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04/02/2013

Côte d'Ivoire: Incursion dans le monde des femmes et hommes d'affaires ivoiriens

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FATOUMATA TRAORÉ-DIOP (FT2ICOM)
Ex-chef de cabinet de Guillaume Soro et ancienne directrice de la RTI, Fatoumata Traoré Diop souhaite profiter de la prochaine libéralisation du secteur de l’audiovisuel public en Côte d'Ivoire, pour lancer une chaîne de télévision à Bouaké, sous la dénomination ICI TV. Diplômée des sciences et des techniques de productions végétales et alimentaires, Fatoumata Traoré-Diop a fondé en 2011 le groupe de communication et de médias FT2ICOM. Elle possède déjà la radio Phoenix, qui émet à Bouaké. Elle vient par ailleurs de recruter son adjoint chez FT2ICOM : le journaliste Soumahoro Alfa Yaya. Ce dernier a participé en 2010 au pool audiovisuel au sein de l'équipe de campagne d’Alassane Ouattara.

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PHILIPPE DI NACERA (MédiaPhil)
La société audiovisuelle française MédiaPhil, basée à Neuilly-sur-Seine en banlieue parisienne, s'est vu attribuer par le gouvernement un contrat en vue de renforcer les capacités de la RTI (Radiodiffusion télévision ivoirienne). MédiaPhil a été créée en 2012 par le journaliste Philippe Di Nacera, ex-directeur du développement et des partenariats éditoriaux de France 24 et proche de la ministre de la communication Affoussy Bamba-Lamine. C'est Marc Rognon, ancien chef d’édition de la même chaîne d'information et partenaire de MédiaPhil, qui assurera localement l'exécution de ce contrat.

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BERTHE ADOU CAYE
La mairie d’Abobo vient d’attribuer la concession - pour quinze ans - de la gare routière internationale de ce quartier populaire d’Abidjan à la Société de gestion des gares routières (Sogegar). Cette firme dirigée par Berthe Adou Caye gère déjà un patrimoine de plusieurs dizaines de parkings destinés aux autobus, taxis collectifs, ainsi que plusieurs entrepôts et magasins de la capitale économique ivoirienne. Proche d'Aminata Camara Toungara, l'épouse du ministre des mines, de l'énergie et du pétrole, Berthe Adou Caye est par ailleurs chargée de la communication et des relations médias de la section féminine de la Fédération ivoirienne de football (FIF).

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KABLAN YAO SAHI (BNI)
Ancien patron de l’agence ivoirienne de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l’Ouest (BCEAO), Kablan Yao Sahi vient de prendre la présidence du conseil d’administration de la Banque nationale d’investissement (BNI). Originaire de la Bouaflé, à l'instar de Charles Koffi Diby, Kablan Yao Sahi a travaillé comme conseiller spécial du ministre de l’économie et des finances sortant, nommé aux affaires étrangères dans le gouvernement de Daniel Kablan Duncan. A cette fonction, Kablan Yao Sahi a d'ailleurs été amené à piloter le projet de privatisation de cinq banques publiques ivoiriennes, parmi lesquelles la BNI.

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MASSOGBÉ DIABATÉ TOURÉ (SITA)
La directrice générale de la modeste Société ivoirienne de traitement d'anacarde (SITA), Massogbé Diabaté Touré, a été invitée par le gouvernement ivoirien à se joindre à la délégation venue à Paris, les 4 et 5 décembre, pour participer au Groupe consultatif pour le financement du plan national de développement 2012-2015. Ce rendez-vous doit permettre à la Côte d'Ivoire de mobiliser quelque 6 milliards d'euros pour le financement de son développement. Massogbe Diabaté Touré est l'épouse de Gaoussou Touré, le ministre ivoirien des transports.
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DAOUDA SOUKPAFOLO KONÉ (COIC)

