain Kinfoussia est le grand maître du Grand Orient du Congo - ce qui n'est pas sans rappeler la guerre qui avait opposé, à la fin des années 1990, Sassou Nguesso et Pascal Lissouba, initié au Grand Orient de Besançon.

Sous Ali Bongo Ondimba, le système maçonnique a été reconduit à Libreville. L'émission Infrarouge diffusée en décembre 2010 sur France 2 a dévoilé les dessous de son intronisation, le fils reprenant le maillet de son père pour officier au grade de grand maître de la Grande Loge du Gabon. Ce 31 octobre 2009, on reconnaît sur la vidéo l'ex-ministre des Affaires étrangères Paul Toungui, son collègue de l'Éducation nationale Séraphin Moundounga, le doyen du Sénat Marcel Sandoungout, le patron du Conseil national de sécurité Léon Paul Ngoulakia, des généraux de l'armée et même plusieurs cadres de l'opposition.

Le chef de l'État gabonais souhaite aujourd'hui placer Jean-Baptiste Bikalou, patron de la Chambre de commerce et d'industrie du Gabon, à la tête de la Grande Loge symbolique du Gabon (GLSG, proche du Grand Orient de France). C'est du moins ce qu'affirme un proche de l'actuel grand maître, Antoine Embinga, par ailleurs débarqué de son poste de commandant en chef de la police en janvier dernier. La cousine germaine du chef de l'État, Nicole Assélé, est, quant à elle, vénérable à la Grande Loge féminine du Gabon. Et Ali Bongo Ondimba n'a plus rien à craindre de l'ex-ministre de l'Intérieur et opposant « éclairé » André Mba Obame, qui s'est mis en sommeil et exilé à Paris.

Lobbying

Pour beaucoup, ce système de gouvernance par cooptation trouve son fondement dans la Françafrique. De Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » de De Gaulle, à Nicolas Sarkozy, en passant par François Mitterrand, la franc-maçonnerie a souvent servi de réseau d'information et de lobbying dans les plus hautes sphères du pouvoir économique et politique. Nombre de ministres de la Coopération (dont Christian Nucci et Jacques Godfrain), des responsables des services de renseignements (comme Marcel Leroy ou Alain Juillet) ou des responsables de l'Agence française de développement (AFD) sont ou ont été francs-maçons.

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Des réseaux qui peuvent aussi s'affronter au gré des intérêts politiques ou économiques ou des alternances au pouvoir. Ce qui explique que les querelles soient fréquentes à la tête des loges. Aujourd'hui, de grandes figures comme Denis Sassou Nguesso et Djibrill Bassolé, patron de la Grande Loge du Burkina, sont souvent appelées pour ramener le calme, comme dans le conflit qui a opposé l'avocat Louis Mbanewar Bataka, ancien grand maître de la Grande Loge nationale du Togo (GLNT) peu désireux de passer la main, à Roggy Kossi Paass, l'ex-directeur général chargé du Togo à la Banque internationale pour l'Afrique de l'Ouest (BIAO), qui lui a finalement succédé.

Une certitude : la fascination des dirigeants pour la franc-maçonnerie ne se dément pas. « Mais ce n'est pas un mal africain, plaisante un frère. Dans les années 1970, en France, Giscard d'Estaing voulait lui aussi entrer à la Grande Loge de France (GLDF). Mais il ne souhaitait pas faire son apprentissage : il voulait gravir rapidement tous les échelons. » Du coup, l'affaire a tourné court, et Giscard est resté profane.

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Pascal Airault, envoyé spécial à Libreville.

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