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02/06/2012

CPI - CÔTE d'IVOIRE : LES CHEFS D'ACCUSATION D'OCAMPO CONTRE LE PRESIDENT LAURENT GBAGBO

CHEFS D'ACCUSATION

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C'est vraiment pathétique ces affirmations gratuites d'Ocampo. Ce recit porte fort étrangement la marque d'un certain Ahoussou Jeannot qui a eu la merveilleuse idée d'utiliser la loi de 1963 des faux complots d'Houphouet pour emprisonner les vraies personnalités politiques ivoiriennes.
Ouattara dit qu'il y a eu au moins 3000 morts lors de la crise postélectorale. Ocampo dit que les forces pro-Gbagbo ont tué 153 personnes au moins.
Qui a alors tué les 2847 personnes au moins ????? mystère, Ocampo ne parle pas de cela.

Bref!!!!!!!!! Lisez!!!!!

Meurtre constituant un crime contre l'humanité

(Articles 7-1-a et 25-3-a du Statut)

Entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011, les forces composées des FDS, renforcées par les Jeunes Miliciens et des mercenaires, placées sous le contrôle de GBAGBO et des membres de son entourage immédiat (les « forces pro-GBAGBO »), ont tué 153 personnes au moins.

Entre le 16 et le 19 décembre 2010, les forces pro-GBAGBO ont tué 41 personnes au moins à Abidjan pendant et après la manifestation des partisans de OUATTARA qui se rendaient au siège de la RTL Le 3 mars 2011, elles ont tué sept femmes qui avaient pris part à une manifestation de partisanes de OUATTARA à Abobo. Le 17 mars 2011, elles ont tué 25 personnes au moins au marché d'Abobo ou dans les environs en bombardant un secteur densément peuplé et en y ouvrant le feu. Le 12 avril 2011, les forces pro-GBAGBO ont tué à Yopougon 80 personnes au moins, originaires pour la plupart du nord de la Côte d'Ivoire et de pays voisins de l'Afrique de l'Ouest. Ces crimes s'inscrivaient dans le cadre d'une attaque généralisée et systématique dirigée contre des civils pris pour des partisans de OUATTARA, en exécution de la Politique et du Plan commun adoptés par GBAGBO et les membres de son entourage immédiat prévoyant de lancer des attaques violentes contre son opposant politique, OUATTARA, des membres du groupe politique de ce dernier et des civils considérés comme ses partisans, afin de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, y compris par l'emploi de la force meurtrière.

GBAGBO a agi avec l'intention criminelle requise et a contribué à la commission de ces crimes :
a) en définissant et en adoptant le Plan commun ;
b) en créant une structure chargée de le mettre en œuvre ;
c) en fournissant des armes aux forces pro-GBAGBO ;
d) en coordonnant la mise en œuvre du Plan commun ; et
e) en ordonnant à ses subordonnés de l'exécuter. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme de meurtres, en violation des articles 7-1-a et 25-3-a du Statut.

Viol et autres formes de violence sexuelle constituant un crime contre l'humanité

(Articles 7-1-g et 25-3-a du Statut)

Entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011, les forces composées des FDS, renforcées par les Jeunes Miliciens et des mercenaires, placées sous le contrôle de GBAGBO et des membres de son entourage immédiat (les « forces pro-GBAGBO »), ont violé au moins 32 femmes et jeunes filles.

Entre le 16 et le 19 décembre 2010, les forces pro-GBAGBO ont violé au moins 15 femmes et jeunes filles à Abidjan, pendant et après la manifestation des partisans de OUATTARA qui se rendaient au siège de la RTL Le 12 avril 2011, elles ont violé 17 femmes au moins à Yopougon. Les maris de certaines de ces victimes ont été exécutés à cette occasion. Ces crimes s'inscrivaient dans le cadre d'une attaque généralisée et systématique dirigée contre des civils pris pour des partisans de OUATTARA, en exécution de la Politique et du Plan commun adoptés par GBAGBO et les membres de son entourage immédiat prévoyant de lancer des attaques violentes contre son opposant politique, OUATTARA, des membres du groupe politique de ce dernier et des civils considérés comme ses partisans, afin de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, y compris par l'emploi de la force meurtrière. GBAGBO a agi avec l'intention criminelle requise et a contribué à la commission de ces crimes :
a) en définissant et en adoptant le Plan commun ;
b) encréant une structure chargée de le mettre en oeuvre ;
c) en fournissant des armes aux forces pro-GBAGBO ; d) en coordonnant la mise en oeuvre du Plan commun ; et
e) en ordonnant à ses subordonnés de l'exécuter. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme de viols et autres formes de violence sexuelle, en violation des articles 7-1-g et 25-3-a du Statut.