Début novembre, Daouda Soukpafolo Koné a procédé à une augmentation du capital de la Compagnie ivoirienne de coton (COIC) qu'il a créée, en 2007, en partenariat avec l'homme d'affaires d'origine libanaise Ibrahim Ezzedine. Le capital initial de 250 millions F CFA a été porté à un milliard. Proche d’Amadou Gon Coulibaly, le secrétaire général de la présidence ivoirienne, Daouda Soukpafolo Koné est devenu le roi du coton au nord du pays durant la crise politico-militaire en rachetant les usines de Ouangolo et de Korhogo à la Compagnie cotonnière de Côte d'Ivoire (LCCI), l’ex-filiale du groupe L’Aiglon.

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SOULEYMANE DIARRASSOUBA (ABI)
Le banquier Souleymane Diarrassouba vient d'être nommé à la direction d’Atlantique Bank International (ABI), la nouvelle holding regroupant la Banque populaire du Maroc et l'Atlantique Financial Group de l’homme d’affaires Bernard Koné Dossongui. L'ABI cible les activités de banque de détail, de banque d’affaires et de services informatiques dans sept pays de l’UEMOA. Souleymane Diarrassouba préside aussi l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI).

MAMADOU DAO (AFCES)
Le fondateur de Société africaine de conseils, expertises et services (AFCES), Mamadou Dao, gère l'actualité événementielle du ministère ivoirien des mines et du pétrole, Adama Toungara. A Yamoussoukro, du 15 au 17 novembre, AFCES organisera notamment un séminaire national sur les énergies. Quelques jours après sa création en juin 2011, AFCES avait été chargée d'organiser le premier sommet des mines, de l’énergie et du pétrole, les 7 et 8 juin à Abidjan. Diplômé de l’Ecole supérieure de commerce d’Abidjan (ESCA) et du CNAM (France), Mamadou Dao dirige également Apoteoz. Cette société spécialisée dans le même secteur a déjà décroché le marché des illuminations d'Abidjan pour les fêtes de fin d'année.

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ALIMATA SOUMAHORO (Areca)
Alimata Soumahoro, la sœur de Youssouf Soumahoro, ancien ministre du commerce de l'ex-rébellion des Forces nouvelles, a été nommée, fin septembre, coordinatrice générale de l'Autorité de régulation du coton et de l'anacarde (Areca). Cette structure d'Etat est chargée d'encadrer ces deux filières qui génèrent 200 milliards F CFA de recettes par an. Alimata Soumahoro devrait sa nomination au discret lobbying du conseiller spécial de Blaise Compaoré, Mustafa Limam Chafi.

ABOU-BAKAR OUATTARA (Goodwill Audit & Consulting)
Bras droit d’Hamed Ouattara, le conseiller juridique du ministre ivoirien de l'intérieur Hamed Bakayoko, l'expert-comptable Abou-Bakar Ouattara (cabinet Goodwill Audit & Consulting) vient d’être promu au poste d'administrateur d’Energies de Côte d'Ivoire, la nouvelle société d'Etat appelée à gérer le secteur électrique du pays. Abou-Bakar Ouattara y représentera le ministère de l'intérieur. Le 17 octobre, il a aussi été nommé au conseil d'administration de La Poste de Côte d'Ivoire, où il représentera le même ministère.

BINTOU TOUNGARA-KAMARA (Tanassa Technologies)

Bintou Toungara-Kamara, la fille d'Adama Toungara, ministre ivoirien des mines, du pétrole et de l'énergie, se lance dans les affaires. Depuis début septembre, elle dirige Tanassa Technologies SA, société dont le président n'est autre que… son père. L'objet de Tanassa Technologies est extrêmement vaste. Il s'étend de la sécurisation des cartes à puce à la vente de matériel et équipements, en passant par la télésurveillance ou la fourniture d'accès à Internet. En mai, Bintou Toungara-Kamara a été nommée directrice et gérante d'une autre société : Stylus SARL. L'activité de cette entreprise localisée dans le quartier du Plateau d'Abidjan n'est pas moins ambitieuse : intermédiation financière, négociation, prises de participation… Stylus a déjà conclu plusieurs contrats avec des sociétés d'Etat sous tutelle du ministère du pétrole.

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VASSIRIKI KONATÉ (Sotexi)
PDG de la Société textile de Côte d'Ivoire (Sotexi), Vassiriki Konaté multiplie les acquisitions d'entreprises, ainsi que les partenariats. Après avoir repris l'unité de filature Utexi en juillet, ce proche de l'homme d'affaires Koné Dossongui finalise le rachat de Trituraf, propriété d'Alexandre Keita, proche du ministre ivoirien de l'industrie Moussa Dosso. Début septembre, Konaté Vassiriki s'est entretenu avec Christian Adovèlandé, le patron de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), pour tenter de le convaincre de l'accompagner sur ce projet. La société française Elis, spécialisée dans le service aux entreprises (vêtements de travail, linges, boissons…), s'est également approchée de Vassiriki Konaté en vue de diversifier ses fournisseurs de tissus.

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LOÏC FOLLOROUX (Sorano)
Directeur Afrique du négociant britannique Armajaro, Loïc Folloroux, fils de Dominique Ouattara, a révoqué les administrateurs de la Société radio nostalgie Côte d’Ivoire (Sorano-CI), après en avoir récemment pris le contrôle. Parmi eux, figurait le ministre de l'intérieur Hamed Bakayoko. Le nouveau CA comprend notamment sa sœur Nathalie Folloroux-Bejani. Loïc Folloroux a par ailleurs nommé une de ses proches, Sylvie Nina Koutouan, ex-directrice administrative et financière, au rang de DG. Le capital de Sorano-CI s'élève désormais à 350 millions F CFA, contre 45 millions précédemment.


MOHAMED PALENFO (Audirec)
Gérant du cabinet ivoirien Audirec SARL, Mohamed Palenfo a été missionné, le 10 août, par le président du tribunal de première instance d’Abidjan, Ahmed Souleymane Coulibaly, afin d'auditer la société israélienne Barito Contractor. Introduite en Côte d’Ivoire en 2008 par le maire FPI de la commune de Marcory, Marcellin Akanda Assi, Barito Contractor est en difficulté depuis la chute de Laurent Gbagbo. Proche du général Abdoulaye Coulibaly, conseiller à la présidence chargé de l’aéronautique, Mohamed Palenfo s’est vu attribuer la quasi-totalité des audits d'entreprises publiques depuis la victoire d'Alassane Ouattara, notamment dans les secteurs miniers et pétroliers.

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CHRISTIAN DELMOTTE (Groupe médical du Plateau)
Conseiller d’Alassane Ouattara chargé de la santé et principal actionnaire du Groupe médical du Plateau (GMP), Christian Delmotte est devenu le nouveau patron du complexe hospitalier Médicentre, situé à Abidjan. Propriété de la BECAO qui a financé sa construction à hauteur de 8 milliards F CFA, ce centre médical high-tech connaît de graves difficultés financières. Approché par la direction de la BCEAO, Christian Delmotte a accepté de reprendre la location des locaux et a racheté le matériel d'occasion. Si cette opération évite une liquidation judiciaire, elle aurait, malgré tout, irrité les professionnels de la santé réunis au sein de l’Association des cliniques privées de Côte d'Ivoire (ACPCI). Ces derniers souhaitaient qu'une telle procédure mette en compétition d'autres repreneurs éventuels.