Actes inhumains constituant un crime contre l'humanité


(Articles 7-1-k et 25-3-a du Statut)

Entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011, les forces composées des FDS, renforcées par les Jeunes Miliciens et des mercenaires, placées sous le contrôle de GBAGBO et des membres de son entourage immédiat (les « forces pro-GBAGBO »), ont infligé de grandes souffrances à 39 personnes au moins et causé des atteintes graves à leur intégrité physique.

Entre le 16 et le 19 décembre 2010, les forces pro-GBAGBO ont blessé au moins 35 personnes à Abidjan pendant et après la manifestation des partisans de OUATTARA qui se rendaient au siège de la RTI.

Le 3 mars 2011, elles ont blessé deux personnes au moins qui avaient pris part à une
manifestation de partisanes de OUATTARA à Abobo.

Le 17 mars 2011, elles ont blessé 40 personnes au moins au marché d'Abobo ou dans les environs en bombardant un secteur densément peuplé et en y ouvrant le feu.

Le 12 avril 2011, elles ont blessé deux personnes au moins à Yopougon. Ces crimes s'inscrivaient dans le cadre d'une attaque généralisée et systématique dirigée contre des civils pris pour
des partisans de OUATTARA, en exécution de la Politique et du Plan commun adoptés par GBAGBO et les membres de son entourage immédiat prévoyant de lancer des attaques violentes contre son opposant politique, OUATTARA, des membres du groupe politique de ce dernier et des civils considérés comme ses partisans, afin de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, y compris par l'emploi de
la force meurtrière.
GBAGBO a agi avec l'intention criminelle requise et a contribué à la commission de ces crimes :
a) en définissant et en adoptant le Plan commun ;
b) en créant une structure chargée de le mettre en oeuvre ;
c) en fournissant des armes aux forces pro-GBAGBO ;
d) en coordonnant la mise en oeuvre du Plan commun ; et
e) en ordonnant à ses subordonnés de l'exécuter. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme d'actes inhumains causant des atteintes graves à l'intégrité physique et de grandes souffrances, en violation des articles 7-1-k et 25-3-a du Statut.

Persécution constituant un crime contre l'humanité


(Articles 7-1-h et 25-3-a du Statut)

Les crimes énoncés dans les chefs 1 à 3 ci-dessus, à titre de référence devant la Cour, ont été commis pour des motifs d'ordre politique, national, ethnique et religieux. Les victimes de ces crimes ont été visées parce qu'elles étaient assimilées à des partisans des groupes politiques de OUATTARA ou parce qu'elles vivaient dans des quartiers d'Abidjan perçus comme des bastions de celui-ci. Elles étaient également prises pour cibles pour des motifs ethniques (Baoulé, Dioula, Mossi, Malinké, Sénoufo), religieux (musulmans) ou nationaux (citoyens d'États ouest-africains tels que le Mali, le Burkina Faso ou le Nigeria et Ivoiriens d'origine ouest-africaine), car les membres de ces groupes étaient pris pour des partisans de OUATTARA. Par conséquent, GBAGBO, en tant que coauteur indirect, par l'intermédiaire des forces pro-GBAGBO, a commis des crimes contre l'humanité sous la forme de persécutions, en violation des articles 7-1-h et 25-3-a du Statut.

Luis Moreno-Ocampo, Procureur

18/05/2012

France - Côte d'Ivoire : Promesses de campagne de candidats, du tic au torc

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Le nouveau président choisi souverainement et sans contestations par le peuple français, a été investi le mardi 15 mai sous une pluie torrentielle, comme pour lui dire que la campagne électorale est terminée et que la priorité est maintenant à la réalisation des promesses faites aux Français. Et, en moins de deux semaines, le nouveau président français a attaché un prix particulier à réaliser rapidement certaines de ses promesses. Comme chaque président français avant d’entamer son mandat, il a remis au conseil constitutionnel une déclaration de son patrimoine qui a été publiée le 11 mai au Journal Officiel.