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MOUNIR DIAWARA (Silicon Villa)
Fondateur et administrateur de la société de nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) Silicon Villa, l’homme d’affaires Mounir Diawara s’est vu attribuer, fin juin, le marché d’embellissement de la ville d’Abidjan (espaces verts, mobilier urbain…) par le gouverneur du district de la capitale économique, Robert Beugré Mambé. Mounir Diawara est le fils de Mohamed Diawara, ex-ministre du plan du président Félix Houphouët-Boigny. Silicon Villa opère ce marché avec La Main verte environnement que dirige Dim Gnesda Sawadogo. Les premiers travaux ont débuté avec l’aménagement du terre-plein du pont du Général-de-Gaulle. Le conseiller spécial chargé de la stratégie de Silicon Villa est le Franco-Ivoirien Didier Torrella, membre influent du Grand Orient de Côte d’Ivoire, dont le grand maître n’est autre que Robert Beugré Mambé himself.

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ARMAND KOFFI AMONTCHI (HAC)
Fondateur de la société 3D Système à Abidjan, Armand Koffi Amontchi, dit "AKA", se présente comme le sauveur du club de football de la ville française du Havre (Haute-Normandie), le Havre Athletic Club (HAC). Le 3 juillet, le conseil d'administration du HAC a approuvé la prise de participation de 25% du capital par l'homme d'affaires ivoirien. Cette opération porte sur quelque 6 millions € (4 milliards F CFA), une somme qui soulève déjà de nombreuses interrogations du côté des autorités financières françaises comme ivoiriennes. La cinquantaine, Armand Koffi Amontchi laisse entendre qu’il aurait fait fortune dans le cacao et les télécoms, notamment sous le régime de Laurent Gbagbo. En 2011, il s'est présenté à la députation dans l'une des trois circonscriptions de Bouaké, mais sans être élu.

source: la lettre du continent

20/09/2012

Côte d'Ivoire : Rebellion armée du 19 septembre 2002, Ce putsch qui a plongé la Côte d'Ivoire dans le chaos

La Côte d'Ivoire commémore depuis le 19 septembre, le dixième anniversaire du coup d'Etat manqué contre Laurent Gbagbo, un événement qui a plongé le pays dans une crise dont on ne voit pas la fin.

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Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, quelques centaines d'hommes armés venus du nord du pays avaient attaqué plusieurs camps de police, de gendarmerie, de l'armée, avant d'être repoussés et de se replier sur Bouaké (environ 350 km d'Abidjan).

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Les combats avaient fait trois cents morts, dont le ministre de l'Intérieur de Laurent Gbagbo et le général Robert Gueï, auteur du coup d'Etat du 24 décembre 1999 qui avait renversé Henri Konan Bédié, le successeur d'Houphouët-Boigny (le premier président du pays).

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Refusant de venir au secours de Gbagbo, la France avait déployé une force d'interposition, entraînant une partition du pays, les rebelles au nord, les loyalistes au sud, qui a perduré jusqu'à la fin de la crise post-électorale en avril 2011

«Comment et pourquoi ils sont bravé la dictature de Gbagbo», titre Le Patriote, un journal pro-Ouattara en publiant une galerie de portraits de miltaires rebelles.

«Dix ans de massacres, de pillages, de mensonges», réplique le Temps, un organe pro-Gbagbo, qui tire à boulets rouges sur le nouveau régime Ouattara.

Pas un mot à la une de la revue Notre Voie sur cet anniversaire, car l’organe officiel du FPI (Front populaire ivoirien) a des préoccupations plus immédiates. Il publie des «révélations d’un conseiller de la CPI (Cour pénale internationale)» sur une prochaine audience qui doit se pencher sur l’état de santé de l’ex-président.
Gbagbo pourrait retrouver le soleil africain

Dix sept mois après son arrestation dans les décombres de sa résidence présidentielle, Laurent Gbagbo, détenu à La Haye, n’a toujours pas été jugé.

L’audience de confirmation des charges, préalable à un procès, n’a même pas eu lieu. Et la CPI, qui manifestement ne sait pas quoi faire de cet hôte encombrant, a commandé, à la demande de la défense, un bilan médical pour savoir si, à 67 ans, il est apte à assister à une audience de plusieurs jours.

Ou, comme l’espèrent ses partisans, s'il pourrait retrouver le soleil africain pour y soigner son arthrose, en résidence surveillée à Kampala (Ouganda), où une villa est prête à l’accueillir.

Fraternité Matin, le quotidien gouvernemental célèbre l'anniversaire de façon très discrète: «Tout va changer», claironne la manchette du journal. «Tout va changer»… pour le personnel de maison…

En pied de une, dans une interview, Sidiki Konaté (ex-porte-parole des Foces nouvelles et actuel ministre du Tourisme et de l'Artisanat) explique qu’il «fallait mettre fin au déficit démocratique».

Nous voilà replongés dans le coup d’Etat manqué de 2002. Ce compagnon de route de Guillaume Soro (président de l'Assemblée nationale), a manifestement été chargé de porter la parole de l’ex-rébellion car on le retrouve à la une de Nord Sud, où il explique «ce qui opposait Soro à IB», l’imparfait étant de mise puisque IB, le rebelle à la carrure de basketteur de la NBA, a été liquidé le 27 avril 2011 dans son fief d’Abobo (quartier nord d’Abidjan), où il s’était retranché avec son «commando invisible».

Invisible, le mot est lâché. Dix ans après le coup d’Etat manqué, de nombreuses pièces du puzzle ont été dissimulées ou ont été escamotées.

De nombreux chapitres restent à écrire.

«Comment a été montée l’attaque du 19 septembre 2002? Qui a financé la rébellion de septembre 2002? Comment le syndicaliste Soro Guillaume s’est retrouvé subitement à la tête du secrétariat général des Forces nouvelles…? D’où l’argent est-il venu?», s’interroge L’Intelligent.

Et d’abord, qui a fait le coup?

«Ce sont les militaires qui ont tiré les premiers, répond Sidiki Konaté. Et le monde entier a entendu ces tirs et beaucoup de gens sont venus aux nouvelles pour comprendre les raisons de cette révolte militaire.»

Au départ, une revendication corporatiste de quelques centaines de zinzins et bahéfoués, ces soldats démobilisés et rappelés dans l’armée début 2000 après le coup d’Etat réussi du général Gueï contre Bédié en décembre 1999, qui refusaient de retourner à la vie civile sous Gbabgo.

En leur sein, de fortes têtes et quelques gueules cassées dans des séances de bastonnades dans des camps militaires.

Mais point de civils, de Soro et autres Konaté, qui attendront quelques semaines pour apparaître comme les chefs politiques de la rébellion. Soro, lui, se défend d’avoir pris le train en marche et raconte avoir participé à l’attaque manquée du 19 septembre 2002, et fui Abidjan déguisé en femme.
Le rôle de la France dans cette affaire

Des incertitudes, mais aussi des évidences. Le coup d’Etat est parti de Ouagadougou, au Burkina Faso, où Soro et IB ont été gracieusement hébergés pendant des mois dans le quartier des hôtes. Et dans leur ombre, deux hommes, Djibril Bassolé, l’éternel ministre des Affaires étrangères burkinabé et Mustapha Chafi, un mauritanien âgé aujourd’hui de 52 ans.

Entré au service de Blaise Compaoré en 1995, on retrouve ce dernier comme acteur et médiateur dans de nombreuses crises africaines (RDC, Côte d’Ivoire, Niger, Guinée, Libéria). Et aujourd’hui accusé par la justice mauritanienne «d’appui financier au terrorisme» d’Aqmi. Un homme rompu à la technique du pompier-pyromane, chère au président burkinabè.

Cette piste burkinabè mène immanquablement au coffre-fort où la rébellion a puisé ses fonds pour s’installer.

Quant à l’accusation directe contre Alassane Ouattara, reprise de façon lancinante depuis dix ans par les partisans de Gbabgo, elle n’a jamais été étayée par des preuves tangibles, même si le nouveau président ivoirien a le profil du «coupable idéal».