Le nouveau président des Français n’est pas un homme riche, loin s’en faut. Son patrimoine, constitué pour l’essentiel de biens immobiliers, n’a qu’une valeur de 1,17 millions d’euros (environ 660 millions de FCFA). De l’argent de poche pour un ministre de Ouattara qui vient de s’offrir cash, un immeuble à plus de 3 milliards.

Hollande a donc respecté la tradition en publiant son patrimoine. Ici, notre chef nous avait promis faire pareil dès sa prise de pouvoir pour respecter l’article 55 de notre constitution. 13 mois plus tard, il n’a pas encore trouvé le temps de le faire. Peut-être un oubli. La fonction de Président de la République est si prenante… Interrogé par Rfi le 11 mai dernier sur cette absence de déclaration de son patrimoine, le porte-parole du gouvernement, notre immense ministre des Ptic, Koné Bruno, a répondu sans rire, que notre président qui a fait beaucoup de promesses (c’est vrai !) pendant la campagne électorale, «n’a pas pris le pouvoir dans des conditions normales» et qu’il «fallait changer de priorité» vu que cela n’était pas une urgence.
Quelle idée ! Il faut bien que le patrimoine de notre chef soit bien grand ! Sinon la déclaration, ça ne peut pas lui prendre plus d’une journée ! Le gouvernement ne s’est-il pas offert trois semaines de vacance l’année dernière ? Encore qu’il s’agit d’une exigence constitutionnelle.

Un but à zéro donc pour François Hollande ! Lequel avait promis de faire un gouvernement paritaire avec autant de femmes que d’hommes. Il a tenu sa promesse. 34 ministres pour 60 millions d’habitants dont 17 femmes et 17 hommes.
Notre président lui, s’était bien gardé de prendre ce genre d’engagements. Il avait juste promis de former un gouvernement de 25 ministres et rien que de l’artillerie lourde, des technocrates pour sauver notre pays. A l’arrivée, on a eu droit à 36 ministres dans un premier temps avant d’en arriver à 40 plus facile à prononcer que 36. Dont plus de la moitié n’apporte aucune plus-value à l’efficacité de l’action gouvernementale si ce n’est pour pomper l’air aux Ivoiriens et à crier à « son excellence Monsieur le Président de la République veut faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent d’ici 2020 ».
40 ministres pour 22 millions d’habitants, dans un pays à l’économie sinistrée et avec une population dont 80% ne peuvent s’offrir un repas pauvre par jour, que grâce à la miséricorde du Bon Dieu.

Deux buts à zéro pour François Hollande. Ce n’est pas fini. Réuni en conseil des ministres, hier, le nouveau gouvernement français a décidé de réduire de 30% le salaire du président de la République et celui de tous les ministres. « C’est l’exemplarité ». Pourquoi une telle mesure ? Mais parce qu’il est indécent que le peuple français se serre la ceinture à cause de la crise et que sous ses yeux, ses représentants se goinfrent avec l’argent public. Ici, notre président qui avait promis réduire le train de vie du gouvernement, s’est bien gardé de prendre une telle mesure. Sans doute, pour parler comme Koné Bruno, à cause « des conditions anormales dans lesquelles il a pris le pouvoir ».

Et les ministres continuent de se goinfrer avec l’argent public, en plus de leur salaire, en complicité avec les directeurs des sociétés d’Etat placées sous leur tutelle et qu’ils n’hésitent pas à faire virer ou à virer dès que l’un de ces directeurs refuse d’apporter chaque vendredi, le « carburant du weekend » du ministre. Notre chef lui-même garde un silence jaloux sur son budget de souveraineté qui comme chacun le sait, n’a rien à voir avec le budget de la Présidence de la République. C’est dans « La Lettre du Continent » que nous avons appris que le budget de souveraineté de notre président, cet argent de poche occulte dont on ne retrouve aucune trace dans aucun document administratif, serait de 300 milliards. Là où l’intrépide Gbagbo, se contentait officiellement, selon son propre mot, de 75 malheureux milliards. Notre chef s’était ému de ce que Gbagbo seul se serve dans la caisse publique à hauteur de 75 milliards. On allait voir ce qu’on allait voir. Il nous a promis, sous nos applaudissements enchantés, de réduire drastiquement ce montant, si les Ivoiriens lui faisaient confiance. Et maintenant, nous apprenons qu’il a pulvérisé le record de Gbagbo par 4. De saisissement, on n’arrive plus à applaudir.