De nombreux rebelles, Soro en premier, n'ont jamais caché avoir pris les armes en raison du rejet de la candidature de Ouattara à la présidentielle de 2000.

Une élection sans Ouattara qui avait permis à Laurent Gbagbo de l'emporter dans des conditions qualifiées par lui-même de «calamiteuses» contre le général Gueï.

Il faut cependant noter que Ouattara qui se trouvait le 19 septembre 2002 dans son domicile au bord de la lagune d’Abidjan, a lui-même été une victime indirecte du coup d’Etat.

Menacé par les pro-Gbagbo, il a dû se réfugier dans une ambassade voisine avant d'être exfiltré par les militaires français et de trouver asile pendant de longs mois à l’ambassade de France. Sa maison a été brûlée et certains de ses proches tués.

Autre question sans réponse définitive: quel rôle a joué la France de Jacques Chirac et de Villepin? A-t-elle sauvé Gbagbo en s’interposant pour empêcher l’avancée des rebelles comme le proclame la doctrine officielle? Ou a-t-elle appuyé Gbagbo comme la corde soutient le pendu?

En lui apportant une aide minimale et en lui savonnant systématiquement la planche pour aboutir à l’objectif final, son départ du pouvoir.

Dans son face-à-face télévisé avec Gbagbo à la veille du second tour de l’élection présidentielle de 2010, Ouattara avait promis une commission d’enquête sur tous les événements qui ont endeuillé la Côte d’Ivoire depuis plus de dix ans. Y compris sur le coup d’Etat manqué de 2002. On l’attend toujours.

Si le nouveau président ivoirien lance des investigations, elles sont toujours à sens unique et ne visent que les pro-Gbagbo, alors que des crimes ont été commis dans les deux camps.

Cette politique du tout répressif a pour effet d’empêcher la réconciliation indispensable à la bonne marche du pays. Elle exacerbe les tensions et engage les protagonistes dans des affrontements sans fin.

En 2002, explique Sidiki Konaté, «nous étions dans un blocage politique, ajouté à une illégitimité politique, et la pression et la tension politique surtout dirigées contre une communauté. Les ingrédients d’une lutte armée pointaient à l’horizon».

En lisant ces lignes, il n’est pas sûr que les pro-Gbagbo, qui contestent toujours l’élection de Ouattara, ne puissent pas les reprendre à leur compte.

Pour l’empêcher d’appliquer son programme, comme Gbagbo en 2002. Et pour enfoncer la très grande majorité des Ivoiriens dans une pauvreté toujours croissante.

Philippe Duval de SlateAfrique

Côte d'Ivoire : Coup d'état manqué, Rebellion armée du 19 septembre 2002, Guerre post-électorale en 2010, on leur a promis monts et merveilles, et pourtant "Le désarroi d’un ancien combattant ivoirien mutilé"

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Un an et demi après la fin de la crise post-électorale, un nombre indéfini d’anciens soldats attendent d’être indemnisés pour les dommages subis pendant la guerre. Notre Observateur, qui a servi aux côtés des forces favorables au président Alassane Ouattara, nous raconte comment sa vie a basculé.

Il y a trois semaines démarrait à Bouaké, au centre du pays, le recensement des ex-combattants impliqués dans la crise post-électorale. L’objectif : retrouver à travers tout le territoire les dizaines de milliers d’anciens soldats qui ont pris les armes entre décembre 2010 et avril 2011 et identifier les préjudices qu’ils ont subis durant la guerre. Ils sont estimés pour le moment à 100 000, un nombre que les spécialistes du dossier jugent largement supérieur à la réalité et que ce recensement est censé préciser. Des solutions seront ensuite élaborer pour leur futur. L’opération ne devrait pas dépasser "un mois" selon Bertin Kouassi Yao, conseiller technique au ministère de la Défense et coordonnateur du recensement.

En parallèle, une nouvelle Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration a également été créée fin août par le président Alassane Ouattara. Cet organisme a vocation à remplacer toutes les autres structures chargées depuis une dizaine d’années de désarmer et de réintégrer les anciens combattants dans les corps armés. En effet, depuis la première crise ivoirienne (2002-2007), les programmes de "désarmement, démobilisation et réintégration" (DDR) se sont succédés sans produire de réels résultats. L’Onuci, la force de l’ONU en Côte d’Ivoire, est associée à cette nouvelle opération, non encore effective sur le terrain.

"J’ai pris le train pour me faire soigner au Burkina Faso […]. Très vite, j’ai compris que je devrais me débrouiller seul"
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Moustapha Touré, originaire d’Odienné (nord-ouest), vit à Man (ouest). Il était soldat au sein des Forces nouvelles, l’ex-rébellion favorable à Alassane Ouattara. Partis du nord du pays après l’élection présidentielle de novembre contestée par l’ancien président Laurent Gbagbo, les rebelles étaient entrés dans Abidjan fin mars, où ils avaient remporté la guerre contre les forces pro-Gbagbo après deux semaines d'intenses combats.
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J’ai rejoint l’armée en 2002 alors que le commandant Zacharia Kone était en train de se battre contre les forces de Laurent Gbagbo. Qu’aurais-je pu faire d’autre ? En tant qu’enfant du Nord, il fallait s’impliquer car à ce moment-là, les Forces nouvelles se battaient pour nous et manquaient d’hommes.

Comme je savais conduire, on m’a mis au volant d’un 4x4. En tout, nous avons fait un an de front en allant de ville en ville. Puis, il y a eu le cessez-le-feu et s’en est suivie une période de désarmement. Pendant les années après, il y a eu quelques conflits mais au sein même de notre camp, installé à Odienné. Le reste du temps, on était plutôt tranquille.
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Lors de l’élection présidentielle de novembre 2010, j’ai été désigné par ma hiérarchie pour sécuriser la zone de Soubré [sud-ouest] et m’assurer que les règles électorales étaient bien respectées. Puis, Laurent Ggagbo a refusé de connaître les résultats et nos chefs nous ont expliqué que nous devrions en passer par la voie militaire. Nous sommes alors partis vers Danané [ouest] pour rencontrer d’autres chefs. C’était au mois de février 2011. Sur place, un premier échange de tirs a eu lieu avec des mercenaires libériens de Laurent Gbagbo alors que nous essayions d’attaquer une de leurs positions. Nous avons été les premiers à ouvrir le feu. Puis nous avons continué de ville en ville. Certaines batailles étaient beaucoup plus éprouvantes que d’autres. Il nous est arrivé de perdre une vingtaine d’hommes d’un coup.

"J’ai reçu une balle dans la jambe et les médecins ont décidé de me plâtrer"


Puis, à la fin mars, nous avons avancé sur Bloléquin [ouest]. Là-bas, j’étais chargé de faire un ratissage pour récupérer les civils. Dans la soirée de notre arrivée, j’en avais rassemblé une centaine mais comme nous manquions de véhicules, nous les avons mis à l’abri dans la préfecture de Bloléquin en attendant qu’un camion vienne le lendemain matin. Avec le reste de la troupe, on veillait à une centaine de mètres de là quand, à 4 heures du matin, des miliciens nous ont attaqués. Nous étions tous en demi-sommeil, on s’est vraiment fait surprendre. C’est là que j’ai pris une balle dans la cuisse, alors que nous essayions de nous replier. Un camarade m’a porté sur ses épaules pour m’emmener un peu plus loin. Mais tout le monde n’a pas eu ma chance. Au moins quatre soldats sont morts.