Source : l'Eléphant déchainé : Dernière Mise à jour : 18/05/2012 (Auteur : ASSALE TIEMOKO)

21/03/2012

Côte d'Ivoire - France : Y a t-il eu en Côte d'Ivoire, Fiasco des sondages ou perversion des sondages pendant les élections présidentielles de 2010 ?

En lisant l'article ci-dessous titré "Un fiasco oublié des sondages : Côte d’Ivoire 2010", j'ai eu des intérogations que je souhaite partager avec vous:
- Y a t-il eu un fisco des sondages en Côte d'Ivoire pour les élections présidentielles de 2010 ?
- Y a t-il eu une perversion des sondages en Côte d'Ivoire ?

Les sondages en soit ne sont pas mauvais et aident à la prise de décisions aussi bien au niveau commercial que politique. A bien lire cet article, l'Afrique ne serait pas prête à cette outil. Si donc l'Afrique n'est pas prête aux sondages comme le laisse croire cet article, elle n'est pas prête pour la démocratie. Arrêter donc de venir installer la démocratie en Afrique avec les armes. Si les sondages sont pas bons pour l'Afrique, alors la démocratie n'est bonne pour l'Afrique pourrait-on conclure.

Ce que je retiens de ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, c'est que les sondages ont été pervertis à des buts malsains et inavoués car les élections ce n'est pas un jeu d'addition comme l'indique cette phrase du paragraphe 3 "Aux habituelles concessions sur les imperfections, il ajoutait un argument politique sur le score pas si favorable de Laurent Gbagbo, dépassé par ses concurrents si ceux-ci s’unissaient : « Plutôt que de critiquer ces sondages, l’opposition ferait mieux de les regarder de près : unie, elle gagne au premier tour et, avec un transfert de voix majoritaire entre ses deux candidats, elle gagne au second tour."

Nous savons tous que les sondages ont une marge d'erreurs, mais cela n'enlève en rien leur crédibilité si tout le monde respecte le jeu démocratique. Nous rappelons que le camp Ouattara a aussi fait des sondages qui n'ont jamais été publiés.

Lire ci-dessous l'article du monde diplomatique
Un fiasco oublié des sondages : Côte d’Ivoire 2010
mardi 13 mars 2012, par Alain Garrigou

TNS-Sofres.jpg

« Les sondages ne peuvent se tromper à ce point. Nous avons fait depuis un an et demi huit sondages et je suis toujours en tête. » Ainsi se rassurait Laurent Gbagbo, président ivoirien, dans une interview avant l’élection présidentielle de 2010 (JDD, 29 octobre 2010). On sait ce qu’il advint. Le 28 novembre 2010, Alassane Ouattara remporta l’élection avec 54,1 % des suffrages contre 45,9 % à Laurent Gbagbo. Histoire banale de sondages qui se trompent, comme il en existe quelques-unes depuis la victoire de Truman en 1948 contre les chiffres de Gallup ? Non seulement Laurent Gbagbo perdit mais il n’admit pas sa défaite, et la Côte d’Ivoire s’enfonça dans la guerre civile avant l’intervention française et l’arrestation du vaincu. Son camp accusa le vainqueur Alassane Ouattara de fraude massive. N’avait-il donc pas triché ? Pas assez, firent observer des observateurs cyniques ou réalistes. En termes plus clairs, ils mirent en cause les sondages qui avaient si bien conforté le président en place dans son optimisme qu’il n’avait pas autant truqué les chiffres que l’adversaire. Si Laurent Gbagbo était annoncé vainqueur par tous les sondages, il fallait que le vainqueur ait triché. Cette affaire est en partie un équivalent ivoirien du 21 avril 2002 en France, où les sondages sont censés avoir induit en erreur les protagonistes [1]. La contestation était cependant cocasse, venant de ceux-là mêmes qui avaient cru les utiliser à leur profit.