J’ai ensuite été emmené en voiture dans un hôpital à Odienné, où se trouvait une de nos bases arrières. Mais en temps de guerre, les soins sont plus que rudimentaires. L’endroit où j’étais n’avait aucun moyen. Finalement, les médecins ont décidé de me plâtrer la jambe. Je suis resté comme ça pendant un mois avant que ma hiérarchie ne décide que je devais partir me faire soigner au Burkina Faso. Avec ma mère, mon amie et mon petit frère, nous sommes montés à bord d’un train direction Ouagadougou. J’y suis resté 62 heures, c’était un calvaire dans ma situation. Et c’est moi qui ai payé tout le voyage.
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"Le pied avait pourri et les nerfs ne répondaient plus, il n’y avait pas d’autre solution que de m’amputer"

Dans une petite localité à côté de la capitale, j’ai été pris en charge par des médecins italiens membres d’une association chrétienne. Quand l’un d’eux a ouvert mon plâtre, il m’a immédiatement dit qu’il fallait amputer. C’était devenu une question de survie. Deux ou trois semaines plus tôt, je m’en serais sorti d’après lui, mais là le pied avait pourri et les nerfs ne répondaient plus. Ma mère était contre cette idée. Je suis son premier fils, ça a été comme un coup de poignard pour elle.

Je suis resté six mois sur place mais jamais mes chefs n’ont pris de mes nouvelles, pas un appel. J’ai vite compris que je devrais me débrouiller seul. Mais dans ma situation, c’était très compliqué. Rapidement, je me suis retrouvé à court d’argent, je ne pouvais donc pas payer mes opérations. J’insistais pour obtenir un certificat de sortie auprès de l’hôpital pour retourner en Côte d’Ivoire mais le médecin me répétait que je n’étais pas guéri. Finalement, il a accepté. C’était mon seul espoir, rencontrer mes chefs pour qu’ils aient pitié de moi et m’aident financièrement.

"Mes anciens chefs de l’armée font semblant de ne pas me reconnaître"

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De retour à Man, en septembre, j’ai croisé plusieurs fois des chefs de l’armée mais tous m’ont ignoré. Aujourd’hui, ils font semblant de ne pas me reconnaître. Et quand j’arrive un tant soit peu à exposer mon problème, en définitive, je suis toujours rejeté. Un jour, j’ai approché un de mes anciens commandants, qui m’a demandé ce que je lui voulais. J’ai répondu : "Je veux être autonome et pour ça j’ai besoin d’argent". Il m’a répondu : "C’est ton destin d’être comme ça !". cote d'ivoire,coup d'etat,soro,alassane,forces nouvelles,rebellion armée,prise en charge,desarmement,réinsertion

Heureusement, j’ai des connaissances qui m’aident financièrement de temps à autre parce qu’ils ont pitié de moi. Mon frère, qui est en France, m’a fait envoyer des béquilles. Mais j’ai encore besoin d’une prothèse. J’ai six enfants à charge, dont trois que j’ai récupéré après la mort d’un autre frère, tué pendant cette guerre. Je ne pourrai même pas envoyer mes enfants à l’école cette année.

"J’ai été enregistré mais pour le moment, ça n’a abouti à rien du tout"

Ici, on a vu plusieurs organisations gouvernementales chargées du recensement des victimes de guerre. On est venu me chercher et j’ai été enregistré. Le problème, ce n’est pas le recensement, mais c’est que ça n’abouti à rien du tout. J’ai essayé de contacter les autorités militaires d’Abidjan par le biais d’une connaissance afin que l’on m’aide à financer une prothèse. Ils m’ont demandé des tas de papiers médicaux pour faire un dossier. Ça fait cinq ou six mois maintenant et je n’ai eu aucune nouvelle. On meurt à petit feu ici. Et je ne suis pas le seul dans cette situation.

Moi, ce que je voudrais, c’est un peu de matériel pour aller cultiver les terres de mes parents. Il me faut quelque chose qui me permette de tenir sur le long terme. Peu importe mon handicap, si j’ai les machines, je saurai me débrouiller."

Par les observateurs de france24