Pendant la campagne, les opposants au président Gbagbo avaient mis en cause TNS-Sofres, qui avait réalisé les sondages en Côte d’Ivoire. Ou plutôt, accusaient-ils, sous-traité ceux-ci à une entreprise ivoirienne dont le savoir-faire était douteux — autant que sa neutralité politique, puisqu’elle était dirigée par un partisan de Laurent Gbagbo. Le sondeur français n’a pas eu à se justifier, même si l’on sait que dans ses rangs, certains ne sont pas fiers de leur rôle, inquiets d’une responsabilité dans le déclenchement des combats, et sans doute rassurés que l’affaire n’ait pas défrayé la chronique en France et ailleurs. Cette affaire est significative de l’introduction des sondages dans de nouveaux pays et aussi, bien sûr, de nouveaux marchés. On sait que les sondeurs, sûrs d’avoir partie naturellement liée avec la démocratie, se pensent comme des missionnaires de la démocratie. On se souvient des autocélébrations de leur arrivée dans les pays délivrés du communisme comme en Roumanie en 1989, après la chute de Ceaucescu, où les employés de BVA s’émouvaient devant ces Roumains qui faisaient la queue pour répondre aux questions des enquêteurs travaillant dans la rue. Quant aux révolutions arabes, l’enthousiasme fut tel qu’on aurait pu croire qu’elles attendaient les sondeurs. C’est en tout cas ce qu’affirmèrent certains d’entre eux. L’affaire ivoirienne nous ramène à un sain réalisme.

L’introduction des sondages dans la politique africaine n’est pas banale. En l’occurrence, une explication en est certainement la confiance du commanditaire, le président Laurent Gbagbo qui, selon Jeune Afrique, « croit aux sondages, tout au moins à ceux qu’il a commandés à l’institut français TNS-Sofres et qui, depuis huit mois le donnent régulièrement vainqueur au second tour de la présidentielle » (15 avril 2010). Dans le sixième et dernier de la série, l’ancien président ivoirien était crédité de 46 % des intentions de vote devant Henri Bédié (26 %) et Alassane Ouattara (24 %). Effectué auprès de 1 400 personnes, ce sondage donnait par ailleurs un score de satisfaction fort élevé pour Laurent Gbagbo (49 %) et sur son programme (69 %). Ces « bons » chiffres amenaient immanquablement le soupçon. « De trop beaux sondages ? », s’interrogeait Jeune Afrique, qui signalait le scepticisme local : « Ni ses adversaires, ni la France officielle, ni même une partie de son propre entourage n’assurent accorder crédit à ces enquêtes, qui, à les entendre, seraient trop favorables à leur commanditaire pour être prises au sérieux » (15 septembre 2010). Le correspondant de l’agence Reuters avertissait de son côté que « la fiabilité des sondages en Côte d’Ivoire comme dans le reste de l’Afrique de l’Ouest est mise en doute par certains diplomates qui soulignent que les instituts n’en ont pas eu une grande pratique dans le passé » (Reuters, 14 octobre 2010). Les sondages étaient pourtant effectués par un des grands instituts internationaux, TNS Sofres, et précisément son antenne parisienne. A Paris, s’éleva la plainte d’un porte-parole de Alassane Ouattara qui accusait le camp présidentiel de « préparer les esprits à un cambriolage électoral » (28 août 2010). Avec des accusations plus précises : « TNS Sofres n’a jamais envoyé d’équipe en Côte d’Ivoire pour faire des enquêtes en vue d’un sondage. L’institut fait de la sous-traitance avec une boite en Côte d’Ivoire, appelée Marketing Field Force, dont le responsable est bel et bien M. Djahi Serge qui est un partisan du président-candidat Laurent Gbagbo » (Alliance citoyenne de la société civile ivoirienne, ACSCI, 24 avril 2010). Le 28 août, une plainte était déposée au tribunal de grande instance de Paris par le mouvement interafricain de réflexion et d’action (MIRA) dirigé par le dénonciateur, M. Mamadou Touré, qui reprochait à TNS-Sofres des « sondages frauduleux ».

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Brice Teinturier, directeur-adjoint de TNS Sofres [2], se défendit : « Notre échantillon représentatif a été constitué à partir du dernier recensement de 1998 amélioré par nos propres bases de données, TNS Sofres réalisant régulièrement des études de marché en Côte d’Ivoire, et à partir de statistiques départementales et de la population enrôlée sur les listes électorales, disponibles auprès de la primature, de la CEI [Commission électorale indépendante] et de Sagem Sécurité » (Jeune Afrique, 15 avril 2010). Aux habituelles concessions sur les imperfections, il ajoutait un argument politique sur le score pas si favorable de Laurent Gbagbo, dépassé par ses concurrents si ceux-ci s’unissaient : « Plutôt que de critiquer ces sondages, l’opposition ferait mieux de les regarder de près : unie, elle gagne au premier tour et, avec un transfert de voix majoritaire entre ses deux candidats, elle gagne au second tour. » Curieux argument qui balaie la critique au nom de l’équilibre politique des chiffres. Comme si l’opposition était seulement (et à tort) mauvaise joueuse. Le sondeur pourrait cependant faire valoir que ses chiffres n’étaient pas si erronés puisqu’une majorité d’opposition s’est bien dégagée. Les écarts par rapport aux intentions de vote sautent néanmoins aux yeux puisque au premier tour, Laurent Gbagbo obtint 38,30 %, Alassane Ouattara 31,08 % et Henri Bedié 25,24 %. Avec de telles approximations, la question de la fiabilité a-t-elle encore un sens ?

Sur la sincérité des réponses, le sondeur apporte une réponse incohérente en assurant que les « interrogations » seraient « valables d’ailleurs pour tous les candidats » mais ajoute que « les redressements assurés par nos soins ont été volontairement plus durs avec le président sortant qu’avec ses concurrents ». Manière de reconnaître que la sincérité était plus problématique avec un pouvoir ayant plus de capacité d’intimidation que l’opposition. C’est pour le moins une question rapidement réglée dans un pays où la liberté d’expression est limitée. Le sondeur peut-il s’en tirer à si bon compte par une correction méthodologique d’un redressement plus sévère pour l’autocrate ? Conformément à la loi française (!), Brice Teinturier ne révèle pas quels sont les coefficients de redressement. Il n’a cependant pas besoin de dire que la méthode pour l’opérer n’est pas celle du dernier souvenir du vote (les élections précédentes ayant eu lieu en 2000). Le redressement a dû emprunter à la recette du doigt mouillé. Enfin, le sondeur affirme avoir envoyé une vingtaine d’enquêteurs. Même effectué en une semaine en face-à-face, chose qui n’est pas précisée, pour 1 400 sondés, cela ferait beaucoup de travail pour chacun d’entre eux. On a quelques raisons de douter que les employés de TNS Sofres, débarqués de France et « blancs de peau », aient « passé » les questionnaires. Ceux-ci ont donc bien été sous-traités. A qui ? M. Teinturier ne semble pas ému par l’identité du commanditaire. Certes, les sondeurs travaillent pour les pouvoirs publics en France. Il est cependant interdit au service d’information du gouvernement (SIG) et aux ministères à Paris de commander des sondages électoraux. Est-il neutre de le faire en Côte d’Ivoire pour le président du pays ? D’autant plus que personne d’autre n’en commande. Le sens démocratique et la déontologie chers aux sondeurs français ont subi une singulière dévaluation sous les tropiques. Cela n’empêche nullement de lancer des oukases contre les critiques : « Les enquêtes d’intentions de vote sont volontiers clouées au pilori. Ce procès est révélateur d’une conception réactionnaire du vote et du citoyen », lançait Brice Teinturier (Le Monde, 8 novembre 2011).

Au-delà de cette manifestation nouvelle de la Françafrique, l’épisode ivoirien soulève des questions épistémologiques sur les conditions de possibilité de sondages, c’est-à-dire d’enquêtes statistiques reposant sur la représentativité. En d’autres termes, peut-on faire des sondages dans n’importe quelle société ? Il s’agit moins ici de la liberté politique minimale nécessaire pour que les réponses soient fiables, que de la structuration sociale et de ses rapports à la politique. Si le vote est organisé sur des principes régionaux, religieux ou ethniques, quelle pertinence peut avoir un échantillon représentatif basé sur les variables sociologiques et selon la méthode des quotas ou la méthode aléatoire utilisées dans les sociétés occidentales ?

Notes
[1] Le 21 avril 2002, alors que tous les sondages avaient annoncé un second tour opposant Jacques Chirac (président sortant) et Lionel Jospin (premier ministre), la deuxième place de Jean-Marie Le Pen constitua une immense surprise. Les sondages furent mis en cause pour avoir démobilisé les électeurs du premier tour (record d’abstention avec 28,4 %) et avoir pemis la dispersion des suffrages de gauche.

[2] Brice Teinturier est devenu directeur général délégué d’Ipsos en septembre 2010.

source: monde-diplomatique.fr